‹ Le colonel Dambourgès [microforme]Chapitre 6 sur 13 · À NO · texte numérisé non relu

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veillance et la sympathie, que témoignèrent à M. Dambhourgès, en cette circonstance, ses nombreux amis, adoucirent un peu le chagrin que lui causa la perte qu'il venait de faire. Long:

temps après cet événement funeste, le vaillant soldat se plaisait à raconter toutes les marques d'amitié et de tendresse dont on avaitentouré son vieux père, et qui lui avaient rendu chère, pour toujours, cette paroisse où il avait été accueilli comme un des enfants du sol, et où, depuis ce jour, on n'avait cessé de l’environner d’estime et de respect.

On verra, quelque dix ans plus tard.

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que le devoir l'obligea de rompre les engagements du cœur. Ila été dit :

“ Dieu change nos devoirs ave: nos destinées.”

Le vingt-huit novembre, 1786, M.

Dambourgès, qui avait alors quarantequatre ans, épousa, à Québec, Dile.

Marie-Josephte Boucher, fille de François Boucher, écuyer, capitaine de vaisseau, marin de haut bord, qui fut n6mmé, plus tard, maître du hâvre de Québec, par le lieutenant-gouverneur R. S. Milnes, {le 12 août 1803), lors de la résignation de John Steele, écuyer. C'était la récompense des services ren-

dus au duc de Kent, en allent porter

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pour lui des dépêches à Halifax. ? Mille Boucher était encore jeune. Sa mère, Josephte Tremblay la belle meunière, ?

comme on l’'appelait dans le temps, à Québec, l'avait élevée avec soin, et lui avait appris à accomplir le bien, sans bruit, sans éclat. Aussi les pauvres, les malades étaient-ils tendrement scisnés par elle, et généreusement soulagés.

Ce mariage fut célébré à Québec, par le curé de la paroisse de Notre-Deme,

l'infortuné M. Aug.-David Hubert, ami

1 Le capt. F. Doucher est mort, ains que son épouse, à Saint-Roch des Auinets, chez sa fille, Madame veuve Masse,

2 Parce qu’elle était fille d’un xcellent m'inier de l'Ile. aux-Coudres, où elle avait épousé le navigateur Frs. Boucher, écuyer, père de f'1 Louis Boucher, écuyer de Saint-Thomas, et de feu Frs. Boucher, écuyer, de Ma-kinongé.

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de la famille, le père et le bienfaiteur de ses ouailles.

Le capitaine Dambourgès avait fait un mariage heureux et honorable; mais cet événement l’éloignait de la vie des camps, et lui rendait insensiblement obligatoire le séjour au foyer. Sa femme, d’un caractère pieux, aimant la vie simple et retirée, était tout entière à sa famille et aux soins domestiquès. Elle se montrait aussi peu sensible aux sons des timbales et aux fanfares du clairon à la ville, qu'aux ovations et aux fêtes cham-

pêtres que les miliciens ménageaient

de temps à autre au vaillant capitaine, H

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qui finit bientôt par retourner entièrement à ses affaires, dans son humble localité.

Une autre question, qui agitait le pays depuis quelque temps, ne tarda pas à attirer l'attention de M. Dam-

bourgès. Les Canadiens sollicitaient,

depuis quelques années, la mère-patrie de leur octroyer une constitution calquée sur la sienne, dont ils connaiïissaient le prix et les avantages.

Cette demande de leur part n'était pas nouvelle, parce qu'on lit dans une lettre de lord Grandville à lord Dorchester, du 20 octobre 1789, qu'il s'en était agi quelques années aue

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paravant, et même dès 1765. D'un autre côté, l'Angleterre recevait des contre-requêtes d'un parti puissant en Canada, intéressé à maintenir un état de choses vicieux, mais profitable à ses adhérents, puisqu'il mettait à sa disposition les places, les honneurs et l'argent d’un peuple doux et confiant qui le supportait, toutefois, avec tant de patience. La Grande-Bretagne, tout en peraissant vouloir amélicrer le sort

du peuple canadien, ne pouvait se

débarrasser des défiances qu’elle nour-

rissait à son égard, malgré le dévouement dont il venait de faire preuve,

et trouvait mille moyens de retarder

Tee

116 Dumvourgès indéfiniment l'octroi de cette constitution si nécessaire et si désirée,

Au milieu de toutes ces préoccnpations, M. Dambourgès n'avait pas oublié son ancienne patrie. Il déplorait, avec bien d’autres, les doctrines funestes, les principes irréligieux et anarchiques qu’on répandait dans les masses sous les yeux du pouvoir endormi et corrompu. Les erreurs des philosophes et les excès des encyclopédistes jetaient sur la France un voile sombre, qui présaggait de grands bouleversements et de terribles tempêtes. Le capitaine Dambonrgès s’alar-

muit de ces symptômes précurseurs

JIsnace Aubert de Gaspf, pour major.

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de décadence et de ruine. Et, pen dant que les gouvernements et les peuples cherchuient à éviter la contagion, et à se mettre à l'abri de l'orage, ce grand citoyen fut, quoique Français, le premier à condamner et à repousser ces tendances funestes. Sa droiture et son bon: sens lui en firent comprendre tout le danger, et sa conduite, dans cette circonstance, fut telle qu'il conserva toujours la confiance de tout le monde. Aussi, dans un relevé de milices de cette époque, on le voit élevé au rang de colonel, avec Pierre Mar. coux, — nommé plus tard conseiller

législatif, — pour lieutenant-colonel, et

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Dans le même temps, il était un des vingt-sept commissaires de la paix pour la ville et le district de Québec, et l’un des membres de la première société d'agriculture établie en cette colonie, et fondée par le gouverneur Carleton.

Ne désirant que servir son pays, et améliorer le sort de ses concitoyens, le colonel Dambourgès était toujours prêt à mettre son influence et ses talents

au service de toutes les causes d'utilité

publique. Il se plaisait à tout animer,

à tout activer, à voir tout réussir, Aussi, trouve-t-on son nom partout où il y avait du bien à faire. Amidu pro-

grès, s’associant généreusement à toutes

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les nobles ‘entreprises, il n'épargnait aucun sacrifice pour en assurer le succès. Jamais il ne se trouvait à l'aise devant l'infortune ; et son empressement à soulager les malheureux ne lui permettait pas de compter avec eux.

C’est ce qui explique pourquoi il vécut toujours fort modestement, et comment

il mourut sans laisser à sa famille ni

‘terres, ni propriétés quelconques.

Cet homme généreux comptait sans défiance sur l'amitié de tous, et ne s’'embarrassait nullement de l'avenir.

Admirable imprévoyance qu'on pourrait taxer avec sévérité, s'il s’en füt suivi l'oubli de sa famille devant

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des jouissances et des satisfactions personnelles. Des égoïstes seuls batteraient des mains en voyant un si noble dévouement faiblir à ses espérances.

Mais c'était pour secourir les misères et soulager les maux d'autrui qu'il se dépouillait ainsi. Considéré parmi ses concitoyens et même parmi les hommes d'une autre origine, bienvenu au chàteau Saint-Louis, et à la table du duc * de Kent, M. Dambourgès n’en prit malgré tout cela ni morgue, ni hauteur, Il était tout entier à ses amis ; et tous les individus, sans distinction aucune, trouvèrent en lui, en tout temps, un

dévouement énergique et cette bien-

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veillance qui sourit à tous. En revenant chaque année à Saint-Thomas, soit pendant le temps qu'il était membre du parlement, soit lorsqu'il fût employé par l'Exécutif, le colonel Dambourgès y renouvelait amitié avec tout le monde, visitait presque toutes les familles, acceptait les invitations de ses co-paroissiens, et menait en tout une vie simple et sociale, avec un sansfaçon qui charmait tous ceux qui l'approchaient,

L’'Angleterre s'était enfin décidée (1791) à octroyer à nos pères la consti-

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tution qu'ils semblaient demander. en

vain, depuis si longtemps. Cette charte exerça, pendant cinquante ans, une grande influence sur les hommes et les.choses. de ce pays. C'était, selon les uns, une faible concession de la part de l'Angleterre, obligée de céder aux sollicitations des. colons; selon les autres, c'était le palladinm des libertés populaires. et la garantie de nos droits et de priviléges incalculables.

Le colonel Dambourgès, homme modéré dans ses opinions, modeste appréciateur du besoin de nos lois en cette colonie, mais fier de voir la Grande.

Bretagne donner à ce petit pays une

constitution calquée sur celle dont la religion l’a dotée elle-même, exhortait le peuple à l’adopter avec empressement, et à bannir au loin les craintes et les soupçons à l'endroit d'une concession qui ne paraissait, aux yeux

d’un certain nombre, qu'un piége de

plus tendu à l'ignorance de nos pères,

en matières constitutionnelles et à leur bonne foi. Le peuple n'était pas exactement préparé au régime constitutionnel, auquel ïil allait se trouver soumis ; il n’en connaissait pas encore toutes les ressources ; mais avec de la patience, de l'énergie, du travail et de

l'union; avecles conseils et leslumières

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de quelques chefs éclairés, on pouvait espérer une administration plus impartiale des affaires, et une répartition plus juste des places lucratives, des emplois honorifiques, des honneurs et de l’argent du peuple.

C’est en usant ainsi de son influence dans son modeste village, pour affectionner le peuple au nouveau régime, tout en continuant son commerce, que le colonel Dambourgès apprit que ses ennemis, dans l'espoir de le perdre, lui attribuaient des propos et des projets

ublicains. C'était bien lui dire que les espions avaient les yeux ouverts sur lui. Sans se déconcerter, il alla de

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mu

suite trouver le gouverneur, et lui offrit de repasser en France avec sa famille, sion pouvait le convaincre d’avoir manqué au devoir. Cette franche démarche eut l'effet de déconcerier ses adversaires. Le gouverneur Carleton, qui se tenait bien au-dessus des préjugés de son entourage, se plut en ce moment à rendre justice à la loyauté de sa conduite, comme il avait reconnu et loué autrefois la noblesse de courage de M, Dambourgès. Ses ennemis ne se tinrent cependant pas pour battus. Jaloux de le voir grandir dans l'estime publique:

et désespérant de ruiner son crédit dans lesprit du chef du gouvernement,

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