LE LIVRE D’OR DU COMITÉ
En assistant au développement continu de tant d’œuvres charitables, qui ont classé la Société de secours et d’encouragement parmi les plus grandes et les plus belles du monde entier, on est naturellement tenté de perdre de vue les difficultés auxquelles se heurte, à ses débuts, une institution de ce genre, pour n’admirer que les résultats glorieusement acquis. Cependant, avec quelque satisfaction qu’on constate la bonne volonté, le dévouement, les laborieux efforts, tout cela ne suffit pas à l’accomplissement d’une pareille tâche : il faut aussi un concours pécuniaire constant et sûr qui permette de créer une source de revenus suffisants au soulagement de tant de misères. C’est à la Communauté de Paris que le Comité de bienfaisance demandait ces ressources, et la Communauté ne les lui marchanda jamais.
A l’origine, le Consistoire, « pour procurer au Comité le moyen de satisfaire à ses dépenses », lui attribua « le produit des oblations des synagogues », celui des
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quêtes qui y seraient faites, et le produit des troncs qui devaient circuler dans les Temples, « dans les circoncisions et les repas de noces ^ ».
Le produit des offrandes dans les temples, rapportant annuellement au Comité une somme d’environ 3,000 francs, fut, à compter de 1821, consacré à l’édification et à l’entretien du Temple de la rue Notre- Dame-de-Nazareth. Cette ressource, qui était pour la Société de secours « une des brandies les plus fertiles et les plus assurées de ses revenus », et dont elle regrettait la perte, n’avait cependant pas laissé d’être pour elle une source de soucis. Les débiteurs, par le long intervalle qui s’écoulait entre l’achat et le paiement, ne pouvant plus se rappeler tout ce qu’ils avaient acheté, supposaient des -erreurs dans les relevés de comptes et refusaient de payer ; elle avait dû prendre successivement plusieurs arrêtés dont le dernier enjoignait « aux desservants, en criant la vente des honneurs religieux, de ne porter aucune attention aux enchères des personnes qui n’auraient pas acquitté ou qui refuseraient d’acquitter à l’avenir leurs arrérages L»
Le Comité chercha à suppléer à ces ressources en faisant tenir au Temple un registre par un de ses membres pour prendre note des offrandes faites à la synagogue en faveur des indigents. Cet enregistrement, adopté aujourd’hui pour toutes les institutions
' Une taxe avait été établie sur les familles aisées en faveur des indigents pour les noces et les circoncisions ; mais, le règlement approuvé par le Préfet n’en parlant pas, « le public, disait déjà le Comité en 1810 (23 décembre), en conclut que le paiement n*est pas obligatoire, et il ne paye point ».
* 22 novembre 1820.
de la Communauté, fut décidé, pour le Comité, le 30 juin 1823.
On était loin déjà de l’époque où, conformément au règlement de 1809, les membres de la Société, réunis deux fois par semaine, dans une petite pièce de la rue Grenier-Saint-Lazare, comptaient anxieusement le produit modeste des troncs. 11 circulait de ces troncs un peu de tous les côtés. Dans les temples, on en avait fait établir, soit « pour recevoir l’argent provenant des achats des honneurs religieux payés comptant », soit pour recueillir les offrandes pendant la bénédiction nuptiale donnée par le Rabbin C soit encore pour recevoir les aumônes de chaque jour. 11 y en avait ainsi au Temple de la rue du Chaume et dans celui de la rue Saint- Avoye. Un tronc circulait au cimetière et un autre dans les fêtes familiales. En 1816, la Société de secours faisait présenter, par deux de ses membres, un tronc de bienfaisance à l’arrivée à Paris des personnes riches qui y venaient séjourner comme étrangers 2.
‘ A compter d’octobre 1852, les quêtes de mariage se firent sous la surveillance de deux membres du Comité. Depuis 1877, elles sont faites sous la surveillance d’un ^membre de l’administration des Temples.
^ Avant la Révolution, on le sait, les Juifs étaient placés sous l’inspection de la police et ne pouvaient résider dans la capitale sans une permission de séjour qui, délivrée par le lieutenant de police sur un certificat du syndic, pouvait être renouvelée tous les trois mois. Ces mesures de surveillance avaient été maintenues après l’organisation du culte Israélite en France. Le Consistoire avait, dès 1809, chargé la Société de secours de délivrer les passeports et permis de séjour, et le Comité, par arrêté en date du 4 juin 1811, faisait tourner cette obligation au profit des pauvres, en décidant que nul ne recevrait de certificat s’il ne remettait cinq sols au Comité.
Le Consistoire avait signalé au Préfet de police les difficultés qu'il rencontrait à faire connaître à l’autorité ceux de ses coreligionnaires *
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Les quêtes étaient au nombre des « branches les plus fertiles » dont nous parlions tout à l’heure. La quête de Pâque et celle pour le chauffage furent instituées dès 1809 ; on en fit une également, en 1847, pour l’habillement des enfants qui célébraient leur initiation religieuse; on en institua une autre à l’occasion de la fête du Grand-Pardon. C’était là des quêtes régulières. Faut-il y ajouter les quêtes faites en raison de circonstances exceptionnelles et où la Communauté et le Comité luttèrent, l’une de générosité, l’autre de dévouement, pour adoucir bien des souffrances ?
Cependant offrandes, taxes ou quêtes ne pouvaient suffire à assurer, d’une manière régulière et efficace, le fonctionnement des services du Comité.
La Société de secours et d’encouragement avait été, à sa création, composée de deux sortes de membres : les uns, « membres proprement dits », ne pouvaient faire partie de la Société qu’en contribuant, pour une souscription annuelle de 18 francs, au minimum C payable de mois en mois et d’avance ; les autres <( membres honoraires », devaient verser une cotisation annuelle de 30 francs, payable tous les trimestres L Les souscripteurs, qui ne déterminaient pas la
qui n’avaient pas de moyens d’existence avoués. Le préfet Pasquier prit des mesures • pour que, désormais, auçun Israélite, non domicilié dans la capitale (à moins qu’il ne fût notoirement connu), n’obtint de permis d’y séjourner qu’autant qu’il justifierait d’un certificat du Consistoire de Paris ». (Lettre du 19 février 1811.)
' Cette somme est toujours demeurée le minimum de la souscription au Comité.
Nous publions, à l’appendice, la liste des premiers souscripteurs au Comité. (Pièce n*^ 8.) Nous croyons devoir publier également un
* état nominatif des personnes qui ont souscrit une aumône volon- » taire et applicable aux vieillards, aux orphelins et aux veuves
* pauvres de la nation Israélite de Paris ». Ce sont des souscriptions
durée de leur souscription, étaient engagés pour trois années.
Dès le 28 octobre 1809, le Comité avait désigné deux membres « pour se transporter chez les personnes » aisées de Paris, à PetFet de lever des souscripteurs ». Le 26, le Comité avait ouvert la liste, et les membres du Consistoire s’y étaient inscrits comme membres honoraires. Les « Confrairies », invitées à se dissoudre définitivement, furent priées de verser à la Société les fonds qu’elles avaient eh caisse, et qui se montaient à 1,157 fr. 40. L’une d’elles protesta d’abord contre la décision consistoriale, mais ne persista pas dans son refus, et les versements effectués constituèrent le premier patrimoine de la Société de secours.
A ce premier fonds vinrent s’ajouter les souscriptions que l’on recueillit et qui s’élevèrent à 7,815 fr. 87 cent. Ces résultats étaient excellents et permettaient d’en espérer de meilleurs encore dans l’avenir. Mais le zèle ne tarda pas à se ralentir, et bien que, d’après le règlement, la durée des souscriptions dût être d’au moins trois années, le recouvrement des cotisations rencontra, l’année suivante, beaucoup de difficulté.
Le Comité se plaignit, dès la fin de 1810, en effet, que, « parmi les deux cents maisons si ‘éloignées l’une de l’autre », que son samass était obligé de visiter à chaque fin de trimestre, « la plupart ne payent qu’à la troisième réclamation, soit par mauvaise volonté, soit à cause de leurs occupations ou d’absence »; que
faites uniquement par les femmes juives de Paris. Le document ne porte pas de date. Mais son titre et les noms qui y figurent permettent de croire qu’il date des premières années de ce siècle. (Pièce nO 9.)
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d’autres cherchent à en éluder le paiement ou à en diminuer la quotité ; et les réponses sont si « brusques » (§i’il « désespère » presque de la somme pour laquelle on a souscrit.
Le Consistoire, saisi de ces réclamations, autorisa, le 1-'*' mai 1811, le Comité de bienfaisance à faire citer devant le juge de paix de leur domicile les contribuables en retard ; mais il ne recourut pas à cette mesure extrême. Sa mission était assez importante et assez délicate pour qu’il ne s’attardât pas à des procédés qui pouvaient lui nuire dans l’esprit susceptible de la Communauté. 11 le comprit bien lui-même, puisqu’il disait, en 1812, de ces souscripteurs récalcitrants : « Nous tâcherons de les ramener par la persuasion et de leur inspirer, par des exhortations religieuses, des sentiments plus nobles et plus philanthropiques. »
11 n’y réussit guère. Le nombre des souscripteurs, qui s’élevait, en 1809-1810, au chiffre de 204, diminua régulièrement tous les ans : en 1813, il n’était plus que de 117; et en 1816, soixante-treize membres de la Communauté restaient seuls fidèles à leurs engagements.
Le Comité n’était pas resté insensible à cet état de choses, et il avait adressé aux Israélites de Paris des lettres et des circulaires pour leur demander « de soutenir et d’alimenter cette charitable institution )>. Mais les résultats étaient demeurés bien au-dessous des espérances, et le moment était venu où il allait être urgent de tenter un grand effort pour l’existence de cette Société, « indispensable à tant de familles malheureuses », et que dix années d’existence avaient « rendue, pour ainsi dire, inséparable de l’exercice de
notre culte^ ». N’était-ce pas « compromettre, aux yeux » du gouvernement, le nom d’Israël, que de laisser » s’écrouler un édifice érigé avec son approbation » ?
Les membres du Comité puisèrent une nouvelle force dans les obstacles qu’ils rencontrèrent - ; ils se multiplièrent, décidèrent la création d’un nouveau registre pour recevoir les souscriptions des Israélites de Paris ^ ; « se transportèrent chez les personnes aisées pour solliciter leur engagement », et lancèrent un nouveau et touchant appel où, vantant la bienfaisance, « doux lien de l’opulence et de la pauvreté », ils rappelaient aux indifférents que « c’est cette main secourable que nous nous sommes toujours mutuellement prêtée qui nous a fait traverser les siècles les plus ténébreux )) .
Evidemment la promesse d’inscrire sur un Livre d’Or"^ les noms des souscripteurs devait être de nature à stimuler les sentiments charitables (en 1847, on poussa plus loin cette excitation en affichant au Temple la liste imprimée des souscripteurs au Comité) ; mais on ne pouvait compter encore qu’avec un nombre très restreint de familles aisées^, et il faut
^ Délibération prise par le Consistoire et le Comité de bienfaisance dans une séance extraordinaire, tenue le 9 février 1820.
^ « Considérant que, dans la pratique de la charité, les obstacles, loin de nous décourager, doivent plutôt nous faire redoubler de zèle et d’activité. . . » [Ibid.)
^ Voir cette seconde liste à l’appendice. (Pièce n® 10.)
Ce livre existe dans les Archives du Consistoire. Il porte sur le plat, en lettres dorées, la mention suivante : Registre des souscrip~ teurs de la Société' d'encouragement et de secours. La liste des souscripteurs est précédée : du procès-verbal de la séance du 9 février
1820, où le Comité décida d’adresser un nouvel appel à la Communauté ; 2® de l’appel qui fut fait à cette occasion.
Voir à ce sujet, à l’appendice, une • liste des cinquante Israélites
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arriver à l’année 1839 pour constater une augmentation sensible et dans le nombre des souscripteurs et dans le chiffre des souscriptions ^
Il s’agissait alors de fonder une maison de secours et ce projet, nous l’avons dit, avait produit dans la Communauté un grand mouvement sympathique : le nombre des souscripteurs s’éleva tout à coup à 221 et les souscriptions à plus de 6.000 francs. A compter de ce moment, il semble que la Communauté comprenne enfin tout le bien que le Comité de bienfaisance est appelé à réaliser ; elle l’entoure d’une faveur constante ; le chiffre des souscriptions s’élève toujours davantage, le nombre des souscripteurs augmente et les dons suivent une progression bien plus rapide encore^. A. chaque œuvre nouvelle surgissaient de nouveaux adhérents : les souscriptions annuelles en faveur du Comité, des orphelins, des malades, des vieillards, des enfants, en font foi.
les plus imposés de la circonscription de Paris en 1828 » et une « liste des Israélites dont les contributions ne sont pas les plus fortes, mais qui ont droit à la notabilité eu raison de leurs services, de leurs talents ou de leurs qualités ». (Pièce n° 11.)
‘ Jusqu’à cette époque, la quotité des souscriptions annuelles continua à être de 3 à 4,000 francs, et le nombre des souscripteurs ne dépassa pas cent vingt-quatre.
‘^Voir, à ce sujet, X Hôpital (chap. v, p. 05).
3 Dès la création du Comité, les Israplites avaient contracté l’habitude d’accorder, « au jour de la célébration de leur mariage, quelque secours à l’infortune ». Toutefois, pendant les- trente premières années, les dons ne s’élevèrent pas, annuellement, au-dessus de 4,000 francs. Ils étaient de 17,000 francs en 1849 ; de 25,000 en 1859 ; et de 35,000 en 1869. En 1841, les souscripteurs étaient au nombre de 216; de 255 en 1842 ; de 442 en 1816 ; de 406 en 1848 ; de 357 en 1850; de 417 en
1852 ; de 527 en 1855 ; de 544 en 1856 ; de 552 en 1857 ; de 562 en
1858 ; de 578 en 1859 ; de 707 en 1861 ; de 731 en 1864 ; de 651 eu
1867 ; de 580 en 1871 ; de 803 en 1875. Il y en a aujourd’hui 750.
Cependant, si dans la Communauté un grand nombre d’Israélites contribuaient à l’entretien des œuvres de bienfaisance, d’autres s’abstenaient de participer à ces charges ou n’y contribuaient que faiblement. Le Comité ne négligeait aucun moyen d’amener à lui ces défaillants. Il avait, en 1839, nommé des commissaires dans le but de l’aider dans ses fonctions de charité. Il avait d’abord provoqué, dans chacune des sociétés de secours mutuels, reconnues par le Consistoire, la nomination d’un de leurs membres qui devait être attaché au Comité L Mais il né fut donné suite à ce projet qu’en 1851. Les Sociétés envoyèrent la liste détaillée de leurs membres. Une commission fut chargée de faire un choix parmi les noms présentés; et, nommés le 22 octobre 1851, les Commissaires de charité furent installés le 12 janvier 1852 L
1 Voici la liste des membres élus par les sociétés comme commis¬
saires :
Amis de l’Union . MM. Maurice Polack.
Bienfaisance israélile dite de Moïse . Jacques Javal.
Bienfaisance des Israélites de Paris . L,-A. Sauphar.
Neymark et Netter . Netter Lippmann.
Enfants de la Loi des Douze Tables . Oulry aîné.
Assistance mutuelle des Israélites . Philippe Galfré.
Réunion pour l’étude de la loi sacrée . Charles Brissac.
Réunion de la maison d’Aron . Isaac Mayer.
Amis de Thumanité . Benjamin Cbailly.
Les Israélites de Paris dite du patriarche Abraham Sal. Van Oven.
Enfants de Salomon . J. Salomon.
Lois rabbiniques . Manuel Kaïu.
Patriarches israélites . Léopold Biiig.
Amis des Enfants d'Israël . Isaac Hesse.
Mont Sinaï . Lion Lévy.
Enfants de Sion . Wormscr.
Enfants du Roi David . Jacob Mardochée.
Accord israélite . D. Rheims.
* Ces premiers commissaires étaient : MM. Tedesco, Jules Levot,