LE WILSONISME ET SES ANTÉCÉDENTS
Le public n'ayant pas connu les raisons qu'avait eues rocû de conclure l'armistice S avant de faire livrer par Gastelnau. Pershing et Mangin la bataille préparée en Lorraine ; le public n'ayant été que très imparfaitement renseigné sur la résistance que Lloyd George opposait à certaines de nos demandes, c'est à Wilson qu'il attribua l'arrêt, tenu pour prématuré, de l'offensive, à Wilson qu'il reprocha les déceptions que l'on pressentait et que devait certainement nous apporter le Traité, car, faite à plusieurs, la Paix ne pouvait pas nous donner tout ce que nous aurions pu exiger si, après avoir été seuls à combattre et à vaincre, nous avions été aussi seuls à négocier.
Certes, personne ne mettait en doute la loyauté de Wilson. Si, dans des moments d'humeur, il arrivait qu'on le taxât de pro -germanisme, le reproche ne portait pas sur ses sentiments, mais sur les conséquences que, sans qu'il le voulût, les ennemis pouvaient tirer des principes dont il faisait profession. A la réflexion, pour tout homme raisonnable et juste, Wilson était un bon et sûr « associé ». S'il avait été pro-germain, on aurait dû admirer en lui le dissimulateur le plus achevé
i. Voir les Négociations secrètes et les quatre Armistices,
qui eût paru dans l'histoire. C'est pour cacher son jeu que, par tant de Notes, où il prenait acte des lésions faites par l'Allemagne aux intérêts de l'Amérique, il avait lentement échauffé, pendant trois ans, l'opinion américaine, afin de l'amener à la température de guerre; c'est pour cacher son jeu qu'il aurait fait mobiliser 4 millions d'hommes, qu'il en aurait fait débarquer plus de i.5oo.ooo, qu'il aurait dépensé deux cents milliards, et ouvert aux belligérants ses « associés » des crédits si considérables ! L'Allemagne se serait certainement passée de tant de marques de sympathie. Gomme Philippe d'Orléans, quand Dubois, à ce que racontent les anecdotes si souvent menteuses de l'histoire, lui prodiguait les coups de pied, au bal de l'Opéra, afin qu'on ne reconnût pas le régent de France dans un personnage si irrévérencieusement traité, l'Allemagne aurait dit à Wilson, s'il avait été son compère : « Tu exagères, tu me déguises trop. »
A moins de pousser la fantaisie jusqu'à une outrance absurde, le reproche de pro-germanisme n'était pas soutenable, mais les « Points de Wilson » n'étaient-ils pas des énoncés de principes redoutables par lem^ nouveauté?
Eh! non. Presque tous ces principes étaient des vieilleries, de respectables vieilleries : c'était le principe des nationalités et le principe de l'arbitrage.
Le principe des nationalités était une invention napoléonienne. L'Empereur, dans une de ses causeries de Sainte-Hélène, avait parlé des trente millions de Français, des quinze millions d'Italiens et des trente millions d'Allemands existant en Europe et, souhaitant que chacun de ces peuples formât un Etat national indépendant, il avait dit un jour : « C'est avec un tel cortège qu'il serait beau de s'avancer dans la postérité, d'aller au-devant de la bénédiction des siècles. Après cette simplification sommaire, il ne serait plus chimérique d'espérer l'unité des codes, celle des principes, celle des opinions, des vues, des intérêts. Alors peut-
être, à la faveur des lumières universellement répandues, serait-ii permis de rêver, pour la famille européenne, l'institution du Congrès américain ou celle des Ampliictyons de la Grèce. Et quelle perspective alors de force, de grandeur, de jouissance, de prospérité ! Quel magnifique spectacle ! »
Tout le Wilsonisme n'est-il pas dans cette vision du Prisonnier de Sainte-Hélène? Que tous les Français rejoignent la France, que tous les Allemands entrent en Allemagne, que tous les Italiens, faisant disparaître les cloisons dynastiques qui les séparent, constituent la Patrie italienne; anais voilà proclamé le principe des Nationalités, le principe du « droit des Peuples à disposer d'eux-mêmes ».
Qu'entre ces peuples s'établisse un lien analogue au lien bien noué qui tient unis les États de l'Amérique du Nord et au lien beaucoup plus lâche de l'antique Confédération hellénique, voilà la Ligue des Nations ^
Cet espoir de pacifier la terre qu'avaient conçu de grands esprits, la réalisation en avait été tentée et bien imparfaitement réalisée, mais tout de même un peu réalisée par des hommes au cœur généreux.
Sur l'initiative du czar Nicolas II tous les États du Monde s'étaient réunis à la Haye et y avaient institué une Cour d'Arbitrage facultatif. Entre quelques grandes nations : Angleterre et États-Unis, France et Angleterre, France et États-Unis et quelques autres,
1. Pour les origines des idées wilsoniennes on pourrait remonter beaucoup plus haut qu'à la conversation de Sainte -Hélène. La « République chrétienne » de Henri IV avec son Sénat européen n'aurait-elle pas été une Ligue des Nations, représentée par leurs chefs légitimes? Et dans la prétention du Saint-Siège de dominer toutes les couronnes, pour faire régner parmi les peuples la Paix apostolique, ne Irouvait-on pas déjà cette « nouveauté » : l'union de tous les peuples sous une même autorité morale? Enlin, avant cette Paix dans le sein de l'Église qui ne fui qu'un rêve ny avaitil pas eu la Paix Romaine : toutes les nations du monde civilisé, ]iacifiées sous la domination politique de Rome, promue au rang de Déesse?
des traités particuliers avaient été signés par lesquels les parties contractantes s'obligeaient à soumettre à l'arbitrage les différends pouvant surgir entre eux, mis à part ceux — et par là les engagements étaient bien affaiblis — ^^^ù serait engagé leur honneur.
Les trois' premiers Points de Wilson s'inspiraient de ces idées de la Haye, ils leur donnaient seulement une nouvelle rédaction. En prohibant les ententes particulières, les traités secrets (premier Point), en demandant la liberté de navigation sur toutes les mers, même en temps de guerre (deuxième Point), en demandant la suppression des barrières économiques entre les Nations liguées pour la Paix (troisième Point), Wilson avait en vue de supprimer les concurrences, mères des jalousies, les défiances, les rivalités, d'où sortent les guerres.
Dans le quatrième Point, il proposait la réduction des Armements au minimum compatible avec la sécurité intérieure de chaque Etat. C'était reprendre, en l'élargissant, une proposition de désarmement partiel, ou plutôt d'arrêt dans le progrès des armements, qui avait été présentée à la Haye et qui n'avait pas pu être adoptée, l'Allemagne ayant relusé d'y souscrire.
Enfin le quatorzième Point stipulait qu'une « association générale des Nations fût formée aux fins de procurer à tous les Etats grands et petits des garanties mutuelles d'indépendance et d'intégrité territoriale ». Peut-on voir là autre chose que l'extension à toutes les Nations des garanties que s'étaient données entre eux les souverains réunis dans la Sainte- Alliance ? Entre cette Ligue et celle de Wilson il y avait cette différence que la première avait pour objet la défense des trônes, considérés comme nécessaires au bien-être des peuples, contre la Révolution qui en était considérée comme la perturbatrice, tandis que la seconde avait pour objet une assurance mutuelle de tous les Etats contre les entreprises de la violence.
Le programme de pacification de Wilson n'était
guère autre chose qu'une transposition du registre dynastique sur le registre démocratique, des idées de Metternich et d'Alexandre I"'. A l'analyse on ne leur trouvait pas d'originalité.
Les autres Points concernaient la Belgique à évacuer et à restaurer, l'Alsace-Lorraine à faire rentrer en France, « la rectification des frontières » à accorder à l'Italie, l'introduction au rang des Nations des peuples d'Autriche-Hongrie émancipés, la répartition entre les Etats des provinces balkaniques; selon l'origine de leurs populations, la reconnaissance d'un Empire Turc qui ne serait que musulman et qui aurait aussi peu que possible de sujets chrétiens, enfin la résurrection de la Pologne. Chacun d'eux était une affirmation du Principe des Nationalités ou « du droit des Peuples » à disposer d'eux-mêmes . »
Avant que Wilson voulût que ce Principe fût le régulateur de la grande liquidation à laquelle allait donner lieu l'effondremeut des trois empires d'Allemagne, d'Autriche et de Russie, il avait déjà été appliqué par la France. Lamartine, en mars 1848, dans sa circulaire à nos Agents diplomatiques, vrai manifeste adressé au Monde, avait expressément dit : « Si l'heure nous paraissait avoir sonné dans les décrets de la Providence. . ., si la Suisse était menacée, si les Etals indépendants de l'Italie étaient envahis..., si on leur contestait le droit de s'allier entre eux pour former une Patrie italienne, la République Française se croirait en droit d'armer elle-même pour protéger ces mouvements légitimes de croissance et de nationalité des Peuples. » Ce droit d'intervention en faveur des peuples en lutte pour conquérir l'indépendance, Napoléon III l'avait exercé.
Après avoir obligé, en 1869, l'Autriche à renoncer à la Lombardie qui avait été réunie au Royaume Piémontais, il avait fermé les yeux sur les annexions faites par ce Royaume en 1860, contrairement aux préliminaires de YillalVanoa et aux Traités subséquents
de Zurich. A celte transgression des engagements auxquels Victor-Emmanuel et Gavour n'avaient souscrit qu'avec des restrictions mentales, Napoléon issu lui-même du Plébiscite ne pouvait pas s'opposer parce que des plébiscites la justifiaient. Le ii et le 12 mars 1860, la Toscane et l'Emilie avaient voté Tune par 366.571 suffrages contre i4-925, l'autre par426.ooG contre 755 qu'elles voulaient se réunir au Piémont. Six moix plus tard, après l'expédition de Garibaldi, par un autre plébiscite, le royaume deNaples suivait l'exemple de la Toscane et de l'Emilie (439.000 suffrages pour l'union au royaume de Victor-Emmanuel contre 667 suffrages contraires).
Les manifestations du « droit des peuples à disposer d'eux-mêmes » devant lesquelles il s'inclinait en Italie, Napoléon III voulut qu elles eussent lieu en France, quand il trouva l'occasion de redresser une des injustices des Traités de i8i5. Avant de déclarer la guerre à l'Autriche pour la contraindre à se dessaisir de ses possessions italiennes, Napoléon III, à Plombières en i858, avait convenu avec le ministre de Victor-Emmanuel, le comte de Gavour, que si l'Italie centrale se réunissait au Piémont, après qu'il serait déjà entré en possession de la Lombardie, Nice et la Savoie feraient retour à la France, à la condition toutefois que les populations en exprimeraient la volonté. En exécution de cette convention les provinces intéressées furent appelées à choisir leur patrie et, le i5 et le 22 avril 1860, le comté de Nice par 254.430 voix contre 160 et la Savoie par i3o.533 contre 235, se donnèrent à la France.
L'idée que la Gonquête ne conférait pas de droit contre la volonté des Peuples, que seule cette volonté fondait le droit, était si bien entrée dans les esprits que Bismarck lui-même, après avoir pris le Schleswig, promit d'y faire un plébiscite sur la question du rattachement à l'Allemagne. Promesse jamais tenue par les Prussiens, bien qu'ils l'eussent solennellement
renouvelée après Sadowa,dans le traité de Prague, et qui devait être réalisée seulement en 1920, en vertu d un article du Traité de Versailles .
La France, quand, en 187 1, elle éleva la protestation qui ne cessa jamais jusqu'en 1914» contre le rapt de l'Alsace et de la Lorraine, quand elle demanda que fût respectée la volonté de rester Français que par l'élection de tous leurs représentants à l'Assemblée Nationale de Bordeaux, les peuples d'Alsace et de Lorraine avaient exprimée, la France se réclama donc d'un i^rincipe du droit qu'elle avait elle-même appliqué et qui était entré dans la conscience de l'humanité civilisée.
Ainsi, doctrine de morale en politique, soit qu'il visât à établir l'égalité entre les États quelle que fût leur puissance et à faire régner entre eux la concorde, soit qu'il visât à laisser aux peuples le libre choix de leur patrie, le wilsonisme n'innovait pas. Il avait des antécédents et, sans porter atteinte aux principes que formulaient à nouveau, que rajeunissaient les quatorze Points, les Négociateurs de la Paix de i9i0 pourraient — ce qu'ils firent en plusieurs circonstances — les adapter aux impérieuses exigences des intérêts qu'ils avaient à défendre. Mais une difficulté à cette adaptation naîtrait du caractère de Wilson. Ce noble citoyen américain avait en lui du religionnaire, il était plus prédicant d'Évangile qu'homme politique. A ses quatorze Points du 8 janvier 1918, dont la plupart formulaient des propositions positives, il en avait ajouté cinq le 27 septembre, six semaines avant l'armistice ^
De ces cinq, les deux premiers étaient inspirés d'un idéalisme inquiétant par ce qu'il impliquait :
do 11 faut, avait dit Wilson, que Timpartiale justice qui sera dispensée ne distingue pas entre ceux envers qui nous avons envie d'être justes et ceux envers qui nous n'avons pas envie
1. Voir les Quatorze Points et les Cinq Points complémentaires dans les Négociations secrètes et les (juatrs Annislices (pa^^e 322 .
d être justes. 11 faut que celle justice ne connaisse pas de favoris, que sa seule règle soit Tégal traitement des diflérenls peuples intéressés;
2» Aucun intérêt spécial ou particulier d'une nation isolée ou d'un groupe de nations ne peut être la base d'aucune partie de Tarrangement final, s'il ne peut s'accorder avec l'intérêt de tous.
Ainsi Wilson est attaché au bien absolu. Il ne distinguera pas entre ceux qui sont ses amis et ceux qui furent ses ennemis. Il veut les juger tous comme ils le seront au Jugement Dernier. Mais que produira le transport dans le domaine des réalités de cette morale sublime? Un déni de justice involontaire aux victimes de l'agression et une faveur involontairement concédée à l'agresseur, au ravageur. C'est parce qu'il ne faut pas distinguer entre ceux envers qui on veut être juste et ceux envers qui on voudrait n'être pas juste, que Wilson s'opposera autant que Lloyd George à la prise des garanties de la France sur le Rhin, que seul il fait une opposition — qui à la fin fléchira — à la neutralisation provisoire delà Sarre, qu'il se donne un désaveu à luimôme en n'accordant à la Pologne qu'un si précaire débouché sur la mer.
Les nobles soucis qui lui étreignaient le cœur, Wilson en a fait la déclaration le 25 janvier 1919, à Paris, dans une séance de la Conférence. Le langage qu'il parle est moins d'un homme d'État que d'un prédicateur religieux. Il a à définir l'action de l'Amérique dans la guerre; et il dit : « Pour nous c'est une Croisade »; et de lui-même il dit : « Je suis un Croisé ».
ce Nous nous sommes assemblés ici pour quelque îhose de plus grand que le règlement direct de diffiîultés immédiates. L'opinion du monde est dans un îtat tel que nous ne pouvons pas dire que nous sommes ci comme les représentants des Gouvernements seuls, nais plutôt des peuples, et il ne suffit pas que ce que lous ferons ici satisfasse les Gouvernements, il faut
52 T^E COMIÎAT DES TROIS
encore que ce que nous ferons donne satisfaction à Topinion de rhumanité tout entière.
(( La guerre, différant en cela de toutes les guerres précédentes, a affecté les populations tout entières du front, le fardeau tombé sur l'humanité est venu peser sur les épaules des vieillards, des femmes, des enfants; les maisons ont été atteintes et détruites ; c'est le cœur même de l'humanité qui a été atteint. Aussi est-ce l'humanité qui nous demande de faire en sorte qu'elle n'ait pas dans l'avenir à supporter les mêmes épreuves et à n'avoir pas à consentir de si grands sacrifices.
a Nous avons donc le devoir de préparer un règlement permanent pour l'avenir de la paix, c'est l'objet principal de notre réunion. Les traités peuvent être temporaires, il faut que la paix soit permanente.
« Ayons présent à l'esprit le tableau du monde actuel. Il y a un fait saisissant; c'est de voir ce que fut le résultat du long et silencieux travail de la science qui, dans ses laboratoires, les bibliothèques et les universités, est devenue entre les mains de tous les belligérants le moyen de détruire la civilisation même. Les Puissances que nous venons d'obliger à cesser la lutte et à nous demander nos conditions avaient créé des centres magnifiques de recherches et de découvertes ; elles les ont employés pour des objets de domination et de destruction. Nous devons nous assurer dans l'avenir le moyen de tenir la science en laisse et de la mettre entre les fortes mains de la civilisation, qui doit la diriger.
« Les Etats-Unis ont un intérêt moins direct que toutes les autres nations ici réunies au règlement immédiat que nous allons faire et même à cette grande idée d'une Société des Nations, ils sont protégés contre le péril de l'invasion par la largeur de TOcéan et par ly grandeur de leur territoire. Et cependant, il y a chez le peuple des Etats-Unis une ferveur pour l'idée de la Ligue des Nations qui ne vient pas de la crainte — elle n en peut pas venir — mais qui vient de l'idéal même
CLEMEKCEAr, LLOYD GEORGE, WILSON 5
qui lui a fait prendre part à la guerre qui vient de se terminer. En prenant part à la guerre, ils n'ont pas eu le désir d'entrer dans la politique européenne ou asiatique : ce qui les y a conduits, c'est le sentiment que le monde entier soufl'rait et qu'il fallait y établir la justice. Il leur semblerait qu'ils auraient travaillé en vain s'ils n'avaient lutté que pour régler les questions européennes ou asiatiques; ils veulent pour le monde entier des garanties qui assurent la sécurité de l'humanité par l'union des volontés et des cœurs.
« La Ligue des Nations ne doit pas être une création d'occasion pour faire face à une situation exceptionnelle et temporaire, elle doit avant tout être conçue comme le moyen de fournir à Thumanité des garanties permanentes. Sa continuité est une condition essentielle de sa vie même. Elle doit être comme l'œil des nations, veiller sans cesse à l'intérêt commun, veiller et ne jamais se fermer. Si ce résultat n'était pas atteint, il y aurait chez tout le peuple un désappointement profond. En parcourant les pays d'Europe que je viens de visiter, j'ai entendu monter jusqu'à moi la voix de la foule et ce qui dominait dans cette voix, c'était l'aspiration du monde vers l'établissement de la Ligue des Nations. L'avenir du monde est entre les mains du peuple.
« Si vous satisfaites le peuple, vous ferez œuvre solide, sinon rien de ce que vous pourrez faire ne pourra garantir au monde une paix réelle.
« En Amérique^ l'opinion, aussi bien que le Gouvernement, regarde la Ligue des Nations comme la clef de voûte de notre programme. Cette préoccupation a été la base de l'action de l'Amérique pendant la guerre, elle a été aussi la base que je me félicite d'avoir vu accepter pour le règlement final. ^
« Si les représentants des États-Unis revenaient de cette Conférence sans avoir posé les fondations de l'édifice, ils encourraient un blâme qu'on peut dire par avance mérité. Représentants d'une nation libre et maîtresse d'clle-mcme, ils savent que le peuple améri-
cain les regarde comme ses mandataires et ses serviteurs; ils ne peuvent rien faire d'autre qu'obéir au mandat que ce peuple leur a donné. Ils le feront d'ailleurs avec soin parce qu'ils partagent eux-mêmes le sentiment de la Nation qu'ils représentent.
« Le projet de la Ligue des Nations est la clé de voûte de l'édifice.
« Non seulement il est impossible de l'abandonner, mais il serait impossible d'accepter à ce sujet un compromis qui mettrait la Ligue en danger. 11 s'agit de permettre à chaque peuple d'être son maître, et de faire, non pas ce que nous voulons, mais ce qu'il veut; il s'agit de détruire les racines mêmes de cette guerre, le pouvoir arbitraire qui déchaîne sur le monde des catastrophes, la soumission de nations sujettes à des dominations qu'elles détestent, le fait de voir des peuples entiers traités comme des propriétés et comme des gages.
(( Nous espérons, en jetant les fondations de l'édifice, donner une première satisfaction à l'humanité et commencer à soulever le poids terrible qui pèse sur elle.
(( Tous les jours, en sortant dans la rue, je rencontre des hommes en uniforme américain. Ces hommes sont venus ici comme pour une croisade ; ils ne sont pas venus ici pour gagner une guerre, mais pour gagner une cause.
« Moi aussi, je dois me considérer comme un croisé et agir dans cet esprit, quelles que soient les obligations que cela m'impose. »