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LES MALADES, LA MAISON DE SECOURS ET L’HOPITAL DE ROTHSCHILD

Un des objets essentiels des « Congrégations » était d’assister tout adhérent qui venait à tomber malade. Soins, frais de médecin et de médicaments, secours pécuniaires , elles ne négligeaient rien pour atténuer les souffrances des malheureux et toutes prévoyaient, dans la mesure la plus largë, les dépenses que pouvait nécessiter cette sorte de soulagement. Ce souci de venir en aide à ceux qui souffraient était tel que, au commencement de ce. siècle, la Société du cimetière de Montrouge, quoique créée dans le but spécial que son titre indique ^ avait dans son budget un chapitre consacré au « chirurgien de la Communauté » à « l’apothicaire » et au soulagement des malades L Le

1 Voir Cimetières et inhumations^ p. 116-117.

» Ibid.

règlement que les Sociétés subsistantes élaborèrent le 2*7 septembre 1809, et qui tendait à faire du Comité de Bienfaisance une iTg&m perfectionnée, révèle les soins habituels que ces <c Gonfrairies » prenaient de leurs malades.

En organisant le Comité, le Consistoire s’inspira d’une manière générale de ces religieuses pratiques ; mais, pour les malades comme pour les indigents, il voulut étendre sa protection sur tous les malheureux et généralisa le principe d’assistance que les HébrotU n’appliquaient qu’à leurs membres respectifs. Il maintint toutefois dans ia Communauté cette pieuse tradition des Confréries qui consistait à faire veiller les pauvres malades par les souscripteurs de la Société C

Le Comité organisa rapidement ce service : la nomination d’un médecin attaché à son « établissement » fut un de ses premiers soins ^ ; dans son budget un chapitre fut consacré aux secours à donner aux malades, aux frais de médecin, d’ « apothicaire », etc., etc. Pour une période de six ans — de 1809 à 1815 — il dépensa 13,241 fr. 50 ^ pour cet objet. Il avait alors annuellement à sa charge de cent à cent cinquante malades : les uns étaient soignés chez eux, d’autres,

1 Art. 10 du règlement de 1809. — Le 13 novembre 1810, une députation de deux Sociétés de secours mutuels, composées de femmes israélites, qui « depuis longtemps s’étaient cotisées volontairement afin de soulager entre elles les indigents et les malades de leur sexe », demandèrent au Comité de prendre un arrêté enjoignant aux dames de Pans de veiller chacune à leur tour auprès des femmes indigentes malades.

2 Voir page 10 (note).

3 Cette somme se décomposait ainsi : pour le soulagement des malades, 6,602 fr. 90 ; pour le médecin, 3,024 fr. ; pour l’apothicaire, 3,620 fr.’oO.

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sans famille, ne pouvant recevoir à leur domicile les soins nécessaires, étaient par ses soins mis en pen- . sion. Ce nombre, assez considérable, faisait désirer au Comité d’organiser une maison spéciale.

Il constatait en 1815, que partout « où il existe une » Communauté d’Israélites un peu considérable », des Asiles sont consacrés « à l’iiumanité souffrante où du » moins le pauvre peut mourir plus tranquillement » qu’il n’a vécu. La ville de Paris est peut-être la seule » exceptée ». Il ne fallait certes pas en attribuer la • cause à l’égoïsme ou à une coupable indifférence aux maux d’autrui » ; mais, ajoutait le Comité, « les » fortunes colossales sont rares parmi nous. A Paris,

» les gens aisés ne s’y trouvent pas en grand nom- » bre, au lieu que la quantité des pauvres est très con- » sidérable. Les rues malsaines, les demeures étroites » et malpropres qu’ils sont obligés de choisir, leur oc- » casionnent des indispositions fréquentes et bien sou- » vent des maladies fort graves qui se communiquent » et se propagent ». Pour remédier à cet état de choses c< il faudrait une maison vaste et bien aérée, une » personne qui l’habitât et qui ne la quittât presque » jamais, plusieurs lits, des gardes et du linge en » grande quantité ^ ».

Aucune suite ne fut alors donnée à ce vœu, et bientôt les membres de la Société ne purent plus suffire à veiller les malades. Le Comité dut (le 20 décembre 1820) organiser un service de gardes. Sept individus pris parmi les indigents furent chargés de cette tâche,

^ Compte rendu par la Société d''encourafjement et de secours avec membres souscripteurs de ladite Société des recettes et des dépenses par lui faites depuis novembre 1809 pispi’à septembre 1815. (Manuscrit.)

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moyennant un salaire de 1 fr. 50 par jour et de 1 fr. 50 par nuit.

Cependant le projet si timidement dmis d’dtablir un^ hospice israélite n’était pas abandonné. Le D^Cahen, alors attaché comme médecin à la Société de secours, s’en montra le fervent et constant initiateur. Dès 1822, il lui soumit un plan qui obtint l’assentiment unanime du Comité. « Il est inouï, disait-il, que dans une ville comme la nôtre, il n’existe pas un établissement que réclament également la religion et l’humanité. » Pendant cinq ans ^ cette création ne cessa d’occuper le Comité de bienfaisance, le Consistoire et l’Assemblée des Notables.

En 1825, le D'’ Cahen trouva une maison située rue Picpus, n” 47, et connue sous le nom de l’Ermitage ‘L

* Le Consistoire appelle l’attention du Comité (14 juin 1825) sur cet « objet qui intéresse essentiellement la classe indigente. Les motifs » les plus respectables empêchent souvent les malades indigents » d’aller à l’hôpital pour recevoir les secours qu’exige leur état ». Le Consistoire pense que, pour remédier à cet état de choses, « il con- » viendrait d’établir, dans un local particulier, des lits destinés à ces » infortunés qui recevraient de gardes-malades Israélites les mêmes » soins que ceux qui leur seraient donnés dans les hôpitaux », et il invite le Comité à faire appel à la charité des Israélites de Paris pour l’exécution de ce projet.

- La Société do secours adressa, à cette occasion, une circulaire à la Communauté. Après avoir rappelé « les monuments de piété * élevés à Paris grâce à la libéralité de ses coreligionnaires, elle disait que, pour couronner ces œuvres de bienfaisance, il manquait un établissement « où le pauvre infirme puisse trouver un lit, un azyle et des » secours pour n’être pas exposé à traîner ses souffrances et peut-être » à finir ses jours dans les hôpitaux où ses opinions religieuses se . trouvent trop souvent contrariées. . La Société, enfin, sollicitait chacun € de contribuer, par sa souscription, selon ses facultés et » d’après l’impulsion de son cœur, à cette œuvre pieuse afin qu'il » puisse proportionner l’étendue de l’établissement aux ressources » annuelles qui lui seront fournies ». Ses vues se bornaient alors à la fondation d'un hospice de douze lits (l"juiu 1826). L’appel était signé

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Elle pouvait contenir dix lits. Une Commission ^ avait visité la maison et, sur le rapport du D" Catien, approuvé ce projet dans toutes ses parties (5 jaillet- 11 décembre 1826). Le « manque de fonds » semblait avoir été jusqu’à ce jour « le seul obstacle » à l’exécution de ce projet. 11 en surgit d’autres cependant. Si tout le monde était d’accord sur la nécessité d’apporter les plus grands soulagements à la misère et aux maladies des indigents, cette unanimité ne se retrouvait pas pour la création d’un* établissement spécial. Une Commission, nommée par l’Assemblée des Notables, dans sa session du mois de décembre 1826 en rapportant les objections qui avaient été faites à ce projet, les combattit avec la plus grande énergie.

Ses adversaires prétendaient, en effet, que fonder une maison de ce genre, c’était créer une ligne de démarcation entre les Israélites et leurs concitoyens — que les protestants n’avaient point d’établissement particulier et qu’ils envoyaient leurs malades dans les hôpitaux généraux — que le malade, pas plus que le soldat, n’était tenu à une nourriture distincte, et qu’enfin l’affluence des vagabonds et des étrangers détournerait la maison de sa destination.

La Commission cita, à son tour, l’exemple de la Communauté de Metz qui entretenait un hospice israélite, subventionné par le Conseil municipal, et qui « loin d’inspirer aux établissements ni aux autorités

de MM. S. Alkan, président; de Cologna et Deutz, grands rabbins ; M^ Abraham ; E.-M. Dalmbert, Goudchaux. Halphen, B. Patto, S. Lévy, L. Lecerf, A. Halphen ; Elie Halévy, secrétaire.

1 Composée de MM. S. Alkan, président du Comité, Goudchaux Halphen et Léon Lecerl.

* Elle était composée de MM. Théodore Cerf Berr, Philippe Simon^ et le Cahen, rapporteur.

la moindre idée d'isolement,’ rend à leurs yeux les raélites de cette ville éminemment estimables et estimés ». Elle ajoutait, en ce qui concernait les protestants, que cc les divers cultes chrétiens ne sont séparés que par des nuances plus ou moins marquées », mais que la base de la croyance était la même, et que « le protestant n’avait pas besoin d’oublier son dogme pour s’asseoir à la table du catholique ». Elle faisait valoir encore l’erreur qui consistait à comparer le malade au militaire qui est appelé à remplir un devoir que la religion môme lui impose envers le prince 'et la Patrie ». Enfin un règlement « sagement combiné » ne pouvait-il empêcher que l’hospice israélite de Paris fût ouvert au premier venu? et l’admission ne saurait-elle être subordonnée aux formalités que commandent « l’humanité, le bon ordre et une louable économie » ?

Ce rapport fit une assez vive impression sur les Notables pour que la question continuât à être mise à l’étude. Une nouvelle Commission ^ fut nommée. Son projet n’inspira qu’une médiocre confiance au Consistoire qui le transmit cependant, en novembre 1827, aux Notables en le leur recommandant « sinon pour les moyens, du moins pour le but; car les amis de l’humanité répandent un charme même sur leurs illusions ».

Voici très brièvement en quoi consistait ce projet. La Commission, après avoir constaté les avantages de la création d’un hôpital où les Israélites ne seraient

^ Choisie de préférence parmi les membres du Comité, elle fut composée de MM. Patto, Alkan, Javal aîné, A. Halphen et D’’ Cahen. On remarquera quel rôle prépondérant le D*' Cahen joua dans cette grcive question.

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point obligés d’enfreindre les lois religieuses, et où ils ne. seraient pas « obsédés par des propositions que dicte une philanthropie mal entendue^», présentait trois systèmes ^ :

La construction d’un hôpital pour y placer dixhuit malades des deux sexes. — Mais il nécessitait une dépense de 200,000 francs, et l’on était dans 1 impossibilité de trouver cette somme.

2» La location de deux chambres, spécialement destinées aux malades Israélites, dans une maison de santé. Ils recevraient les soins communs de la maison et seraient nourris selon le rite juif ; mais la dépense estimée à 16,000 francs par an, et l’influence de deux administrations, source de conflits, ne permettaient pas d’adopter ce projet.

3® Enfin le troisième moyen, dont les membres de la Commission se montraient tout à fait partisans, consistait à fonder « dans les quartiers les plus propices » trois établissements de six lits, à la création desquels les Sociétés de secours mutuels devaient contribuer au point de vue pécuniaire et administratif L

1 Les cas de violation de conscience étaient très nombreux a cette époq[ue.

2 La population indigente, suivant la Commission, pouvait être de 1,500 à 1,600 individus et se diviser en quatre grandes classes : 1° celle qui habite la capitale et fait partie des associations dites Heiroth : elle peut être évaluée à 250 ménages ou 700 individus ; 2“ celle qui de même habite la ville et ne fait partie d’aucune association et dont le nombre peut s’élever à 120 ménages ou 360 individus, y compris les indigents dits portugais ; 3“ les domestiques ; enfin 4“ les étrangers. Ces deux classes, composées de célibataires, peuvent s’élever de 4 à 500 individus.

3 Vingt et une liebroth existaient à cette époque : quatorze d’hommes et sept de dames.

La dépense pour les trois établissements était évaluée à 8,157 francs par an L

Grâce à ce dernier projet, on évitait l’encombrement, on ne créait pas positivement un hôpital « dont le nom seul semble effrayer quelques esprits craintifs », et enfin la participation morale et pécuniaire des Sociétés — qui appelaient de tous leurs vœux la fondation d’un hôpital — allégeait les charges de la Communauté.

Pendant que l’Assemblée des Notables, le Consistoire et le Comité nommaient Commissions sur Commissions, délibéraient et discutaient sans oser prendre une détermination, l’initiative privée cherchait à réaliser, dans des proportions plus modestes, le projet que les administrations consistoriales ne parvenaient pas à exécuter. Une société de Dames avait déjà monté un établissement de deux lits. Une autre avait, le 16 mai 1827, soumis une proposition au Comité et lui avait demandé de s’associer à cet acte de charité en payant le loyer et les médicaments. Il s’agissait d’établir quatre lits : deux pour hommes et deux pour femmes. Le Comité, attendant qu’une décision intervînt au Con-

^ Voici quelles étaient les prévisions de dépense annuelle pour un établissement de six lits: Local composé de deux chambres à trois lits, une cuisine, deux pièces pour le gardien, une pour le linge et cave.

Loyer annuel . 400 fr.

Chauflage (bois et charbon). . . . ISO

Eclairage..: . 288

Traitement du gardien . 150

Pain" : six livres par jour . 297

Viande ; trois livres . 540

Vin : trois bouteilles . 540

Légumes . 324

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