‹ Le combat des trois, notes et documents sur la conférence de la paixChapitre 18 sur 41 · Jules Cambon, Pau) Cambon, Barrère · texte numérisé non relu

Jules Cambon, Pau) Cambon, Barrère

CLKME^•CEAU, LLOYD GEORGE, WILSON 133

gagné la sympathie d'Albert Thomas alors soussecrétaire d'État pour les munitions. A. Thomas l'avait chargé du service si important de la fabrication. Une fois dans la place, Loucheur n'en sortit plus. Soussecrétaire d'État dans le cabinet Briand, de décembre 1916 à mars 1917, puis dans le cabinet Ribot, ministre enfin dans le cabinet Painlevé.

Clemenceau l'avait trouvé dans le ministère spécial de l'Armement et l'y avait maintenu, parce que spécialiste. Dans une administration telle que celle des fabrications de guerre ^ le chef n'avait pas à agir seulement sur des fonctionnaires ; il avait à faire des opérations commerciales avec des milliers de sociétés et de patrons particuliers. Il convenait donc que le chef connût ce qu'on appelle «la partie » : antécédents^ caractère, outillage, productivité, moyens financiers et crédit de chacun de ses fournisseurs ; il fallait qu'il eût le ton et l'autorité, sans l'accent déplaisant de l'autoritaire de bureau qui ne connaît pas d'obstacle parce qu'il n'a pas l'expérience des responsabilités.

Un fabricant devait être le meilleur ministre des fabrications, celui qui saurait le mieux s'évader de la routine administrative; étant lui-même de la profession, il saurait contrôler ses contrôleurs custodire custodes.

Sans doute Loucheur n'était pas indispensable, et un autre que lui aurait pu remplir l'emploi de grand munitionnaire de France. Mais ce nouveau venu aurait eu à faire son apprentissage. Or en novembre 19 17, avions-nous du temps pour, d'un apprenti, faire un maître? Clemenceau ne le pensa pas et il laissa Loucheur au métier qu'il exerçait depuis deux ans.

La sympathie personnelle ne fut pour rien dans cette détermination. Clemenceau connaissait peu Loucheur et, s'il n'était pas en défiance vis-à-vis de lui, il est certain qu'il ne lui accorda pas d'emblée une confiance sans réserve. Tant de bruits malveillants avaient couru

sur le fournisseur qui tout d'un coup était devenu le dispensateur des lucratifs marchés de la guerre ! Clemenceau, qui connaissait la calomnie pour en avoir reçu de cruelles blessures, ne pouvait pas ajouter foi à deson-dit malveillants auxquels aucun ministre, quel qu'il eût été, ayant eu à faire des commandes qui se chiflraient par milliards, n'aurait pu échapper. Ces on-dit, il les fit pourtant vérifier et l'enquête, à laquelle participa un ancien ministre hostile à Loucheur, en fit sonner le creux.

Loucheur avait bien senti, dit-on, qu'il y avait à son endroit quelque inquiétude chez Clemenceau. Il n'en avait éprouvé nul émoi, se gardant bien de provoquer des explications. Se rappelantle« qui s'excuse s'accuse», il ne dit rien. Il attendit. Les fonctions de Ministre de l'Armement faisaient de lui plus, plus que d'aucun autre membre du cabinet, le collaborateur du ministre de la Guerre. La plupart de ses collègues ne voyaient guère Clemenceau qu'au Conseil des Ministres ou dans de courtes audiences. Entre la Présidence du Conseil et les Ministères les communications se faisaient ordinairement par l'intermédiaire du chef de Cabinet, Georges Mandel qui, dans ce service d'agent de liaison, gagna beaucoup d'inimitiés bravement supportées. A la difïérence de ses collègues, et comme Pichon, Loucheur avait presque chaque jour un entretien avec Clemenceau. Il l'accompagnait parfois aux armées ou, y étant allé seul, comme sa charge lui en donnait le droit, il lui rendait compte de ce qu'il avait observé. Peu à peu, dans ce contact quotidien, Clemenceau apprécia l'optimisme, la bonne humeur de son ministre des Munitions, sa bonhomie, sa rondeur sans vulgarité, la fertilité et la vivacité de son esprit, enfin l'empressement avec lequel il acceptait toutes les missions, jamais ne se dérobant, s'offrant même. L'art de faire valoir son mérite, dans lequel Loucheur excellait, conquit Clemenceau et un jour le Ministre des Munitions eut la satisfaction d'entendre le Président du Conseil

l'appeler « mon petit », familiarité aussi démonstrative de faveur chez Clemenceau que l'était le pincement de Foreille chez Napoléon. Pendant la crise de marsavril', puis de mai-juin 1918 quand l'ennemi semblait devoir arriver devant Paris, où trois lignes de défense avai.ent été préparées pour livrer bataille, Loucheur dans ses entretiens de chaque jour avec Clemenceau n'avait jamais montré d'abattement. Confiant, résolu dans son langage et son attitude il ne faisait pas écho « aux décourageurs » et, au contraire, propageait autour de lui Toptimisme de Foch, avec lequel, dit-on, il avait des rapports particulièrement cordiaux.

Quand il eut à choisir les Plénipotentiaires do France, Clemenceau, qui devait garder Pichon et qui voulait avoir Klotz, Tardieu et J. Cambon, n'eut pas de place à offrir à Loucheur; et dans la première partie du Livre Jaune sur le « fonctionnement de la Conférence », le Ministre des Munitions ne figure modestement, avec Colliard, que comme Délégué et conseiller technique pour les questions du Travail. Mais, dans la seconde partie du même Livre, on trouve son nom sur la liste de cinq commissions : Rive gauche du Rhin, Clauses militaires, Réparations, Clauses financières, Clauses économiques.

Comme de ses usines son entregent l'avait fait sortir de pair, pour le mener au Ministère, ce même entregent ^'avait fait sortir du rang des ministres, pour le placer presque au rang d'un plénipotentiaire.

Ainsi composée de deux maîtres en leur spécialité, Jules Cambon et L.-L. Klotz; d'un homme à l'esprit plein de clarté et de ressources, dont la faculté d'improvisation reposait sur un fond solide de con-

1. A la conférence de DouUens, quand Clemenceau, après s'être entendu avec Foch sur la rédaction de la première formule du commandement unique, eut griffonné cette formule, c'est Loucheur qui la recopia. Clemenceau lui tit présent du brouillon.

naissances étendues en tous les domaines, André Tardieu; non déparée si elle nen était pas ornée, par Pichon ; complétée enfin par un praticien consommé en afïaires, Loucheur, la Délégation française soutenait, avec honneur pour nous, la comparaison avec toutes les délégations étrangères.

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