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AUTRES ANECDOTES RELATIVES AU SPECTACLE

Le chevalier de Tintiniac, officier aux g-ardes françoises, s'étant placé, à une pièce nouvelle, au milieu du théâtre, un spectateur cria du fond du parterre : Annoncez. M. de Tintiniac ne se remua point ; les clameurs redoublèrent, on poussa les choses jusqu'à crier : Annoncez, l'homme à l'habit gris de fer, galonné en or. Le chevalier ne doutant plus que l'apostrophe le reg-ardoit, s'avança sur le bord du théâtre et dit : j'annonce que vous êtes des drôles que Je rouerai de coups. Le parterre se tut et les acteurs continuèrent la pièce.

Un abbé coquet s'étant placé au théâtre, le parterre, de mauvaise humeur, cria : A bas, M. l'abbé. Celui-ci, sans se démonter, se leva et dit poliment aux gens du parterre : Messieurs, depuis qu'on m'a volé une montre d'or en votre compagnie, j'aime mieux qu'il m'en coûte un billet de théâtre que de risquer encore ma tabatière. Le parterre même applaudit à la saillie de l'abbé, et tous les rieurs furent de son côté.

La comédie de Y Esprit du Divorce fut jouée aux Italiens ; à la seconde scène on entendit un coup de sifflet. M. de Morand, auteur de cette pièce, sort des coulisses où il étoit, et du milieu du théâtre il jette son chapeau dans le parterre, en disant : Je compte que celui qui a sifflé ma pièce voudra bien me le rendre; à l'instant il descend au parterre; mais personne n'ayant jugé à propos de lui remettre son chapeau, il fut obligé de le ramasser lui-môme : la Police ne voulant point qu'un Auteur fît applaudir ses pièces, l'épée à la main, fît arrêter M. de Morand et lui défendit l'entrée des spectacles pendant six mois.

M. Piron, mécontent du jeu de Sarazin, qui représentent dans une de ses pièces et sachant que cet acteur avoit été abbé dans sa jeunesse, cria au milieu de l'amphithéâtre : Cet homme qui n'a pas mérité d'être sacré à 24 ans, n'est pas digne d'être excommunié à 60. Le mot est excellent, mais il est mal appliqué ; car Sarazin étoit vraiment comédien.

La tragédie de Childéric, du même M. de Morand dont j'ai parlé plus haut, n'est pas sans mérite ; mais il y a trop de billets ; un acteur apportant la seconde lettre, ne pouvoit passer, parce que le théâtre étoit rempli de jeunes gens. Dumont, vieux plaisant, qui seul avoit le droit qu'il s'étoit arrogé d'avoir une chaise au parterre de la comédie, cria place au facteur, et la tragédie tomba.

Le célèbre Dufresne (1), qui servit de modèle au Glorieux de Destouches, jouant un jour d'un ton de voix basse, un spectateur cria : Plus haut; l'acteur qui croyoit être le prince qu'il représentoit, répondit sans s'émouvoir : Et vous plus bas. Le parterre indigné, répartit par des brouhaha qui firent cesser le spectacle ; la Police qui prit connoissance de cette affaire, ordonna que Dufresne feroit des excuses au public ; cet Acteur souscrivit à regret à ce jugement, et s'avançant sur le bord du théâtre, il commença ainsi sa harangue : Messieurs, Je n'ai jamais mieux senti la bassesse de mon état que par la démarche que je fais aujourd'hui... Ce début étoit assurément très injurieux pour le public; mais le parterre, plus occupé de la démarche d'un acteur qu'il adoroit qu'attentif à son discours, ne voulut pas qu'il continuât, dans la crainte de l'humilier davantage, et Dufresne eut la gloire d'avoir vexé ceux même qui cherchoient à l'abaisser.

(1) Voyez pp. 67, 166, 197 et 206.

Je ne puis terminer ce chapitre des Anecdotes, sans en insérer une qui me fît beaucoup rire lors de l'événement. Un premier acteur d'opéra tombe malade au moment de la représention ; on prend pour le remplacer un de ces subalternes accoutumés à être siffles, quand ils veulent sortir de leur sphère étroite ; le Roi postiche paroît, chante et il est sifflé ; mais sans se déconcerter, il regarde fixement le parterre et lui dit : Je ne vous conçois pas, et devez-vous imaginer que pour 600 livres qu'on me paie par année, j'irai vous donner une voix de mille écus? Le Public oublia le peu de talent du Chanteur et lui applaudit pendant le reste de son rôle. Ou je me trompe ou cela prouve qu'il est bon d'être quelquefois impudent.

Voilà, je pense, assez d'anecdotes pour cette fois; si elles plaisent, comme j'ai lieu de le croire, puisqu'on les a désirées, j'en ai bon nombre qui pourront trouver place ailleurs.

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