LA LOTERIE
La Loterie, si généralement connue aujourd’hui sous le nom de « Loterie israélite », fut organisée par le Comité de bienfaisance au profit de sa Maison de Secours, en 1843. Le premier tirage eut lieu, le 31 mai 1844, à l’Hôtel-de-Ville- (salle Saint-Jean). Le Consistoire avait obtenu l’autorisation d’émettre 15,000 billets.
Le succès de cette œuyre de charité fut assez grand pour que le Comité se décidât à organiser une nouvelle Loterie l’année suivante. Depuis cette époque, elle eut lieu régulièrement tous les ans, sauf en 1848 et 1811, où les événements ne permirent pas de procéder à cette opération. Par suite même de ce succès, le nombre des billets ne tarda pas à être augmenté L En 1846, on obtint l’autorisation de les porter à 20,000; en 1854, à 25,000 ; en 1856, à 30,000 ; en 1859, à ,35,000; en 1863, à 40,000. En 1865, le nombre des
1 Les billets émis en ’1845 portaient en tête la mention suivante : Comité consistorial israélite de secours et encouragement de Paris. Loterie 1845 en faveur de la Maison de secours pour les indigents malades et de la Société pour Vétahlissement des jeunes filles. L’objet et le but de ces deux institutions occupaient le verso du billet. Le numéro du billet était écrit à la main, en chiffres d’abord, et en toutes lettres au bas du billet. Cet usage paraît s’être maintenu jusque vers 1835 ; en tout cas, au delà de l’année 1851. Le billet contenait, comme aujourd'hui, la liste des dames patronnesses. (Nous publions à l’appendice la liste des dames patronnesses de la Loterie depuis la création de cette œuvre.)
LES ŒUVRES DU COMITÉ
billets fat fixé à 50,000 ; en 1870 à 75,000. Le Consistoire obtint, en 1878, rautorisation d’émettre 100,000 billets, et 125,000 en 1881 L
La Loterie de 1845 fut faite par le Comité de concert avec la Société de Patronage des Jeunes filles, qui avait été créée en 1843 2. Jusqu’en 1869 exclusivement, les Dames de cette Société et le Comité se partageaient la nomination des Dames Patronnesses de la Loterie. A compter de cette année, le Consistoire se réserva le droit de former la liste entière des Dames.
Le produit de la Loterie, consacré en 1844 à la Maison de Secours, fut réparti l’année suivante entre le Comité et la Société des Dames. Le premier reçut les 3/5 et la seconde les 2/5 du produit. A mesure que les établissements et les œuvres de charité s’organisèrent dans la Communauté, ils furent compris dans la répartition. En 1852, ce. fut V Hôpital; en 1854, la Société pour la mise en apprentissage des garçons ;
^ Il ne s’ensuit pas que les billets émis soient tous les ans complètement placés. Si de 1844 à 1847 le produit fut bon, il fut déplorable en 1849 : on plaça 11,776 billets ; 14,834 en 1830. De 1831 à 1863, en 1869, en 1872, 1873, les résultats furent excellents. En 1881, on se trouva en présence de tant de demandes qu’il fallut^ quelques semaines avant le tirage, demander l’autorisation d’augmenter l’émission. On plaça 110,000 billets environ. Depuis, le' placement n’a jamais pu atteindre 100,000.
2 Voir à ce sujet Léon Kahn, Professions manuelles et institutions de fatronacje (Durlacher, 1883).
^ La liste du tirage en 1843 et 1846 ne mentionnait que les numéros gagnants. A compter de 1847, on fît fîgurer les numéros des lots gagnés. Les listes étaient faites sous forme de placard. A mesure que l’émission des billets et le nombre des lots s’accrurent, cette feuille devint plus grande naturellement. En 1879, elle prit une telle extension que le format en fut modifié. La liste parut alors et continue à paraître en un cahier format in-4° carré.
en 1857, V Orphelinat ; le Séminaire en 1865 ; la Caisse de secours et de retraite en 1867 ; VŒiivre des femmes en couches et la Maison de Refuge^ en 1870 ; etc., etc., etc.
Dès l’origine de la Loterie, les lots furent mis gracieusement à la disposition du Comité, soit par les Dames Patronnesses, soit par des particuliers*.
La durée de l’exposition de la Loterie a varié. Depuis 1878, elle a lieu pendant huit jours-.
Les résultats obtenus en faveur des Œuvres de bienfaisance de la Communauté, grâce à la sympathie qui entourait la Loterie et au zèle des Dames Patronnesses, donnèrent naturellement naissance à de nombreuses propositions — telles que bals, concerts ou ventes de charité — destinées à accroître les res-
1 II y en eut 1,143 en 1845 et la quantité varia peu jusqu’en 18C6, où le nombre s’éleva à 2,700. Il y en eut 3,000 en 1869 ; 4,000 en 1873, et il a dépassé ce chiffre depuis 1881.
2 Elle durait deux jours. En 1846 même, elle n’eut lieu que pendant un jour. Le nombre croissant des billets ejt des lots obligea le Comité à la prolonger. Elle dura trois jours en 1850, quatre en 1851. En 1857, il n’y a plus que deux jours d’exposition, et un seul en 1862. A compter de 1863, elle fut maintenue pendant trois jours et cela subsista jusqu’en 1878.
Cette exposition et le tirage eurent lieu d’abord à l’Hotel-de-Ville (1844-1846); puis aux Menus-Plaisirs, rue Bergère (1847-1849) ; ensuite à la Maison du Pont-de-Eer (1850-1852] ; à la galerie du Cosmos, boulevard des Italiens, n° 8, en 1853 ; à la salle des Concerts du Palais Bonne-Nouvelle, boulevard Bonne-Nouvelle (1854-1866); au chemin de fer du Nord (1867-1870) ; dans une propriété du baron James-Edouard de Rothschild, avenue de Messine (1872-1874) ; dans un local situé au coin du boulevard des Italiens et de la rue de Choiseul (1875) ; avenue de l’Opéra, dans une maison appartenant à M. Dreyfus-Dupont (1876); et enfin dans le local des Magasins- Réunis, place de la République (1877-1886).
C’est à la Maison du Ponl-de-Fer, pour la première fois, que, en 1850, on tendit à l’entrée une toile-enseigne portant pour inscription : Exposition de la Loterie pour les pauvres*
LES ŒUVRES DU COMITÉ
sources du Comité. Mais celui-ci n’y fut jamais favorable. En 1856 pourtant, il se laissa gagner à un projet de concert de bienfaisance. Le concours de Racliel et de Fix lui était assuré. Cependant ce concert n’eut jamais lieu.
La Loterie est restée une œuvre unique, non seulement dans la Communauté, mais en France. Elle fait partie intégrante des Institutions de bienfaisance des Israélites de Paris et, grâce à la famille de Rothschild ^ qui s’y emploie avec une généreuse et puissante ardeur, la « Loterie Israélite » a acquis un renom et un crédit qu’aucune œuvre de ce genre n’a encore égalés.