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LES BAINS RELIGIEUX

Les Bains religieux sont placés sous l’administration du Consistoire et non du Comité de bienfaisance. Ils pouvaient donc ne pas figurer dans cette monographie des œuvres du Comité. Cependant, c’est grâce à son concours qu’en 1860 on put établir une maison de ce genre, digne de la Communauté -de Paris, et c’est lui qui, pendant de* longues années, assura la responsabilité de la- direction. C’est à ce titre que nous les mentionnons ici.

Albert Colin', dans ses Lettres juives L prétend qu’en 1784, lors du passage à Paris de R. Saül, grand-rabbin d’Amsterdam, se rendant à Jérusalem, on recourut à ses connaissances talmudiques pour établir un mikloeli « qui n’existait pas encore ». Dans cette année, ajoute-t-il, on en érigea un sur un bateau de blanchis-

* Univers Israélite, tome XX, année 1864-1865.

* LES ŒUVRES DU COMITÉ

seuse, près du Pont-Neuf. Il y resta, selon lui, pendant trente-huit ans, c’est-à-dire jusqu’en 1821.

Or, en 1827, M. Ouarnier, « propriétaire d’un bain chaud à l’usage des Israélites » et placé « sur la rivière de Seine, au long du quai de la Mégisserie, audessous du Pont-au-Change », informait le Consistoire qu’à la suite d’un procès, que venait de lui intenter un sieur Vigier se croyant « seul privilégié d’avoir des bains chauds sur la Seine », il était condamné en première instance à détruire les baignoires existant dans son établissement. M. Ouarnier demandait donc au Consistoire de lui délivrer un certificat qui lui permit de faire constater en appel que « les dames Israélites étaient obligées de prendre un bain de baignoire avant de se plongey dans le bain de la purification », d’attester, en outre, que ce bain existait depuis un temps immémorial et que les baignoires en étaient « un accessoire indispensable ». — « Ces faits, ajoutaitil, sont de toute vérité, et, si quelqu’un de vous en doutait, il pourrait facilement se faire rendre compte que, depuis plus de soixatste-dix ans qu’existe le bain que je tiens actuellement, il y a toujours eu des

baignoires, etc., etc. ^ . . . »

Il est présumable que cet établissement est celui dont parle Albert Colin, qui n’appuie ses renseignements sur aucun document positif. On peut donc faire remonter l’existence des bains religieux du quai de , la Mégisserie à l’année 1757 environ, et ils existaient

' M. Ouarnier, joignant un modèle du certificat q;u il demandait au Consistoire, y disait : « ...qu’il est à la parfaite connaissance des soussignés que ce bain a été le seul qui, depuis un temps immémorial, ait toujours existé sans interruption sur la rivière de Seine dans Paris » . , -

encore en 1827. Ils étaient connus pour être fréquentés par les Israélites seuls qui s’y rendaient « périodiquement et de fort loin ^ ».

Cependant, un « second mikweli » fut ouvert en 1823. Voici, en effet, le placard qui fut affiché à la synagogue de la rue Notre -Dame -de -Nazareth, le 14 juin 1823 : « L’administration du temple a 1 hon- » neur de prévenir ses coreligionnaires qu’un second

^ Nous avons eu depuis communication d’un document qui confirme noire assertion. C’est le « Précis et consultation pour M. Ouarnier contre M..Vigier » signé en 1828, d’une part par M® Petit d'Hauterive, avocat plaidant, et M® Chauvelot, avoué de M. Ouarnier, et d'autre part par Petit d’Hauterive et F. Nicod, anciens avocats.

Nous ne citons que les passages qui sont directement relatifs à cet établissement :

« M. Ouarnier, tant par lui que paf ses auteurs, est en possession, de temps immémorial, d’un emplacement sur la rivière de Seine, au bas du Pont-au-Change ; auprès de ses bateaux à lessive a toujours existé un lain dit desJuifs^ spécialement consacré aux Israélites, et nécessaire à cette classe d’individus pour y remplir leurs pratique*s religieuses. >

« Al. Ouarnier prouve que le bain des Juifs a toujours été ce qu’il est encore, un bain chaud avec baignoires..., et la notoriété s'élève en sa faveur avec le témoignage de tous les Israélites qui fréquentent son établissement depuis quatre-vingts ans. >

« Si Al. Vigier croyait pouvoir insister comme en première instance, sur ce que l’obligation contractée envers lui en 1807... est la consécration du privilège antérieurement accordé..., il y aurait encore à remarquer que les lettres patentes sont accordées salvo jure Uliorum. Ces lettres patentes du 4 août 1760 portent, en effet, seulement défense aux tiers d’établir eVantres lains que ceux qui ont été jusqiCà f récent en usage... ^ or le bain des Juifs était en usage. Il existait dès avant 1760, AI. Ouarnier en fait la preuve par des témoignages irrécusables. >

AI. Ouarnier gagna son procès.

Ajoutons que ce bain comprenait, en 1828, » dix baignoires avec une piscine propre à la purification ordonnée parles Israélites ».

Nous devons tous ces renseignements à Al“e Leudet, fille de AI. Ouarnier. Nous lui exprimons ici tous nos remerciements pour l’obligeance avec laquelle elle nous a aidé dans nos recherches.

LES ŒUVRES DU COMITÉ

» millweU vient d’être ouvert par M. Tardy, rue Cul-

ture-Sainte-Catlierine, n" 19. Ce mikweli a été établi )) d’après le rit hébraïque et sous l’inspection de nos )) autorités religieuses. L’on peut prendre connais^ )) sance du tarif des prix dans l’établissement môme )) où il se trouve affiché L »

On perd toute trace de l’existence d’une maison de ce genre jusqu’en 1844, où un membre du Consistoire se plaint des « conditions de salubrité et de sécurité des bains religieux dits miliweh ».

Cet établissement était, sans doute, installé dans une maison de bains, située rue Saint-Avoye (actuellement rue du Temple), près la rue Rambuteau, en face la rue Geoffroy -Langevin 2. C’est là, du moins, qu’il se trouvait lors de la nomination de M. Isidor au grand-rabbinat de Paris en 1847, et là qu’il demeura jusqu’en 1860. A la suite de plaintes et de réclamations qu’ils reçurent, au sujet de son installation défectueuse et insalubre, MM. S. Ulmann et Isidor organisèrent un nouvel établissement, rue Culture- Sainte-Catherine, n® 17 La construction de l’établissement fut confiée à M. Aldrophe, architecte du Consistoire^.

1 Dans la minute de ce placard, la phrase qui commence par Ce ' mikmh était ainsi écr.te : « Ces bains, qui ont été établis d’après le rite hébraïque et sous l’inspection de nos autorités relipjieuses, présentent les mêmes avantages que ceux déjà établis pont des Arts et ». La phrase s’arrête ici brusquement.

Quel est ce mikweh alors situé pont des Arts? Et quel est cet outre et ?

2 Leudet se rappelle h)rt bien qu’une fille Adèle Mayer était femme de service au mikwiU, Quand le bain Ouarnier fut fermé (M“® Leudet ne se souvient pas de la date), cette fille entra en service dans un établissement de la rue Sainte-Avoye où l’on établit un mikweh. C'est sans contredit la maison dont il s’agit.

3 Devenue rue de Sévigné depuis 1869-70.

M. Alfred Aldrophe est l’architecte du Consistoire de Paris depuis

Cette œuvre fut placée sous le patronage du Comité de bienfaisance, qui, sur la demande du grand-rabbin de Paris, prêta également son concours pécuniaire. Un bail de trente ans fut signé, mais la maison ne répondant plus aux besoins, une Commission fut constituée en 1884 pour s’entendre avec la Société des Etudes talmudiques, qui céda au Consistoire une maison dont elle était propriétaire, rue Ville-Hardouin^ n® 9, pour y installer un nouveau mïhweli C /

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