‹ Le combat spirituel [microforme]Chapitre 16 sur 184 · CHAPITRE Vill · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vill

monde aime avec tant d’ardeur, et ce qu'il

recherche en tant de manières, n’est que vanité et illusion; que les honneurs et les plaisirs passent comme un songe, et qu'étant passés ils remplissent l’âme de regrets et de chagrins; que les opprobres

| sont des sujetsde gloire, et les souffrances

des sources de joie; qu'il n'ya rien de plus grand, de plus généreux, ni qui nous rende

plus semblable à Dieu, que de pardonner

à nos ennemis et de leur faire du bien; qu'il vaut mieux mépriser le monde que d'être le maître du monde; qu’il est plus avantageux d’obéir pour l'amour de Dieu au dernier des hommes que de commander aux rois et aux princes; qu’une humble connaissance de soi est préférable aux sciences les plus sublimes; qu’enfin l’on mérite plus de louanges en mortifiant ses appétits dans les moindres choses, que si l’on prenait beaucoup de villes, qu’on défit de grandes armées, qu’on opérât des miracles et même qu’on ressuscitât des morts.

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CHAPITRE VIH De ce qui peut nous empêcher de juger sainement des choses, et de ce qui peut !

nous aider à les bien connaître. |

{ + E qui nous empêche de juger sainement :

{ des choses dont nous venons de parler et de beaucoup d’autres, c’est qu’aus- |

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sitôt qu’elles se présentent à notre esprit, :

nous Concevons pour elles ou de l’amour ou de la haine; et ces passions aveugles, r | qui préviennent la raison, nous les dégui- | sent de telle sorte, qu'elles nous paraissent :

toutes différentes de ce qu’elles sont. Or quiconque veut se garantir d’une illusion si commune et si dangereuse doit veiller

avec tant de soin sur s5z cœur, qu'il n'y |

souffre nulle affection déréglée pour quelque objet que ce soit.

Si quelque objet vient s'offrir à lui, il

faut que l’entendement le considère et

l'examine attentivement avant que la volonté se détermine à l'embrasser s’il est agréable, à le rejeter, s’il est contraire; car

| l’entendement, n'étant pas encore préoc-

cupé par la passion, peut sans nul obstacle démèler la vérité d'avec le mensonge, et discerner le mal caché sous le voile d'un bien apparent d’avec le bien qui a l’apparence d'un mal véritable : maïs, dès que la volonté, frappée par l’objet, commence à l'aimer ou à le haïr. l’'entendement devient incapable de le reconnaître tel qu'il est, parce que la passion qui le lui déguise fait qu'il s’en forme une fausse idée, et alors le proposant encore une fois à la volonté tout autre qu'il n’est, cette puissance, déjà

! émue, redouble son affection ou son aver-

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sion pour iui,et ne peut plus garder de mesure ni écouter la raison.

Dans un désordre et une confusion si

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