CHAPITRE VII
Les Cimetières.
Les Juifs ont eu, de tous temps, cela paraît certain, des cimetières à Paris. Cependant la trace en est perdue, et le plus ancien sur lequel, grâce à une découverte faite il y a une quarantaine d’années, on ait quelques renseignements, existait encore au xiii® siècle. ^
S’il faut en croire le commissaire de La Mare, les Juifs avaient en 1198, quand Philippe- Auguste les autorisa à rentrer en France, deux synagogues et deux cimetières. L’un de ces cim'etières était situé rue Garlande ou Galande L L’autre se trouvait rue de la
^ Voy. Bemie des écudcs juives, n° 1. — Juillet-septembre 1880 : Le Rôle des Juifs de Paris de i296 et par Isidore Loeb, p. 62.
Harpe, près de la rue Pierre-Sarazin dont la Juiverie, dit Sauvai, était à la censive de Saint-Benoît et sur la paroisse de Saint-Séverin. Cette — (c’est ainsi qu’on appelait alors les lieux habités par les Juifs) — semble avoir été au xiii° siècle assez importante. Ils s’assemblaient dans ce quartier et ils y avaient des écoles.
Le cimetière de la rue de la Harpe eut des fortunes diverses. Il était situé près de la maison d’un chanoine, nommé Maître Gilbert de Saana. A ce cimetière, les Juifs avaient ajouté anciennement le jardin de la maison du chanoine. Le roi ayant fait présent à Me Gilbert de la maison qui était nommée la maison de Martin le Portier {domus Martmi hosiiardi), celuici revendiqua en jugement la propriété de son jardin et il gagna sa cause. Les Juifs furent obligés d’entrer en composition avec lui, et le résultat fut qu’il leur céda son jardin pour qu’il servit « perpétuellement » aux besoins de leur cimetière L
Quand Philippe-le-Bel, en 1306, exila les Juifs, ce cimetière était devenu une grande place vide qu’on appelait Cœmeiey'ium Jiidæoriiin. Ce roi le vendit en I3II, pour mille livres tournois aux religieuses de Poissy 2 qu’il avait fondées. Puis il passa successivement en la possession de Jean comte, de Forest, de Charles VI et de Jean duc de Bretagne, comte de
^ La charte. autorisant cet arrangement est intitulée : <■ Confirmatio compositionis quam Magister Gilbertus de Ssana, clericus domini régis, fecit cura Judeis jardino. Novembre 1283 ».
2 Sauvai dit ; Passy. Voy. Revue des études juives, n° 3. Janvicrmers 1881. — Dans le calai, que M. Simeon Luce dresse des « documents du Trésor des Chartes », p. 67, la donation de ce Cimotière aurait été faite aux religieuses du Couvent de Saint-Louis de Poissy. (Reg. JJ. 46 87 v®, n® 150.)
Montfort qui s’en défit en faveur d’Alain le Malestroit. Un hôtel fut construit sur cet emplacement ; plusieurs particuliers s’en rendirent par la suite acquéreurs ; il fut enfin abattu et sur ce terrain on construisit des maisons.
Cependant Louis le Hutin, parvenu au trône, avait, moyennant 122,500 livres C permis aux Juifs qui avaient été exilés, de se rétablir pour un temps déterminé en France et de rentrer en possession des cimetières qui seraieyit encore en nature. Il devait leur en être donné d’autres « à bon marché » au lieu de ceux qu’ils ne pourraient recouvrer ou qui seraient couverts de trop de bâtiments. Les Juifs du xiv® siècle ne pouvaient espérer que le cimetière de la rue de la Harpe pût être rendu à sa destination, et ce champ de repos, où furent ensevelis pendant trente ans les restes des Juifs de Paris, fut définitivement aliéné
Dès la fin du xiv® siècle, en pratiquant des fouilles dans ce quartier, on y avait trouvé des ossements, des tombes et des épitaphes hébraïques. C’est à une découverte de ce genre, faite en 1849, que l’on doit d’avoir pu assigner une date à peu près certaine à l’existence du cimetière de la rue de la Harpe. En effet, lors de la reconstruction d’une maison appartenant à M. Hachette, libraire, et située rue Pierre-Sarrasin, on trouva des tombes recouvertes d’inscriptions hébraïques dont la plupart, altérées, mutilées ou brisées par la pioche des ouvriers, devinrent malheureuse-
* Près de trois millions de notre monnaie actuelle.
- Voir, atout ce sujet, Sauvai et le commissaire de La Mare, au mot Juifs.
Ci/Tiettère de let ViLLette ii
Plan dressé en 178o
ment presque indéchiffrables. Elles furent transportées au musée de l’hotel de Gluny.
M. Pliiloxène Luzzato publia en 1853, dans les Mé- 'iiioires ds la Société des AutiqiiCLîres de France ^ une étude très complète sur huit de ces pierres tumulaires. Elles paraissent toutes dater de la fin du xiip siècle (1281-1300). Sauf la première qui souleva quelques discussions, elles n offraient, si ce n’est au point de vue archéologique, que fort peu d’intérêt.
Il eut-il d autres cimetières juifs à Paris du xiii® au xviii® siècle? Le fait est présumable, m^algré les exils répétés dont les Israélites furent frappés, malgré les persécutions dont ils ont été l’objet. Cependant aucun document n’en fait pressentir l’existence, ni n’en détermine l’emplacement, et l’on ne peut à ce sujet que former des conjectures.
Il faut arriver à la fin du xviii° siècle pour n’en plus être réduit aux hypothèses, reconstituer l’histoire des cimetières à cette époque et connaître en même temps d’une^ manière précise dans quelles conditions se faisait 1 inhumation des Juifs à Paris. La pompe et l’éclat dont leurs convois sont entourés aujourd’hui, la liberté si complète laissée à la manifestation de leurs sentiments, constituent un des résultats les plus glorieux que la reconnaissance de leurs droits civils par l’Assemblée de 1791 ait permis aux Israélites d’obtenir et nul ne peut imaginer, voyant l’etat des choses actuel, les précautions qu ils étaient contraints de prendre jadis pour pouvoir enterrer leurs morts furtivement et à la dérobée.
^ 3® série, tome II.
Dans la Grande-Rue de la Villette — aujourd’hui rue de Flandre -r sur la route qui menait de Paris à Senlis-Compiègne, il y avait, à la fin du siècle dernier, une auberge à l’enseigne de V Étoile, dans le jardin de laquelle se faisait l’inhumation des Juifs qui résidaient' ou demeuraient à Paris, — Allemands, Portugais et Avignonnais indistinctement. L’auberge était tenue par un nommé Matard, auquel on payait cinquante francs pour le corps d’une grande personne, et vingt ou trente francs pour celui d’un enfant. Ce jardin servait de cimetière aux Israélites depuis les premières années du xviii® siècle. Il était situé derrière les bâtiments de l’hütelL
Toutes les conditions de sécurité et de calme — sinon de majesté exigée dans un semblable lieu — semblaient être réunies et, quelque pénibles que fussent les lois dont la police entourait les convois israélites, les « Gonfrairies » s’estimaient heureuses de pouvoir procéder sans troubles à ces devoirs funèbres. Mais cette assurance ne dura pas. Vers 17^5, on apprit que Matard faisait écorcher des chevaux et des bœufs sur le terrain destiné aux inhumations, et qu’ « il mêlait la chair et les ossements de ces animaux aux cadavres ». Les observations très vives que* les Confréries lui adressèrent, émues d’une telle profànation, l’animèrent
1 Voir, p. 96, le plan de ce jardin. (Plan n° 1.)
davantage contre elles : il les troubla et les molesta dans leurs cérémonies religieuses, et il les menaça même — non seulement de ne plus recevoir leurs morts, mais même d’exhumer ceux qui étaient ensevelis. L’intervention de M. Lenoir, lieutenant général de police, l’empêcha seule de mettre cette mesure à exécution : mais toute sécurité était perdue. Les Juifs allemands dont M. Goldschmidt était le syndic, les Avignonnais ayant pour syndic M. Salom, et les Portugais représentés par M. Péreire, voulant avoir un cimetière en propre, cherchèrent un emplacement pour leur service commun. Ils proposèrent à Matard d’acquérir le terrain où se faisaient alors les inhumations, mais ses prétentions les obligèrent à y renoncer. Le jardin de YAiiberge O.e V Étoile servit jusqu’en 1780. ün y enterrait depuis plus de soixante ans.
1 Dès 1770, quelques années avant qu’on ne sût l’usage barbare que l’aubergiste faisait de ce jardin, un sieur Liefmann Calmer, né à Aurich (Hanovre), et propriétaire de la seigneurie de Picquigny en Picardie, s’était occupé d’un projet de cimetière pour tous les Juifs indistinctement; mais il n’y avait pas été donné suite et, quand ces sacrilèges furent constatés, il adressa à ce sujet un nouveau mémoire au Préfet de police.
Voici, brièvement, en quoi consistait ce projet :
1 Tous les renseignements qui suivent, relativement au cimetière de la Villette, ont été puisés dans les papiers de famille que possède M. Eugène Péreire et qu’il a bien voulu mettre à notre disposition avec une affabilité particulière. Nous sommes heureux de lui offrir ici tous nos remerciements et l’expression de notre gratitude.
On peut consulter, au sujet de ces cimetières, Jacoh Rodrigues Péreire, par La Rochelle (Paris, 1882), p. 444-457 ; et Liefmann Calmer, par Isidore Loeb [Anmiaire des Archives israélites, année 1885-86), p. 25.
1» M. Calmer achèterait, à ses propres dépens, un terrain qui devait être uniquement destiné à servir de cimetière à la a Nation Juive »; 2° les pauvres y seraient enterrés gratis; les Juifs aisés de Paris seraient tenus de payer de leur vivant, pour eux et les gens de leur maison, une somme laissée à la liberté de chacun, mais qui cependant ne pouvait être moindre de vingt-cinq francs « pour chaque tête » au dessous de treize ans, ni moindre de cinquante livres au dessus de cet âge ; 4^ ceux d’entre eux ou les étrangers qui ne voudraient point payer d’avance, et de leur vivant, leur place au cimetière, ne pourraient y être enterrés que de son agrément, à lui Calmer, et de celui de deux administrateurs « choisis », moyennant une somme arbitrée par eux trois, « laquelle devait toujours être plus forte que celle de la taxe » ; 5° il devait être défendu de se faire inhumer nulle autre part que dans ce cimetière ;
les ressources que « tout cela » produirait devaient servir au paiement des procès-verbaux, frais d’inhumation des pauvres, et « autres frais relatifs » ; enfin, 7® M. Calmer exigeait que les administrateurs lui rendissent compte, et à ses successeurs après lui, à la fin de chaque année, de la recette et de la dépense.
Ce projet, qui révélait un peu trop naïvement l’esprit de domination de son auteur, fut, au mois de juillet 1778, soumis par le lieutenant de police à l’appréciation de M. Jacob Rodrigues Péreire, agent de la Nation juive portugaise à Paris. La situation de M. Péreire était importante, et le crédit qu’il avait auprès de M. Lenoir était considérable. M. Calmer, au contraire, bien que maître d’une grande fortune, ne jouissait -- selon M. Péreire — que d’une considé-
ration relative Son influence avait créé cependant, . entre Péreire et lui, une grande rivalité^ et la question du cimetière ne contribua pas peu à l’envenimer.
Sur l’invitation du lieutenant général de police, M. Péreire, tout d’abord, adressa à celui-ci, le 2 août 1*778, ses observations sur le projet Calmer « où, disait- » il, à l’exception de ses intentions qu’on peut croire » pieuses et généreuses, presque tout ne paraît y être » qu’inconséquent, captieux et tyranniquement arbi- » traire ». Cependant il ne contestait pas que le projet d avoir un cimetière en propre n’ait « de tout temps » fait l’objet des désirs des Juifs qui sont à Paris », et il en attribuait la non-réalisation à « la diversité des » sentiments sur les moyens de l’exécuter ».
Péreire fut bientôt chargé par M. Lenoir d’élaborer un autre projet. Le lieutenant général lui écrivait, le 5 août 1778 : « Il est nécessaire que vous vous enten- » diez avec les chefs des Confrairies des autres Juifs » tolérés dans le Royaume... Vous pourriez ensuite » louer ou acquérir un terrain : dans ce dernier cas, » ce ne peut être qu’au nom d’un Juif naturalisé. » Quand vous serez convenu de subvenir à cette pre- » mière dépense, à l’entretieri d’un cimetière et aux » gages du concierge, je ferai ce que les circonstances » me permettront pour remplir vos intentions et vos » vues. Vous savez combien j’y ai conflance. »
Péreire s’efforça de répondre à ce sentiment. Son
^ Voici, d’après une note trouvée dans les papiers de M. Péreire, ce que celui-ci en pensait : « Il est à ma connaissance que son papier » n’a pas trouvé d’emploi à la bourse à 6 0/0 et que son crédit n’a » pas été regardé comme bien établi. »
11 avait dit d’abord : « Le bruit a couru plusieurs fois qu’il allait laire faillite. » Mais ces mots ont été rayés.
projet d’établissement d’un cimetière est empreint d’une grande humanité. « La porte est demeurée à tout » le monde pour s’y intéresser, dit-il. Ceux qui ne le » pourront pas seront traités avec toute humanité et » tous les égards qu’il convient entre frères. Ceux » même qui le pourront et ne le voudront point, n’é- » prouveront, pour cela, aucune gêne pendant leur vie, » et n’auront pas à craindre d’injustice à leur mort. . . » et la plus grande peine contre les plus riches qui » mourront à Paris, sans avoir contribué d’une obole » pour le cimetière, ne sera que de cent écus pour les » droits de leurs enterrements. »
Péreire, muni du mandat du lieutenant de police, conféra de nouveau avec MM. Liefmann Calmer, J. Goldschmidt et Israël Salom. M. CerfBerr, citoyen de Nancy, se joignit à eux. Homme intègre, d’un caractère doux, jouissant d’une autorité incontestable. Cerf Berr, comprenant l’importance et la grandeur d’une telle entreprise, s’attacha à calmer les irritations, à concilier les intérêts. Son arrivée à Paris fut presque bénie, et Péreire considéra « ce sage et vertueux conciliateur comme un véritable ange de paix ». Grâce à son intervention, les pourparlers engagés avec aigreur, se poursuivirent à souhait sur le projet élaboré par J. -B: Péreire. Tous espèrent que « tout s’arrangera » ; chacun a pris connaissance de ce projet et Cerf Berr écrit, le 26 octobre, que, comme lui, MM. Calmeiyet Goldschmidt l'ont trouvé « sage et bien fait ». M. Calmer fils, lui-même, écrit que « l’affaire est en bonnes mains », et qu’il ne met plus de doute à son succès. Il ne reste plus qu’à signer une convention liant entre eux les syndics des diverses Congrégations. Le 2*7 octobre 1778, MM. Péreire, Liefmann Calmer, J. Goldschmidt, Israël
Salom et Cerf Berr, se réunissent et signent un engagement par lequel ils promettent de subvenir, par portions égales, à la dépense que nécessitent l’achat et les frais d’acquisition d’un terrain. Cette dépense ne devait pas s’élever à plus de 7,200 livres ^
Tout était donc arrêté, et, conformément aux instructions de Mgr Lenoir, Péreire, considérant comme un devoir « de mettre tous ses frères en état de con- » naître une chose qui doit leur appartenir à tous et à » laquelle tous doivent être invités à contribuer », avait averti les chefs des Confréries qu’il se proposait d’aller à la prière, le samedi 31 octobre 1778, et d’y faire au public la lecture de la partie essentielle de ce projet; mais le 30 il reçoit une lettre par laquelle
‘ Voici cet engagement : « Nous, soussignés, promettons et nous engageons de fournir, par portions égales, à la première réquisition verbale qui nous en sera faite, jusqu’à la concurrence de sept mille deux cents livres, somme à laquelle on estime que pourra aller tout au plus la dépense totale et fondamentale du cimetière que Mgr Lenoir, lieutenant général de police, veut bien nous permettre d’avoir en pronre dans les environs de Paris. La dite somme ou les parties de cette somme qui seront nécessaires, seront remises provisoirement entre les mains de M. Goldschmidt, sous son récépissé, jusqu’à ce qu’il pourra y avoir un caissier dénommé par nous les dits soussignés.
» Ceci, au reste, n’est fait entre nous (et cela doit être bien entendu) qu’uniquement par pure précaution, pour que rien ne puisse arrêter ou apporter des longueurs à l'exécution d une si bonne œuvre. Car nous déclarons que notre intention n'est point (à Dieu ne plaise) de nous en approprier tout le mérite que dans le cas unique où personne plus que nous, les soussignés, n’y voudrait y prendre part. Car, nous le répétons, tous ceux qui voudront y contribuer en seront les maîtres, et l’on suivra là-dessus le partage lait par l’un de nous en soixante actions de 120 livres chacune, pour être distribuées de la manière indiquée dans sou mémoire (?), sauf à changer la forme du remboursement, qui y est proposé, par des rentes viagères, et qui pourra se faire autrement dès qu’on en sera d’accord, du moins à la pluralité des voix. Fait à Paris, le 27 octobre 1778. tait double entre nous. Signé : Péreire, Liefmann Calmer, J. Coldschmidt, Cerf Berr et Israël Salom. »
* Liefmann Calmer, Jacob Goldschmidt et Israël Salom affirment que l’accord n’est point fait et prétendent, en conséquence, qu’il serait prématuré de donner connaissance de ce projet aux sociétés ^
En même temps les syndics, auxquels se joint M. Cerf Berr, adressent au lieutenant de police, le 1®'’ novembre, un acte de délibération ayant pour objet de demander de faire l’acquisition d’un terrain au nom de M. Calmer, et non point au nom de Péreire, « pour faire un cimetière pour ceux de sa nation sans distinction de pays, qui viendraient à décéder ». Calmer, à l’appui de cette demande, se disait l'auteur du mémoire relatif à l’acquisition d’un cimetière ; il prétendait que ses lettres de « naturalité » avaient été enregistrées au Parlement de Paris, dans le ressort duquel devait se trouver le cimetière ; il ajoutait que les chefs et syndics de la nation juive allemande, polonaise et avignonnaise, étaient au nombre de quatre contre un seul de la nation portugaise et qu'enfin la contribution devait se faire pour 4/5 par la nation allemande et avignonnaise et pour 1/5 seulement par la nation portugaise.
Péreire, irrité des obstacles que lui suscitait Calmer, dont la délibération était, selon lui, entachée d’inexactitudes, répondit vertement ^ à cet exposé de motifs et
‘ Péreire disait que les syndics avaient mis obstacle à cette communication € parce qu'ils avaient vu par là en danger la prétention de M. Calmer à la souveraineté sur nos cadavres »,
® Goldschmidt était syndic de la nation juive allemande, polonaise « et autres • ; Salom, syndic des Juifs avignonnais et du Comtat- Venaissin; et Péreire, syndic des Juifs portugais.
3 « M. Calmer n’est pas naturalisé comme Juif. Ses lettres patentes n’ont pas été confirmées par Sa Majesté. Sa naturalisation n’est que pour lui et sa famille, avec la condition de demeurer et mourir
CIMETIÈRES ET INIIUxMATIONS 105
manda à M. Lenoir qn’il était « d’autant plus conforme à justice et à raison » de lui laisser finir de remplir sa mission que l’on ne cherchait en l’y troublant, qu’ « à flatter la monstrueuse yanité d’un seul homme et à faire triompher ses vues despotiques sur ses frères w. Dans cette lettre en date du 24 novembre 1778, adressée à M. Guillemin, 1°'’ commis de la police, Péreire constatait que Calmer voulant « faire parade d’homme riche » veut acheter tout « à ses dépens », imposer des conditions humiliantes et onéreuses et, ajoute-t-il, f< qui le font présumer plus intéressé que généreux ».
Il était temps qu’une solution intervînt. Péreire, d'une part, la demandait avec instance, et d’autre part, les syndics cherchaient, selon Pereire, à tromper leurs communautés sur la véritable économie de son projet en répandant le bruit que « quiconque ne s’intéressera pas au cimetière pour une action de 120 liv. sera imposé à cent écus à sa mort, pour son enterrement, sans la moindre diminution ». Le subterfuge était manifeste. Péreire, pressé d’en finir, se tourna de nouveau vers Mgr Lenoir, et répondit du succès. 11 demandait seulement qu’on écartât « ces deux ou trois » particuliers que la raison ni l’équité ne guident pas », qui « s’approprient les fruits de son travail », et leur
dans le roj^aume. Si des alFaires l’obligent d’en sortir, il pourrait arriver que sa naturalité cesserait, aux termes de l’enregistrement, et que notre cimetière pourrait en souffrir.
» Il est haï personnellement par le clergé et cette haine pourrait devenir nuisible à notre établissement s'il se faisait sous son nom. »
Enfin il proteste hautement contre la prétention de Calmer se disant l’auteur du fameux mémoire et il ajoute : « C’est une indignité de plus de sa part ou une circonstance qui le rend encore plus indigne d'être chef parmi nous que d’avoir conçu lé projet qu’il a présenté, et de l’avoir présenté à mon insu, en le donnant au nom de toute la nation juive. »
font même produire « des pernicieux effets ». Le moment n’allait pas tarder où l’agent de la nation portugaise allait triompher de toutes les difficutés et continuer enfin la mission dont le lieutenant de police « l’avait honoré et n’avait honoré que lui ».
L’affaire traîna en longueur durant toute une année. Enfin le 11 février 1780, Péreire écrivait à M. Lenoir : « Ayant fait connaître à quelques commu- » nautés de ma nation juive portugaise la nécessité » dont il était d’avoir à Paris, sous votre protection, » un cimetière décent et qui fût gratuit pour ceux » de ses pauvres qui y décéderaient, ces communautés » m’ont fait parvenir des fonds suffisants pour cette » acquisition, et conformément au désir des dona- » teurs L je viens d’acheter sous mon nom des sieurs » Bonnet frères, habitants de la Villette, un petit » jardin clos qu’ils ont derrière leur demeure, contigu » à celui qui sert encore de sépulture en ce lieu à » tous les juifs en général. . . »
Les frais d’acquisition de ce cimetière — consacré dorénavant aux seuls Israélites portugais, grâce à Liefmann Calmer — furent d’abord fixés à 3,120 livres (y compris 120 livres de pot de vin) que Péreire se proposait de répartir en 50 actions de 60 livres
1 II a été de toute impossibilité de retrouver les noms de ces donateurs. La connaissance en eût été bien intéressante.
Une note trouvée dans les papiers de M. Péreire et ayant pour titre « Note des pièces qui ont été envoyées à M. Azulay le 6 avril 1780 • contient la mention suivante :
« 4“ Le tableau contenant les noms des fondateurs et une note intéressante. »
Ni ce tableau, ni çette note n’existent. M. Azulay, courtier juré, avait été choisi par Péreire comme « procureur général et spécial » à l’effet de recevoir les sommes souscrites.
chacune. Les actionnaires acquéraient « le droit de » fondateur et par conséquent de sépulture, eux et » leurs descendants, sans que, dans aucun temps, » on puisse rien leur demander ». Mais « les difficultés bien ou mal fondées des voisins sur la destination du terrain, les droits seigneuriaux, le centième denier, le coût du contrat, celui des lettres de ratification, quelques faux frais, la dépense à faire pour réparer une partie des murs, pour élever une petite bâtisse à la place d’une petite chaumière qui s’y 'trouve tombant en ruines, pour un corbillard ou voiture à transporter les morts.... », tout cela avait augmenté les frais prévus et la somme nécessaire fut définitivement fixée à 4.800 livres répartie en 80 actions de 60 livres tournois.
Cette souscription fut couverte en grande partie par plusieurs communautés portugaises, par M. David Sylveira de Bayonne, par « la communauté de Honen Dal, de La Haye, par celle de Talmud Tliora d’Amsterdam, de Marsen », etc. L Péreire paya le reste de ses propres deniers .
^ Dans une lettre que David Péreire écrivait, le 8 mars 1780, aux chefs de la nation portugaise à Bayonne, au nom de son frère, J. -R. Péreire, auquel « une longue et pénible maladie » ne permettait pas d’écrire, il leur fait part de l’acquisition, de ce cimetière et les invite à à y contribuer. « Jacob-Rodrigue Péreire, ajoute-t-il, avait communiqué ce projet à un de scs amis de Hollande qui le goûta si fort que, rentré là-bas, il provoqua les souscriptions des Keilolh de La Haye et d’Amsterdam, ainsi que des divers distingués particuliers de Hollande... Nos Messieurs d’ici ont approuvé, par délibération, le dit projet, en ont souscrit pour six actions. Divers autres particuliers ont souscrit pour quatorze, de façon que jusqu’à présent il y eu a vingt à Bordeaux et trente en Hollande. »
Les chefs de la nation portugaise de Bayonne n’ayant pas répondu à cet appel, les vides furent comblés par Péreire, qui fit généreusement l’avance des fonds nécessaires.
Le 3 mars 1780, par contrat passé devant Marf^antin, notaire à Paris L Péreire-, autorisé par le lieutenant de police, fit des sieurs Bonnet frères Pac- (|uisition de deux jardins de forme longue, séparés I)ar une simple haie, run contenant 56 toises et l’autre 80 (un peu plus de 634 mètres), « lesdits jardins situés sur le derrière d’une maison et cour, sis à la Villette, Grande-Rue, audit lieu . embrassant en¬
semble toute la largeur dudit derrière de la maison ^ ». Cette vente, faite moyennant une somme de 3,000 livres prix principal, plus cent vingt livres à titre de pot-de-vin, fut entièrement acquittée le 13 juin 1780 L
Le 7 mars, M. Lenoir rendit une ordonnance par laquelle il autorisait rétablissement d’un cimetière particulier pour les Juifs portugais à Paris et enjoignait que les Juifs qui décéderaient « dans la ville et fauxbourgs de Paris » fussent inhumés dans ledit cimetière (c 7iiiiiamment, sans briiU, scandale, 7ii appareil, en la inaiiière accoutumées^ ». Cet emplacement, disait-
* M« Emile de la Palme est le successeur immédiat de M® Marfîantin.
^ . demeurant à Paris, rue Plâlrière, paroisse Saint-Eustache » .
3 Voir, p. 96, le Plan n° 1.
^ Cependant Péreire craignit qu’en laissant le titre d'une pareille acquisition sous son nom privé, il pût arriver que Fobjet de cette acquisition, trouvé parmi les biens de sa succession, retombât dans le commerce, et il se proposa d’indiquer, au pied de la minute du contrat de vente, les noms des londateurs et les sommes pour lesquelles ils avaient contribué aux frais de cet établissement. Il voulait ainsi en « assurer la force et la stabilité et rendre aux fondateurs la justice que méritent le zèle et l’empressement qu’ils ont témoignés >. Mais J.-R.- Péreire mourut dans la nuit du 14 au 13 septembre 1780, et la mort le surprit avant qu’il ait pu réaliser cette intention.
^ M. Eugène Péreire possède quatre expéditions de cette ordonnance. rois d’entre elles mentionnent expressément cette injonction ;
il, qui ne servira plus à d’autre usage, « remplira beaucoup mieux les vues de décence et de respect que les lois civiles veulent.en tous pays être portées aux cendres des défunts ».
Le lendemain même, 8 mars, on procéda à la première inhumation dans ce cimetière L Situé, 44, rue de Flandre, au fond d’une cour et accoté à un immense hangar qui en dissimule complètement rentrée, le cimetière de la Yillette est complètement ignoré des habitants du quartier L Quand on a franchi la porte de ce hangar, on pénètre dans une espèce de jardin resserré entre de hauts murs qui ne sont percés d’aucune fenêtre et qui semblent envelopper d’un profond mystère ce champ de repos dont les maisons voisines ne soupçonnent même pas l’existence.
A la suite de la vente que, le 23 septembre 1813, le Consistoire fit d’une partie de ce terrain (256 mètres superficiels environ), où aucune inhumation n’avait été laite 3, moyennant 1,562 francs de prix principal, le
la quatrième, imprimée, que nous publions à l’appendice, dit seulement : « en la manière accoutumée ». [Pièce n° 4.)
^ Ce fut celle d’un nommé Daniel Lopes Lagonna, négociant, nbtif de Bordeaux, âgé de vingt-trois ans. D’après le procès-verbal qui fut rédigé par le commissaire, cet individu était décédé « au premier étage sur le devant d’une maison dite le collège d’Autun, sise rue Saint- Anure- des-Arcs ». Ce procès-verbal lut dressé en présence des « sieurs Aron Vidal et Benjamin Mendez, négociants juifs, demeurant en cette ville, rue Saint-André-des-Arcs, ancien syndic et syndic en place de la nation juive portugaise ».
2 C’est le gérant du propriétaire de la maison qui est actuellement dépositaire de la ciel. La concierge, à qui nous nous étions d’abord adressé et qui n’était là que depuis quelques mois, ne savait même pas ce que nous voulions dire.
3 Le contrat de vente fut passé chez M® Houy, notaire impérial à la Villette, près Paris. La minute en est déposée chez M® Hocquet,
MO LE COMITÉ DE BIENFAISA?IGE
cimetière présenta l’aspect d’un long boyau dont le centre formait carré ^
Dès l’entrée, le sol est dallé, de pierres funéraires. Trente-un monuments y existent encore tous placés dans la longue allée de ce cimetière ^ Neuf d’entre eux sont complètement illisibles ou tombés en ruines. La plus ancienne tombe subsistant encore date du 22 février 1781 Jacob Rodrigue Péreire reposait tout au fond de ce cimetière, dans la partie la plus étroite du jardin. 11 en fut retiré en 1876 pour être transporté, à Montmartre, dans une sépulture de famille
Ce cimetière est aujourd’hui complètement abandonné. Vers 1861 ou 1862, une famille Dacosta y fit exhumer plusieurs corps de ses ancêtres qui reposaient en cet asile. Un M. Sylveira, mort vers 1866, y venait faire de fréquentes visites. Son fils continua à y
son successeur immédiat. Les acquéreurs étaient un sieur Bevierre, aubergiste, et Emilie-Joseph Matard, son épouse, gendre et fille du même Matard, dans le jardin duquel avaient eu lieu les inhumations des Israélites jusqu’en 1780.
1 Voir, p. 112, le plan n° 2.
2 Nous en publions' la nomenclature à l’appendice. (Pièce n* 5.)
3 II n’y en a aucun sur le côté gauclie du terrain.
Dans ses Lettres juives^ Albert Cohn dit (année 1864-65) qu’il fit dresser en 1861 « le catalogue des vingt-trois monuments qui existaient encore à cette époque au cimetière de la.Villette ». Cette assertion prouve que le catalogue n’en fut pas consciencieusement dressé. — Albert Cohn prétend également que la plus ancienne pierre tumulaire — celle de Salomon Perpignan — datait de 5521 , c’est-à-dire de 1761. C’est une seconde erreur. Ni la pierre n» 1, ni la pierre n» 23, ne sont de cette date.
5 Une inscription en langue espagnole fut gravée sur sa tombe, où on rappelait ses qualités et ses titres. Son titre de fondateur de ce champ de repos [Primer motor y ftmdador de este pio lugar) y était mentionné en première ligne.
venir parfois. Depuis, nul- n’est venu prier sur le bord de ces tombes ^ entourées maintenant d’un silence profond.
Les laborieuses et interminables négociations qui s’étaient engagées entre l’agent de la Nation portugaise et les syndics des Communautés allemandes avaient donc abouti à ce résultat que les Juifs portugais bénéficiaient seuls de la faveur dont jouissait Péreire, tandis que les Juifs allemands, polonais, et avignonnais, victimes des visées ambitieuses de Liefmann Calmer, allaient malheureusement se trouver exclus de ce cimetière qui, à l’origine, devait servir à tous les Juifs indistinctement.
Liefmann Calmer ne perdit pas l’espoir d’exercer la souveraineté qui lui avait un instant échappé. Il avait, en effet, vers 1785, acheté, au nom de sa femme, à la Villette, un terrain qu’il avait fait préparer pour servir de cimetière aux Juifs allemands et où il avait fait faire même des réparations. Cette fois encore il échoua dans ses projets.
1 Un mystère a longtemps semblé planer sur la propriété de ce terrain. Nous avons suffisamment démontré qu’il appartient au Consistoire. Il résulte d’une visite qu’y fit em 1866 une personne envoyée par M. Eugène Péreire que, depuis quarante ans, la même femme, vieille alors, était concierge dè la maison et gardienne du cimetière. Elle croyait qu’il appartenait à la nation juive tout entière; que celle-ci en avait délégué la surveillance aux Sylveira, et que, seuls, les Sylveira avaient le droit de l’administrer et de lui en confier les clefs/
Cerf Berr, qui était intervenu dans les négociations entre les. syndics et Péreire, et qui y avait montré de si généreux sentiments que jamais l’agent de la Nation portugaise ne l’avait englobé dans ses manifestations hostiles aux syndicsS Cerf Berr qui, sans aucun doute contribua pécuniairement aussi à l’établissement du cimetière portugais, devait chercher à tirer les Juifs allemands — dont il était syndic général en Alsace — de la situation difficile où les mettait l’acquisition faite à leur exclusion. Bien que devancé par Calmer qui délégua sa femme auprès de M. de Vergennes, Ministre des Affaires étrangères, auprès du lieutenant général de police et qui manifesta l’intention de porter l’affaire devant la justice, Cerf Berr, appréciant comme Péreire. les « sentiments pernicieux d’orgueil et de despotisme » qui animaient le seigneur de Picquigny, ne le laissa -pas accomplir son projet.
En effet, le 22 avril l^Sô, par devant les Conseillers du Roi, notaires au Châtelet de Paris S M. Cerf Berr, entrepreneur de fourrages pour les quatre provinces du Nord, demeurant à Paris, rue de Cléry, paroisse Saint-Eustache, acheta moyennant huit mille livres francs deniers ^ du sieur Louis Coufourrier, officier des chasses du Roi « la moitié d’une maison située au petit Vanvres sur la route de Ciiatillon à Montrouge, à prendre à droite du milieu de, la che-
1 Parlant des menées de Liefmann Calmer, Péreire disait : « On aurait tort d’y comprendre le sieur Cerf Berr, vertueux Alsacien, séduit, comme le fut pour un temps, le bon Assuérus. On croit même qu’il n'a pas été le seul. »
2 La minute en est déposée chez M® Léon Vallée, notaire à Paris, successeur de M® Rutfeneau de Lisle, qui fit le contrat de vente.
2 Le paiement fut effectué en deux fois : la première, le 2 septembre 17Sd, et la seconde le 8 janvier 1787.
J?ue. (de KJZsLrKdrG
«Plan d’an terrain situé à la Viilette dit le Cimetière des Israélites Portugais" ioiri partie
fut acq'Ltise par Mf3evierre et ’ vencUte par le Consistoire le z5 oepteirtbre lolo- PJanMz
tuhi) t 1
Grande Ecurie
cleK. Bevicrre
]sr°3
N°-lI.a teùitejaune indique U propriété de ^fiBevièrre^M^Z. Celle rose est éa partie acf’tise par Bevierre . — l^C3d3 partie nodtetntée estcdle piu 3 servL de Oi7netier& ^up^ii'eri î3l3 — Clôture dit Cimetiève .
Tape 112.
minée double qui est sur un gros mur qui forme le milieu du bâtiment ^ le jardin et clos attenant à ladite maison et séparés du jardin restant aux vendeurs par un mur mitoyen qui prend au derrière de la partie de maison présentement vendue ».
Le 22 juin 1785, il demandait à M. Lenoir l’autorisation d’acquérir, et il joignait, à l’appui de sa requête, ses lettres de « naturalité ^ ». Le principe d’un cimetière en propre pour les Israélites était admis depuis l’Ordonnance rendue en faveur de Péreire ; les voies étaient tracées, les difficultés aplanies, les compétiteurs connus et estimés à leur valeur : cette autorisation fut donc accordée à Cerf Berr dans le courant de la môme année.
Dès cette époque, sans doute, il mit ce terrain et cette maison à la disposition des Israélites allemands ^ Il en resta cependant propriétaire jusqu’au 24 octobre 1792 où, par contrat passé devant M® Petit, notaire à
^ Voir, page 128, le plan n» 3.
^ 2 Ces lettres de . naturalité . furent délivrées par Louis XVI à Ceif Berr, au mois de mars 1775. «... Voulant donner au sieur Cerf Berr, y est-il dit, un témoiguage particulier de la satisfaction que nous avons des services qu’il a rendus et qu’il continue à nous rendre avec autant de zele et d’intelligence que de désintéressement et de probité. . . Nous avons accordé et accordons au dit Cerf Berr et à ses enfants nés et à naître en légitime mariage, les mêmes droits et facultés dorit jouissent nos sujets naturels ou naturalisés. .
Il obtenait ainsi et transmettait à ses enfants • le droit d’acquérir par achat, donation, legs, succession ou autrement, tenir et pos- . séder dans le royaume tous biens meubles et immeubles de quelque » nature qu’ils puissent être, et d’en jouir, faire et disposer par do- » nation, testament ou autrement, ainsi qu’il avisera. .
^ Cependant, la plus ancienne tombe dont il reste trace date de 1790. Il est vrai que deux pierres existent encore portant la date, l’une de 1747, l’autre de 1748. Il est p.résumable que ces corps ont été transportés là d un autre cimetière, (Voir la nomenclature à l’appendice pièce 6.)
Paris S et par l’intermédiaire d’un « sieur Moyse » Weil, négociant à Paris, y demeurant, rue Saint- » Martin, section des Lombards » auquel il donna sa procuration S il en fit donation « entre yifs pure et simple et irrévocable » à la Nation juive qui pouvait cc jouir et disposer » des objets qui lui étaient présentement donnés « comme de choses lui appartenant en toute propriété ».
Cette* donation fut faite à la charge :
lo « Que les objets présentement donnés continue- » ront d’être destinés à perpétuité, comme ils le sont » actuellement, aux funérailles et inhumations de » tous les Juifs de l’un et l’autre sexe, allemands, po- » lonais, hollandais et tous autres généralement quel- » conques de quelque nation qu’ils soient, séjournant » actuellement à Paris et ses fauxbourgs, ou qui vien- » dront, par la suite, soit pour y faire leur demeure, » soit momentanément ;
2° « Que les objets présentement donnés ne pour- » ront jamais, sous tel prétexte que ce soit, avoir » d’autre destination que celle qui leur est attribuée
» par ledit sieur donateur ;
30 « Que les frais de réparation et entretien. . . et
1 La minute eu est déposée chez INL Morel Félix d’Arleux, successeur immédiat de M® Petit.
2 Cerf Berr était alors à Strasbourg. 11 y avait fait dresser un acte de procuration en faveur de M. Moyse \Veil auquel il donnait pouvoir « de pour lui et en son nom faire donation aux citoiens juifs de la portion de maison et clos situés à Vanvres » qu’il avait acquis des sieur et dame Coufourrier.
■11 lui fut enjoint de « faire dans Pacte qui aura lieu entre le sieur constituant et les commissaires des Juifs de Paris toutes stipulations et conventions qui seront jugées necessaires pour-assurer, dun coté, à ces derniers la propriété des dits maison et clos, et, de 1 autre, remplir avec exactitude les intentions du dit sieur constituant » .
» tous autres frais géuéralement quelconques seront » payés et acquittés provisoirement au nom de la » NaUon juive par les syndics et directeurs des » trois synagogues désignées au présent acte et sur » la répartition qui en sera faite entre tous ceux
» qui voudront contribuer au payement de ces dé- » penses ^ »
La donation et les charges y afférentes furent acoeptées, pour la Nation juive, par MM. Jacob Lazard, Gumbel Dermenacli, et Moyse Goudecliaux Trénellê le jeune, demeurant tous trois à Paris, rue Miciiel- Lecomte, section de la Réunion, « spécialement autorisés à l’eflfet d’accepter la présente donation par les syndics des synagogues des rues Brisemiche, des Petits -Champs et du Renard », suivant trois
actes sous signatures privées en date du 15 septembre
' Cet acte de donation fut signé par M. Moyse Weil fondé de pouvotr de M. Cerf Berr. et les trois délégués^: MM. cV. ï^enelle! (jumbel (Gumpel; Gompelj Dermenach (Durmernach) et Jacob Lazard R pouvoirs - joints à l’acte de donation déposé
chez Mo Fehx Morel d’Arleux - sont libellés : . Nous, soussi-Ls . sindics de la smagogue des Juifs de la rue Brisemiche à Paris’ » donnons ordre et pouvoir à M. Lazar Jacob, demeurant à Paris, rue » Michel Lecomte, n°b, d’accepter la donation qui doit être faite par » M. Gerfber d une portion de maison située à Monrouge, pour être * destinée au cimetière de tous les Juifs qui demeurent à Paris. Fait . à Paris, le quinze septembre mil sept cent quatre-vingt-douze, l’au » quatrième de la liberté et le premier de l’égalité. » 'si^né • isaac Simon, Abraham, Lion Jacob Bing. - °
Un pouvoir en tous points semblable fut donné à Gumbel Dermenach, au nom de la . synagogue des Juifs de la rue des Petits- Champs-Samt-Martin ., par JBenjamin, Aron Schmoll et Salomon Smal (?3 ; et a Trénelle jeune, gendre, aii nom de la < syna^o^-ue des Juifs de la rue du Renard . par Singié Sophie Hirsche, femme Trénelle (par procuration de son mari), Cerf Bodenheim et Wal lerstein.
Me LE COMITÉ DE BIENFAISANCE
Le cimetière de Montrouge, devenu la propriété des trois communautés qui possédaient ces synagogues les plus importantes sans doute à cette époque — fut régi par des administrateurs choisis dans ces sociétés. Eu 1798, MM. Léon Jacob, joaillier, demeurant à Paris, rue Grenier-Saint-Lazare, n« 673, division de la Réunion, et Aron Schmoll, négociant, demeurant rue Chapon, m 19, division des Gravilliers, alors agents de la nation juive, administraient ce cimetière. Ce sont eux qui négocièrent, le 13 pluviôse an la vente de la maison et d’une petite partie de ce terrain, située à gauche, en échange d’une maison et d’un jardin d’un demi-arpent, situés à droite du cimetière, qu’ils payèrent 5,000 livres, plus 800 livres de pot de vin G La maison avait été acquise pour servir de logement au concierge du cimetière.
Le droit de sépulture nê pouvait y être acquis que moyennant une contribution annuelle ou le paiement d’une somme dont la quotité était imposée aux familles suivant leur situation ou celle du décédé, quand il n’avait point fait partie de la « communauté ». En 1809, alors que ce cimetière était régi par MM. Baruch Weill, Aron Schmoll, Salomon Halphen et Cerf Lion A la « communauté » était composée de 354 contribuables dont la cotisation totale s’élevait à 3,075 1. 14; mais elle déclarait ne pouvoir compter que sur un revenu de 2,000 livres, attendu que dans ce nombre 160 personnes environ, souscrivant de 4 1. 10 à 6 livres, avaient cessé de payer depuis longtemps. Les dé-
‘ Par devant M® Petit, dont M® Félix Morel d’Arleux est le successeur, dépositaire de la minute.
- L’administration du cimetière de Montrouge cessa ses fonctions le 1®'' octobre 1809.
penses \ qui dépassaient les recettes de quelques centaines de francs, étaient couvertes par les offrandes faites dans les synagogues et par les sommes que versaient ceux qui, désirant ne pas être exclus de la « Société », ne voulaient pas toutefois y contribuer par une souscription annuelle.
^ Ce cimetière est situé à Montrouge, Grande-Rue, entre les n®® 94 et 96. Un grand mur s’élève en façade sur la rue, et 1 on pénètre dans le champ de repos par une porte basse. Quatre-vingt-six tombes y existent encore 2 : quinze sont tombées en ruine ou ont leurs
Voici comment était composé le budget de ces dépenses :
A M. Fould, concierge .
Pour le puisard du cimetière .
Loyer de la voiture .
Entretien de la voiture . !
Chevaux pour les pauvres.. . 144 fr.
Cercueils . 100
Linges . 360
Pour les gardes . 144
Fossoyeur . 120
Imposition .
5 0/0 au Receveur pour encaissement
(environ sur 2,000 fr.j . . .
Quatre stères de bois à M. Fould .
Chirurgien de la Communauté .
Apothicaire . environ
Pour soulagement pour les malades ....
Il serait intéressant de connaître ce (jue peuvent venir faire le (yhirurgien, l’apothicaire et le soulagement des malades dans le budget d une société qui avait pour unique objet les inhumations.
* Dans le passage de ses Lettres juives^ dont nous avons parlé au sujet du cimetière de la Villelte, Albert Cohn, parlant du cimetière de Montrouge, dit qu’il contenait, en 1861, soixante-sept tombes. Le lait est donc inexact. 11 ajoute que la tombe la plus ancienne était celle de Joseph, fils d’Aljakun, en 5542 — soit 1782. Cette tombe existe encore, mais le millésime en est effacé. Y a-l-il erreur dans
LE COMITÉ DE BIENFjLISANCE
inscriptions complètement effacées par le temps ; onze ont le nom ou la date illisible. La plus ancienne date de 1788. G est celle d’ « un tout jeune enfant », dit l’inscription. Plusieurs pierres funéraires sont curieuses à divers titres ; il y a celle d’un rabbin de Metz, d’un ministre-officiant, d’un schamass, d’un boulanger. Nous publions toutes ces inscriptions L Ce cimetière est aujourd’hui complètement abandonné : depuis de nombreuses années, nul n’y vient plus prier
rénonciation de cette date, antérieure à l’acquisition ? On a vu que ce n’est qu’en 1785 que Cerf Berr devint propriétaire du terrain.
Cette .maison et ce jardin appartenaient à la femme Confourrier, en qualité de seule et unique héritière de son père, sieur Guillaume Dhuit, ancien jardinier et concierge du château du Marais-lès-Argenteuil, après inventaire fait, le 30 septembre 1768, par le tabellion du bailliage d’Argenteuil.
Ce sieur Dhuit les avait achetés, le 30 mars 1767, de Claude- Nicolas. Larticle, bourgeois de Paris. Ils avaient été ensuite vendus à vie sur les têtes du sieur Jean Lecoq, lieutenant invalide et bourgeois de Paris, et sa femme, à la charge par eux de construire la maison — qui existe encore aujourd’hui à gauche du cimetière — et dont la dame Confourrier entra en jouissance par suite du décès des dame et sieur Lecoq, survenus, l’un le 4 juillet 1772,- et le second le 24 février 1780.
Cette date du 24 février 1780 ne coïncide guère avec l’époque de l’acquisition du cimetière de la Villette, Faut-il supposer que, dès ce moment, on s’entendit avec les propriétaires de ce jardin pour inhumer les Israélites allemands ? Cela n’est pas impossible. Cette hypothèse, en tous cas, légitimerait la date dont nous ne pouvons aujourd’hui contrôler l’exactitude.
‘ V oir à l’appendice la nomenclature des tombes existant au cimetière de Montrouge. (Pièce n° 6.)
* Pendant longtemps la clef de ce cimetière resta entre les mains d’une voisine. A la mort de cette femme, M® Thomas, notaire de la commune de Montrouge, en fut le détenteur. Elle est déposée maintenant au Secrétariat général du Consistoire.
Il ne fut plus fait d’inhumation au cimetière de Montrouge à dater du 2^7 septembre 1809, et au cimetière de la Villette à compter du 18 février 1810. C’est à cette époque qu’ils furent fermés.
Le Consistoire, pour se conformer à l’arrêté du 7 germinal an IX qui déclarait que le cimetière devait être le domaine des communes et non la propriété des communautés religieuses, avait en effet demandé à l’administration préfectorale un lieu de sépulture pour « les personnes de la religion hébraïque » qui décédaient à Paris. Cette demande était fondée sur ce que le soin de pourvoir aux moyens de sépulture était une charge d’administration municipale ; sur ce que les cimetières affectés à l’inhumation des Juifs étaient dans ùn état de saturation qui obligeait à les remplacer promptement ; et enfin sur ce qu’il pourrait résulter des inconvénients graves de cimetières particuliers tolérés plus longtemps dans l’éloignement des cimetières publics.
Par arrêté en date du 15 juin 1809, le Préfet de la Seine mit à la disposition de la Communauté de Paris, pour être exclusivement affecté à l’inhumation des Israélites, une partie du cimetière du Père-Lachaise cc s’étendant le long de la rue Saint-André » et qui était de toutes parts«entouré de murs.
Cette partie de cimetière avait été mise, une première fois, déjà, à la disposition des Israélites lorsque
le décret, en date du 23 prairial an XII, fut rendu ; mais les Consistoires n’étaient pas organisés à cette époque, et les Israélites de Paris, alors administrés par des syndics, continuèrent à inhumer leurs morts dans les cimetières de la Yillette et de Montrouge. Les syndics se bornèrent à faire toutes réserves en faveur des prescriptions du culte hébraïque en matière de sépulture. Les membres du Consistoire renouvelèrent ces réserves en 1809. La voix des uns et des autres fut entendue, car, outre que le décret de prairial portait que les terrains des anciens cimetières abandonnés ne pouvaient qu’être ensemencés ou plantés sans qu’il y pût être fait aucunes fouilles, un arrêté du 15 juin déclara que les inhumations des Israélites pourraient être faites au nouveau cimetière suivant les usages observés parmi ‘eux, mais à la charge pour eux de se conformer à certaines obligations communes imposées aux autres cultes.
Pour procéder aux constructions nécessaires au cimetière du Père-Lachaise — murs, maison du concierge, etc., — le Consistoire, par arrêté en date du 28 septembre 1809, décida de vendre la maison attenant au cimetière de Montrouge, ainsi que la partie du terrain où il n’avait pas été fait d’inhumation (12 mètres 15 millim.) L La vente en fut faite le 7 novembre à un sieur Antoine-Barthélemy Maronnier, marchand boucher à Montrouge, moyennant une somme de 3,000 francs 2.
En attendant que, conformément au décret du
^ C’est cette maison et ce jardin que la nation juive avait acquis, à titre d’échange, le 13 pluviôse an VI.
* Voir en tête du livre le plan qui fut tracé par M® Marchoux, notaire, et qui figure ce cimetière tel qu’il est encore aujourd’hui. (Plan n° 3.)
23 prairial, distribution du terrain fut faite au cimetière du « Mont-Louis », comme on le désignait alors, le Consistoire avait décidé, le 28 septembre, que toutes les inhumations se feraient indistinctement au cimetière de la Villette où il restait encore du terrain disponible. Les administrateurs de la synagogue de la rue Saint-André-des-Arcs, consacrée au rite portugais *, et qui avaient la surveillance d.u cimetière de la Villette, refusèrent d’y recevoir les Israélites allemands.
Le Consistoire fut d’autant plus ému de cette prétention que l’un d’eux, M. Brandon, était son délégué chargé de maintenir l’ordre dans l’intérieur de la synagogue et qu’un autre, M. Lévy Alvarès, était membre de la Société de secours. Par délibération en date du 7 janvier 1810, il autorisa cette Société à requérir l’intervention du commissaire de police pour se faire aider, au besoin, de la force armée afin que les inhumations se fissent sans retard, et il révoqua de ses fonctions M. Lévy Alvarès, qui paraissait avoir été l’instigateur de cette résistance Le cimetière du Père-Lachaise fut définitivement ouvert le 18 février 1810 K Le Consistoire tenait seul alors le registre des décès, et jusqu’en 1828 les titres de propriété demeurèrent entre ses mains. Ce n’est qu’à cette époque qu’il fournit au conservateur du cimetière un « plan et tableau indicatif des sépultures apparentes » qui y avaient
* MM. Brandon, Lévy Alvarès et Mayer Bing.
2 Arrêté du 23 janvier 1810.
2 Cependant il paraît résulter d’une lettre écrite par le Consistoire au Préfet de la Seine en 1841 que des inhumations y furent laites à partir du 6 avril 1805. Les inscriptions régulières n'ont commencé qu'au mois d’octobre 1829,
été élevées. La liste qu’il fournit fut fort incomplète L D’après cet état, la première tombe — celle de Sclioubacli Hélène, femme de Barucli — daterait de décembre 1808. Y figurent également Weil Moyse, (3 décembre 1809), le fondé de pouvoir de Barucb Cerf Berr pour l’achat du cimetière de Montrouge; Estlier 'Dalmbert (février 1811); Calmen Calmer (9 décembre 1811); Isaac Bertlie (6 juin 1813), chef de la plus ancienne Hehra et membre de la Société de secours ; le grand-rabbin David Sintzheim (il novembre 1812); Brùll Charlotte, femme de Benoît Fould (24 avril 1818); Bosette, femme de Alkan Salomon — qui fut président de la Société de secours (11 janvier 1820) ; Léon Lan (7 janvier 1823) ; Liefmann Calmer; Moïse Isacks Rachel, veuve de Liefmann Calmer, seigneur de Pecquigny (25 décembre 1817) ; Benedite Cologna (23 janvier 1823) ; Meyer Calmer (11 décembre 1823) ;Bermann, femme Deutz Judith (13 novembre 1825); Woltï Minette, née Cerf-Berr (22 mars 1815) ; Maver Lazare Dalmbert (13 mars 1826) ; Moyse Vyeira Molina (5 février 1827), Notable; Baruch Weill (8 avril 1828), membre du Consistoire; baron Mayer-Anselme-Léon de Rothschild (11 avril 1828)-; Seligman Michel, grandrabbin (7 octobre 1829) ; J.-M. Hatzfeld (21 mai 1837), ancien receveur du Consistoire, ancien président de la Société de secours, etc., etc., etc.
Cette portion de terrain fut agrandie par arrêté en date du 19 juin 1822, et le 8 février 1823, la Préfec-
Elle nous a été communiquée par le Conservateur du Père La i^tiaise. — \ oir a ce sujet, la communication de M. Zadoc Kahn grand rabbin de Pans, au sujet de tombes abandonnées :
numéro du 28 mai 1885, p. 172. - Voir aussi appendice,
Cimetières et inhumations
ture mit à la disposition du Consistoire une partie de terrain désignée pour les inhumations Israélites dans le cimetière sous Montmartre C
1 L’arrêté du Préfet a été rendu en date du 10 mars 1823. Les premières tombes qui y furent élevées ont disparu. Il n’existe aucun registre constatant, jusqu'en 1825, les noms des personnes qui y furent inhumées. 11 résulte, d’autre part, d’une lettre du Consistoire au Préfet en date de 1841, que les premières inhumations ne dateraient que du 7 janvier 1825.
C’est au cimetière Montmartre que fut enterré le D‘‘ Terquem. Les circonstances qui accompagnèrent sa mort causèrent une profonde émotion dans le monde Israélite. Le D' Terquem mourut le 11 février 1845. Sa femme et sa fille avaient embrassé le catholicisme. D’uir caractère faible, il n’avait pas su faire sentir son autorité dans son foyer ; il y avait toléré cette apostasie, et la douleur qu’il en ressentit le conduisit au tombeau. Le jour de sa mort, sa femme lui fit donner le baptême par un prêtre renégat juif, l’abbé Ratisbonne, pendant une syncope, sans autres témoins que plusieurs dames chrétiennes quil fit entrer dans la chambre du moribond.
Lorsque le décès fut constaté, le Grand Rabbin de Paris, M. Marchand Ennery, accompagné du secrétaire du Consistoire, du frère et des deux beaux-frères du défunt, se présenta dans la maison mortuaire pour réclamer le corps au nom de ses coreligionnaires. Sur le refus fait par la famille de le livrer, prétextant qu’il avait demandé et reçu le baptême, une protestation eut lieu et le Grand Rabbin déclara que, le D'’ Terquem ayant, pendant phis d’un demi-siècle, a Metz et à Paris, professé le judaïsme, il ne cessait pas de regarder le défunt comme un Israélite ; qu’en conséquence, ne pouvant pas disputer son corps, il donnait à sa mémoire sa bénédiction pastorale, et il ajouta qu’il ferait réciter, pendant toute l’année de deuil, la prière du Kadish pour le repos de son âme.
Le corps fut livré aux cérémonies de 1 Eglise et enterré au cimetière catholique.
Cette violation de conscience souleva une réprobation générale. M. O. Terquem, frère du défunt, bibliothécaire au dépôt central de l’artillerie, adressa, à ce sujet, un mémoire au Consistoire central. Celui-ci chargea MM. Ad. Crémieux, Ad. Franck et Cerfberr de rédiger une lettre à l’archevêque de Paris portant détails de cette déplorable affaire, et une plainte fut adressée au ministre des cultes. Les journaux se mêlèrent de cette profanation ; des lettres furent échangées entre M. O. Terquem et l’abbé Ratisbonne, qui chercha à se justifier. - •
Ce terrain, destiné aux inhumations en fosses temporaires et gratuites, fut, en 1841, la cause de troubles profonds qui agitèrent la Communauté. Il s’agissait de ia reprise des concessions temporaires à laquelle les principes de la religion Israélite s’opposaient. MM. Al. Créhange et M. Bohviller lancèrent une proclamation violente et diffamatoire pour inviter leurs coreligionnaires à protester contre la « violation » des tombes et la c( profanation » dont elles allaient être l’objet. Ils en imputaient la faute au Consistoire. Les mardi 25 et mercredi 26 mai, pendant les fêtes de Scliebouoth, des scènes de désordre se produisirent au temple où ils distribuaient ce libelle.. La brochure fut déférée au Procureur du roi.
Grâce aux démarches du Consistoire, qui avait été fort ému de la mesure préfectorale, la reprise des concessions, appliquée généralement à tous les cultes, avait été ajournée en ce qui concernait les Israélites. Le grand-rabbin de Paris adressa à ce sujet à la Communauté une lettre où il faisait appel au calme et à la conciliation. Une grande réunion eut lieu où le Consistoire central, le Consistoire de Paris et l’Assemblée des Notables prirent des mesures pour atténuer la rigueur de l’arrêté préfectoral. Il fallut cependant se soumettre à la législation commune.
^ Enfin, de nouveaux terrains furent mis à la disposition du Consistoire, en mai 1853 ^ et en mai 1858, au
^ C est le Cahen père, médecin des Ecoles, ancien membre de ce Lomile et du Comité de bienfaisance, ancien président du Cousisloire, qui y fut inhumé le premier. On sait que telle fut la simplicité de son caractère et son humilité, quhl voulut être et quül fut inhumé dans la fosse commune.
cimetière du sud (Montparnasse) ; en 1863 et en 1865, au cimetière de l’Est; en janvier 1874, au cimetière d’Ivry; en juillet 1875 et en mars 1881, au cimetière du Sud.
Service des Inhumations.
Avant la constitution du Comité de bienfaisance, les morts recevaient les derniers devoirs des Sociétés de secours mutuels auxquelles ils appartenaient : aucun étranger à la Société ne pouvait y prétendre. La confection du cercueil était dévolue à un certain nombre de membres tirés au sort, et payée, selon la situation de la famille, soit par la succession, soit par la Hebra. Les prières à la maison de deuil et au cimetière étaient dites par le prédicateur de la « congrégation », qui prononçait une oraison funèbre. Une délégation, tirée au sort également, suivait le convoi ; une autre enfin devait se rendre à la prière matin et soir. Toutes ces dispositions furent intégralement reproduites dans le règlement général du Comité de bienfaisance en 1809.
Le Consistoire, en élaborant un règlement pour le Comité qu’il venait de constituer, y avait compris d’abord les dispositions relatives aux inhumations ; mais l’importance de cette partie des attributions de la Société de secours fit qu’il les en détacha pour en faire une règlementation spéciale. Délibérée le 24 no-
vembre 1809, elle fut approuvée par le Préfet de la Seine le 31 octobre 1810.
Les Convois. — Ce règlement spécial comprenait huit articles. 11 avait pour principal objet de régler la sépulture des Israélites « opulents » dont les successions devaient supporter les frais que nécessitaient K rinhumation des indigents et les gages à payer au concierge ». L’entreprise des pompes funèbres était chargée de leur fournir des chars, voitures et ce autres ornemens ». Les familles devaient payer au Comité, pour fourniture de cercueil, 24 francs pour toute personne au-dessus de douze ans et 12 francs pour les enfants au-dessous de cet âge. Ce règlement fixait en outre à mille francs les gages du concierge ^ et autorisait la circulation des troncs cc ambulans » dans les cimetières, les jours d’enterrement.
Les familles qui ne souscrivaient pas au Comité étaient imposées davantage. Le Comité s’en entendait avec elles : trois membres étaient désigués pour cette mission, s’il s’agissait d’une personne cc aisée», et ce cinq au moins » si c’était une personne « marquante - » . Pour éviter toute contestation, on fut tenu de payer les frais d’enterrement avant la levée du corps L En 1816, le Comité établit un tarif des frais d’inhumation pour les personnes qui contribuaient aux charges du Comité, et ceux qui n’y participaient en rien continuaient
^ Ce fut le sieur Marx-Micbel Fould, commissaire des convois, qui, sur la proposition du Consistoire, fut nommé à cet emploi par arrêté préfectoral en date du 4 août 1810.
2 Arrêté du 27 novembre 1809.
^ 5 décembre 1809.
à traiter de gré à gré avec lui pour qu’il « cédât le commissaire aux inhumations israélites ainsi que tous les objets nécessaires aux funérailles ». Cependant, à la suite du refus fait par un sieur Dreyfus de se conformer à ce règlement, le Commissaire de police intervint et obligea le sieur Fould, commissaire ordonnateur, à remplir ses‘ fonctions Pour obvier à de nouvelles difficultés de ce genre, le Consistoire fut prié (2 juillet 1823) d’obtenir du' Préfet l’autorisation de taxer, en cas de mort, les familles aisées qui ne souscriraient pas au Comité. D’après le tarif qu’il fit alors, les familles devaient avoir à lui payer une somme variant de 20 à 300 francs.
Ce projet paraît n’avoir pas été adopté. Le règlement de gré à gré subsista donc, et cela jusqu’en 1853 où, à la suite des dépenses considérables que causait au Comité l’inhumation des pauvres, un tarif fut établi* pour les familles riches ou aisées. Il était proportionné et variait suivant le cérémonial pris à l’entreprise des pompes funèbres.
Conformément au règlement de 1810, le Comité restait chargé des frais de sépulture des indigents. Un contrat avait été passé déjà, le 15 novembre 1809, entre la Société de secours et un sieur Simon, « carrossier », par lequel ce dernier s’obligeait à fournir pendant trois ans, « à raison de neuf livres » par voyage, deux bons chevaux bien enharna- » cbés pour conduire le corbillard en cas de décès,
» à le tenir propre . . . afin que tout soit convena- » blement assorti et digne de l’auguste et triste » cérémonie d’inhumation des morts de leur nation.
1 1er mai 1822.
» soit à la Villette, soit à Mont -Louis ». Ce corbillard appartenait au Comité. La Société s’engageait, de son côté, si l’enterrement durait plus de trois heures, à payer la somme de trois livres pour chaque heure en plus. Les Portugais étaient « tenus de prendre le cercueil et le corbillard chez les Allemands ^ ».
A la suite du" décret impérial du 18 'août 1811, le Comité rompit son traité avec le sieur Simon et s’entendit avec le nouveau Directeur des pompes funèbres qui se chargea de faire établir aux frais du Comité et d’entretenir, moyennant une redevance annuelle, un brancard avec ses accessoires. En 1836 le Comité abandonna ce matériel. Les commandes furent faites directement aux pompes funèbres et soumises, comme pour les catholiques et les protestants, à la vérification de l’inspecteur de service.
L’inhumation des indigents fut de tous temps pour le Comité une source de dépenses qui s’accrurent naturellement avec l’augmentation successive de la population pauvre. Si, aux frais relatifs à l’inhumation même, on ajoute les services des prières et des convois, les indemnités aux prédicateurs, aux délégués religieux, inspecteurs, ordonnateurs, porteurs, etc., on trouve, pour la première période de dix ans (1809-1819), une somme de 16,855 francs; elle fut de 4,000 pour 1839; de 9,428 pour 1859; de plus de 17,000 pour 1869, et de plus de 26,000 pour 1879. •
Le service des inhumations en général prit un tel
‘ 30 novembre 1809.
développement ^ que le Comité dut, en 1856, installer un bureau spécial.
La confection des cercueils. ~ Dans l’une de ses premières séances le Comité désigna deux membres
‘ Nous avons dit déjà quül n’y a pas trace de déclaration de décès des Israélites à Paris jusqu’en 1825. Voici, à compter de cette époque le nombre des décès par année : ’
Il nous a été impossible de connaître exactenient le nombre des convois qui furent annuellement à la charge du Comité. Voici, à ce sujet, les seuls renseignements que nous ayons pu nous procurer :
De 1820 à 1823, 204 convois furent à la charge du Comité; en 1837, 121 ; en 1841, 105 ; en 1842, 152 ; en 1858, 247 ; en
pour surveiller la confection des habillements mortuaires et des cercueils. Un sieur Isaac Hourwitz Lévy, ancien relieur, fut chargé de ce travail pour lequel il reçut un traitement annuel de 72 livres. Les planches furent achetées des deniers du Comité. Cet individu ayant été révoqué (1810), les six sa7nassims des différentes synagogues furent « tenus de se présenter, en cas de décès, dans la cour de la synagogue de la rue Sainte-Avoye pour aider à la confection du cercueil ».
La population de Paris augmentant sans cesse, on fut obligé en 1822 de louer pour ce travail une chambre plus vaste, « celle actuellement en usage n’ayant pas assez d’espace ^ ».
Un nommé Louis Lambert avait été, en 1820, désigné pour remplir ces fonctions ; mais son inhabileté était telle que, « pour éviter les inconvénients qui, de temps en temps, en sont résultés », il fallut lui adjoindre un sieur Samuel Grottwolle U
Dix ans après (30 juin 1835), à la suite de difficultés survenues dans cette fabrication qui, conformément au cahier des charges, appartenait de droit à l’entreprise des pompes funèbres, et sur la réclamation du directeur, les cercueils furent dorénavant fournis par lui. Il s’entendit avec le menuisier du Comité qui recevait de la Compagnie les voliges et les assemblait. Ce système fut suivi jusqu’en ces derniers temps. La fabrication est actuellement tout à fait entre les mains des pompes funèbres.
Ordonnateurs et porteurs. — Le premier ordon-
1 Procès-verbal du 19 juin 1822.
2 27 avril 1825.
nateur ou « Commissaire des convois » de la Communauté de Paris fat le sieur Marx Michel Fould, nommé par arrêté préfectoral en date du 4 août 1809, sur la présentation du Consistoire. Il avait également la garde du cimetière. Il était dépositaire de la clef qu’il remettait, au besoin « à chacun indistinctement ». Il recevait un traitement de mille francs. Bientôt le sieur Lazard Philippe, chargé en même temps de faire les prières dans les familles en deuil, et « ci-devant chantre de la Synagogue de la rue Geoffroi Langevin », lui fut adjoint (8 avril 1810) 1 ; on en nomma un second, Louis Lambert, le 9 août 1820.
A la suite du décret impérial du 18 août 1811 qui prescrivait un costume uniforme pour les ordonnateurs, le Comité fit faire « une écharpe en soie noire garnie d’une frange d’argent, une paire de gants de castor noirs, ainsi qu’un crêpe noir pour l’usage de l’ordonnateur Israélite ».
Jusque là (8 juillet 1812), le Comité ne paraît avoir eu ni porteurs, ni hommes attitrés pour ce service. Il le faisait faire par des individus sans cesse renouvelés. Le même décret avait ordonné, en effet, que chaque convoi fût accompagné de quatre porteurs en costume et la Société d’Encouragement écrivait alors au Consistoire : « Nous venons de nommer quatre personnes destinées à faire cet office » Tout convoi d’un
^ Un des principaux motifs de cotte nomination fut que Marx- Michel Fould avait « besoin d’uu aide pour faire dans hintérieur de Paris les démarches nécessaires pour avertir les personnes qui doivent suivre les convois (?) ».
Cependant, le 31 août 1812, l’entrepreneur des pompes funèbres s étant plaint au Consistoire du peu de propreté des hommes employés
LE COMITÉ DE BIEX^AISA^XE
enfant au-dessous de sept ans ne devait être accompagné que de deux porteurs.
L’entrepreneur fit établir pour eux (1812) quatre habits gris, quatre pantalons noirs, autant de vestes et de chapeaux garnis de crêpe, ainsi que quatre paires de gants de castor noirs. Le Comité dut payer, comme loyer d’habillement, « vingt sols » pour chaque convoi, soit quatre francs pour les quatre porteurs. 11 fixa le salaire de chacun à « cinquante sols » par service.
Le nombre des porteurs resta le même jusqu’en 1823 où on en prit un cinquième. En raison de l’éloignement du nouveau cimetière, celui de Montmartre, ils furent autorisés à demander aux familles 3 francs au lieu de 2.50. Mais il ne fut rien changé à l’égard des convois des pauvres.
Bientôt Fould donna sa démission. 11 fut remplacé par le sieur Gerson Weill (29 août-22 octobre 182*7) L En même temps de légères modifications furent introduites dans le service intérieur des inhumations : les porteurs durent être de service à tour de rôle (1829) ; un d’eux dut aider le concierge à préparer la fosse et remplacer, en même temps, le commissionnaire que jusqu’alors on avait l’habitude d’envoyer pour avertir le concierge ; enfin l’ordonnateur dut, à l’avenir, tenir un registre des décès et aviser immédiatement le membre du Comité chargé des affaires des inhumations.
comme porteurs, le Consistoire répondit qu’il avait appris ce fait • avec un extrême déplaisir >, et il allégua, à la décharge du Comité, qu'il avait « voulu, sans doute, favoriser quelques pauvres des plus nécessiteux pour celte fonction ».
ï Celte démission, donnée en juillet 1827, était motivée par les fatigues que lui avait causées Textension de ce service. Fould occupait en réalité ce poste depuis Tannée 1799.
CIMETIÈRES ET INHUxMATIONS
Le juin 1838, Gerson Weill fut nommé ordonnateur suppléant de la Ville attaché au culte Israélite, à la condition qu’il porterait le même costume que celui adopté pour les agents de l’administration^. Il fut payé par la Ville, mais le Comité dut verser tous les mois à l’Administration le montant de son salaire.
Le 27 juin 1847, le Comité décida l’adjonction d un ordonnateur. Six porteurs furent attachés à l’administration. Le 6 juin 1853, le sieur Halphen était nommé ordonnateur par arrêté préfectoral ; et le Comité, conformément à son règlement soumis au Consistoire de Paris et approuvé par le Consistoire central, nomma deux délégués religieux : MM. Durlacher ^ et Schoubach un inspecteur des cimetières, le sieur Julien Aaron, un brigadier porteur et quatre porteurs supplémentaires. L’ancien mode de paiement de ces employés pour chaque décès fut supprimé. Un traitement fixe et annuel fut alloué à chacun. Tous ces frais ^ de traitement et d’entretien étaient à* la charge du Comité. Ce ne fut qu’à compter de 1860 (le 4 janvier) que la ville, participant à ces dépenses considérables, paya un ordonnateur et quatre porteurs. Aujourd’hui le service tout entier est entretenu par la ville
1 11 lui arriva plus d’une fois d’accompagner des convois < en chapeau de ville et non revêtu de ses insignes «.
2 Démissionnaire en 1874. M. Jacques Lévy, Rabbin, fut nommé délégué religieux le 27 juin 18C6.
3 Le Rabbin Lazard fut nommé délégué religieux, en remplacement de M. Schoubach, le 26 mars 1856.
M. Aslruc, depuis Grand Rabbin de Belgique, fut nommé délégué le 30 mars 1859. '
^ M. Nerson, actuellement encore en service, fut nommé ordonnateur le 20 juin 1866 ; M. Béer, en retraite depuis 1884, fut nommé le 19 décembre 1866.
Mœurs et coutumes. — Les Sociétés de secours mutuels, en rendant les derniers devoirs aux morts, s’acquittaient de cette mission avec un religieux souci, qui demeurait comme une tradition des plus anciennes et des plus pieuses Communautés. Ces Sociétés, on l’a vu, ne confiaient à nul autre qu’à leurs propres membres les soins suprêmes qui précèdent, accompagnent ou suivent l’inhumation, et ils accomplissaient ce devoir avec cette abnégation de soi-même dont les Israélites donnaient maintes preuves dans la pratique des funèbres cérémonies.
Parmi ces coutumes, il en était une qui s’était conservée au moins parmi les membres des He'brotJi : hommage suprême de considération, d’estime ou d’affection, ils portaient eux-mêmes du lieu du décès la bière qu’ils plaçaient sur le corbillard. Rien ne serait venu peut-être mettre obstacle à l’accomplissement de cette tâche touchante, s’il n’en était résulté à plusieurs reprises du « désordre » et du « dommage ». Le Consistoire dut interdire cet usage qui cessa en
Une autre coutume, fort ancienne également, était regardée par beaucoup d’Israélites comme un premier devoir rendu aux morts. Cette coutume consistait à soulever le défunt du lit où il venait de rendre le dernier soupir pour l’étendre sur une litière de paille. Les hommes chargés de cette triste mission, semblaient y mettre d’autant plus d’empressement que Pacte leur paraissait plus méritoire. Tout retard leur semblait devoir encourir le blâme. Or il pouvait arriver qu’on prit pour la mort ce qui n’était qu’une léthargie et que le malade mourût par suite de cette cruelle précipitation. Un seul cas de ce genre n’était-il pas suffisant
pour condamner cet usage, adopté d’ailleurs, suivant les rituellistes, dans le but de prévenir la putréfaction que la chaleur du lit pouvait accélérer, et qui, s’expliquant pour les contrées méridionales, ne pouvait être justifié dans nos climats tempérés? Enfin la défense faite aux citoyens de toucher au corps d’un défunt, avant l’arrivée du médecin chargé de constater le décès d’une manière officielle, imposait également la suppression de cette coutume. Elle fut interdite en etfet par le Consistoire qui, dans une circulaire adressée à la Communauté le 21 février 1836, invita les Israélites et surtout les Sociétés de secours mutuels à ne plus suivre « une coutume qui, disait-il, n’a rien de religieux et qui, dans certaines circonstances, pouvait présenter les plus sérieux dangers ».
Jusqu’à cette époque la Préfecture avait laissé au Comité le soin de fixer les jours et heures des convois israélites. Ce sentiment de tolérance était justifié par les embarras qu’aurait causés la fixation simultanée des heures de convoi par les douze mairies de Paris. Mais, à la suite d’un enterrement fait, contrairement aux lois, de nuit, en tapissière, aux flambeaux, au mois de mars 1837 par Gerson Weill, le Préfet décida que, dorénavant, la fixation des convois serait faite par les mairies « en ayant égard aux exigences du culte hébraïque Cette mesure suscita au Comité de graves difficultés, car, à plusieurs reprises et sans né-
^ Arrêté préfectoral du 20 mai 1838. On dut reconnaître plus tard les difficultés que créait cette décision prise en un moment de mauvaise humeur. En effet, aujourd’hui encore, c’est le bureau des inhumations du culte igrraélite qui fixe ces détails.
cessité, certains maires avaient donné l’ordre d’inhumer le samedi. Ce ne fut qu’après des démarches multipliées et de pressantes instances pour faire intervenir le Préfet que ces actes d’intolérance cessèrent ^
Quand le service des inhumations prit un développement que justifiait l’accroissement de la population, il fallut le régir étroitement. Le règlement de 1837 fut, comme pour toutes les branches (îu Comité, le règlem'ent générateur. Tous ceux qui furent faits depuis s’inspirèrent de celui-là. On n’y prévoyait cependant que ce qui était strictement relatif au service. Rien n’était prévu en ce qui concernait le cérémonial. Ainsi il est à* supposer que les officiants assistaient aux convois ou aux inhümations en costume de ville. Une décision, prise le 9 mars 1840, porte, en effet, que « les » ministres officiants qui se rendront aux convois pour » y prêter leur ministère devront être revêtus d’une » soutane noire et coiffés d’un tricorne ».
Le laisser-aller, le désordre qui régnaient, soit dans le personnel, soit parmi les assistants, étaient pénibles. Les sentiments d’une simplicité émouvante qui inspiraient les Israélites au commencement de ce siècle s’étaient altérés, et les Sociétés de Bienfaisance, refuge de l’austère piété, n’offraient plus dans les cérémonies funèbres qu’un concours qu’on cherchait à
' Le même arrêté enjoignait à l’ordonnateur de se rendre tous les matins à la Direction pour y rester toute la jourjiée et être dirigé, suivant les besoins, dans les arrondissements, où il y aurait des décès de personnes professant la religion juive. Dans le cas où il y aurait eu plusieurs décès le même jour, l’ordonnateur devait s’entendre avec les maires pour que les convois soient fixés de sorte qu’il puisse les accompagner, suivant le règlement. Ces mesures ne furent pas exécutées ; elles étaient en quelque sorte impraticables.
éviter. Les hommes, chargés d’apporter la consolation de la parole religieuse, inanquaient de dignité . Rien de ce qu’ils disent ne vient du cœur et souvent on évite d’assister à leur sermon. » Interprètes de la Loi religieuse, ils en changeaient presque toujours la nature par leurs ignorantès interprétations. Les veilleurs, au chevet du mort, ou ceux encore que les Sociétés envoyaient à la prière (minian), venaient « étaler leur misère apparente ou réelle dans les maisons affligées ». Au cimetière môme, où le premier venu prononçait des allocutions religieuses, des faits récents avaient laissé dans bien des esprits « un pénible souvenir », et le Consistoire s’écriait encore en 1844 que la cérémonie « manque essentiellement de dignité ». « Elle est, disait-il, dénuée de tout caractère religieux et se compose le plus souvent de quelques versets de psaumes bredouillés par les porteurs dans le trajet qui sépare l’entrée du cimetière de la fosse où le corps doit être
inhumé. »
De tels faits contrastaient si singulièrement avec les progrès réalisés dans la Communauté qu iis réclamaient une réforme urgente. Une Commission fut en effet nommée pour chercher le moyen de remédier à cet état de choses. Bien des décisions furent prises alors (184^) qui sont encore en vigueur aujourd’hui et qui donnèrent enfin aux cérémonies funèbres toute la dignité qu elles devaient avoir. A compter de cette époque le Grand Rabbin de Paris, « chargé de toute la partie religieuse du service des Inhumations ' », ou un délégué religieux désigné par lui, placé en tête du convoi, accepta la mis-
‘ Tout le service religieux, tel qu’il est exécuté aujourd hui, fut ordonné à cette époque.
sion de l’accompagner au cimetière et de réciter des prières sur la tombe. « Une pieuse innovation a encore été adoptée, dit le préambule du règlement élaboré par cette Commission. A l’arrivée du corps au cimetière, le pasteur dira à haute voix une prière ^ * il en fera une seconde après avoir déposé le défunt dans sa dernière demeure. » Et le pasteur eut seul le droit de prononcer une allocution, à moins d’une demande spéciale de la famille.
Le Comité supprima l’usage du drap mortuaire étendu à 1 entrée du cimetière et réglementa « le transport des troncs de bienfaisance » Le Secrétariat du Consistoire fut désormais chargé de centraliser les renseignements que, jusqu’alors, les familles perdaient « un temps considérable » à aller chercher chez « divers employés ». C’est de cette époque enfin que date l’envoi quotidien au Rabbin d’ « un bulletin » spécial portant le nom, l’âge et la demeure du dé-
» funt ainsi que le jour et l’heure fixés pour le )) convoi »
“ Aucune distinction de rang ni de naissance » ne fut admise pour cette pieuse assistance. Cependant, il fallait que le défunt fît partie d une société de bienfaisance ou qu’il contribuât aux frais du culte Des^ que le nombre des Rabbins adjoints fut suffisant, les délégués turent déchargés de ces fonctions. Aujourd’hui cette pénible tâche rentre dans les attributions des membres du Rabbinat de Paris.
hes porteurs de troncs ne durent, sous aucun prétexte, exposer les^tr^oncs sur la voie publique pendant la marche du convoi.
La meme Commission proposa la création d’un service régulier e « délégués veilleurs » qu’elle comptait compléter plus tard par institution de gardes-malades des deux sexes. Elle projeta également d organiser un personnel chargé d’assister aux prières (minianim) pendant la semaine dans les familles en deuil.
Mais ces deux projets ne furent pas réalisés. Ils ont été renouvelés aepuis sans meilleur succès. Leur exécution présente, en effet, de graves inconvénients pour le Comité.
Définitivement réorganisé en 1853 ^ , le service des Inhumations fut entouré de toute la sécurité possible et de la pompe austère et grave qui convient à une cérémonie de ce genre.
* Lors de la mort de M. Salomon Alkan, octobre 1851, le Comité de bienfaisance se plaignit vivement qu’on ait fait « stationner le corps devant le Temple, croyant faire honneur au défunt en le laissant dans la rue ». Il disait que « faire une quasi procession, encombrer la voie publique de manière à ce que ni piétons, ni voitures ne pouvaient circuler, c’est contre toutes les règles administratives, municipales, gouvernementales..., même contre les prescriptions religieuses » .
Le Comité crut devoir adresser ces observations au Consistoire, parce que, « ayant été chargé jusqu’à présent de la partie religieuse des inhumations, c’est sur lui que retombe le hlâme général que cette espèce de cérémonie inusitée a soulevé ». Elle s’est reproduite depuis, et particulièrement lors de la mort de M. Albert Cohn.