‹ Le combat des trois, notes et documents sur la conférence de la paixChapitre 23 sur 41 · A remarquer que la Saxe continue d'être oubliée · texte numérisé non relu

A remarquer que la Saxe continue d'être oubliée

Par un traité du 23 novembre i8;70 avec la Prusse» la Bavière s'était réservé, « avec la Présidence de la Commission des Affaires Étrangères de l'Empire, le droit d'entretenir des relations diplomatiques avec les États étrangers )). Ce droit est celui que les Juristes nomment le « droit de légation active » pour le distinguer du « droit de légation passive », qui implique la faculté de recevoir des représentants diplomatiques des pays étrangers, mais exclut la faculté d'avoir des représentants dans ces pays.

De ce droit de Légation active la Bavière usa jusqu'en 1914 en France, en Russie et à Vienne. A Paris et à Pétersbourg, qui n'était pas encore Petrograd, et à Vienne, elle avait des ministres plénipotentiaires dont la fonction était, si on veut, de pure représentation — et de représentation sans grand éclat — mais qui, d'après le traité prusso-bavarois^ 1870, étaient, en cas d'absence ou d'empêchement des Ambassadeurs de l'Empire, leurs remplaçants désignés-. Inutile de dire qu'à Berlin on ne laissa jamais la Bavière exercer cette prérogative. Les ambassadeurs impériaux s'absentant passaient leur intérim à des chargés d'affaires, pris dans leur propre personnel. Mais l'empêchement mis par la force ou par la ruse à l'exercice d'un droit n'anéantit pas ce droit. Juridiquement, la Bavière n'avait pas perdu son indépendance diplomatique, indépendance qui est caractérisée par la persistance du droit de légation active. A la vérité, cette indépendance était seulement de forme; mais sous la forme, il subsistait quelque chose du fond. La France et les autres Puissances de l'Europe, les unes parce qu'elles ne voulaient pas aider la Prusse à détruire l'esprit particulariste dans les États fédérés de l'Empire, les autres, par fidélité à une tradition ou par égard pour

d. Novembre 1870.

2. Les sujets bavarois à l'étranger relevaient delà légation royale et non de l'ambassade d'Empire,

une des plus vieilles dynasties de l'Europe, avaient profité du droit que la Bavière avait pu conserver. Si la cour de Munich entretenait des Légations à Paris, à Pétersbourg et à Vienne, Paris, Pétersbourg et Vienne en entretenaient par réciprocité à Munich \

Ce qui est encore bien caractéristique de la situation ambiguë de la Bavière dans l'Empire, c'est que le Gouvernement prussien lui aussi avait un ministre plénipotentiaire à Munich ^.

A Londres, on ne voyait pas de ministre bavarois, et pourtant, à Munich, il y avait un ministre plénipotentiaire de Grande-Bretagne (Sir W. Corbett). Les annuaires mentionnent encore la nonciature pontificale dont le titulaire était en 1914 Monseigneur Frûwirth^ Enfin la Saxe et le Wurtemberg se donnaient chacun aussi le luxe d'une légation en Bavière et la Bavière leur rendait leur politesse. Ces petits rois de l'Allemagne du Sud éprouvaient le besoin de se faire dire réciproquement par des diplomates qu'ils s'aimaient bien et qu'ils voulaient que la bonne amitié et la paix persistassent entre eux — comme si le gendarme prussien leur eût permis de troubler la paix de l'Empire.

Pour la Bavière, l'existence chez elle d'un corj)s diplomatique et l'existence au dehors de représentants bavarois dérivaient d'un acte formel, le traité de novembre 1870. Mais ni au Wurtemberg, ni à Bade, ni à la Saxe, cette dernière si dédaigneusement oubliée par Bismarck à Versailles et à Francfort, aucun droit de légation, ni passive ni active, n'avait été formellement reconnu, à leur entrée dans l'Empire. Et pourtant l'Autriche-Hongrie, la Russie et la Grande- Bretagne étaient .respectivement représentées en Wur-

1. En 1914, les chefs de ces Légations étaient : Allizé pour la France, Bulatzel pour la Russie, Vêliez de Lazlofalva pour TAutriche-Hongrie.

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