THÉÂTRE
Parmi les manuscrits du Vatican qui ont appartenu à la reine Christine de Suède , fonds si riche en ouvrages français , dont plusieurs nous manquent , il s'en trouve un qui avait été, comme beaucoup d'autres, la propriété d'Alexandre Petau, fils de Paul, et où Ton peut lire son nom écrit de sa main sur le premier feuillet : A. Peiavins sen. Par. i636. Ce magistrat, oncle du célèbre jésuite, avait hérité de son père de précieux manuscrits, venus en partie de l'ancienne abbaye bénédictine de Fleuri ou àSaint- Benoit-sur-Loire. Un grand nombre, vendus à la reine de Suède en i6/i5, sont maintenapt hors de France; et celui dont nous parlons, in-folio siu* papier, composé de cinq cent neuf feuillets, et qui porte aujourd'hui le numéro 102 2 , est un de ceux que nous devons regretter le plus, car il a pour titre Le Mystère du siège d'Orléans, et c'est une vraie tragédie de Jeanne d'Arc, cpii date du xv* siècle même, comme la langue et l'écriture ne permettent pas d'en douter.
Il n*était point rare de voir les confréries représenter des sujets de notre histoire; mais celui-ci s'accordait plus que tout autre avec le caractère pieux qui dominait presque seul sur le théâtre , et il est naturel d'y rencontrer l'intervention divine. La Sainte Viei^e et les deux patrons de la ville d'Orléans, saint Euverte et saint Aignan, intercèdent pour le roi Charies et pour in. 58
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la France ; Tarehatige saiot Michel , qui annonce à la PuceUe sa miâsion , la soutient ensuite dans ses épreuves ; et c'est au milieu de ces manifestations de la protection céleste que paraisseat, dans une action vive et animée , tous ces grands noms historiques, Dunois / la Hire , Ghabannes, Villars, Vendôme, Xaintrailles , et de Tau tre côté, Salisbury, Somerset, Bedford, Suffolk, Talbot, etc. La représentation, outre qu'elle nous transporte de temps en temps au paradis, est à grand spectacle sur terre et sur mer, acôo'mpagnée de trompettes, d orgues, de tocsin, de canon, avec plusieurs sièges, plusieurs batailles; la scène, qui' change à tout moment, nous fait voir, entre autres lieux , Londres , Mantes , Chartres , Beaugenci , Melun , Cléri , Orléans , G binon, Paris, Blois, Sulli, Poitiers, Fierbois, Jargeau; mais sans prétendre à l'unité de lieu ni de temps, elle conserve partout assez bien, avec l'unité du iBujet , qui est la délivrance d'Orléans , sa physionomie religieuse et guerrière.
Ge drame rimé , compris dans les catalogues de Montfaucon , indiqué en passant par M. Adelbert Keller et par M. Jules Quicherat , dont MM. Daremberg et Renan ont copié ensuite plusieurs feuillets , a déjà été à Rome l'objet d'une sérieuse étude pour MM. Guessard et Léon de Bastard, à qui nous devons ce que nous en avons dit* Le premier offre de l'aller copier tout entier, de le joindre à ]a collection des Documents , et de faire enGn connaître par l'édition de cet ouvrage , avec un essai de notre théâtre naissant , «lexpression populaire de la pensée des contemporains sur vn des grands faits de notre histoire.
Une serait pas impossible de (découvrir, surtout dans nos villes du Gentre, quelque autre copie, moins fautive peut-être, du Mystère du siège d'Orléans. Geux qui savent combien un texte est difficile à établir correctement d'après un seul exemplaire feront des vœux, comme nous, pour qu'on retrouve encore ailleurs ces pages que la France n'aurait pas dû oublier si longtemps, et qu'il lui appartient de publier.