‹ Le combat des trois, notes et documents sur la conférence de la paixChapitre 30 sur 41 · Voir le tableau statistique au mémoire du 27 novembre · texte numérisé non relu

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de lanpage, et par là, de pensée, comme aussi rapprochés par la communauté des intérêts.

A ces forces allemandes, la Belgique, le Luxembourg, TAlsace-Lorraine, la France, ne peuvent opposer qu'un total de 49 millions d'habitants. Seul, l'appui des pays d'Outre- Mer peut leur permettre d'atteindre le chiffre des combattants de l'ennemi, comme en 1915-1918. Mais encore faut-il l'attendre, et cela combien de temps, pour l'Amérique notamment?

Or, quelle a été la cause des calamités actuelles? Avant tout la tentation qu'était pour l'Allemagne la possibilité de frapper d'un seul coup, rien qu'en étendant le poing, nos parties vitales. Dans cette conviction, elle ne s'est même pas embarrassée de prétextes. « Nous ne pouvons pas attendre », disait Bethmann-Hollweg.

Par suite, pour arrêter les entreprises vers l'ouest de l'Allemagne — de tout temps belliqueuse et envieuse du bien d'autrui, récemment encore formée et entraînée à laconquèt» par la force, au mépris de tous les droits, et avec des procédés des plus contraires aux lois, capable d'entreprendre promptement une formidable guerre — pour retarder tout au moins la décision par les armes, il faut faire appel d'abord à tous les moyens fournis par la nature. Elle n'a disposé qu'une barrière sur la route de l'invasion, le Rhin. Il doit être utilisé et disputé, pour cela occupé et organisé dès le temps de paix. Sans cette précaution fondamentale, l'Occident de l'Europe reste dépourvu de toute frontière naturelle et demeure, comme par le passé, ouvert aux dangers d'une invasion qui peut être plus violente. Sans cette précaution, les pays industriels et pacifiques du Nord-Ouest de l'Europe sont immédiatement submergés par le flot dévastateur de la guerre barbare qu'aucune digue n'arrête; le Rhin, obstacle redoutable en lui-même, rend particulièrement difficile un franchissement à une époque notamment où la mitrailleuse de la défense impose à l'attaque l'usage du tank. De la Suisse à la Hollande surplus de 600 kilomètres, cet obstacle continu couvre les pays alliés, sans pouvoir être tourné.

Mais, en outre, par les Places dont il est renforcé, les moyens de communication (routes et chemins de fer) qui y affinent ou le longent, il est une base de manoeuvre de contre-effensive magnifique. Mayence, Coblentz, Cologne, ne sont qu'à trois étapes l'une de l'autre. Toute tentative epnç-

mie pour passer entre ces villes, est menacée de flanc et à revers sur les deux rives, car chaque tête de pont que nous nous sommes assurée sur le Rhin flanque la voisine, et permet d'agir de flanc et par derrière sur cette offensive.

Le maréchal de Moltke plaçait au Rhin la frontière militaire de l'Allemagne et terminait certaine de ses études en écrivant : On ne peut méconnaître la solidité extraordinaire de notre théâtre d'opération du Rhin. Elle ne pourrait être compromise que si nous prenions sur la rive gauche une offensive prématurée et avec des forces insuffisantes ». Et ailleurs : « Le front de défense de la Prusse contre la France est constitué par le Rhin avec ses forteresses . Cette -ligne est si solide qu'elle est loin d'exiger toutes les forces de la monarchie. »

Cette situation est aujourd'hui retournée au profit de la Coalition. La Coalition ne peut renoncer aux avantages qu'elle assure, lâcher le bouclier de la défense dans cette région, le Rhin, sans compromettre gravement son avenir; le « Wacht am Rhein » doit être son cri de ralliement.

Dorénavant, le Rhin devra être la frontière militaire occidentale des peuples allemands; l'Allemagne devra être privée de toute entrée et de toute place d'armes, c'est-à-dire de toute souveraineté territoriale sur la rive gauche de ce fleuve, en un mot de toute facilité pour envahir rapidement, comme en 1914, la Belgique, le Luxembourg, pour gagner les côtes de la mer du Nord et menacer l'Angleterre, pour tourner les défenses naturelles de la France, le Rhin, la Meuse, conquérir ses régions du Nord et aborder celle de Paris. C'est là pour le présent et l'avenir proche une garantie indispensable du maintien de la Paix, en raison :

1° De la situation matérielle et morale de l'Allemagne ; 2° De sa supériorité numérique sur les Pays démocratiques de l'Europe Occidentale.

Le Rhin, frontière militaire indispensable au maintien de la Paix que poursuit la Coalition, ne constitue aucun profit territorial pour aucun pays. Il ne s'agit pas, en effet, d'annexer la rive gauche du Rhin, d'augmenter le territoire de la France ou de la Belgique, et de le protéger contre une revendication [allemande, mais bien de tenir au Rhin la barrière commune de sécurité nécessaire à la Société des Nations

démocratiques. Il ne s'agit pas de confier à une seule Puissance la garde de cette barrière commune, mais bien d'assurer, par le concours, soit moral, soit matériel, de toutes les Puissances Démocratiques, la défense de leur existence et de leur avenir, en interdisant une fois pour toutes à l'Allemagne de porter son esprit de domination au delà du fleuve.

Bien entendu, il appartiendra au Traité de Paix de fixer le statut des populations de la rive gauche du Rhin non comprises dans les frontières françaises ou belges.

Mais cette organisation, quelle qu'elle soit, devra tenir compte de la nécessité militaire exposée ci-dessus, et par suite :

1° Interdire totalement à l'Allemagne Taccès militaire et la propagande politique dans les pays rhénans de la rive gauche, peut-être même couvrir ces pays par une zone de neutralisation militaire sur la rive droite ;

2« Assurer l'occupation militaire des Pays Rhénans de la rive gauche par des forces alliées;

3» Garantir aux Pays Rhénans de la rive gauche, les débouchés nécessaires à leur activité économique, en les associant aux autres États occidentaux, par un régime douanier commun.

A ces conditions, et conformément au principe admis par tous de la liberté des peuples, on peut concevoir la constitution sur la rive gauche du Rhin, d'États nouveaux autonomes, s'administrant eux-mêmes, sous les réserves développées ci-dessus, constitution qui, avec l'aide d'une frontière naturelle solide : le Rhin, sera seule capable d'assurer la Paix à l'Occident de l'Europe.

En somme, dans le passé, les Puissances de la Coalition :1a France, malgré la légitimité de ses revendications, ses droits imprescriptibles, la Belgique tenue par la neutralité, l'Angleterre dans sa situation insulaire, n'ont jamais préparé d'offensive contre l'Allemaagne, mais en 1914, elles ont été brutalement assaillies par cet État. Pendant une certaine période de temps, le fait peut se représenter.

Si, en 1914, 1915, 1916, 1917, ces Puissances ont pu résister à l'Allemagne, donner à l'Angleterre le temps de se faire le plein de ses armées, notamment par son service obliga-

toire et d'autres mesures de circonstance, aux État-Unis la possibilité d'arriver avec leur apport décisif, c'est que la Russie se battait à leurs côtés, et que par ce fait, elles ont eu pendant un certain temps la supériorité numérique sur le front occident. La Russie n'est plus une aide, pour un temps impossible à prévoir. Par là, il devient nécessaire que la barrière d'Occident contre 1 invasion allemande soit plus solidement constituée que par le passé, et que les Puissances de l'Entente, qui sont, de par la géographie, au premier rang des défenseurs de la civilisation, soient, dès à présent, organisées militairement pour pouvoir donner aux autres États protecteurs de la civilisation la possibilité d'intervenir à temps.

L'organisation défensive de la coalition s'impose donc.

Elle comporte avant tout une frontière naturelle, première barrière mise à l'invasion germanique.il n'en existe qu'une : le Rhin. Elle doit être, jusqu'à nouvel ordre, tenue par les forces de la Coalition.

Cette disposition purement défensive, et à régler immédiatement, a pour objet de parer et de répondre aux premiers besoins que créerait une agression allemande. Elle est indispensable, car la guerre, le jour où elle se présente, ne vit que de réalités, de forces matérielles mises en jeu dans un temps déterminé; lignes de défense naturelles ou organisations défensives, effectifs, armements, ce sont celles indiquées ci-dessus comme nécessaires.

Elle serait effectuée, comme on l'a vu, sous les auspices des Nations fondatrices de la Ligue des Nations : France, Angle terre, Belijique, Étjits-Unis.

A l'abri de ces 'Mesures de sûreté, et pour les renforcer d'un appi^i moral, la Ligue des Nations, solidement établie, se grossirait des Nations qui sont venues défendre les mêmes principes de Droit et de Justice, et elle établirait des statuts définitifs, désormais viables.

La Ligue, une fois fondée de la sorte, avec ses statuts et ses sanctions, pourrait progressivement devenir la Société des Nations, par des adhésions successives d'autres Nations, Nations neutres d'abord, Nations ennemies ensuite. Les l-ésultats qu'elle poursuit une fois acquis, seraient de nature

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à diminuer peu à peu les charges militaires des Nations qui la composeront.

C'est là un idéal à poursuivre pour un avenir qui ne peut être qu'indéterminé.

Il ne sera réalisable qu'à Vahri des mesures de sûreté exposées ci-dessus, sinon la civilisation sera mise en péril par une nouvelle agression germanique, gui, cette fois, ne pourra être arrêtée à temps

La fortune des armes a mis entre nos mains la ligne du Rhin, grâce à un concours de circonstances et à une réunion de forces alliées, qui ne pejivent se reproduire de longtemps- Abandonner aujourd'hui cette solide barrière naturelle, sans autre garantie que des institutions morales et d'un effet lointain et inconnu, c'est dans le domaine militaire, courir au-devant des plus grands risques.

Les Armées savent d'ailleurs le sang qu'elle leur a coûté.

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