CHAPITRE SIXIÈME
cependant, nous en restons convaincu, de quelque grand et juste exemple pour faire respecter les lois : les prêcheurs, tremblants et silencieux, eussent laissé le temps de calmer les esprits émus et le glaive que la guerre civile allait, pendant quarante ans, promener sur la France, lût demeuré dans le fourreau î
Le premier effet de l'édit de janvier avait été d'effrayer même les plus fougueux des prédicateurs ; les déclamations furibondes cessèrent un instant de retentir du haut de la chaire catholique. Mais bientôt quelques voix sinistres se firent entendre de nouveau et leur impunité en encouragea d'autres. A Paris se distinguèrent surtout Benoist, Claude de Saintes et Vigor. La reine -mère et les gouverneurs étaient journellement attaqués, dénoncés à la haine des Catholiques, sous les noms de Jésabel et d'Achab, fauteurs des prophètes de Baal ; à la cour même cette hardiesse et cette violence trouvèrent des imitateurs. La haine rendait prophètes quelques-uns de ces fanatiques. Le curé de Saint-Paul, Vigor, qui avait été forcé un moment de se cacher, s'écriait, dans un de ses sermons : « Notre noblesse ne veut
)) frapper Aussi quelque matin Dieu fera justice
» et permettra que cette bâtarde noblesse sera ac- » câblée par la commune. Je ne dis pas qu'on le » fasse, mais que Dieu le permettra. » *
Dans les provinces la loi n'était pas mieux respectée qu'à Paris et l'on comptait tant sur l'impuis-
' Charles Labitte. De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue. — Vigor. Sermon catholique sur les dimanches et jetés, t. II, p. 23 (éd. 1587).
sance du gouvernement, que ceux qui foulaient la loi aux pieds ne craignaient pas dajouter la raillerie à laudace. Les mémoires de Halon, si curieux pour tout ce qui regarde létal religieux de la France à cette époque, nous fournissent ici les détails les plus intéressants. Un seul exemple fera juger de la manière dont les prédicateurs catholiques entendaient tenir compte de Tédit de janvier. Le cordelier Jehan Barrier, curé de Sainte-Croix, à Provins, donna lecture en chaire de Tédit royal ; puis il s'adressa ainsi à rassemblée : « Ores çà. Messieurs de Provins, que » dois-je et les aultres prédicateurs de France faire? » Debvons-nous obéyr à ce mandement? Que dirons, » que prescherons-nous ? LÉvangile, dira monsieur >» le huguenot. — El déa, dire que l'erreur de Calvin, » de Martin Luther, de Bèze, Malo, Pierre le Martyr » et aultres prédicans avec leur doctrine erronée, « maulditte et condempnée de l'Église il y a mille » ans et depuis par les saints conciles, ne vault rien » el qu'elle est dampnable, est-ce point prescher » l'Évangile? Dire que les hérétiques huguenots de » France sont meschans apostatz d'avoir renoncé la » vraye église catholique pour su>vre l'hérétique, » est-ce point prescher l'Évangile ? Dire qu'on se » donne garde de leur doctrine, de les écouler, do » lire leurs livres ; dire qu'ils ne tendent et ne cher- » chent qu'à faire séditions, meurtres et saccage- » ments, comme ils ont commencé en la ville de Paris » et aultres infinis lieux du royaume, est-ce point » prescher l'Évangile ? Ores quelqu'un me pourra » dire : Et déa, frère, que dites-vous ? Vous n'obéissez » pas à ledit du roy, vous parlez encore de Calvhi