LE FOURNEAU ALIMENTAIRE
C’est en 1855 que fut conçu, dans une réunion du Comité de bienfaisance avec les Commissaires de charité (le 19 septembre), le projet « d’établir des four- )) neaux ^ où les ouvriers et les pauvres pourraient )) trouver de la soupe, de la viande cuite et des lé- » gumes, au prix de revient ». Cette proposition fut assez vivement combattue. On semblait mieux aimer « de faire des provisions de comestibles et de les
1 Le Comité ne donne pas d’aliments pendant l’été. Si le besoin ne s’en fait pas a\issi vivement sentir que pendant la saison rigoureuse, on ne peut nier cependant qu’une telle mesure serait loin d’être inutile. Le Comité des dames inspectrices des écoles et asiles — dont M”® la baronne Gustave de Rothschild est présidente — l’a si bien compris qu’il affecte annuellement une somme de 1,500 à 2,000 francs sur ses propres ressources pour continuer jusqu aux. vacances, en faveur des enfants les plus malheureux, le secours de nourriture qu’ils reçoivent pendant l’hiver.
2 Le 31 août 1840, un sieur Van Coppenaal, « directeur de la Compagnie hollandaise » (■?), avait demandé au Consistoire d’être autorisé « à former un établissement spécial pour la fabrication du bouillon à l’usage des Israélites de Paris ^. Mais il ne crut pas devoir * pour le moment, du moins » , intervenir dans l’exécution de ce projet qui, sans doute, fut conçu en faveur de la classe ouvrière et pauvre. Le Consistoire n’aurait pas eu, en effet, à intervenir dans un projet d’établissement privé.
LES ŒUVRES DU COMITÉ
fournir, au prix de revient, aux pauvres ». Le Comité décida néanmoins de faire un essai pour deux « fourneaux )) ; il n’en établit qu’un. Il fit établir des cartes à dix centimes, au moyen desquelles les indigents allèrent prendre des vivres à l’établissement. En 1858, les frais du fourneau étant devenus trop considérables, il fut question de fermer l’établissement ; mais, grâce à l’idée que l’on eut d’installer une pièce où les porteurs de cartes pourraient prendre leurs repas (juin 1859), le nombre des habitués s’augmenta rapid-ement. Le Comité, qui avait vendu ou donné 12,000 cartes en 1856, vit ce nombre presque doubler en 1859-1860. Il est vrai aussi que l’établissement, ouvert primitivement pour un seul repas, en donna bientôt deux, et que, fermé le samedi, il fut plus tard ouvert d’abord pour le déjeuner, puis toute la journée. Le nombre des portions délivrées continua à s’élever : en 1866 — dix ans après la création du fourneau alimentaire, — il était de 117,5'75. En 1870-71, pendant l’iiiver 1879-80 C au moment de l’immigration des Russes, en 1882, l’établissement du fourneau rendit les plus grands services. Ces trois époques marquent d’une façon particulière l’accroissement continu du nombre de portions délivrées : de 185,397 en 1870, et de 207,935 en 1871, elles s’élevèrent, en 1882, à 326,054
1 Pendant tout le mois de décembre 1879, le. Comité de bienfaisance s’est tenu en permanence. La Commission du fourneau se réunissait deux et trois fois par jour. On a distribué pendant ce mois au fourneau 18,000 portions ; 6,000 tasses de café ; 3,000 litres de légumes secs ; 1,500 kil. de riz et 1,500 boisseaux de pommes de terre.
2 C’est au Fourneau que les soldats Israélites de la garnison de Paris sont autorisés à prendre leurs repas pendant les jours de fête. Et c’est du Fourneau également que, pendant les fêtes de Pâque, la nourriture est envoyée aux Israélites qui sont internés dans les prisons de la Seine.
La seule ressource du Comité, pour faire face à un entretien aussi lourd, consiste dans la vente aux particuliers des cartes du fourneau.
Ainsi, secours de pain et de viande, de chaufïage et d'azymes : telle était uniquement, en 1809, l’Assistance que la Société d’encouragement était à même de donner aux indigents.
Une tâche aussi modeste ne pouvait suffire à son active charité, et le mouvement de la population israélite pauvre, augmentée sans cesse d’étrangers que la persécution faisait affluer à Paris, était tel qu’il nécessitait les fondations successives dont nous venons de faire l’historique ou en accroissait l’importance.
L’habillement des enfants des écoles, les loyers, les layettes, les aliments chauds, le Fourneau alimentaire, avec la mise en apprentissage et la création d’écoles, permirent alors au Comité de <( pourvoir aux besoins » intellectuels comme aux besoins physiques des pau- » vres de son culte ^ ; la fondation d’un Hôpital et
d’un Orphelinat, les soins pieux envers les morts, devaient compléter ce que le Consistoire appelait fort justement « l’organisation de la charité légale » Israélite à Paris 2.
' Lettre du Consistoire de Paris au Préfet de la Seine (12 mai 1843) pour lui demander de faire participer le Comité aux secours accordés par le budget.
2 Ibid.