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CHAPITRE XIV

LES TROIS MÉMOrRES DE FOCH

Focli avait été inscrit le sixième sur la liste des Plénipotentiaires de France. Gomme la Délégation de chacune des Grandes Puissances ne devait se composer que de cinq membres, le titre de Plénipotentiaire donné au Maréchal n'était que de courtoisie. On n'avait pas voulu, nous l'avons déjà dit, donner au vainqueur de 1918 le seul titre d'expert militaire qui ne l'aurait pas mis sur la première ligne. Mais, pour marquer que le titre de Plénipotentiaire était pour Foch seulement honoris causa, on avait, entre son nom et le dernier nom de la Délégation française, laissé, sur la liste imprimée dans un Livre jaunes un blanc de la hauteur d'une ligne.

Foch avait le devoir de faire connaître les conditions dont, à son jugement, dépendrait la sécurité de la France. Il exposa ces conditions dans trois mémoires qu'il développa oralement dans des conversations particulières, dans les séances de la Conférence, puis avec plus de solennité encore au Conseil des Ministres du 25 avril 1919.

On va lire ces trois mémoires auxquels le Maréchal a donné seulement le titre de Notes.

COMMANDEMENT EN CHEF DES ARMÉES ALLIÉES le 27 novembre 1918.

État-Major Général

NOTE

Le traité d'armistice, signé le 11 novembre avec l'Allemagne, a assuré :

1° Aux Armées de l'Entente la possibilité de reprendre avantageusement les hostilités en cas de nécessité;

2° Aux Puissances de l'Entente, des garanties convenables pour le traitement de la Paix définitive. Dans ces garanties figure l'occupation de la rive gauche du Rhin et des têtes de pont de la rive droite, à des conditions qui ne constituent qu'un régime provisoire.

Il s'agit d'établir, aujourd'hui, le régime définitif des pays rhénans de la rive gauche, comme des têtes de pont de la rive droite, pour une première période de temps qui s'écoulera jusqu'à l'exécution complète des conditions du Traité de Paix et ensuite pour le temps qui suivra l'achèvement de cette exécution.

Pour juger de ces questions, il faut envisager deux points :

1» Quelle sera la situation définitive des forces des Puissances Alliées vis-à-vis de l'Allemagne après la Paix?

2" Les garanties que ces Puissances alliées auront à maintenir jusqu'à la pleme et entière exécution des clauses du Traité de Paix, visant aux réparations des dommages causés, paiement des indemnités, etc.

Pendant une grande partie de la guerre qui se termine, la Russie avec ses nombreuses armées, a retenu une notable partie des forces allemandes. C'est ainsi qu'en 1915, 1916 et même dans la plus grande partie de 1917, l'Entente a eu la supériorité numérique sur le front occidental.

Aujourd'hui, le sort de la Russie est incertain pour de longues années sans doute. Par suite, l'Occident de l'Europe ne peut compter que sur ses propres forces pour aborder préparer et assurer son avenir vis-à-vis de l'Allemagne.

Or, quelle que soit l'organisation politique adoptée, dans

l'avenir, par les pays d'Outre-Rhin, il y aura toujours à Test de ce fleuve, une population allemande de 64 à 75.000.000 de sujets 1 naturellement unis par la communauté de langage, et. par là, de pensée, comme aussi rapprochés parla communauté des intérêts.

Pour arrêter les entreprises vers l'Ouest, de cette nation, de tout temps belliqueuse et envieuse du bien d'autrui, récemment encore formée et entraînée à la conquête par la force, au mépris de tous les droits et avec des procédés des plus contraires aux lois, aspirant à Thégémonie du monde, la nature n'a disposé qu'une barrière, le Rhin. Elle doit lui être imposée.

Dorénavant, le Rhin sera la frontière occideutale des peuples allemands; dorénavant, l'Allemagne sera privée de toute entrée et de toute place d'armes, c'est-à-dire de tout territoire sur la rive gauche de ce fleuve ou bien elle aura encore toutes facilités pour envahir sans difficultés, comme en 1914, la Belgique, le Luxembourg, la France, gagner les cotes de la mer du Nord et menacer l'Angleterre.

Sans cette précaution fondamentale, l'Occident de l'Europe est encore dépourvu de toute frontière naturelle, et il demeure ouvert aux dangers d'une invasion qui reste aussi facile que par le passé.

Mais une frontière si forte soit-elle, comme le Rhin avec ses places, peut être franchie par surprise, ou forcée, si elle n'est aux premiers jours tenue par des effectifs suffisants, c'est-à-dire voisins de ceux de l'assaillant. Dans l'un et l'autre cas, ce serait la guerre portée par l'Allemagne sur la rive gauche. La supériorité numérique est alors un facteur prépondérant du succès. Quels effectifs peut présenter la Coalition de l'Occident, pour arrêter une invasion qui, une lois le Rhin forcé, ne rencontre plus d'obstacle sérieux sur sa route.

Empire allemand 1914 68.000.000

Provinces allemandes d'Autriche. . 7.000.000

Posnaqie. 2.100.000

Alsace- Lorraine . 1.900.000

Pays rbénans de la rive gauche du

Rhin 5 400.000

Sleswig-Holstein 1.600 000

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