‹ Le colonel de hussards; mélodrame en trois actes, à grand spectacleChapitre 38 sur 49 · LA COMTESSE, ALFRED · texte numérisé non relu

LA COMTESSE, ALFRED

LA COMTESSE, à part.

Sa tristesse , qui paraît redoubler à mesure que notre union approche , n'est pas naturelle... il faut absolument que \e lise dans son amej (haut) Mon cher Alfred, au moment où nous allons être liés par le nœud le plus sacre, sera-t-il permis à. mon amitié de vous adresser quelques questions qui nous intéressent tous deux.

ALFRED, à pari.

Que veut-elle dire?

LA COMTESSE

C'est en vain que vous voudriez le dissimuler, quelque sombre nuage obscurcit votre esprit... pai'lez-moi franchement, Alfred?

ALFRED

Croyez, madame, que vous vous méprenez.

LA COMTESSE

Ne mentez pas, monsieur j je suis femme, aucune émotion de l'ame ne m'échappe ; et tenez , en ce moment , un soupir étouffé... Alfred, en m'épousant, croyez-vous donc que votre femme ne veut pas être votre première, votre véritable amie?.. je sais tout, Alfred, vous avez aimé.

ALFRED

Eh! quoi, madame , Aous sauriez...

LA COMTESSE

Oui, le colonel a cru de sa délicatesse de m'instruire; mais si, lorsque je connus les détails d'une passion indigne de vous, je consentis à venger notre sexe en vous montrant duue manière bien imparfaite sans doute, quelques-unes des vertus qui peuvent le distinguer crovez-vous donc, Alfred^

que quokîues souvenirs, retracés à votre cœur, puissent m'empècher de vous montrer mon dévouement , au moment où il y aura quelque mérite à en avoir.

.\LFRED.

Madame...

ÏA COMTESSE.

Le récit du colonel avait touché mon cœur , vos aimables qualités aclievcrent de le captiver. Je vous voyais accablé de cliaf^rins, quaud l'avenir le plus brillant vous attendait; quel bonheur, me disais- je, de rendre le repos à une ame si malheureusement affectée ! Mon ranc;, ma fortune, tout sera prodii>ué pour Texécution de ce projet ; seule sur la terre , libre d'un hymen qui n'avait pas été de mon choix , cette espérance de bonheur était trop séduisante pour ne pas m'y livrer tout entière; notre union me fut proposée... et le moment approche où ce rêve démon cœur va devenir une réalité. ALFRED, à part.

Et je .penserais encore à l'indigne Eudoxie !

LA COMTESSE

Il en est tems encore ; dites -le moi , vous est-il possible d'oublier. . ,

ALFRED

Arrêtez , madame , et gardez-vous de prononcer un nom qui

ne peut plus m'inspirer que du mépris Oui, long-tems un

bandeau couvrit mes yeux ; long-tems mon cœur , dévoré du

besoin d'aimer, fut enchaîné par une femme perfide Ab !

]''étais si heureux ! Désolé , sans soutien , j'allais condamner à jaiuais toutes les femmes ! quand le ciel , qui prenait pitié de ma douleur, et qui voulait m'épargner une injustice, vous offrit à ma vue. Vos vertus achevèrent ce que votre présence avait déjà commencé ; mon cœur reprit une nouvelle existence , il ne connut plus qu'une seule personne au monde, et c'est à vos pieds... (// se jette à genou jr. )

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