Citée par André ïardieu, dans son livre : La Paix
Voici le texte de cette lettre :
• Il est une question qui se posera nécessairement^ c'est celle de la rive gauche du Rhin. De bons esprits en B'rance, attachés aux plus vieilles traditions de notre histoire nationale, la revendiquent comme l'héritage perdu de la Révolution française, nécessaire pour former ce que Richelieu appelait « notre pré carré ». H est à craindre cependant que la reprise des provinces rhénanes qui nous ont été enlevées, il y a un siècle, ne soit considérée comme une conquête et qu'elle ne soit de nature à nous créer de grandes difficultés. Ce qui importe plus qu'un avantage glorieux, c'est de créer un état de choses qui soit une garayitie pour l'Europe agitant que pour nous et qui fasse courerture devant notre territoire. A nos yeux, l'Allemagne ne doit plus avoir un pied au delà du Rhin. L'organisation de ces territoires, leur neutralité., leur occupation provisoire^ sont à envisager dans des échanges de vues e?itre les Alliés. Mais il importe que la France, étant la plus strictement intéressée dans le statut territorial de cette région^ ait voix prépondérante dans l'examen de la solulion de cette grave question. »
disait à FAmbassadeur : « A nos yeux, l'AUemagiie ne doit plus avoir un pied au delà du Rhin. Il importe que la France, étant la plus directement intéressée dans le statut territorial de cette région, ait voix prépondérante dans l'examen de la solution de cette grave question. » Paul Gambon était ainsi invité à saisir l'occasion de « tâter » les dispositions de l'Angleterre quant à la séparation, dans l'indépendance, de la « Prusse Rhénane » d'avec l'Allemagne. Mais il ne trouva pas cette occasion ou ne crut pas opportun de la faire naître. Bien renseigné par l'Histoire sur les idées des ministres anglais relativement à l'extension de la France jusqu'au Rhin et pressentant que la suggestion de réaliser cette extension ne trouverait pas auprès d'eux un bon accueil, il ne voulut pas faire une démarche qui au milieu de la bataille aurait mis du malaise entre la France et l'Angleterre. Ni par une démarche officielle, ni par une de ces communications qui n'engagent pas leurs gouvernements, comme les diplomates s'en font dans les entretiens privés, Londres ne connut donc le dessein de Briand, les désirs unanimes de la France, de séparer de l'Allemagne les territoires des anciens Electorats ecclésiastiques, « la rue des Prêtres ».
C'est pourquoi, en novembre 191;;, Balfour interrogé aux Communes put répondre « qu'aucun accord n'existait entre les alliés pour la formation d'États indépendants sur la Rive gauche du Rhin et que d'ailleurs une telle solution n'entrait pas dans la i:)olitique du gouvernement britanique ».
Avec un seul de nos alliés, nous nous étions expliqué sur la nature des garanties de sécurité que nous réclamerions à l'heure de la Paix. En même temps qu'il écrivait à Paul Cambon la lettre dont on a lu le texte, Briand, en janvier 1917, faisait partir Doumergue pour Pétrograd.
Doumergue, porteur d'une lettre d'introduction du Président de la République auprès de « son cher et grand' ami » le Czar Nicolas, n'avait pas eu de peine à
faire comprendre au Gzar combien la France était intéressée à éloigner la Prusse de son voisinage. L'Empereur, que nous nous étions engagés, avec l'Angleterre, à mettre en possession de Gonstantinople, avait écrit lui-même, ou fait écrire par son ministre des Affaires Etrangères, qu'il soutiendrait les demandes de la France relativement à l'organisation à donner à la Rive gauche du Rhin.
Cet accord particulier avec la Russie, nous l'aurions sans doute fait connaître à nos autres alliés, au moment jugé opportun, après par exemple le succès espéré de l'oftensive qu'allait prendre Nivelle. Alors l'occasion se serait offerte à Paul Gambon dengager la conversation dont Briand lui avait tracé le thème.
Mais à peine Doumergue était-il rentré en France que la Révolution renversait Nicolas 11^ et portait au pouvoir après quelques semaines les partisans de la « paix sans annexion ni indemnité » ^. Les successeurs de Briand, qui avait démissionné le 17 mars, n'auraient donc pas pu se prévaloir à Londres et à Rome de l'accord établi entre Paris et Pétrograd, relativement au sort à faire à la Rhénanie, l'allié avec qui nous avions fait cet accord n'étant plus là pour le soutenir avec nous.
G'est pourquoi ce que l'on a appelé le a Traité Doumergue » resta secret jusqu'au moment où, le chancelier Michaëlis en ayant eu connaissance par quelque espion^, nos alliés en entendirent parler, et c'est pourquoi Ribot ne leur en dit rien.
Mais il est des choses qu'il n'est pas nécessaire de
dire pour qu'elles soient sues. La géographie, l'histoire
et le souci de notre sécurité révélaient, sans que nous
eussions à en faire la déclaration, que la question de la
, Rive gauche du Rhin était celle qui nous causait le plus