‹ Le colloque de PoissyChapitre 91 sur 96 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

» et de ses compaignons, vous les appeliez et ceux » qui tiennent leur opinion liérélicques et huguenotz; » on vous accusera en justice, vous serez mis en » prison et si serez pendu comme séditieux. — Je » vous répondrai qu'il est bien possible quil sera » vray ; car Achab et Iliesabel ont bien faict mourir » les prophètes de Dieu en leur temps et baillé toute » liberté aux faux prophètes de Baal. — Or, frère, » vous en dites trop, vous serez pendu. — Et bien, » de par Dieu, ce sera ung moine cordelier pendu î » Il en fauldra pendre beaucoup d'aultres, car Dieu » par son Saint-Esprit inspirera les pilliers de l'Église » à soutenir jusques à la fin le bastiment, qui ne ruy- » liera jamais jusques à la consommation du monde, » quelques coups qu'on leur baille. » * Après quoi, ajoute Ha ton, il recommanda aux prières du peuple rÉglise catholique, la personne du roi et les gouverneurs, continua son sermon qui ne fut quune véhémente réfutation de Luther et de Calvin et jamais depuis ne dévia de cette ligne de conduite.

De leur côté, les chefs du parti catholique, les Triumvirs, bien résolus d'en appeler aux armes, ne songeaient plus qu'à achever leurs préparatifs pour la lutte qui allait s'ouvrir. Au colloque de Poissy, le cardinal de Lorraine s'était déjà elïorcé de brouiller les Luthériens avec les Calvinistes de France; il s'agissait maintenant d'enlever à ces derniers tout secours qui leur pourrait venir d'Allemagne. C'est dans ce dessein que les Guises se rendirent vers le milieu du mois de février, à Saverne, ville du diocèse

' Mémoires de llaton, t. I, p. 210.

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de Strasbourg, el y eurent avec le duc de Wurtemberg, Christophe, une entrevue dont le récit nous a été conservé par le prince allemand lui-même. ' Tout est curieux dans ces pages véridiques; c'est une scène de haute duperie racontée par la dupe, et Ton ne sait ce qu'on y doit admirer le plus de la naïve candeur du bon Allemand ou de Thypocrite impudence des Lorrains. Se faire passer pour luthérien et représenter les Calvinistes de France comme d'obstinés sectaires qui ne voulaient entendre à aucun accord et ne cherchaient qu'à troubler le royaume , tel fut, en effet, le double mensonge qui réussit aux Guises à Saverne, et que les historiens de leur parti n'ont nullement pris la peine de dissimuler. - Les relations de Christophe avec la France dataient déjà de plus loin. Au mois de juin i5Gi, Antoine de Navarre lui avait envoyé Tremellius, de Heidelberg, pour lui proposer d'entrer dans une ligue de souverains protestants contre le pape, sans que le duc de Wurtemberg, dissuadé par son théologien Brentius, eût cru alors à l'opportunité d'une alliance avec la France. Vers le même temps , on voit Christophe, suggérer au gouvernement français l'idée d'un con( le national pour apaiser les troubles du royaume, v\ quand s'ouvre le colloque de Poissy, il députe ( ii France, pour y assister, Beurlin, chancelier de l'université de Tubingue, Jacques Andreac, Balth:i-:ir Ridembach et le conseiller Melchior de Salhauscii.

Voir celle relation. Slattler. ///.sL des ducs de Wur-

lemberf/, t. IV, p. 2l;i, etc., etc. (Preuves». ' Beicarius. Lib. XXL\, f. 968 (éd. 1623).

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Nous avons dit les intentions du cardinal de Lorraine en faisant venir à Poissy ces théologiens et commenl ceux-ci sentirent le piège et trompèrent ses espérances. Mais à force d'intrigues, les Guises n'en parvinrent pas moins à circonvenir le prince allemand, et celui-ci trompé par une relation du colloque de Poissy qu'ils lui envoyèrent, trompé par des lettres où ils disaient vouloir la réunion de VÉglise de France et de TÉglise d'Allemagne , était disposé à se laisser prévenir contre les Calvinistes. Une fois le duc gagné, on était presque sur de tenir ses alliés les princes luthériens de la rive droite et de la rive gauche du Rhin.

Aussi la famille des Lorrains s'était-elle portée tout entière à Saverne, le grand prieur, les cardinaux de Guise et de Lorraine, et les ducs François. Ces deux derniers surtout, rivaUsèrent d'astuce et d'audace. Deux fois le cardinal prêcha sur un texte choisi exprès pour permettre le développement de certaines opinions luthériennes ; on l'entendit répéter jusqu'à trois fois dans un même discours, que Dieu ne devait être adoré qu'au ciel, que c'était en Dieu seul qu'il fallait placer sa confiance sans rien attendre de ses œuvres ou de l'intercession des saints. Mêmes protestations luthériennes des deux frères dans les entretiens avec le duc et les théologiens Brentius, Andreae, Ridembach et Esslinger. Ils alîectent une grande simplicité de cœur et ne demandent qu'à être instruits. Vous savez mes croyances, disait le duc François, elles sont celles qu'a enseignées jusqu'ici la religion romaine. Et voilà cependant que les ministres nous appellent idolâtres. Qu'est-ce qu'idolâtre?

Christophe. — C'est ladoration des faux dieux.

Glise. — Je u'adoie d'autre Dieu que le vrai Dieu ; je n'ai d'espoir qu'en Jésus-Christ et sais bien que ni la vierge ni les saints ne peuvent me sauver, que les mérites seuls de Jésus-Christ et nullement mes bonnes œuvres me procureront le salut.

Chu. — J'entends cela volontiers. Le ciel vous conserve en ces sentiments !

G. — Nous sommes donc d'accord sur ce point.

Puis il demande pourquoi l'union n'existe pas ])armi les Réformés, et quand le prince allemand lui a répondu qu'elle existe sur les points principaux de la religion, tandis qu'on ne la trouve point chez les Cathohques qui, par exemple, ont cinq sortes de messes, Guise ajoute : S'il n'y a point d'union chez les Cathohques, je me ferai luthérien. Ne manquez, je vous prie, d'observer cela au cardinal mon frère.

Celui-ci n'est pas moins prêt à faire bon marché de la religion romahie cl convient qu'elle est pleine d'idolâtries et de superstitions. Brentius lui a déduit au long les abus de la messe et le cardinal passe facilement condamnation. Interrogé sur la hiérarchie ecclésiastique, le ministre déclare que Je pape est de trop, Jésus-Christ n'ayant pas besoin de \icaire, mais que les Luthériens admettent au-dessus des curés, des surintendants, même des évcques et des archevêques, pourvu qu'ils soient régulièrement élus. Nous pouvons, répond le cardinal, nous accorder sur ce ])oinl sans difficulté ; si je ne puis porter une robe l'ouge, j'en prendrai volontiers une noire. Et il ajoulc que si, à Poîssy, de Bèzc eût voulu signer la confession d'Augsbourg, les Cathohques l'eussent

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