MONUMENTS PROJETÉS
Voilé, poar six classes de monumeots, ce que le Comité a fait ou conseillé; mais il en est nne septième qui a vivement excité son intérêt, celle des monuments qui n'existent pas encore et qui sont en projet. Jusqu'à présent, il n'a été question qv^ de monuments anciens» que de Tart du passé; mais Tart de l'avenir, les monuments futurs devaient préoccuper le Comité. A ce sujet, des avis nombreux loi sont-demandes, il ne doit pas les refuser. Quel style d'architecture k France d<Ht«elle adopter de préférence dans la construction des églises nouvelles? Telle est la question qu'on lui adresse de divers càtés.
Depuis la fin de la Benaissance jusqu'à nos jours, on a coj^ié, pour nos monuments de toute nature, pour nos églises principalement, les temples de Rome et de la Grèce. Le terme de ces imitations plus ou moins heureuses, plus ou moins convenables, est arrivé, et les communes qui ont des églises à bâjdr dédarent qu'il leur faut autre chose.
En ce moment, si la France était en possession d'une nouvelle architecture, d'un art qui ne fût ni une copie, ni une imitation d'un art étranger ou d'un art épuisé; si un architecte de génie se montrait avec une forme nouvdle, la question se trancherait de soi. Il faudrait embrasser cet art, il faudrait laisser faire et favoriser cet architecte. Mais, comme nous n'avons encore rien de nouveau à donner, force est bien de remonter dans le passé et d'y prendre l'art ancien qui conviendrait le mieux à Tart moderne. Le paganisme ne peut pas servir au christianisme; du temple ne peut sortir l'église. Mais l'ançîen christianisn^e pourrait prêter au christianisme d'aujourd^hui presque tous les éléments d'un art nouveau. Aujourd'hui, comme alors, le dogme est identique, le symbole est analogue, la liturgie est semblable; donc, puisque l'art est l'expression d'une croyance et d'nne pensée, quand ni la croyance ni la pensée n'ont pas changé sensiblement, l'art peut être à peu près le même. Mais le christianisme a fourni une longue carrière, il a mis en œuvre plusieurs formes architecturales : jusqu'aux x* et xi* siècles, il a fait du bysantin et du latin; jusqu'au xii*, du roman; du gothiquç, jusqu'au xvi*, et alors est arrivée la Renaissance qui a combiné des éléments anciens, qui a innové dans les détails et trouvé un style nouveau. Est-ce au cintre, est-ce à l'ogive, eat-oe au roman, au gothique, à la Renaissance qu'il faudra s'adresser pour trouver des formes et des dimensions à bâtir? Question difficile et qui se complique encore de celle des matériaux, des sommes disponibles, du talent et de la science des architectes, de l'habileté des ouvriers et des exigences créées par des besoins nouveaux.
Sur ma proposition , le Comité a voulu mûrir cette question qui est reprise cette année -ci, examinée en commission et approfondie dans les séances du
Comité. L'ég^se gothique projetée pour la place Belle- Chasse, Téglise ogivale qu'on veut élever à Nantes, les avis qui sont réclamés, imposaient au Comité le devoir de donner et de* motiver son opinion.
AMEUBLBIIENT ET OBNEMBNTATION.
Après les monuments, le Comité avait à s'occuper de Tameublement qui les rend habitables et propres à Tusage qu^ls remplissent.
Pour Tameublement ancien, les autels, les jubés, les staHes^en bois sculpté, les vieilles tapisseries, les reliquaires, les châsses, le Comité n'a cessé de réclamer avec force leur conservation et leur entretien. Il a même demandé qu*un objet mobilier ne fût jamais déplacé de Tendroit qui lui était destiné, car l'emplacement a souvent une signification et toujours un idtérét historique. Ainsi , des fonts baptismaux qui sont placés à l'entrée de l'église d^on odté, tandis que le confessionnal est placé de Taulre, semblent iûdiqoer qu'on ne peut pénétrer pins loin sans que là on ait acquis l'innocence par le baptême et qu'ici on l'ait recouvrée par la pénitence. Dans plusieurs églises, ces meubles sont ainsi disposés; changez-les, l'idée s'en va. La ville de Sens a vendu dernièrement de magnifiques vitraux attribués à Pinaigrier et à Jean Cousin, cet illustre peintre sénonais. Elle a offert, pour une somme d'aif[ent peu considérable, de magnifiques tapissmes gothiques qui sont dans le trésbr de sa cathédrale, et tous les ornements portés par saint Thomas Becket, lors de son exil en France, et laissés par lui au trésor de Sens même. Le Comité a livré ces faits à la publicité, et M. ie Ministre de la justice et des cultes a été prié d'étendre à toutes les cathédrales de France l'inventaire dressé d^à dans plusieurs, et qui compte et décrit les objets précieux encore contenus dans les trésors, afin de rendre les conseils de fabrique responsatUes de leur conservation.
Le conseil de fabrique de la Trinité, à Venddme, a détruit un très bel autel orné de sculptures et d'incrustations en nuirbre noir et qui datait de la fin du xvf siècle. On l'a abattu, sous prétexte qu'il jurait avec l'église qui est du XII* siècle, et on l'a remplacé par un autel à la romaine, dont la forme sans caractère se rapprocherait plutôt de notre époque que du xff ou xvn* siède et surtout que du xii*. Le Comité a blâmé ce fait, et l'a rendu public. Il ne but pas détruiixî un monument qui a de la valeur pour y -substituer un monument insignifiant; on n'est pas même excusable par l'intention de mettre un meuble en harmonie avec l'édifice où il est placé, parce que, à la rigueur, un meuUe peut être antérieur ou postérieur à cet édifice même.
Quand rien n'existe encore, lorsqu'il faut un ameoblement nouveau, la question change de face; le Comité donnera, à la suite de ses doctrines sur la construction des églises nouvelles et pour leur servir de complément, des avis linlessus.
Mais il désire, au préalable, que les autels nouveaux, que les chaires, que les bancs d'œuvre, que les stalles s'harmonisent avec le style des églises qui en ont besoin. Puisque nos meubles, comme notre architecture, n'ont pas de style propre et convenable, il vaut mieux, afin de satisfaire Tesprit et les yeux, adopter le style roman, gothique ou de la Renaissance, pour des meubles qui doivent être placés dans une église du xi% du xiii* et duxvi* siècle, que de faire jurer ces meubles avec le style et Tépoque de cette ^ise.
Relativement aux peintures monumentales, aujourd'hui si rares en France, relativement aux vitraux, le Comité a rédigé des instructions et adressé des réclamations.
Il a demandé que les peintures qui décorent les statues de la clôture du chœur à la cathédrale d'Amiens ne fussent pas ravivées, comme on paraissait en avoir l'intention , mais qu'on repeignit seulement ce qui avait complètement disparu. Il faut laisser intactes toutes les traces de peintures qui existent encore, il faut même respecter les couleurs éteintes. Le Comité a exprimé le vœu que ce parti fût appliqué aux statues nouvellement badigeonnées à la clôture du chœur de Notre-Dame de Paris. Il a prié le département de la guerre de faire prot^r par des planches, contre l'humidité et la poussière, des peintures monumentdes qui ornent le dortoir de Saint-Jean-des- Vignes à Soissons. 11 aurait vivement désiré, sur la proposition de M. Mérimée, faire dessiner les nombreuses, anciennes et belles figures peintes à fresque qui décorent l'église et la crypte de Saint*Savin, près de Poitiers, mais le crédit du Comité n'aurait pu subvenir à ces dépenses. Et cependant, il y avait urgence, car ces peintures romanes, presque uniques en France, sont exposées à périr d'un jour à l'autre. Il faut espérer que le Ministère de l'intérieur pourra aviser à leur conservation.
Sur la demande du Comité, M. Albert Lenoir, un de ses membres, rédigea des instructions propres à diriger les fabricants de vitraux historiés et les restaurateurs chargés de réparer cette fragile ornementation de nos églises, qui a tant souffert des révolutions, des intempéries et des orages, de l'indifférence et de Tiur curie.
Il m'a paru utile de reproduire ici ces instructions qui peuvent obtenir de bons résultats.