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POSTFACE

Servant de Réponse à la Lettre que le Sieur Caraccioli, Écri* vain, du Tiers- Ordre de S. François (l), vient de publier contre moi, sous le nom de Bajfompierre, Libraire à Liège*

Je corrigeois la dernière épreuve du Colporteur, lorsqu'il m'est parvenu un libelle du Sieur Carraccioli, Marquis ; cela pourroit être, mais plus sûrement Baron Italien; Colonel de la République de Pologne, cela est positif, parce que sans ce titre il n'auroit pu s'asseoir, ni manger avec les jeunes Palatins dont il a été le Précepteur.

Ce Libelle, mis au jour par le nommé Bassompierre, étoit digne de la Caverne obscène où le Portier des Char* treux, V Académie des Dames, Margot la Ravaudeuse, et en dernier lieu la Pucelle d'Orléans, ont été imprimés plus d'une fois (2).

Mais en mettant de côté les injures, voyons le chiffon du fripier de Morale; que dit-il? « Que le Sr. Chevrier, Auteur du Gazetin de Bruxelles, est un audacieux qui manque à la Religion et à l'Impératrice-Reine, quand il

(1) Titre que l'on donne aux Auteurs faméliques qui vivent d'aumônes. {Note de Chevrier.)

(2) Non la Pucelle de M. de Voltaire, mais un Ouvrage tronqué que le scélérat le plus familiarisé avec l'irréligion et la débauche, ne pourroit lire sans frissonnement. C'est cependant ce Bassompierre, exécrable Editeur de ces abominations, dignes du dernier supplice, qui prête son nom au Sieur Caraccioli ; ces deux hommes doivent être étonnés de se trouver l'un à Vienne, l'autre à Liège, pays où la Religion et l'honnêteté des mœurs ont été respectées. (Note de Chevrier.)

ose avancer que le Livre intitulé, la Grandeur d'Ame, dédié à cette Princesse, est un mauvais ouvrage. »

Pour réfuter ce reproche odieux et mal-adroit, je dirai au Sieur Caraccioli, que personne (tous mes Ouvrages le prouvent) ne respecte plus que moi les talens sublimes, et les vertus politiques, Citoyennes et Chrétiennes de la Semiramis de l'Allemagne, et que l'Ecrivassier Italien, profane le nom sacré de cette Auguste Reine, en le faisant entrer dans une querelle littéraire; mais mon livre, continue Timbecille Mendiant, est bon, puisqu'il a été imprimé à Vienne, et que l'Impératrice en a agréé la Dédicace. Je répondrai de sang-froid à ces deux pitoyables raisonnemens, en observant qu'on imprime beaucoup de mauvais Livres à Vienne et à Paris, et si le Sr. Caraccioli osoit nier ce fait, je lui citerois ses ouvrages et les miens; d'ailleurs où a-t-il appris qu'un souverain, qui daigne permettre que son nom décore le frontispice d'un livre, et donne un présent à l'Auteur, doive s'offenser des critiques qu'on fait de cette production? Si cette absurdité avoit lieu, je dirois au Sieur Marquis, que j'ai dédié à un Grand Prince un Ouvrage pour lequel j'ai eu une tabatière de cent louis ; et que, malgré le Nom adoré de S. A. R. le Duc Charles de Lorraine, et ses bienfaits, je suis convaincu que ce Prince se respecte trop pour dire que ceux qui m'ont critiqué sont bien hardis (i).

Si une Epître Dédicatoire à un Souverain, prouvoit la bonté d'un livre, les Lignières, les Scuderi, les Pelletiers, et les Caraccioli, du siècle précédent et de celui-ci, seroient de grands hommes.

Que ce vil délateur apprenne donc qu'un Prince, en

(i) Caraccioli faisant lire le Gazetin du i4 Août à l'Impératrice-Reine, ose dire que celte grande Princesse s'écria : « Quel est cet Auteur? Il est bien hardi d'attaquer un livre que je protège ! » Fausseté manifeste, parce que le goût de cette Princesse m'assure qu'elle ne protège que de bons Ouvrages. {Note de Chevrier.)

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daignant agréer la Dédicace d'un Ouvrage, ne s'avilit pas, jusqu'à en être le Don Quichotte; il lui suffit pour autoriser la publicité d'un livre, qu'il ne renferme rien contre les Mœurs et la Religion, mais cet acte de bonté n'empêche pas que la Grandeur d'Ame ne soit une maussade compilation de traits rapetassés et rédigés sans goût, sans style, et avec l'empressement famélique d'un homme qui va tendre la main dans toutes les Cours où régnent l'indulgence et la commisération. Au reste, que Caraccioli sçache que je n'avoue que les productions où je mets mon nom, telles que celle-ci, parce que je pense comme cet Auteur moderne, qui dit avec sagesse :

Un rapport clandestin n'est pas d'un honnête homme. Quand j'accuse quelqu'un, je le dois et me nomme.

Si le barbouilleur ultramontain avoit à se plaindre du Gazetin de Bruxelles, il devoit s'adresser au Ministère. Je conviens que j'ai rédigé pendant dix mois cette feuille hebdomadaire; mais le Gouvernement sait que je n'y ai jamais mis une syllabe sans l'approbation et le visa d'un de ses Membres, et que plusieurs des pièces, dont j'ai fait usage, m'ont été fournies par l'Etat. J'ai des preuves par écrit de ce que j'avance. Pourquoi n'ai-je pas continué cet ouvrage? Je le dirois, si je n'avois pas peur qu'on ne m'accusât d'amour-propre.

Je finis en observant au Sr. Caraccioli, que s'il n'avoit point inséré de personnalités dans sa lettre, j'aurois été plus modéré, et que je ne lui aurois pas rappelé une affreuse vérité qu'un Officier françois lui dit, en ma présence, à la table d'hôte du Cigne blanc à Francfort : Voici ses propres termes.

« On ne doit parler des mœurs de Voltaire ni de personne, quand on a été chassé de plus d'un endroit, pour un crime que la nature abhorre, vous m'entendez, M. le Marquis, adieu. »

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Caraccioli regarda le sabre du domestique qui marche à ses côtés, pour défendre ses ouvrages, se leva en jurant doucement, demanda une pipe, fuma, et partit le lendemain pour aller faire une quête à la Cour de Bonn.

Quoi qu'il en soit des indignités de l'Italien, je ne rougis ni des pièces que j'ai données au Théâtre de Paris, et que son hypocrisie me reproche, ni des Brochures politiques que j'ai composées à Francfort, et dont le même particulier me fait un crime. Si j'étois assez stupidepour me défendre avec les armes qu'il emploie contre moi, je lui dirois que ces ouvrages sont à l'abri de la critique, puisque le Prince Xavier de Saxe, et le Maréchal Prince de Soubise, ont daigné m'en témoigner leur satisfaction, en m'honorant l'un et l'autre d'une tabatière; mais ces Présens, qui ne servent qu'à manifester la bienfaisance de deux protecteurs des arts, n'empêchent pas que Monsieur de Caraccioli et moi ne soyons deux sots; moi un Sot Ecrivain, et lui un Sot****** (i), ces six étoiles disent le mot.

(i) Bougre.

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