‹ Le combat des trois, notes et documents sur la conférence de la paixChapitre 12 sur 41 · Voir les Négociations secrètes el les quatre Armistices · texte numérisé non relu

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prétention rivale de la Serbie qui, après l'Armistice, s'était transformée en « Royaume des Serbes, Croates et Slovènes ».

Nous étions tenus, France et Angleterre, de soutenir la demande italienne mais dans les limites de nos engagements de igiô.Cet appui ne manqua pas à notre alliée latine.

Malheureusement, les Serbes, s'autorisant de ce qu'ils étaient réunis avec les Croates dans la même patrie, émettaient la prétention, fondée sur des statistiques contestables, de se faire adjuger l'Istrie, avec Trieste même, et toute la Dalmatie. Gnne pouvait pas I)rendre en considération cette demande dont l'admission aurait eu pour résultat que l'Italie se serait imposée pour rien les sacrifices de la guerre, et seulement pour substituer un grand Empire slave à l'Empire austro-hongrois. Mais la France et l'Angleterre, bien décidées à faire honneur à leur signature, furent mises dans l'embarras quand l'Italie réclama Fiume dont elle n'avait pas parlé en 19 15. Fiume avec son port était le seul débouché maritime qui pût être laissé à l'État serbo- croate, et justement dans le onzième Point, Wilson avait dit : « A la Serbie devra être assuré un libre accès à la mer. »

La nouvelle prétention italienne s'opposait donc à un engagement du Président des États-Unis, pas à un engagement à déduire d'un principe général — sur cette déduction on aurait pu entrer en controverse et transiger — mais à un engagement précis : « à la Serbie, libre accès à la mer ». En conséquence l'annexion de Fiume à l'Italie devait rencontrer chez Wilson un veto, et à ce veto ni l'Angleterre, ni la France ne pouvaient contredire : i" parce que nous n'avions pas promis Fiume à l'Italie; 2° parce que nous avions accepté les 14 Points et que l'un de ces Points promettait à la Serbie ce qu'elle ne pouvait pas trouver ailleurs qu'à Fiume; 3'' parce que nous ne pouvions pas refuser à un allié, auquel la guerre avait été

si cruelle, la porte sur la mer sans laquelle il aurait été dans la dépendance d'un autre Etat qui, lui, avec Trieste, Pola, Venise, en possédait tant; 4" parce que, en emprisonnant la Serbo-Croatie, on aurait rendu inévitable tôt ou tard un conflit entre elle et l'Italie.

Pour toutes ces raisons, Clemenceau et Lloyd George durent rester neutres entre Wilson et Orlando, avec un penchant toutefois vers Wilson.

On devait espérer que 1 Italie, cette grande politique, à l'esprit si fertile en combinaisons, dont la diplomatie est si flexible et si ingénieuse, se prêterait à quelque accommodement tel que celui qui devait se faire en 1920 entre elle et la Serbo-Croatie par le traité de Rapallo. Mais à la surprise de tous, Orlando montra une obstination intransigeante, plus wilsonienne que machiavélique. Avant même qu'on ne discutât les questions de l'Adriatique, dans les débats sur les Bolcheviks, dont on lira le compte rendu analytique, Orlando avait dit que l'Italie ne se laisserait pas contaminer par les doctrines révolutionnaires ce à moins qu'elle n'éprouvât dans son patriotisme, quelque grande déception ».

La grande déception dont le Ministre italien voulait efl'rayer les Alliés, c'était l'application à Fiume du neuvième et du onzième Points de Wilson. Sur Fiume, la diplomatie italienne, entravée par l'agitation à la fois chauvine et romantique de Gabriel d'Annunzio, se buta. Cette petite question l'empêcha d'embrasser les grandes; elle fit de l'Italie, qui aurait pu jouer à la Conférence un grand rôle européen, un petit plaideur de justice de paix, âpre, maussade et hargneux. L'étroite conception qu'eurent ses représentants de l'Égoïsme sacré les fit descendre du rang qui appartenait à leur grand pays. Occupés seulement de Fiume et des répercussions parlementaires qu'aurait, dans leur pays, la solution d'une question oùl'amour-propre était plus enjeu que l'intérêt, Orlando et plus tard Nitti, tout en siégeaxit au Conseil des Quatre, furent à peine

aperçus. Pour le grand public universel, les Quatre nr furent que Trois, non certes que le quatrième fût insuffisant, mais parce que, à la grande mission qu'il aurait eue à remplir, une agitation de démagogie avait substitué une toute petite commission.

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