‹ Le comité de bienfaisanceChapitre 3 sur 65 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

BUT ET ACTION

Par arrêté, en date du 24 octobre 1809, le Consistoire nomma les membres du Comité, dont cinq furent choisis parmi les administrateurs des Sociétés, savoir : MM. Manus Polack, Goudchaux Halphen, Lion Abraham, Moïse Schoubach et Isaac Simon ; et deux parmi les fondateurs du temple de la rue du Cimetière-Saint- André-des-Arts : MM. Lévy Alvarès et Mayer Bing. M. Baruch Weill fut nommé receveur L Le Comité se réunit, pour la première fois, le 28 octobre 1809, chez son receveur, qui demeurait rue Boucherat M. Isaac Simon, doyen d’âge, fut nommé président.

Dès qu’il fut installé, le Comité pourvut au fonction-

^ Le receveur n’était pas considéré comme membre du Comité. Ce ne fut qu’à la fin de l’année 1837 qu’il fut appelé aux séances, et encore ne fût-ce qu’avec voix consultative.

2 Le Comité loua, quelque temps après, une petite pièce rue Grenier-Saint-Lazare, 11° 28, où, conformément au règlement, il devait se réunir deux fois par semaine « au moins » pour prendre connaissance des demandes qui lui étaient faites et arrêter les secours à accorder. Vers 1814, il s’en fut loger rue Saint- Avoye, n° 47, où il resta jusqu’en 1822. A cette époque, le Consistoire mit à sa dispo-

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nement de son administration et fit faire des publications dans les temples pour inviter les indigents à se faire inscrire. Ses membres se partagèrent les attributions qui lui incombaient Elles avaient pour objet :

1° De distribuer des secours aux personnes indigentes que râge ou des infirmités rendaient incapables d’aucun travail ;

sition une salle de délibérations dans le local du nouveau temple, rue Notre-Darae-de-Nazareth. 11 s’y réunit jusqu’en 1838, époque à laquelle l’Ecole consistoriale étant sans local, le Consistoire mit à sa disposition le second étage de la maison du temple. Le Comité dut céder le lieu de ses séances. 11 se réfugia dans une chambre de son garçon de bureau. Eu 1847, il recouvra son ancien local et il y resta jusqu’à la reconstruction de la synagogue. 11 reçut alors 1 hospitalité dans une salle contiguë au tempie portugais provisoire qu il quitta eu 1851 pour le secrétariat qu'il eut au temple même, rue Notre-Dame-de- Nazareth, n® 15, pendant de longues années (salle des mariages, à droite). Depuis, il fit ses distributions de secours rue du Vertbois, n° 8, au rez-de-chaussée, dans un local sombre, composé de deux pièces, servant l’une de pièce de réception, et l’autre de salle d'attente pour les indigents. La réception des pauvres est transférée rue Saint-Claude depuis lévrier 188G.

Jusqu’en 1851, époque à laquelle le Comité décida qu’il se réunirait en assemblée générale le dernier mercredi de chaque mois, ce qui fut strictement observé pendant vingt-cinq ans, ses réunions furent très irrégulières : il y en eut d abord deux par semaine, puis une. Il n y en eut bientôt que deux et pariois une seule par mois. Pendant le mois de Tischri le Comité ne se réunissait pas. Les registres des procès-verbaux ont des lacunes de trois et quatre mois.

1 Un membre fut désigné pour distribuer des bons de pain et de viande aux indigents du rite allemand, et un autre a ceux du rite portugais. La Société s’entendit également avec quatre bouchers, dont un portugais, qui acceptèrent de livrer aux pauvres, tous les jeudis, de la viande Cascher à raison de neuf sols la livre. Un mois plus tard, Elie * Samass » fut chargé de faire chez lui cette distribution de viande et de pain. Enfin, quelques jours après, on décida de ne distri’Duer que du pain, et de donner à chaque pauvre, au lieu de viande, « douze sols » pour chaque livre de vmnde qu’il recevait jusque-là.

BUT ET ACTION

2° De faire soigner les malades indigents ; de les fournir des médicaments et des aliments nécessaires pendant tout le temps de leur maladie;

3» De présenter tous les ans au Consistoire dix jeunes gens, et plus si ses moyens le lui permettaient, de râge de douze à quinze ans, munis'du consentement de leurs parents ou tuteurs, pour entrer en apprentissage d’arts et métiers.

Cette tâche était suffisante déjà pour une institution naissante et inexpérimentée. Cependant, dès les premiers jours, le Comité assuma une nouvelle responsabilité : il prit à sa charge deux orphelins abandon nésC Le Consistoire rendit hommage à ses sentiments, mais il l’invita en même temps à « se renfermer dans ses moyens, qui lui permettaient à peine de donner de faibles secours à la vieillesse infirme et aux malades ».

Le Comité eut fort à faire pour se maintenir dans ces limites un peu étroites. Cependant il résista d’abord aux nombreuses sollicitations dont il était l’objet en faisant valoir les obligations qu’il avait envers ceux que visait le règlement de 1809 ; mais l’augmentation de la population pauvre, ses besoins croissants, et aussi l’aide grandissante de la Communauté, l’obligèrent petit à petit à sortir du cercle de ses attributions. Il fallut donner à ses pouvoirs une plus large étendue.

Le règlement de 1839 en mentionna minutieusement l’objet : les indigents, les vieillards, les femmes en couches, les malades, les orphelins, les apprentis, les enfants qui se distinguaient dans les écoles publiques,

1 Voir le chapitre Orphelins et enfants alandonnés^ p. 85.

les ouvriers, les domestiques nécessiteux, tous ceux enfin qui étaient clignes d intérêt en raison de leur misère, de leur âge ou de leurs infirmités, de leur dévouement, de leurs vertus ou de leur application au travail, figuraient dans cette nomenclature de la charité.

Mais ce n’était là, pour le Comité, qu’une partie de sa mission, car il avait également accepté la charge d’assister le Consistoire dans l’administration du temple,' et enfin d’appeler son attention sur toutes les questions qui pouvaient intéresser le bien-être des Israélites de la circonscription.

Telle était l'importance que le Comité avait acquise, déjà à cette époque, dans la Communauté. On pouvait douter peut-être qu’il en prit une plus grande encore ; et, cependant, quand, à la création de maisons de charité et d’instruction, vinrent s’ajouter de nouvelles œuvres, le Comité avait pris un tel développement que, révisant en 1869 son règlement intérieur, il résuma, en ces termes, l’objet multiple de sa mission : « Le Comité de bienfaisance est chargé de toutes les , institutions de bienfaisance fondées par le Consistoire et de toutes les questions qui s’y rattachent. » Le règlement de 1877 reproduisit purement cette mention.

L’action du Comité eut donc, de tout temps, un vaste champ d’exercice. Si elle put se ralentir à mesure que les années s’écoulèrent, grâce à l’activité des Juifs indigents qui, entrant toujours plus avant dans la famille française, figurèrent avec honneur dans les rangs des travailleurs diligents et probes, elle fut considérable et multiple au commencement de ce siècle où il s’agissait de discipliner les esprits et d’élever le niveau des sentiments. Elle s’appliquait

BUT ET ACTION

avGC un raro bonheur, tant au profit de la moralité des familles indigentes qu’à la grandeur de la Communauté, à la sauvegarde des principes religieux, à la création et au développement de toutes les institutions de charité ou d’instruction dont le besoin se manifestait à Paris ^ ; elle s’étendait, enfin, avec non moins de bienveillance, sur les malheureux que 1 intolérance — en plein xix® siècle — obligeait à abandonner leurs foyers et à chercher en France un refuge assuré contre la persécution et l’exil, un appui

toujours efficace et généreux.

L’extinction de la mendicité fut son continuel souci. Déjà, par arrêté, en date du 26 octobre 1809, le Consistoire l’avait interdite, pensant avec une juste raison que la constitution du Comité devait suffire à tous les besoins. Cet arrêté n’avait produit que peu d effet, et le Comité dut prendre des mesures pour la réprimer aussi sévèrement que possible. Plus tard il essaya,

1 Voici une série de faits et de décisions qui^indiqueront nettement guelle a été, à toute époque, l’action du Comité : , ^

Eu 1811 un sieur Mardochée Tritche et sa femme se présentèrent a l’une des séances du Comité et lui déclarèrent qu’Üs elaient dans l’intention de se quitter pour cause d’ « incompatibilité d humeur ». Le Comité les réconcilia par de « pieuses exhortations » et des . sentiments d’honneur ». Il joignit un secours à ses sages conseils. Le procès-verbal qui mentionne ce fait, ajoute : . Le mari et la fernme, heureux d’avoir trouvé des médiateurs qui voulaient bien mettre fin a leurs dissensions, promirent de ne se séparer jamais et de vivre esor-

mais en bonne harmonie. » ,

24 décembre 1811 : « Le Comité charge M. Elie Samas d inviter la femme et la fille de M. Joseph Oberndorff à se rendre a sa seance prochaine, afin de les engager à avoir désormais plus de respect con-

iuffal et filial pour le susdit vieillard. »

. Tout individu, ‘décide le Comité en 1812, qui sera rencontre dans un café passant son temps à jouer ne recevra désormais aucune assis-

t3iïlC0 ® • •

En 1825, plusieurs indigents ayant contracté le mariage religieux

de concert avec la Société des Amis du travail et les Conseils des écoles, d’y mettre un terme en favorisant le travail et la mise en apprentissage ; mais la mendicité prit une telle extension que le Consistoire s’en alarma. En 1828, une Commission, nommée pour étudier cette question, proposa de supprimer tout secours à ceux qui se rendraient coupables de mendicité : la situation ne s’améliora pas. Une nouvelle Commission fut instituée en 1834. La mendicité s’étendait jusque sur le parvis du temple. Aux enterrements, aux mariages, partout où se célébrait une cérémonie, les mendiants étaient là, tendant la main. Une troisième Commission fut nommée, en 1855; une quatrième, en 1863; une cinquième, en 1866. Le Comité prenait délibérations sur délibérations ; mais il se heurtait à des difficultés insurmontables. On n’éteint pas la mendicité par arrêté. Chaque fois, en effet, qu’il croyait approcher du but, un événement survenait — tel que l’immigration polonaise, le siège de

sans le faire précéder du mariage civil, il informa la Communauté qu’ < il rayera du registre du Comité et refusera tout secours tant à ceux qui contracteront un mariage semblable qu’aux personnes qui y prêteront leur ministère, soit comme rabbins, soit comme témoins. »

M. Fould, banquier, avait l’babitude de distribuer, l’hiver, aux pauvres, un certain nombre de voies de bois. Le Comité était l’intermédiaire. En 1831, M. Fould le pria d’en distribuer vingt-cinq, dont cinq « à des chefs de familles dont les enfants travaillent à un métier, et surtout ceux qui travaillent le samedi comme les autres jours. » Le Comité, pas plus que la Société des amis du travail^ n’accepta ce bon. Le Comité le renvoya à M. Fould en lui disant qu’il trouvait cette condition « inconvenante » et le priant de ne plus le mettre à l’avenir dans la nécessité de t servir d’organe à une proposition contraire à ses idées religieuses ».

« L'indigent malade par suite d’ivresse habituelle ou d’inconduite n’a droit a aucun secours. » [Règlement constitutif dit Comité consistorial de secours et d’ encouragement ^ 1839).

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Paris, riiiver de 1879-1880, l’immigration russe ^ — qui ajournait bien loin la réalisation de son vœu le plus cher.

Si, laissant le coté particulièrement moral de sa mission, nous examinons le rôle qu’il a joué dans la Commufiauté, nous voyons quelle aide puissante il prêta de tout temps au Consistoire, combien grande fut son action auprès de lui, et nous nous trouvons en présence d’œuvres et de créations fécondes dues à son initiative, à ses conseils ou à son extraordinaire activité. C’est lui par exemple qui, pendant de longues années, présida, sous la direction du Consistoire, au recouvrement général des recettes ; lui qui en 1817 conçut le projet de création d’une synagogue lui qui en 1818 fit à la Commission spéciale une avance suffisante pour commencer les travaux ^ ; lui de même,

^ L’immigratioii russe en 1882 imposa a la Communauté et au Comité les plus lourds sacrifices. Cent cinquante-ejuatre ménages, composés de plus de cinq cents personnes, avaient été choisis a Brody et amenés à Paris. Un millier dfindividus, venus directement, assiégeaient tous les jours déjà les bureaux du Comité. Les familles prises a Brody furent divisées à Paris en deux colonies : l’une, placée rue Eugène Sue, était composée de trois cents personnes ; l’autre, rue Jeanne d Arc et^ composée de quarante-trois ménages. Le Comité employa au scr\ice de ces malheureux plus de *400,000 francs. Aujourd hui encore 1 assistance du Comité entretient des « apprentis russes » pour lesquels, en 1884, elle a dépensé environ 10,000 francs. Sur deux cents chefs de famille, cent soixante-treize exerçaient l’état de tailleur, cordonnier, menuisier, serrurier-mécanicien, forgeron, tourneur, ferblantier, horloger, peintre, relieur, passementier, chaudronnier, gantier, etc., etc., vingt-sept n’exerçaient aucun état. Parmi les femmes, un certain nombre savaient le métier de modiste, couturière, brodeuse, ouvrière au crochet, etc., etc.

2 Ce fut, en effet, sur la demande des membres du Comité que le Consistoire nomma, le 15 octobre 1817, une Commission de sept membres pour étudier les moyens de construire une synagogue à Paris.

^ Une somme de 7,330 francs que possédait le Comité lut mise à la disposition de cette Commission. Voici les termes de l’arrêté pris à cc

qui en 1842 fit de nouvelles avances pour que des réparations pussent être faites à ce temple ; lui encore qui fit adopter cette coutume de faire circuler des c< troncs de bienfaisance » dans la synagogue, pendant que le rabbin donne la bénédiction nuptiale ^ ; lui enfin qui, à une époque où par une complaisance abusive les mariages étaient fréquemment célébrés hors du temple, fit tourner cette faveur au profit de la Société de secours, en exigeant de ceux qui l’obtenaient qu’ils eussent à s’entendre, d’abord avec lui, pour les dons (1842). Il participa à la création delà Société pour V établissement des jeunes filles; il fonda ou subventionna des Caisses de prêts; soutint la Société du repos éternel ; prit à sa charge les Bains religieux \ fonda une caisse, ayant pour objet d’exonérer tous les ans du service militaire deux ou trois jeunes gens pauvres, dignes de cette faveur (1864) ; géra l’œuvre des Machines à coudre, fondée par le baron Edmond de Rothschild (12 avril 1869 -), l’œuvre André- Gustave de Rothschild pour les convalescents (2 janvier 1878)^, l’œuvre des Jeunes malades

sujet par la Société de secours : « Vu Turgence de cette noble entre- • prise qui tente à donner, un nouveau lustre à notre culte et à relever » l'honneur d’Israël ; — vu l’extrême besoin dans lequel se trouve la » Commission de l’aire honneur à ses engagements et d’exécuter di— » gnement un projet si glorieux et si méritoire; — arrête »

^ L’arrêté date du 3 décembre 181 1.

^ Cette fondation a pour objet, ainsi que son titre l’indique, de fournir une machine aux ouvrières pauvres. Elles s’acquittent de ce prêt quand elles peuvent et comme elles peuvent. — La fondation, qui était de 3000 francs, a été portée à 5,000 en 1870.

^ Cette œuvre, fondée par le baron Gustave de Rothschild, en souvenir d un fils qu’il a eu la douleur de perdre, a pour objet de venir en aide aux convalescents à leur sortie de l’hôpital. Les secours doivent être de vingt-cinq francs au moins et de cent francs au plus. Sur les ressources mises annuellement à la disposition du Comité par

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adultes (octobre 1881)^, foyidation Henri Picart, en faveur d’indigents atteints de cécité (novembre 1883), etc., etc., etc.

Nous avons vu ce (jue le Comité de bienfaisance fit pour l’enseignement primaire - et pour l’apprentis- • sage des arts et métiers ^ ; nous verrons plus loin et en détail combien grande fut son œuvre et grand le développement que, sous sa direction, prirent les services des azymes^ des vêtemeyits ^ de Y assistance ^ du fourneau alimentaire^ de la loterie, du chauffage, loyers, des layettes, etc., etc. ; et, enfin, les éta- ’blissements d’une importance exceptionnelle, comme la Maison de secours et Y Orphelinat

le fondateur, on a distribué tous les ans des sommes variant de dix à quatorze mille francs.

M. S. Alkan, ancien président du Comité, avait légué, en 1872, une somme de cinq mille francs pour fonder, dans des proportions plus modestes, une oeuvre semblable.

^ Cette oeuvre, créée par un anonyme, a pour but de permettre à ceux qui n’en ont pas les moyens, de se rendre aux eaux, dans les montagnes ou à la mer, pour y recouvrer la santé.

2 Voir à ce sujet Léon Kahn, Histoire des écoles cowiMunales et consistoriales Israélites de Paris {1809-1884^), Durlacher, 1884.

3 Voir à ce sujet Léon Kahn, Les professions manuelles et les institutions de patronage^ Durlacher, 1885.

Le souci que le Comité prend des intérêts des membres de la Communauté est tel que, à la suite de plaintes et de réclamations, il décida d’attacher à son administration un médecin en qualité de moliel (opérateur de la circoncision). C’est le d’’ Berrbeim qui fut désigné pour remplir ces fonctions.

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