Communiqué du 29 mars
(( Au cours d'uae réunion qui fut tenue hier sur ic front et à laquelle assistaient le générai Pétain,M. Clemenceau et M. Loucheur, le général Pershing s'est présenté au général Foch et lui a déclaré :
Au même moment, Wilson répondait à André Tardieu qui lui demandait d'accélérer l'embarquement des armées américaines : a J'enverrai 200.000, 25o.ooo hommes même par mois, donnez-moi seulement des bateaux. » Et l'Angleterre ayant donné les bateaux, l'armée américaine en France était en quelques mois devenue aussi nombreuse que l'armée anglaise.
Après l'affaire du Ghemin-des-Dames, le 27 mai 1918, quand l'ennemi s'était avancé jusque dans la forêt de Compiègnc, Pershing avait ajouté aux trois divisions qu'il avait données à la fin de mars quatre autres divisions qui n'étaient pas encore complètement entraînées.
Quand l'Amérique, gouvernée par Wilson, se montrait ainsi une amie si fidèle, qui offrait, qui donnait tout ce qu'elle avait, la situation présentait à l'arrière un aspect aussi effrayant qu'à la fin d'août 1914-
A la fin de mars et au commencement d'avril, près de Soo.ooo Parisiens s'étaient jetés dans les trains. Cette panique, ceux qu'elle emportait n'auraient pas pu en donner les raisons, mais en haut on les connaissait, et sans affolement, avec sang-froid et méthode, on préparait l'évacuation de Paris.
La défaite du général Gough, qui, dans les vues de Ludendorff, devait avoir pour conséquence de séparer les armées anglaises des armées françaises, avait eu
« Je viens pour vous dire que le peuple américain tiendrait ù grand honneur que nos troupes fassent engagée? dar.s la présente bataille.
« Je vous le demande en mon nom et au sien.
« Il n'y a pas en ce moment d'autre question que de combattre.
« Infanterie, artillerie, aviation,, tout ce que nous avons est à vous.
" Disposez-en comme il vous plaira.
« Il en viendra encore d'autres, aussi nombreux qu'il sera nécessaire. Je suis venu tout exprès pour vous dire que le peuple américain serait fier d'être engagé dans la plus Ipelle bataille de l'histoire . >*
lieulc ai mars rgiS. Le 23 ou le ?4^îi"^'^ri^ la conférence de I>oulIens où le commandement unique devait être institué, le circonspect Pétain^ qui prévoyait toujours le pire afin c^ pouvoir y remédier, disait à Clemenceau que les AUeihands pourraient être en cinq jours aux abords de Paris. Cette prévision du commandant en chef des armées françaises, les ministres de Clemenceau l'ignoraient encore le dimanche 24 mars quand ils se réunirent en Conseil à TElysée. Mais quelques-uns d'entre eux avaient l'impression qu'un grand danger menaçait la capitale de la France. Parmi ceux-là, le ministre des Finances avait plus qu'aucun de ses collègues une lourde responsabilité sur les épaules. Si Paris devait devenir un champ de bataille, il ne fallait pas que les milliards représentés par l'encaisse de la Banque, les stocks de ses billets, ses presses, les dépôts en numéraires et en titres des Banques, fussent exposés à la destruction ou — en cas de malheur extrême — à la saisie par l'ennemi. Klotz demanda donc à Clemenceau des camions pour faire transporter dans les départements du Midi et de l'Ouest tous les trésors dont comme ministre des Finances il avait la surintendance.
On prétend que Clemenceau lui répondit : « Vous avez parfaitement raison. Il faut enlever tout cela. Combien de jours vous faut-il? » et Klotz ayant répondu « huit jours », le Président du Conseil de lui dire : « Huit jours! mais Pétain dit qu'ils peuvent être ici dans cinq jours!... Dépêchez-vous donc. »
On se hâta et l'évacuation demandée par le ministre des Finances fut terminée en moins de temps qu'il n'en avait demandé. Clemenceau, si ses collègues se préoccuï)aient de leurs départements respectifs, avait à prendre les mesures générales poar que le gouvernement de la France pût continuer la résistance, dans le cas où la prévision de Pétain se vérifierait. Des ordres furent donnés pour le transfert à Tours et dans les villes des départements au sud de la ï-.oire, de tous les grands
services publics. Cette fois on ne devait pas aller d'un bond à Bordeaux, Clemenceau marquait Tours comme devant être soit le refuge définitif du Gouvernement, soit la première étape d'un recul qui ne s'arrêterait qu'aux Pyrénées, car de capituler il n'était pas question, quelque malheur qui eût fondu sur la France \
C'est quand les Français éprouvaient toutes ces angoisses, c'est quand étaient reperdus tous les gains de territoires qu'en quatre ans de guerre nous avions si péniblement faits sur l'envahisseur, c'est quand Hindenburg semblait aussi redoutable que Von Klûck en 1914^ <^jue Wilson, par la fermeté et la cordialité de ses paroles, par la promptitude et l'efficacité de ses actes, avait empêché le découragement de se propager dans la nation française, y avait ranimé l'espérance et la confiance.
Au commencement de 1919, ces souvenirs étaient encore tout frais et malgré — on peut le dire, sans manquer au respect dû à un ami, que ses services rendent à jamais aussi inoubliable aux Français que Louis XVI et Vergennes devraient l'être et que Lafayette l'est pour les Américains; — malgré donc la déception qu'on avait éprouvée en trouvant chez Wilson avec tant d'élévation morale un esprit un peu embrumé de
1. Les directeurs des usines autour de Paris reçurent aussi avis d'avoir à préparer le transfert de tout ce qu'ils pourraient enlever de leur outillage et de détniire ce qu'ils devraient abandonner, pour que l'ennemi ne pût pas s'en servir. En même temps que les banques on avait averti aussi les notaires pour qu'ils missoiit leurs archives à l'abri. La formation de trains fut prévue et ordonnée, pour toutes les personnes parlementaires, fonctionnaires et autres qui auraient à quitter Paris.
Telles furent, très succinctement exposées ici, les dispositions prises à la fin de mars 1918. Elles furent maintenues après les premières parades que Foch avait opposées aux coups de Ludendorff et en juin, quand après l'affaire du Chemin des Dames (28 mai) la panique se répandit de nouveau et qu'il semblât que le péril allait reparaître, tout était prêt pour que la France, si elle perdait Paris, ne fût pas décapitée.
métaphysique et un peu réfractaire aux réalités lorsqu'elles contrariaient ses vues systématiques, malgré l'humeur que causait tantôt l'obstination du Président, tantôt, comme dans la question du plébiscite de Silésie, ses i^èvirements si brusques, les Français qui négociaient avec lui, voyant en lui l'homme qui pour la cause commune avait fait au nom de l'Amérique et pour sa gloire de si grandes choses, pouvaient-ils croire qu'à la dernière heure son pays le désavouerait?