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Nous avons terminé l'examen et le compte-rendu de ces Considérations sur l'Organisation militaire de la confédération canadienne. Il nous reste à conclure.
Lorsqu’en suivant le cours de ces Observations nous avons parlé de l’armée comme devant être, pour le peuple, l’école, à peu près indispensable, d’une haute éducation morale, nous avons annoncé l’intentien de dire, sur cette matière, un mot et d'exposer sur cette thèse un aperçu, d’une application tuute spéciale pour le peuple cane“ien ; ou, pour spécifier davantage, pour la race canadienne-française.
Dans sa haute sollicitude pour les intérêts vitaux de son pays, et sans semer dans sa brochure le moindre germe .d’animosité ou de défiance entre les diverses nationalités d’origine qui composent la Confédération Canadienne, le colonel d'Orsonnens a eu tout particulièrement en vue—nous ne croyons pas nous tromper dans cette affrmation—les besoins, les aspirations et l'avenir de la race,canadienne-française. C’est pourquoi notre conclusion portera directement sur cette race.
On trouvera peut-être sévère ce que nous allons en dire, mais nous ne sommes que l’écho de ce que les esprits les plus élevés et Ls plus clairvoyants en pensent. Nous n'inventons aucunement l’Observation jinale qui va suivre ; nous nous bornons à la reproduire, telle qu’elle nous est communiquée, émanant de: meilleures souices, des sources vives du pays.
Gr done, ce peuple canadien, dont la nature est admirable et dont l’ême est certainement une des mieux douées qu'aucune âme de peuÿle qui ait jamais passé sur la terre— Chaque peuple a une âme et la philosophie d: l'histoire n’est pas une autre chose que le passage de ces âmes à travers le monde—Ce peuple, qui possède toutes les ricl.usses spiritualistes, toutes les fécondités morales, tous les feux sacrés ; en un mot, toutes les Providences ; qui a échappé miraculeusement aux maladies endémiques
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dont la vieille Europe se trouve minée, ; ce peuple qui, possédait tant de sève et de vitalité que, simple colonie, il a peut-être, à lui tout seul, plus réellement colonisé l'Amérique que ne l'ont fait, à eux tous réunis, les Etats de l’ancien continent.—Ceci n’est point un paradoxé ; l'étude originelle du peuplement de cette partie du monde démontrerait d’une manière merveilleuse la “orce d'expansion canadienne.—Eh bien ! ce peuple où en est-il maintenant ?
—Où il en est ?—Tl en est à se mourir, et à se mourir du mul d'IGNORANCE.
Qu'on veuille bien ne pas se scaudaliser de cette affirmation. Encore une fois, nous sommes heureux, très-heureux, de n’y apporter, dans sa tristesse, qu’une part, pour ainsi dire, insignifiante d’appréciations personnelles, mais ce qui nous eu a paru démontrer victorieusement l'évidence et la réalité, c’est que les jugements indigènes les plus disparates concourent à constater ce malheureux état. Et c’est bien là une démonstration au premier chef, en vérité. L'ignorance du peuple canadien, elle s’affirme de tous côtés, et les intelligences les plus contradictoires, dns les intentions qui les animent et dans les principes qui les dirigent, se rencontrent sur le terrain de cette énonciation d'un
fait. Depuis les pauvres esprits qui jouent au jeu révolution-
naire en ce pays,—Ce n’est encore qu'un jeu ici ;—qui semblent n'avoir d'autre ambition que de devenir lourdement les Edmond About du Canada—un Edmond About lourd ! quel gnome !— jusqu'aux ouvriers de la doctrine qui puisent dans l'humilité le secret d'y voir clair, et darss cette clarté, la scieuce de bien faire ; jusqu’à ces petits dont sarle le Uhrist, en confessant son immortelle parole « qu'il lear sera révélé ce qui demeure lettre close pour les prudents et pour les sages, ». tous, .avouent, en zémissant,—avec des intonations de gémissements du tout au tout dissemblables, il est vrai, que l’ignorance envahit le peuple canadiens comme une lèpre, qu’elle le ronge, qu’elle le dévore, qu’elle le dénature et qu'elle neut le tuer.
Et qu'on veuille bien également ne pas croire que sous le cou-
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vert de ce mot Zgnorance, nous ayons quelque velléité de faire quelque ajpel plus ou moins direct à ün système d’/nstruction plus ou moins obligatoire. En aucune façon ; nous avouons, sans fausse crainte, que nous pensons plus haut —Savoir lire et écrire ; c'est certainement très bien ; c'est un mérite réel ; c’est nn bénéfice populaire ; mais ce n’est, etce ne doit être qu’un en- traînement de l'esprit, qu'une gymnastique du savoir. Si l’on faisait de cet entraînement et de cette gymnastique le but supréme, le terme final de l'Education du peuple ; si, en un mot, on substituait le moyen à la fin, dans cette haute mission sociale, qu'arriverait-on à produire ?—Eh ! tout simplement—la stricte logique l’indique—un peuple de gymnastes de l'intelligence, une société de paillasses de l’esprit. Aussi, n'est-ce pas sous ce point . de vue qu'il faut envisager l'ignorance du peuple. (Cette vraie ignorance consiste à ne savoir plus penser, à ne savoir plus juger ; surtout, à ne savoir plus se dévouer.—Le dévouement n’est pas autre chose que l’incarnation du cœur dans la pensée.—Et c’est précisément cette perte de savoir, cette déshabitude progressive, cette stérilisation envahissante, qui constituent le grand mal du peuple canadien.
Du milieu des villes jusqu'au fond des campagnes, et à tous les degrés de l'échelle nationale, ce mal se manifeste avec les phénomènes symptômatiques spéciaux au rôle particulier de chacun de ces membres du corps social.
Parmi les classes dites non lettrées, c’est non seulement un désintéressement d'apprendre quoi que ce soit, mais, plus tristement encore, un refus de se rendre seulement compte à sci-même de ce qu’on croit, de ce qu’on admet, et de ce qu’on pratique fidèlement. Oui, fidèlement, car, dans cette classe du peuple canadien, la fidélité est grande, trè#-grande ; mais, par le refus signalé elle devient routine, et la routine, c’est la rouille de la conscience.
Dans les classes moyennes, pour ne pas dire les classes médio-
cres, ce même désintéressement malsain et ce même refus délétère s’acceucuent en Egoisme ; et ce mot en dit assez, à lui tout seul,
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