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RESTAURATION DES ORGUES

Mais le Comité qui protège et étudie les monuments de l'architecture, de la sculpture et de la peinture, ne devait pas oublier la musique, une autre forme de l'art et qui n'est pas sans importance. Des instructions spéciales, dont il sera parlé dans un instant, ont été rédigées sur la musique. L'instrument musical le plus colossal qui ait été encore inventé, l'orgue, devait donc aussi être l'objet de l'attention du Comité qui a soulevé la question aussi neuve qu'importante de la restauration des anciens buffets d'orgues.

Un oigue, à cause de ses dimensions et de son importance liturgique, est un petit édifice enchâssé dans le grand qui est l'église ; le Comité qui se préoccupe de la restauration des constructions chrétiennes, de l'architecture proprement dite, devait donc porter sa sollicitude sur le meuble le plus vaste et le plus curieux à divers titres, qui pare cette architecture.

Informé que la fabrique et le Conseil municipal de Gonesse, près de Paris, se proposaient de restaurer l'orgue de l'église, meuble ancien et signalé comme intéressant, Iç Comité des arts délégua deux de ses membres y M. Albert Lenoir et M. Bottée de Toulmon , pour examiner cet orgue sous le rapport architectural

et musical à la fois, et pour prendre coaDais$ance de la nature des réparations qu'on avait Tintention de faire.

Conune insirament de musique, cet orgue n*a plus qu'une importance médiocre; car, à différentes époques, il a subi des restaurations maladroites. H ne reste de l'ancien orgue que le prestant, jeu sur lequel les autres jeux sont accordés. Le clavier avait originairement quatre octaves, d*ttt en a^ circonstance intéressante et qui concorde avec les renseignements donnés sur ce sujet par un manuscrit de la Bibliothèque royale, et qui .date du xv* siècle. Cet orgue a besoin d'être restauré et d'être approprié aux besoins du culte. D^à on a fait des augmentations peu convenables ; mais M. le eu ré de Gonesse est animé des meilleures intentions, et il a recueilli toutes les observations qui lui ont été faites. Dans la réparation, il exigera qu'on se conforme scrupuleusement aux caractères du vieil orgue. Il serait à désirer que le Gouvernement vînt en aide à la fabrique pour la dépense qu'elle a l'intention de faire, afin de réparer convenablement cet ancien instrument.

Comme monument, cet orgue est d'un grand intérêt. Au-dessus de la porte d'entrée de l'église, à l'intérieur, s'^ève un encorbellement en bois qui a été peint au xv* siècle. La peinture, qui est d'un beau caractère, représente des anges jouant chacun d'un instrument de musique et faisant à eux tous un concert. C'est au-dessus de cet encorbellement que s'élève l'appui de la tribune qui était couvert d'arabesques du temps de François P' ; les sculptures ont été enlevées et remplacées par des peintures lorsque, sous le règne de Louis XIII, on établit un positif au milieu de la tribune. Mais un morceau de l'ancienne balustrade existe encore et suffit pour accentuer le caractère primitif. Au-dessus de la tribune se dresse l'orgue qui se divise en trois parties principales couronnées de coupoles , et en parties secondaires moins élevées. Les sculptures qui accompagnent le buffet sont bien conservées et dans le style du temps de François I*. Au milieu des trois corps principaux sont vdes tuyaux du xvi* siècle ornés au sommet et à la base de renflements sculptés; des peintures et arabesques dorées décorent ces tuyaux dans toute leur longueur. Sur les observations présentées par les deux oonunissaires du Comité, on restaurera la boiserie sans l'altérer. Du reste, l'église de Gonesse est une des plus remarquables des environs de Paris. Le chœur, élevé à la fin du xn* siècle, est précédé d'une belle nef qui est du xnf et que décore une galerie. La base du clocher est d'architecture romane et sert d'appui à une sacristie du xu' siècle. Le trésor, qui domine cette sacristie, contient de magnifiques ornements d'Oise donnés sous le règne de Louis XIV. Un beau tableau du temps de François I*' décore l'église. Enfin, derrière cet édifice est un h<\pital fondé sous Philippe-Auguste ; à la porte de l'une des salles on voit le fragment d'une tombe des fondateurs avec une inscription. Ces constructions diverses.

Torg^e avec ses peintures et ses jeux, doivent recommander Tég^ise de Gonesse à l'intérêt du Gouvernement.

M. Schmit demanda des avis au Comité relativement aux restaurations à faire aux orgues des cathédrales. Ces grandes églises renferment un orgue toujours monumental et souvent très ancien. Lorsqu'une restauration est nécessaire pour ces instruments, ce qui arrive firéquenmient, on fait des propositions au Ministère des cultes, on envoie des rapports; mais TÂdministration n'a aucun moyen de s'éclairer, parce que personne ne s'est occupé de cette question spéciale d'archéologie chrétienne. On a recours aux facteurs les plus renommés ; mais les facteurs se déclarent mutuellement incapables. On donne trente ou quarante mille francs, et souvent cette somme, dont le but était de réparer un orgue, ne sert qu'à le dénaturer, à le mutiler. Lorsque le crédit demandé est considérable et qu'il s'agit de faire des augmentations aux orgues , par exemple d'ajouter des tuyaux et des jeux, dans l'intention d'imiter la musique moderne et les cornets à piston, l'Administration refuse. Il ne parait pas convenable que la musique religieuse ressemble à la musique profane et contemporaine ; l'austérité de l'architecture et des cérémonies ecclésiastiques commande la gravité en toutes choses. Cependant l'Administration voudrait s'éclairer sur toutes les questions relatives aux oi^^ues considérées comme instruments et comme monuments.

M. Bottée de Toulmon a fait observer que les orgues de France différaient essentiellement des orgues d'Allemagne et que, d'après cette différence, on pouvait poser des principes relatifs aux restaurations des orgues. En Allemagne, l'orgue accompagne le chant; les jeux, combinés uniquement dans- ce but, sont d'une grande simplicité. En France, l'orgue est un orchestre, un instrument qui n'accompagne pas, mais qui joue presque toujours seul; ses jeux doivent être variés pour répondre à cette fonction. Cependant, il faut se garder des effets de fantaisie, des effets de sonnettes ou de cornets à piston ; il faut fortifier, au contraire, les effets de basse, ajouter des jeux dont le son convienne aux cérémonies de Téglise. En tous cas on doit respecter religieusement la caisse de l'instrument et laisser en place les sommiers ; un orgue perdrait sa valeur historique par des déplacements et des additions notables.

En conséquence de ces observations, j'ai nommé une commission spéciale de musique chargée de donner les avis nécessaires sur la restauration des orgues en général, et d'éclairer M. le Ministre des cultes sur les demandes qui lui seraient adressées pour les orgues des cathédrales en particulier.

On avait annoncé au Comité que le bel orgue de la Chaise-Dieu , en Auvergne, était à vendre ; des renseignements pris ultérieurement ont démenti ou peut-être même arrêté ce projet.

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