‹ Le colloque de PoissyChapitre 93 sur 96 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

méprisable quil lût d'ailleurs, et seîïurça de le faire comprendre au roi d'Espagne. Le cardinal de Granvelle , de son côté , écrivait à la même époque à Philippe II: « Il faut amuser le roi de Navarre et » lui faire espérer qu'il tirera quelque chose des » mains de Votre Majesté ; peut-être fera-t-il ainsi » quelque chose en faveur de la religion ou compro- >' mettra son crédit ; les Français ne sont pas gens à » nous laisser manquer de prétextes semblables. » ' Philippe II, dont l'ambassadeur en France Chantonna) avait même refusé le titre de roi de Navarre à Anîohie de Bourbon, ne l'appelant jamais que Yeudome, crut ceux qui lui conseillaient de ménager le Ueutenant général. Il permit qu'on lui fit entrevoir la Sardaigne en dédommagement de la Navarre, et dès lors Antoine de Bourbon fut gagné au parti cathoUque. * Il se détacha de la régente et des Châtillons qui la gouvernaient et renvoya en Navarre sa femme qui était ouvertement déclarée pour la Réforme.' On parla même de lui faire rompre son mariage avec l'hérétique Jeanne d'Albrel et de lui donner pour femme la catholique Marie Stuart. La conquête dAnloine de Bourbon était précieuse pour les Triumvirs ; car à défaut de la régente et du roi, ils avaient mainlenant avec le Ueutenant général du royaume la force morale que donne toujours un grantl titre, au mo-

^ Papiers d'Etat de Gran\elle. Granveile à Philippe il. llidéc. 1301 ^l. VI, p. 453).

^ Calvin essaya en vain de le ramener {Lettres de Calvin, t. il, p. 4il).

^ De Bèze aux Genevois, 1^' février lo(r2 (Archi\es di* Berne).

ment où ils allaient arrêter dans le sang les succès (le la Rèlornie.

Ces succès, dei)uis ledit de janvier, avaient été merveilleusement rapides. Un état des églises, dressé aussitôt après le colloque de Poissy, par Tordre de la régente, qui paraissait vouloir compter les Hélormés dans le cas où elle eût accepté la lutte avec eux contre les Catholiques, révélait déjà l'existence de deux mille cent cinquante communautés calvinistes : ' le nombre dut en augmenter beaucoup après Tédit de janvier, les ministres mettant une extrême ardeur à prêcher « les uns par les champs, les autres par les » jardins et à découvert, partout où Taffection ou la » passion les guidait et où ils pouvaient trouver du » couvert comme es vieilles salles et masures et jus- » qu'aux granges ; d'autant qu'il leur était défendu de » bâtir temples et de prendre aucune chose d'église. » Les peuples, curieux de voir chose nouvelle, y » allaient de toutes parts et aussi bien les Catho- )' liques que les Protestants, les uns seulement pour » voir la façon de ceux de la nouvelle doctrine, les » autres pour l'apprendre, et quelques autres pour » connaître et marquer ceux qui étaient protestants. - A Paris seulement le nombre des Réformés était toujours resté fort petit en comparaison de celui des Catholiques ; dix mille fidèles au plus y composaient rÉglise dissidente. Aussi, malgré ledit de janvier, la menace d'un massacre général était sans cesse suspendue sur la tête des Héfonnés de Paris: la

De Bèze. I/istoirr ecclésiastique, liv. IV, 1. 1, p. 6CH. Mémoires de Castelnau, liv. III, ch. V.

Page 1