‹ Le combat des trois, notes et documents sur la conférence de la paixChapitre 17 sur 41 · Ignace, sous-sec;"étaire d'Etat à la Justice militaire · texte numérisé non relu

Ignace, sous-sec;"étaire d'Etat à la Justice militaire

4. Ces puissances étaient l'Amérique, la France, la Grande- Bretagne, l'Italie,, le Japon.

subordination personnelle à Clemenceau. Avec Mille rand et Georges Laguerre, il avait fait partie de la Rédaction de la Justice de 1880 à 1889 ; il était un des nourrissons de Clemenceau qui, en 1906, l'avait appelé au Ministère des Affaires Étrangères. Homme intelligent, journaliste assez maître de sa plume et orateur assez maître de sa langue, capable d'observer et de donner un bon conseil, Pichon avait malheureusement une débilité d'âme qu'il manifestait pas la fréquence et l'emphase des affirmations de son énergie. Quand on est énergique on le mbntre ; on n'a pas à dire ce qui se voit. Pichon faisait naître toutes les occasions de vanter ce qui en lui ne se voyait pas. Pour Clemenceau, il était demeuré le « Petit Pichon » et pour Pichon, Clemenceau était demeuré « le Patron ». Une seule fois, en janvier igiS, il avait osé secouer le joug de ce patronage, non pour reprendre son indépendance dont il aurait été embarrassé, mais pour se placer dans une autre clientèle. Briand, grand enjôleur d'hommes et d'assemblées, avait débauché Pichon et lui avait donné Taudace de s'associer à tlne politique qui n'était pas celle de Clemenceau. La présidence Fallières allait se terminer. Clemenceau soutenait la candidature de Pams, Briand, ministre de la justice, celle de Poincaré dont, avec Klotz, déjà ministre des Finances, il s'fîtait fait le promoteur. Pichon, à qui on avait promis le Ministère de l'Intérieur où, comme on le sait, il faut une personnalité « énergique », suivit Briand et Klotz. D'où grande irritation chez Clemenceau qui, pendant dix- huit mois entre l'élection présidentielle et la déclaration de guerre, traita son ancien client défectionnaite avec la rudesse méprisante qui était, dans l'Antiquité, le lot des Affranchis ingrats. En août 1914» à la proclamation de l'Union Sacrée, Pichon en avait demandé le bénéfice. Clemenceau et lui s'étaient réciproquement accordé ranmistie et donné l'accolade. Rentré dans la suite du « Patron », Pichon y demeura sans broncher et sans faire d'écart

visible. Il fut, derrière Clemenceau, dans ropposition aux quatre ministères que forma Poincaré d'août 1914 à septembre 1917. Dans cette bataille sans merci il apportait plus de résignation que d'élan. Le jour où Clemenceau après une interpellation à Briand,en 1916, ne retint autour de lui que cinq compagnoïis, Pichoil, avant le vote, disait d'une voix angoissée à un sénateur à qui il croyait de l'influence sur Clemenceau : « Il veut que nous votions contre. Je vous en supplie, obtenez qu'il nous laisse nous abstenir! » Clemenceau n'avait rien voulu entendre et il avait eu, contre plus de deux cents, ces six voix dont, le 12 novembre 1918, il devait se souvenir avec fierté. Ce jour-là, sortant du Sénat après lecture des conditions d'armistice, il était acclaitié par une foule immense, à travers laquelle son automobile ne pouvait pas avancer. Il dit alors à un ami assis à côté de lui : « C'est très bien, mais c'était bien mieux le jour où contre tous les autres nous n'étions que six ^ . »

La fidélité de Pichon pendant les années terHbles de la guerre fut récompensée. Quand Poincaré eut appelé Clemenceau à former le cinquième Cabinet de Guerre^, Pichon alla au Quai d'Orsay'. 11 devait y être moins un Secrétaire d'Etat qu'un secrétaire particulier du Président du Conseil. En eff'et, aucune initiative tie lui fut laissée, toutes les dépêches reçues et toutes les dépêches à expédier durerit être, en 1918 et 1919, soumises au Président qui pair la personne interposée d'un ministre nominal dirigea la Diplomatie. Pichon, façonné à l'obéissance, serait donc à la Conférence un

1. Les sit furent Clemenceau, Pichon, Murât, Rèymorleûcc}, Debierre et Gérardin.

2. Les cinq Cabinets de guerre furent ceux de Viviani (26 août 1914- 29 octobre 1915), Briand (30 octobre 1915-17 mars 1917), Kibot (19 mars-7 septembre 1917), Painlevé (12 septèmbre-13 novembre 1917), Clemenceau (16 novembre 1917-17 janvier 1920).

3. Pichon avait travaillé au rapprochement jde Poincaré et de Clemenceau.

subordonné qui ne se prévaudrait pas de son titre de Ministre des Affaires Etrangères pour chercher à imposer des idées personnelles. En outre, comme il était doué de bon sens, et d'une compréhension assez rapide, comme dans son Cabinet il avait de robustes abatteurs de besogne, tels que Philippe Berthelot, et comme il ne prenait pas ombrage de l'activité de ses subordonnés — quitte à s'en l'aire honneur à lui-même à l'occasion^ — , Pichon pouvait, mieux que certains autres, remplir l'emploi de second plénipotentiaire. Il ne cabalerait certainement pas pour se donner de l'importance aux dépens de son chef. Il n'y aurait pas eu de raison d'aller le chercher, pour le mettre à la Conférence, s'il n'avait pas été le ministre des Affaires Étrangères; mais, puisqu'il était ce ministre, il était impossible de l'y laisser à la porte.

L.-L. Klotz, troisième plénipotentiaire. — L.-L. Kloiz, à la différence de Pichon, n'était ni un client, ni un ami de Clemenceau. Il n'avait pas été épargné par le polémiste de VAw'Oî'e, du Bloc, de V Homme Libre et de V Homme Enchaîné '^. Nul ne croyait qu'il dût jamais

1. Par exemple quand, à la Sorbonne, il révéla, comme ayant été découverte par lui-même, la dépêche de Bethmann-HoUweg à Schoen nous demandant, en août 1914. de remettre en garantie de notre neutralité Verdun et Toul à la garde de l'Allemagne. Ce texte placé en post-criptum de la dépêclie allemande n'avait pas été traduit au moment où l'Administration au Télégraphe l'avait communiquée aux Affaires Etrangères; et pendant trois ans de guerre on ne s'était pas soucié de rechercher ce qu'en cachait la cryptographie. Eu 1918, un fonctionnaire du Chiffre qui avait des loisirs reprit la dépêche de Bethmann-Hollweg, la déchiffra et en fit descendre la traduction complétée au Cabinet du Ministre. Quelques jours après, dans un discours ù la Sorbonne, Pichon révélait l'insolente demande de Bethmann et fièrement disait : « j'ai déchiffré... »

2. V Aurore, journal fondé au moment où se fit la campagne pour la revision du procès du capitaine Dreyfus en 1899; le Bloc, brochure hebdomadaire que Clemenceau publia après son départ de V Aurore en 1903 ou idOi^VHornyne Libre^ fondé en 1913 et devenu L'Homme Enchaîné après une peine de suspension que lui avait

entrer dans un Cabinet Clemenceau. Mais à plusieurs reprises, président ou rapporteur général de la Commission du Budget, et plusieurs fois ministre des Finances, Klotz avait en matière financière une compétence reconnue. En plus, il avait une forte situation parlementaire. Les députés l'avaient entendu, avec reconnaissance, en iQiS, défendre le Parlement contre ceux qui le rendaient responsable de l'insuffisance de notre préparation à la guerre. Cette dernière considération pouvait n'être pas de grand poids dans l'esprit de Clemenceau qui se souciait assez peu des groupes et des clientèles; pourtant elle ne desservait pas Klotz. Mieux valait qu'un autre un collègue en liaison sympathique avec cette foule parlementaire à laquelle Clemenceau n'était pas d'humeur à prodiguer personnellement les avances. Recommandé par son autorité sur un important groupe de radicaux, par la considération qu'il trouvait dans les autres partis de la Chambre, par son talent de « debater » à la tribune et aussi par l'art avec lequel il savait manœuvrer les Commissions et les Couloirs, Klotz avait encore, dans son tempérament volontaire, un titre à l'estime de Clemenceau. On racontait, que, ministre des Finances, il avait su^ quand il le fallait, parler un langage ferme, même rude, aux Directeurs des Grands Etablissements de Crédit, qu'il avait fait sentir à ces représentants du Pouvoir financier, la main du Pouvoir politique. Sa conduite, après ses sorties du gouvernement, n'avait pas donné lieu à interprétations malveillantes. Malgré les sollicitations qui assaillent les anciens ministres des Finances, quand on leur sent de l'avenir, Klotz n'avait accepté de fonction dans aucune société financière. Avocat, on ne l'avait jamais vu plaider pour les sociétés, que,

infligée la censure militaire à Bordeaux, en septembre 1914. L'Homme Libre ne reprit son titre ([u'après la formation dn Ministère Clemenceau, en novembre l'3n. 11 est dirigé maintenant par Eueène Lautier.

comme ministre d'hier, il avait eu à surveiller, et dont, puisque à peine sorti d'un ministère il redevenait ministrable, il serait encore peut-être demain le surveillant. Enfin Klotz n avait jamais eu l'air de se soucier des attaques de Clemenceau, il n'avait pas demandé ni fait demander ^râce. Gomme Clemenceau est, en bravoure, un connaisseur, il avait certainement su gré à Klotz de ne pas répondre aux coups par des sourires. Adaptation déjà faite de Klotz à ses fonctions, autorité sur la Chambre, réputation d'intégrité, que ne tachait aucune anecdote ; toutes ces raisons décidèrent à la dernière heure Clemenceau, qui n'avait pas pu obtenir le concours de Raoul Péret, à maintenir au ministère des Finances un spécialiste qui déjà en avait en main le guidon*. Comme les questions financières tiendraient une grande place dans la négociation pour la Paix, le ministre des Finances devait être un des plénipotentiaires de France. Klotz le fut donc. Ces deux premiers collaborateurs de Clemenceau, Pichon et Klotz, imposés par leurs fonctions et, au moins chez Klotz, par une compétence certaine et une large ouverture d'esprit, étaient des spécialistes. Ils auraient à collaborer avec Clemenceau dans des compartiments particuliers de la Conférence : le ministre des Affaires Etrangères dans le compartiment de la procédure et du Protocole, le ministre des Finances dans le compartiment des Réparations auxquelles la France avait droit. La collaboration avec le Président à la diplomatie générale fut partagée inégalement entre André Tardieu et Jules Cambon. Dans le choix de ce quatrième et cinquième plénipotentiaires, Clemenceau ne fut pas influencé par des considérations de situations acquises à respecter. S'il désigna Tardieu et Cambon ce fut sur

i. Klotz avait été appelé au ministère des Finances en septembre 1917 lorsque Painlevé avait succédé à Ribot à la Présidence du Conseil.

Clemenceau, lloyd george, wilson 127

la seule recommandation des mérites qu'il leur reconnaissait.

André Tardieu. — André Tardieu sortait du journalisme. Pendant plusieurs années, il avait rédigé le Bulletin du Temps et, bien que ses articles quotidiens ne fussent pas signés, il avait acquis bien vite une notoriété européenne, pas dans les rues, mais dans ce qu'on appelle « les cercles politiques » qui se composent de tous ceux, ministres, ambassadeurs, bureaucrates de chancellerie, qui ont, ou croient avoir, quelque part à la direction des affaires internationales. A cause certes de l'importance de son journal, dans lequel les étrangers veulent que se reflLètent les dispositions de la politique française, mais à cause aussi de la connaissance qu'il montrait des affaires, et de la manière élégante avec laquelle il les présentait, André Tardieu était considéré au dehors comme le porte-plume du ministre des Affaires Étrangères de France. Il nous souvient qu'en 191 1, pendant les négociations qui suivirent le coup d'Agadir, Kiderlen- Wàchter, le ministre allemand, disait un jour à un membre de notre ambassade, à propos d'une attaque venimeuse à laquelle s'était livrée la Gazette de V Allemagne du Nord, ou quelque autre feuille officieuse allemande : « Faites savoir de ma part à M. Tardieu que je désapprouve ces procédés, et que l'attaque, dont il a le droit de se plaindre, n'a pas été inspirée par noti'e service de la Presse. » Il n'y avait certainement pas beaucoup de journalistes en Europe qui animaient trouvé chez le Ministre des Affaires Etrangères de l'Allemagne une si courtoise attention.

En août I9i4i André Tardieu avait été mobilisé; et il avait successivement passé dans les États- Majors de Jotli*e et de Foch; enfin, avant d'être appelé à rendre d'autres services, il avait été capitaine de chasseurs à pied. Revenu au Parlement, il y avait

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débuté par une proposition sur l'exercice du contrôle aux armées qui n'avait pas recueilli toutes les approbations et qui n'aurait certainement pas rencontré la sienne, s'il avait été au Gouvernement. Peut-être se serait-il dépensé en vain dans l'opposition, où il venait de marquer son entrée, si on ne l'avait pas remis dans uae voie où ses mérites devaient trouver mieux à s'employer. En avril 191 7 il avait été nommé Haut- Commissaire de France à Washington. Dans ce poste, aux attributions multiples, où il avait à diriger des commissions d'achats et des commissions de propagande; où il avait à parler politique avec les gens d'affaires et affaires avec les hommes politiques 1 il avait ou autant de succès auprès des uns qu'auprès des autres.

Clemenceau lui avait proposé d'entrer dans son ministère en novembre 191 7. Mais Tardieu avait jugé plus utile de conserver le Haut-Commissariat d'Amérique et il en était encore titulaire, lorsque, en janvier 1919, comme il se trouvait à Paris, le Président du Conseil, sans l'avoir pressenti, lui dit qu'il lui avait réservé un des cinq sièges de Plénipotentiaires auxquels la France avait droit.

Le souvenir de l'opposition qu'il avait faite à Briand l'avait peut-être signalé à Clemenceau. Mais combien d'autres compagnons Clemenceau avait- il eus, dans ses luttes contre les Cabinets de Poincaré, auxquels il ne pensa ni pour en faire des ministres, ni pour en faire des diplomates? Si André Tardieu l'emporta sur tant de compétiteurs, il le dut à l'étendue et à la variété de ses connaissances dans ce domaine si vaste des affaires internationales où s'enchevêtrent les questions géographiques, économiques, financières, ethniques, religieuses ; il le dut aussi à la facilité avec laquelle il se mettait au^travail et à la rapidité avec laquelle il Tépuisait. Faudrait-il qu'une question fût étudiée et clarifiée en une nuit? En une nuit André ïardieu aurait écrit et fait dactylographier

un mémoire dont il serait prêt, dans la matinée, à soutenir la discussion orale.

Les plus grands intérêts de la PVance, sous l'inspiration et le contrôle de Clemenceau, ont été défendus par le quatrième plénipotentiaire qui fut en réalité le second. S'agit-il de l'Alsace-Lorrainc, c'est ïardieu qui représente la France, et il la représente encore pour le règlement des aflaires de la Sarre, du Luxembourg, de la Belgique, du Danemark, de l'Autricheallemande, de la Roumanie, de la Yougo-Slavie. Dans les commissions des Clauses militaires, des Coupables, des Garanties d'exécution on retrouve encore Tardieu ; et quand, en juin 1919, on reçoit les contre-propositions allemandes qu'a présentées BrokdortT-Rantzau, Tardieu est un des rédacteurs chargés de répondre au plénipotentiaire du Reich. En cinq mois, il accomplit un labeur immense et s'il n'est pas vrai de dire qu'il soit l'auteur du Traité, du moins comme le praticien cméritc qui fait, pour le Maître statuaire, une ébauche très poussée, il prépara l'ouvrage qu'acheva Clemenceau, autant que les résistances de nos alliés rendirent possible cet achèvement.

Jules Gambon. — Jules Cambon, inscrit le cinquième sur la liste de nos plénipotentiaires, représentait dans la Délégation française la Diplomatie professionnelle, où il n'était pourtant entré qu'après avoir occupé les postes les plus élevés dans l'administration intérieure (préfecture du Rhône, Gouvernement général de l'Algérie). Il était un de ces deux frères Cambon dont le nom restera au tableau d'honneur des meilleurs serviteurs du pays. L'Un d'eux, Paul Cambon, d'accord avec Delcassé, avait réconcilié la France et PAngleterre, fait cette Entente cordiale sans laquelle les 39 millions de Français que nous étions n'auraient peut-être pu que succomber, après une vaillante résistance, sous le poids de 66 millions d'Allemands, mais à laquelle l'Angleterre doit la disparition de sa rivale euj^opéenne

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sur les mers et aussi son salut. En effet si, nous laissant seuls, elle avait permis qu on nous accablât, elle se serait trouvée en face d'une Allemagne maîtresse du continent, dont l'orgueil et les appétits eussent été surexcités par la victoire et elle n'aurait pas tardé à connaître une catastrophe semblable à la nôtre.

L'Entente Cordiale lui a donc été aussi profitable qu'à la Franco ; elle l'a faite pour sa sauvegarde autant que nous pour la notre. A cette grande œuvre diplomatique est attaché le nom d'un des « deux Gambon ». L'autre, celui qui fit partie de la Délégation française, avait eu à remplir en Allemagne une mission hérissée de difficultés. Il avait été envoyé, en janvier 1907, à l'ambassade de Berlin quand, pour l'observateur le moins pénétrant, il était manifeste que la guerre était inévitable, dans un temps plus ou moins éloigné puisque la France ne se résignerait pas à devenir la satellite du Ravisseur de l'Alsace-Lorraine. Affaire des Déserteurs, affaires balkaniques, aflaires d'Agadir, récriminations aigres au sujet de notre Légion Étrangère, réclamations appuyées de menaces au sujet de notre action au Maroc, offres d'une collaboration économique qui, si nous l'avions acceptée aussi largement qu'on nous la proposait, aurait eu pour résultat unpartao-e de l'influence politique en Afrique occidentale, J.'Cambon, dès qu'un obstacle avait été écarté ou surmonté en voyait surgir un autre. On peut dire que son Ambassade fut une Ambassade de guerre, non de notre fait, mais du fait des autres. Notre alliée russe étant affaiblie depuis 1905, la politique d'Edouard Vil et de Delcassé ayant énervé l'Allemagne, qui néanmoins croyait encore pouvoir compter sur la neutralité de l'Angleterre, les mauvaises querelles se succédaient, soit pour nous amener à la soumission, si nous nous laissions intimider, soit pour nous faire accuser de provocation si nous refusions d'entrer en discussion sur nos droits. La France ne voulant pas faire la guerre, sa diplomatie, menée par Jules Gambon, dut

Opérer pendant quelques années une sorte de retraite qui a quelque analogie, dans le politique, avec, dans le militaire, la retraite de nos armées après Gharleroi. Jules Cambon comme Joffre se replia avec parfois des retours offensifs ; et ce mouvement en arrière, où nous ne perdîmes rien d'essentiel, où la dignité fut toujours sauve, ne s'arrêta qu'en 1914, quand l'Allemagne, imprudemment, attaqua.

Clemenceau, président du Conseil de 1906 à 1909, avait vu Jules Cambon à l'œuvre et l'avait apprécié; il l'apprécia bien plus lorsque fut publié le Liçre Jaune sur la guerre Européenne. Par pièces irrécusables ce recueil prouva la clairvoyance de notre ambassadeur à Berlin. Il nous avait avertis d'avoir à nous mettre sur nos gardes notant, à mesure qu'ils se faisaient, les changements dans les dis^Dositions de Guillaume II. Grâce à une confidence reçue en très haut lieu enfin, il avait pu nous faire connaître, le lendemain du jour où elle s'était tenue, la conversation où l'Empereur allemand avait révélé au roi des Belges ses desseins agressifs. A la fin de 1910, quand il avait remplacé Viviani à la Présidence du Conseil, Briand s'était assuré la collaboration de Jules Cambon. Il lui avait offert, dit-on, le sous-secrétariat des Affaires Etrangères, poste politique, mais n'avait pu lui faire accepter que le secrétariat général, poste administratif. Clemenceau n'avait pas tenu rigueur à J. Cambon de sa collaboration avec Briand. Un jour, parlant du personnel du Quai d'Orsay, il avait écrit dans Y Homme Enchaîné : « qu'il y connaissait une honnêteté ». C'était celle du diplomate qu'il avait vu à l'œuvre en 1909, dans le règlement de l'affaire des déserteurs de Casablanca.

A son arrivée au Quai d'Orsay en novembre 1917, Pichon, prétextant que le secrétariat général était un « écran » entre les ministres et les services, et qu'un ministre « énergique » n'a pas besoin de cette couverture, en avait décidé la suppression. Mais Clemenceau,

ne voulant pas se priver des services de J. Cambon, l'avait appelé auprès de lui, installé au Cabinet de la Présidence du Conseil avec le titre de « Conseiller des Affaires américaines ». C'était presque une sinécure puisque toutes les Affaires d'Amérique étaient traitées par Tardieu à Washington. Mais dans cette sinécure, J. Cambon demeurait à la portée de Clemenceau, prêt à servir quand on le lui demanderait. On le lui demanda en janvier 1919 : Le public n'aurait pas compris qu'aucun des trois ambassadeurs, qui avaient si bien joué notre partie diplomatique avant 1914, ne fit partie de la Délégation française. Des trois', Jules Cambon était le seul qui ne fût pas, en 1919, dans un poste actif. C'est lui qui alla à la Conférence.

A ces cinq plénipotentiaires, s'ajoutait le lot des conseillers techniques. De ce lot, un ministre se détacha, Loucheur, qui, sans avoir le titre de plénipotentiaire, en prit l'importance.

Loucheur. — Loucheur, polytechnicien, était un homme d'industrie, pas un de ces ingénieurs froids et compassés qui vivent devant leur table d'épurés, mais un chef d'ouvriers, capable, comme on le dit dans les chantiers, « d'en mettre un coup ». Lui-même, un jour en 1931, reprochant sa lenteur à un entrepreneur qui avait à reconstruire un village détruit, lui dit : « Vous devez donner l'exemple à vos ouvriers, un patron doit toujours être prêt à retrousser ses manches. » L'homme est dans ce mot : Loucheur ne boudait à aucune tâche. Entrepreneur de travaux publics, il s'était, comme tant d'autres, à la demande de Millerand en septembre 1914» improvisé fabricant de matériel de guerre. Actif et ingénieux, sachant ne pas ajouter aux soucis du Ministre par l'énumération des difficultés bien réelles, mais si souvent exagérées, qui pouvaient rr Larder l'exécution des Marchés, il avait attiré l'attention et

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