LA SAINT-MÉDARD
Saint Médard a continué son rôle de martyr bien au delà du tombeau, et depuis l’invention des almanachs cet infortuné se voit régulièrement chaque année mettre sur le dos tous les jours désagréables des mois de juin et juillet.
Il pleut, — c’est la faute à saint Médard !
Les abricols ne mûrissent pas, — c’est la faute à saint Médard !
Les foins sont rentrés dans les granges à l’état de fumier, — c’est la faute à saint Médard !
On siffle les pièces du Gymnase, — c’est la faute à saint Médard!
Etc., etc
Il faut que ce saint ait réellement une bonté d’ange pour souffrir si patiemment que l’on tienne tant de mauvais propos sur son compte; — à sa place il y a long-temps que j’aurais mis mon auréole de travers.
Je ne sais pas à quoi tient l'influence hydraulique de saint Médard; mais s’il possède réellement sur le baromètre tout le pouvoir qu’on lui attribue, il est à craindre qu’un jour il ne se venge de nous en faisant tomber la pluie pendant les trois cent soixante-cinq jours de l’année.
Il est vrai que ses droits ne durent que pendant six semaines, et que, passé ce laps, il remet toute sa puissance à saint Pantaléon, patron des temps caniculaires, autre époque de l’année où les hommes et les caniches se plaignent de plus belle, — ce qui prouve bien qu’ils ne sont jamais contents !