‹ Le colonel de hussards; mélodrame en trois actes, à grand spectacleChapitre 11 sur 49 · SCÈNE YI · texte numérisé non relu

SCÈNE YI

ROSINSKI, EUDOXIE, BERTHE, POLESKA. Eudoxiey appuyée sur Poleska, descend la montagne et s\wance doucement sur le devant de la scène ; son œil estjixe ; elle paraît occupée d'une idée éloignée.

, ROSINSKI.

Elle est cliarmante !

EUDOXIE

Que cette campagne est belle! J'avais besoin de respirer... [^serrant le bras de Poleska) Tiens, le vois-tu?... Il vient vers nous , je Tapercois... là-bas.

BERTHE

Ma chère maîtresse !

EUDOXIE, l'éloignant sans la regarder.

Le voilà... Il s'approche... Cher époux!... Mais, non, il se • détourne... Il ne veut plus me voir... Que je suis malheureuse !

ROSINSKI.

L'aimable personne ! i^à pari)\\ était temps que je vinsse la consoler.

EUDOXIE

Il ne veut plus me voir!.. Mais n'importe; l'ingrat, qu'il parte; il me reste au moins le gage de son amour... ( ouvrant

les hras \ Cher entant , viens sur mon cœur Quelle pâleur

sur son visage II souffre Dieu ! Que vois-je7 du sang!....

Ah ! c'est moi qui l'ai assassiné ! ( Elle tombe dans les bras de Berthe. )

BERTHE , à part,

O ciel ! Elle va trahir sou sf<;rel.

ROSINSKI.

Assassiné ! . . que dit-elle ?

BERTHE , faisant asseoir Eudoxie.

Rien, rien.... monsieur le comte sa pauvre tète ! {apercevant que sa maîtresse om>re les yeux ) Elle revient à elle j je crains que la présence d'un inconnu...

ROSINSKI.

Soyez tranquille, je serai prudent...

EUDOXIE

Ah ! te voilà , ma bonne Berthe Et toi , aussi , Poleska.

l^apercevant Rcsinski, avec effroi') Quel est cet homme? (£//e reutjuir. )

ROSINSKI.

Arrêtez , Madame, et daignez répondre à celui qui se croirait le plus heureux des hommes , s'il pouvait vous être de quelque utihté.

BERTHE , à part.

Je tremble que ses réponses ne contredisent

EUDOVIE.

Mais , monsieur qui èles-vous?

ROSINSKI, cherchant à lire dans sa pensée. Peut-être avcz-vous entendu parler quelquefois du colonel de Rosinski?

EUDOXIE , effrayée , comme Jrappée d'un souvenir. Rosinski!.... Rosinski ce nom-là ne m'est pas inconnu.

ROSINSKI.

Je ne le pense pas; madame, en guerre comme en amour, il obtint quelque succès ; et si je pouvais joindre à tant de bonheur celui de vous inspirer un peu de confiance {^Pendant

qu'il parle, Eudoxie est retombée dans sa rêverie mélancolique.^ PIERRE , dans lu couli.sse.

Monsieur le comte ! monsieur le comte I

ROSINSKI.

A l'autre maintenant.

PIERRE , paraissant .

M. lecomte, Monsieur deRadzi-\vil, qui précède de quelques instaus madame la comtesse de Walmoden , vient de descendre de cheval, et se dirige de ce côté.

EUDOXIE , levant précipitamment la tête. Walmoden .'.... abîma bonne, fuyons, fuyons

Qu'avez- vous donc, madame?

EUDOXIE

Laissez-moi !.... laissez-moi! ( JF/Ze rentre vivement, suivie •Je Berthe et de Poleska. )

fSCÈNE VIÏ.

ROSINSKI, puis ALFRED, LE CLERC.

ROSIiVSKI.

Que signifie celte terreur?..., n'importe, elle est divine l

jVn suis fou; à quelque prix que ce soit, elle m'appartiendra. ALFRED, entrant.

Ah î te voilà enfin , mon cher Rosinsklî

ROSINSKI.

Et arrive donc, paresseux Ah! mon Dieu, quel air

somhre! dirait-on, à ta mine , que demain tu te maries à une des femmes les plus almahles de TEurope.

ALFRED

Roslnski, toi seul connais l'état de mon cœur, qu'il me soit permis de t'y laisser lire un moment, quand, lorsqu'au d'autres lieux je suis si souvent ohligé de me contraindre.

ROSINSKI.

Parbleu ! je le croîs hien ; il serait l>eau vraiment qu'on apprît que tu allais sacrifier tes espérances de fortune à une petite Eudoxie, qu'on dit bien jolie, bien coquette; ca m'est égal, je ne la connais pas et qui de plus te trompait.'

ALFRED

Me trompait!

ROSINSKI.

Eh! oui morbleu! as-tu donc déjà oublié cette lettre que ton ancien valet- de-chambre , que tu as élevé au grade d'intendant, le brave Le Clerc , trouva chez ta maîtresse ; et qu'elle écrivait à ce jeune peintre aussi ignoré quelle?

ALFRED

T>'oublier.... non, elle est là sur mon cœur, elle le brûle.. .. perlide Eudoxie !

ROSINSKI.

OÙ eu serais-tu si tu n'avais eu un ami tel que moi; quand tu me confias ta passion, je pris des renseigncmens sur l'objet de tes vœux , et 11 ne me fallut pas un mois pour me convaincre que si ta fidèle et tendre Eudoxie était assez ambitieuse pour aspirer à la main de l'héritier du baron de Dervitz, elle n'était pas encore assez peu sentimentale pour n'avoir point donné son cœur à un rival d'autant moins facile à soupçonner, quelle l'avait choisi dans une classe inférieure à la tienne. ALFRED.

Grands dieux! tuas raison; je dois l'oublier.

ROSINSKI.

Dans les commencemens tu ne voulais pas me croire, et il a fallu qu'une preuve sans réplique

ALFRED

Ta manière de penser à l'égard des femmes est si bien connue, rjuil était permis de douter.

ÂUfRED.

Voilà !.. . . ma manière de penser, ils n'ont tous que cela à me dire qu'a-t-elle donc de si extraordinaire, voyons? objets divins , placés dans la vie pour charmer nos instans , les femmes méritent-elles qu'on pense autrement d'elles?

ALFRED

Rosinski , sois franc; pendant la guerre, les excès auxquels tu te livras contre un sexe faible ; pendant la paix, les perfidies dont, sans scrupule , tu te rendis coupable envers les femmes, n'ont-ils donc laissé dans ton cœur aucun remords ?

ROSINSK.I.

Eh! mon ami, en amour tout est permis cependant s'il

faut m'expliquer je ne sais pas ce que j'ai là quelquefois

c'est comme un ennui par exemple, le matin en me réveillant, mais bah je saute hors du lit, je retrouve ma

gaîlé , et puis en voilà jusqu'au lendemain matin.

ALFRED

Ainsi un moment au moins tu reconnais tes torts

ROSINSKI.

Oui, sans doute, je suis forcé d'en convenir je suis uix

mauvais sujet, et cette certitude commençait à me poursuivre; mais , ne pouvant mieux faire , je continuai ma m^mière de vivre , quand le ciel lui-même m'offrit les moyens de me distraire , et de prouver que chez moi la légèreté envers les femmes n'étouffait pas tous sentimens humains. Il y a un an à peine, de retour en Pologne, j'étais cbezle comte de Roselli; un matin que , le fiisil sous le bras , j'errais dans les bois qui environnent le château , tout à coup du bruit se fait entendre

dans le taillis je lire un cri aigu part, je suis mon

fidèle médor , et je trouve un enfant de quatre ans que moti plomb avait effleuré à la joue , et dont mon chien léchait la blessure: saisir cette petite créature, la couvrir de baisers, arrêter son sang , courir au château, tout cela fut l'affaire d'un instant; tiens, dis-je à mon vieux Stanislas, voilà ma chasse, c'est un enfant que le ciel m'envoie ; élève-le, corrige-le quand je le gâterai; je n'ai pas d'héritier, je l'adopte; et puisque j'ai manqué de lui ôter l'existence, il est trop juste que je fasse tout pour embellir sa vie; bien plus, eu le comblant de bienfaits, en l'élevant en honnête homme, en brave militaire, Dieu peutêtre me pardonnera les fautes que je ne puis mempêcher de me reprocher. Que te dirai-je? depuis un au mon petit Gustave est tout pour moi ; il me semble que la présence de cet an-^e me réconcilie avec mol-même , et serait seule capable de nu-" ramener à la vertu , et ma tendresse pour lui est si vive que .

( ÏS )

tlussai-jc lui donner ma yie , il n est rien que je ne sacrifie pour assurer sou bonheur.

ALFRED

Bien , Rosinski.

ROSINSKI.

Cela n'empêclie pas cependant que les femmes ne soient toutes coquettes, charmantes, délicieuses, inconstantes

ALFRED

Toutes Lélas ! j'ai cru un instant qu'au moins une

seule

ROSINSKI, lui serrant la main.

Ali ! c'est juste tu as raison , il n'y en a qu'une, et c'est

celle que je t'ai donnée , et moi aussi , ébloui par ses attraits , j'osai lui adresser mes vœus. ; si tu savais cou une elle me reçut je voulais m'en venger, selon ma loualile habitude ,

mais, ma foi! elle s'y prit d'une telle façon qu'il me fut impossible de me fâcher, et, frappé de son caractère et de l'empire qu'elle avait su prendre sur moi ; Cette femme-là n'est pas mon fait , me dis-je. Cependant elle ne peut pas rester veuve, ce serait un meurtre; Alfred seul lui convient ;• et je sens que si jadis j'eus la folie de uie déclarer sou auiant , je serai bien plus heureux eu devenant aujourd'hui le premiei- garçon de la noce.

ALFRED

Mais qu'as-tu fait ici eu nous atteudaMt !

ROSINSKI , fnysiérieuseinent .

J'ai découvert dans ce pavillon, où elle est sous la garde dune vieille gouvernante, une jeune femme charmante qui est

folle par amour , conçois-tu mon bonheur ! folle par amourî

Hue faut pas que ma livrée paraisse, j'aurai besoin de toi, Le Clerc.

LE CLERC

M. le colouel peut compter sur moi.

ROSINSKI.

Mais chut, voici Stanislas et mou petit, général.

ALFRED

Ton général I

ROSINSKI.

Ehbiea! oui, mou ange descendu du ciel.

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