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L airo batluc(jUO l'oiniail le solde la cabane était oouvorte de vipères hideuses et irritées. Les unes s'étalaient en cercles au milieu de la pièce, d'autres se dressaient sur la queue et bondissaient on silllant, d'autres s'enlaçaient déjà aux colonnes du lit et se balançaient dans l'air ; partout des tètes triangulaires, des yeux sanglants, des langues rapides et acérées. Soixante serpents, toute la chasse de Jérôme pendant une semaine, étaient disséminés dans une chambre de huit pieds carrés.
— Des serpents ! reprit la jeune femme en faisant un pas en arrière presque malgré elle. Ohl il n'est pas là, dites -moi qu'il n'est pas là
Les paysans baissèrent la tète d'un air consterné saas répondre.
Pendant ce temps Courtin n'était occupé que du pauvre coUibert évanoui ; il avait mis un genou en terre près de lui, et il cherchait à étancher le sang qui coulait en abondance de ses blessures.
— JérOme, disait-il d'une voix déchirante,
mon bon Jérôme, c'est moi... Courtin, votre ami. Il ne répond plus... Oh! les misérables l'ont assassiné, et c'est moi qui en suis lacause! Cependant le son de cette voix parut opérer un miracle sur le malheureux paria. Il rouvrit lentement les yeux, et son regard mourant s'attacha sur le colporteur ; un sourire plein de douceur et de résignation passa sur ses lèvres déjà livides, et il soupira de sa voix douce et enfantine en cherchant dans le vide la main du marchand :
— Mon ami., ôles-vous content de moi ? Amélie se rapprocha d'euxavec impétuosité.
— Qu'a-t-ilfait de mon fils? s*écria-t-elle en désignant le blessé; il ne l'a pas laissé exposé...
— Eh! Que nous fait votre enfant qui porte malheur à tous ceux qui le touchent ! s'écria le colporteur ; prenez-le donc, Madame, et laissez deux amis dont Tun va mourir se dire un dernier adieu...
— Mais vous ne savez pas que là, daus cette chaumière... des serpents...
(ic s«nil mol siitlit pour l'aire (;om|tic'ii(lrc au tolj)orteur la véiilé loul ontièrc, il se redressa.
— Malheureux I s'écria-t-il , (|u'avez-vous lait?
Le eollibert se souleva péniblenienl sui- le eoude et dit d'une voix faible et entrecoupée :
— L'enfant n'a lion à craindre... il est dans la seconde pièce de la cabarie... La porte est fermée... Mon ami, continua-t il en se retournant veis le colporteur, ne vous voyant pas avec les gars, j'ai cru qu'ils voulaient employer la force... J'ai cherché à fuir, mais ils m'ont arrêté... Alors ne sachant comment leur enlever l'enfant, je suis entré dans la cabane, j'ai ouvert la soupape... comme le jour où les Bleus étaient venus ici...
Et il se laissa aller épuisé dans les bras du colporteur.
— Mais, reprit la jeune femme, pleine d'angoisses, est-il bien vrai (|u«.' mon (ils soit en sûreté"? ne serait-il pas possible que quel- (ju lin de ces alVieuv reptiles ne pénétrât par
dessous la porte jusqu'à l'endroit où est mon fils! parlez... oh! hâtez-vous., il est temps peut-être encore...
Le coUibert resta un moment sans répondre, comme s'il n'avait pas entendu. Puis il attacha un regard mourant sur Courtin qui fondait en larmes, et se laissa tomber tout à fait en répétant encore : — Mon ami!
Ce fut en prononçant ce mot qui semblait rempli pour lui de délices ineffables, qu'il rendit le dernier soupir.
En ce moment la voix du commandant se fit entendre dans l'enclos qui était derrière la chaumière.
— Par ici, mes amis; nous n'avons à percer qu'une mince muraille pour arriver à la chambre où se trouve mon fils ! A l'ouvrage tout de suite! Apportez vos couteaux, il s'agit seulement de faire une ouverture assez large pour le passage d'un homme... Courage, nous le sauverons !
Tous les paysans se précipitèrent dans le petit enclos , se préparant à se faire des
outils de loul ce (lu'ils avaienl à leur portée.
— Non, non, dit la jeune uièrej vous arriveriez trop iMi'd peul-iHre... la chute d'unfî pierre pourrait le blesser... Jl faut (jue quelqu'un se dévoue pour le sauver, et ce sera moi qui me dévouerai.
— Amélie, s'écria le commandant d'une voix terrible en se précipitant à travers la haie pour arriver plus vite près de sa femme et l'empêcher de mettre à exécution ce projet, Amélie... Je vous défends...
Mais la jeune femme s'élançait déjà vers la chaumière, dont la porte était ouverte toute grande.
— Arrêtez, Madame, je vous en prie, dit Courtin en courant apiès elle ; c'est vous exposer à un danger terrible, inévitable.
Amélie ne l'entendait |)lus ; elle s'était précipitée dans la chaumière; elle avait traversé la première pièce au milieu des silllements des serpents irrités par cette audace, et elle avait pénétré dans l'obscur réduit où était le berceau de son fils.
Tous les paysans étaient revenus sur le (levant de la cabane, pâles du courage de cette jeune fille. Deux des plus robustes retenaient le malheureux Charles, qui, fou de terreur, voulait s'élancer à la suite d'Amélie. Courtin, le corps penché à moitié dans l'intérieur de la cabane, écartait doucement, avec un long bâton qu'il avait arraché des mains d'un des assistants, les vipères qui auraient pu se trouver sur le passage de la jeune mère quand elle allait revenir avec son précieux fardeau. Tous les autres étaient immobiles comme des statues et on eût pu entendre les battements de leurs cœurs. Une demi-minute s'écoula ainsi.
Tout à.coup un cri de joie partit de toutes les bouches, car Amélie, l'œil animé , un sourire de bonheur sur ses lèvres, venait de reparaître élevant au dessus de sa tête cet enfant qui lui avait déjà coûté tant de larmes. Elle franchit, légère comme une gazelle, les épouvantables reptiles qui se dressaient sur ses pas.
ol elle vint tonihor saine et sniivo dans hs hras de son époux.
— Amélie, s'éeriait le eonimandant hors de lui en la couvrant de baisers et de larmes, elle et son enfant, Amélie, qu'avez-vous fait? A quels affreux périls...
— Charles, dit la jeune femme en lui présentant son fds d'un air solennel, souvenezvous que vous m'aviez appelée mauvaise niére !
Qucl(|ues moments après, Charles et Amélie se reposaient sur l'herbe, de tant de fatigues et d'émotions. L'enfant passait des bras de sa mère à ceux de son père, souriant à tous les deux. Les paysans rangés respectueusement à l'entour admiraient cette petite scène de bonheur conjugal.
A quelque distance, seul et agenouillé devant le corps du pauvre paria, le colporteur versait en silence de grosses larmes.
Charles Fougeraie se leva et s'approcha avec
tout son monde de Courtin, qui ne se retourna pas pour les regarder.
— Brave homme, lui dit-il avec douceur, que désirez-vous pour récompense?
— Une sépulture honorable pour ce malheureux ! répondit-il en posant une main sur le cadavre de son ami.
— Il l'aura... Et vous?
— Pour moi... un sauf-conduit qui me permette de quitter ce pays, où je ne reviendrai jamais...
— Tu feras bien, murmura une voix menaçante à son oreille ; les Bleus ne seront pas toujours là pour te défendre... et je sais que tes croix bénites par le pape ne préservent pas des balles... surtout des balles des sorciers.
C'était le sacristain qui avait eu la jambe cassée par le coup de feu de Tout-en-Cuir.