‹ Le colloque de PoissyChapitre 92 sur 96 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

aussi acceptée. Quant à lui il approuve entièrement cette confession et s'il ne se déclare pas ouvertement, c'est qu'il lui faut encore dissimuler pour gagner ou ménager quelques faibles.

Restait encore un scrupule à détruire dans l'esprit du prince allemand; la voix publique accusait les Guises davoir versé le sang des Réformés en France. Lorsque Christophe en parla une première fois au duc, celui-ci soupira profondément et dit : On nous fait tort à moi et à mon frère; mais il se hâta, ce jour-là, de détourner la conversation. On revint cependant au même sujet dans un autre entretien et les deux frères jurèrent Dieu et leur salut que jamais ils n'avaient été persécuteurs; ils promettaient, en même temps, avec les plus terribles imprécations, que, ni en secret ni ouvertement, ils n'entreprendraient rien contre les Calvinistes. Le bon duc Christophe pouvait-il ne pas croire à de pareils serments"? Il jugea des autres d'après lui-même et fut convaincu. La victoire des Guises était ainsi complète et l'affaire entamée le 15 février se trouvait terminée le 18: tout avait été enlevé de haute main. C'était encore, comme l'a dit un historien moderne, le siège de Calais. On pouvait maintenant frapper les Calvinistes de France ; l'Allemagne luthérienne, trompée dans la personne du duc Christophe, laissera faire, et si elle ouvre enfin les yeux, il sera sans doute trop tard.

Vers le même temps, une ténébreuse intrigue détachait de Catherine de Médicis Antoine de Navarre, lieutenant général du royaume, et c'était encore un prêtre, le cardinal de Ferrare, qui valait ce succès au parti catholique. Antoine de Navarre était un homme

très-lrivole. Cepeiulaiil, malgré son incapacité, il aspirait à jouer un rôle et cherchait de tous côtés à s'agrandir ; mais aussi crédule que failile et incapable, avec des promesses on était toujours sur de le gagner. Il avait favorisé les Réformés, le jour où se fondant sur ramitié du comte Palatin, il espéra devenir roi des Romains ; il se donna aux Catholiques croyant obtenir de l'Espagne une indemnité pour la Navarre. Dés 1 559, il avait envoyé Claude de Levis négocier à ce sujet avec Philippe II, qui rejeta sa demande. Catherine de Médicis écrivit aussi en sa faveur à sa fille et à son gendre, mais sans plus de succès. ' Au mois de septembre 1561, Antoine de Navarre demanda la médiation du pape - pour amener l'Espagne à lui accorder ou une indemnité pour la Navarre ou des secours pour l'expédition qu'il méditait contre l'Angleterre. Le pape après s'être d'abord laissé entraîner par d'Escars et le cardinal de la Bourdaisière, ambassadeur de la France à Rome, avait plus tard refusé absolument de se mêler à cette affaire en qualité de médiateur. ^ Ce fut au moment où Antoine de Navarre se voyait ainsi partout rebuté que le cardinal de Ferrare arriva en France. Le rusé Itnlieji entrevit sur-le-champ le parti qu'on pouvait tirer de cet homme, considérable comme prince du sang, si

' yi'fjoviations sous François II. Antoine de NaNar'ir à Sébastien de l'Aubespinc, 23 déc. lo59ip. 16i). Jbid., p. 8U.

* P((jjirrs d'Etat de Granvellc. Varias à Phihppe IJ, 30 sept. \:m t. VI, p. 3i2 . Ibi'd., 7 nov. 15C1 (t. VI, p. 3ys:.

' JOid.. 7 oet. 1561 (t. VI, p. 380 .

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