OUO
Différence 64.000.000
quelle supériorité numérique peut -elle présenter surtout pour rpjpter l'invasion au delà du Rhin?
Eli réalité, en face des 64 à 75.000.000 d'Allemands établis sur la rive droite du Khin, on trouve sur la rive gauche :
En Belgique 7 800.000
En Luxembourg 260 000
En Alsace-Lorraine 1.900.000
En France 39.600.000
Total. 49.560.000 Pays rhénans de la Rive gauche du Rhin. 5 400.000
Total général 54.960 000
Comme on le voit, le chiffre total des seules populations de la Belgique, du Luxembourg, de l'Alsace-Lorraine et de la France (49. 560.000), qui travailleraient dans une même pensée, est largement inférieur à la'masse allemande.
Ce chiffre, même renforcé de celui des Pays rhénans et monté alors à 54.960.000, est encore notablement inférieur au bloc allemand de la rive droite (64 à 75.000.000) Et c'est le groupement maximum, semble-t-il, que l'on puisse demander à l'Occident contingentai
P'ovt la conclusion que, sur la rive gauche du Rhin, il ne peut y avoir d'Etats neutres. Toutes les populations de cette rive doivent être en état de prendre les armes pour faire face au péril allemand s'il se dresse. La neutralité est une chimère même au point de vue défensif, elle doit être armée et combinée avec l'action des Puissances voisines.
De cette constatation, il résulte également que la réunion une fois faite de cet ensemble de populations (54.960.000) est encore insuffisante pour tenir tête à l'Allemagne et en avoir raison, sans l'aide de la Grande-Bretagne si le Rhin est forcé.
Seul l'appui de l'Occident insulaire, les îles britanniques, peut alors nous permettre, comme en 1914, d'atteindre le chiffre des combattants de l'ennemi.
Mais cette aide, en raison des longueurs et des incertitudes des transports maritimes, est forcément tardive et peut être incomplète; ce qui montre l'importance de l'organisation entière du groupement continental des populations de la rive gauche du Rhin (Belgique-Luxembourg-AlKace-Lorraine- France-Pays rhénans), pour répondre à l'éventualité dune guerre contre l'Allemagne.
En résumé, pour faire contre-poids à la masse allemande toujours menaçante, les Puissances directement intéressées (France, Belgique, Angleterre), travaillant dans une même communauté de visées politiques et pour cela d'intérêts et de moyens, sont obligées de former une coalition, d'assurance mutuelle, destinée :
i° A grouper sans retard toutes les populations de la rive gauche du Rhin (Belgique, Luxembourg, Alsace-Lorraine, Pays-Rhénans, France), dans une même organisation militaire, capable de défendre la ligne du Rhin ;
2" A préparer l'appui éventuel des forces de la Grande- Bretagne, en cas de guerre avec la masse germanique de l'Europe Centrale.
Plus le groupement de l'Occident Continental, visé au paragraphe l^*", sera avancé dans son effective réalisation, mieux sera assurée la défense du Rhin, moindre sera l'importance du secours à demander à l'Occident insulaire, et moins urgente sera l'arrivée de ce secours aux jours de la guerre visée au paragraphe 2.
Bien entendu, il appartiendra au Traité de Paix, d'établir l'organisation politique des populations rattachées au sort de l'Occident Continental (Luxembourg-Pays rhénans de la rive gauche), de les former ou de les maintenir en États relativement indépendants.
Néanmoins, cette organisation doit aboutir, de la part de ces populations, à une conduite politique et à une action militaire anti-allemandes, le moment venu. Par suite, les hommes en état de porter les armes doivent y être, dès le temps de paix et dans une proportion correspondante à leur population, organisés en troupes capables de combattre contre l'Allemagne en cas de guerre.
De même les traités ou arrangements doivent asseoir la conduite de ces États nouveaux, en vue de fixer leur attitude politique et de déterminer leurs charges militaires.
C'est dire que les différents États existant sur la rive gauche du Rhin ou constitués par le Traité de Paix, doivent avoir une ligne de conduite commune, contrôlée par certains d'entre eux, dans la proportion des risques à courir à la guerre (France, Belgique^. Angleterre), en vue d'assurer une
Clemenceau, lloyd george, wilson 209
même répartition et une même valeur des charges militaires imposées pour garantir le résultat visé.
Cette ligne de conduite et ce pouvoir de contrôle seraient à déterminer au Traité de Paix par des arrangements entre les trois États indiqués ci-dessus.
De même, les Traités doivent assurer, par le maintien de contingents alliés dans les places fortes de la rive gauche du Rhin, la défense de la nouvelle frontière pendant au moins une certaine durée de temps.
De même, la communauté d'intérêts serait à assurer entre les différents États de la rive gauche du Rhin par un régime économique commun leur garantissant les mêmes avantages.
A ces conditions, et pour respecter Tindépendance des populations on peut entrevoir la constitution sur la rive gauche du Rhin, d'États nouveaux autonomes, s administrant eux-mêmes, sous les réserves développées ci-dessus, constitution qui, avec l'aide d'une frontière naturelle solide : le Rhin, sera seule capable d'assurer la paix à l'Occident de l'Europe.
Si nous tenions simplement à cette organisation des pays de la rive gauche du Rhin, nous aurions bien assuré, en partie, l'avenir de l'Occident, mais nous serions dépourvus de toutes garanties d'exécution par l'Allemagne, des charges que lui imposera le Traité de Paix (restitutions, indemnités, réparations, etc.).
Pour répondre à la nécessité de nous réserver ces garanties, il paraît indispensable de maintenir l'occupation intégrale des têtes de pont, ainsi que la servitude de la zone neutre sur la rive droite,jusqu'à la pleine et entière exécution par l'ennemi, des obligations résultant pour lui du Traité de Paix.
En définitive, l'Europe Occidentale, avec ses institutions parlementaires et démocratiques, ne poursuit aucune idée d'annexion, mais si elle veut avoir une paix assurée vis-à-vis d'une Allemagne animée jusqu'à présent d'un désir incontestable de conquête, au mépris des traités les mieux établis, elle ne peut l'attendre que de sûretés matérielles effectives, que des conditions suivantes :
1° Une frontière naturelle, le Rhin, dont les places seront tenues sur la rive gauche par des contingents alliés;
2° L'organisation militaire à charges égales de tous les pays à l'ouest du Rhin, avec l'appui éventuel de la Grande- Bretagne.
Comme on le voit, les Gouvernements directement intéressés, France, Angleterre, Belgique ont, dans un accord préalable :
1° A fixer la frontière des pays allemands laissés entière-» ment indépendants sur la rive droite du Rhin ;
20 L'organisation des pays de la rive gauche ;
3® Enfin, à maintenir l'occupation des têtes de pont de la rive droite, jusqu'à satisfaction complète des conditions de la Paix.
Signé : Foch.
COMMANDEMENT EN CHEF DES ARMÉES ALLIÉES G. Q. G., le 40 janvier 1019*
Le Maréchal
NOTE
Sans aucun doute, on peut compter, dans un avenir indéterminé, sur un développement suffisant de la civilisation et du sens moral des peuples, pour trouver, dans une Société ou Ligue des Nations fortement organisée, un obstacle efficace à la guerre de conquête. Mais afin que cette société naissante acquière une autorité assez forte pour constituer par elle-même une garantie du maintien de la paix, il est nécessaire qu'elle reçoive dès à présent la base suffisante et la force particulière qui assureront son développement. 11 faut donc connaître la situation des peuples d'hier, pour fixer celle de demain, en partant de celle d'aujourd'hui; comme aussi prendre en compte les gages de paix, qu'une victoire coûteuse a mis entre les mains des Nations alliées, grâce à leur parfaite, union, et dont l'abandon compromettrait le maintien de la paix dans i*avenir.
CLEMENCEAU, LLOYD GEORGE, WILSON 2ll
L'Allemagne de 1914 était le résultat d'un travail soutenu de cent cinquante ans, commencé par Frédéric II, méthodiquement continué par ses successeurs et qui avait abouti à prussianiser l'Allemagne.
Dès le début, les HohenzoUern ont donné comme base à la puissance prussienne un militarisme excessif. Il se traduisait notamment par l'entretien d'une armée d'un effectif très supérieur à celui qui correspondait à la population du pays. Par cet état militaire surélevé, la Prusse jouait un rôle important dans les guerres du xviii* siècle, réalisait de sérieuses acquisitions territoriales et prenait une place prépondérante dans les guerres de 1813, 1814, 1815. Par là, également, elle s'assurait bientôt parmi les Puissances Européennes un rang très supérieur à celui que lui assignaient ses moyens naturels : sa population, son commerce, son industrie...
En fait, le placement de ses ressources dans une forte armée, issue du service personnel et obligatoire, et la guerre pratiquée comme entreprise de conquêtes nationales avaient procuré de sérieux bénéfices à la Prusse. Elle allait les appliquer au triomphe de sa politique.
C'est ainsi qu'en 1866, par la victoire de Sadowa, elle expulsait l'Autriche du domaine allemand, renversait la Confédération germanique et prenait la direction de l'Allemagne transformée, pour la militariser à son image et à sa main.
C'est ainsi qu'en 1871, au lendemain d'une campagne victorieuse, elle créait l'Empire pour faire de l'Allemagne une unité plus forte, encore plus aux mains de la Prusse, toujours sur les mêmes bases du service personnel, obligatoire, et du Commandement des HohenzoUern.
Mais en même temps l'action prussienne s'exerçait bien au delà du domaine militaire proprement dit. Toutes les classes, toutes les ressources, tous les moyens d'action ou de production, toutes les associations comme tous les individus étaient disciplinés, centralisés, militarisés. C'est un Étatisme raffiné, que pratiquait une Monarchie absolue et intéressée, constamment appuyée sur une forte aristocratie, et se réclamant d'une incontestable supériorité militaire comme de guerres avantageuses, c'est-à-dire de la suprématie de la force. L'enseignement public était bientôt imprégné des mêmes principes de l'instruction obligatoire, organisation déjà
ancienne du Pays, trouvait, sous une habile direction, les moyens de les répandre et de créer un état d'esprit allemand, la « Kultur » avec sa morale propre. Définitivement, la force prime le droit, elle le crée à son profit. Puis en Allemagne, se répand la conviction d'une nature supérieure, d'une destinée et d'une mission spéciales qui justifient les pratiques les plus iniques, pourvu qu'elles mènent à la victoire allemande. Une formule résume la morale : « Deutschland uber ailes ». L'idéal et la raison d'être de l'Allemagne sont la domination du monde au profit des Allemands.
D'ailleurs, le pouvoir centralisé du Roi de Prusse, qui a concentré en ses mains toutes les forces ainsi créées pour les appliquer à son heure au développement de l'Allemagne par la guerre, a donné par « l'indigénat » une situation favorisée à chacun de ses nationaux.
Le Bavarois, le Saxon, le Wurtembergeois, le Badois est avant tout sujet allemand. Il est protégé et réclamé par l'Empire, intéressé par suite à la conservation et à la grandeur de l'Empire. Une fois de plus, la force physique et morale de 1" Allemagne passait aux mains du Roi de Prusse et venait à Pappui de son système.
De là l'irrésistible, générale et aveugle levée de boucliers de 1914, à l'appel de Guillaume II.
Après avoir, au plus haut point, exagéré l'organisation militaire pour en faire un instrument de conquête, après avoir faussé la morale de son peuple et excité par l'intérêt de chacun son dévouement à la cause de l'Empereur prussien, c'est, au total, une armée de malfaiteurs savants et convaincus, que l'Allemagne prussianisée a lâchée, au mépris de tous les traités, sur les populations pacifiques, ou même vouées à la neutralité, de l'Europe, puis sur les mers du monde.
C'est contre ce système complet de forces, résultant d'une formation séculaire et continue, que l'Entente a dû soutenir la lutte à l'improviste, au nom des principes du Droit et de la Liberté des Peuples, et qu'elle s'est vue bientôt suivie par une série des Nations animées des mêmes principes, les États-Unis au premier rang.
Grâce à cet effort de tous, et par une victoire particulièrement coûteuse pour les Premières Nations engagées, la crise est aujourd'hui terminée, mais elle peut renaître.
Pour en éviter le retour, il ne suffira pas sans doute, de changer la forme du Gouvernement allemand. Après le de'part des Hohenzollern, dans des conditions particulièrement disqualifiantes pour cette dynastie et pour toute Monarchie militaire, le re'tablissement du re'gime impérial semble certainement devoir être écarté à tout le moins pour quelque temps. Mais une République, bâtie sur les mêmes principes de centralisation du Pouvoir et de militarisme, prenant en mains Tensemble de l'Allemagne, présentera tout autant de dangers et constituera une aussi redoutable menace pour la paix. Elle est facile à réaliser semble-t-iP, dans un pays imbu de l'esprit prussien, des méthodes prussiennes, des doctrines militaristes, et où règne encore en maître de par le tempérament, comme par la tradition, le principe d'autorité, le besoin de centralisation. Bien plus, l'Allemagne républicaine, libérée des entraves que l'existence des petites principautés occasionnait incontestablement à l'Empire, a chance de trouver un surcroît de forces dans son Unité parachevée, comme aussi dans la vitalité et l'activité d'un peuple, désormais plus rapproché de son Gouvernement. C'est seulement du redressement des esprits ramenés par la défaite, puis parla libre discussion à des notions plus exactes du Droit et de la Justice, c'est de leur participation large au contrôle du Pouvoir Exécutif, que pourra sortir un fonctionnement démocratique des institutions d'apparences républicaines, qui auraient, sans cela, toute la puissance d'un pouvoir absolu. Nous ne verrons se produire une pareille évolution qu'avec le temps, beaucoup de temps sans doute, bien décidés que nous sommes à ne pas hâter la persuasion par l'emploi de la force, à ne pas intervenir dans le règlement intérieur des afTaires de l'Allemagne. Mais alors, respectueux du domaine allemand pouvons-nous,
4. Pour former l'Empire en 1871, il a suffi de faire rentrer dans la Confédération du Nord les États du Sud et de remplacer dans la Constitution le mot « Bund » par « Reich ■ et celui de « Praesidium » par • Kaiser ». Une manœuvre eu sens inverse qui remplacerait dans la constitutiou impériale le mot de a Reich » par << Bund • et celui de « Kaiser » par « Praesidium » aboutirait à maintenir, sous une forme d'apparence républicaine, toute la force que représentait l'Empire,
par une confiance sans re'serve, laisser mettre en péril nos principes de liberté et de justice, notre existence même, par des sautes d'opinion, des essais de réaction, encore susceptibles de se produire de l'autre côté du Rhin, et capables de lancer aussitôt dans une nouvelle guerre, des cadres de troupes et des classes de soldats nombreux et fortement rompus au métier des armes, c'est-à dire une très puissante Armée?
Bref, l'Allemagne reste, pour longtemps encore, jusqu'à l'achèvement de sa transformation politique et philosophique, une menace redoutable pour la civilisation. Et dans ces conditions, la plus élémentaire prudence impose aux Nations alliées, embryon de la société' des Nations, la nécessité de prendre vis-à-vis d'elle, un ensemble de mesures purement défensives, et de précautions de premier plan. Elles témoigneront en même temps, par leur netteté, d'une intention bien arrêtée d'atteindre le but recherché : la Paix, et de mettre l'Allemagne dans l'impossibilité de recommencer une guerre de conquêtes, de reprendre son programme de domination par les armes.
Devant cette menace encore durable de l'Allemagne, quelles forces pouvons-nous présenter?
Pendant une grande partie de la guerre qui se termine, la Russie, avec ses nombreuses armées, a retenu une notable quantité des forces allemandes. C'est ainsi qu'en 1915,1916, et même dans la plus grande partie de i9i7, l'Entente a eu la supériorité numérique sur le front Occidental.
Aujourd'hui le sort de la Russie est incertain pour de longues années sans doute? Par suite, l'Occident de l'Europe, berceau et garantie nécessaire de l'organisation future des Nations, ne peut compter que sur ses propres forces pour aborder, préparer et assurer son avenir vis-à-vis de l'Allemagne et d'une agression possible.
' Pour remplir ce rôle, il ne peut avoir la supériorité du nombre. En effet quelle que soit l'organisation politique adoptée dans l'avenir, par les pays d'Outre-Rhin, il y aura toujours à l'Est de ce fleuve, une population allemande de 64 à "75 millions de sujets* naturellement unis par la communauté