‹ Le Comité des travaux historiques et scientifiques (histoire et documents) (volume 2)Chapitre 171 sur 196 · DE LA MUSIQUE ANCIENNE ET IMPORTANCE DE CETTE ETUDE · texte numérisé non relu

DE LA MUSIQUE ANCIENNE ET IMPORTANCE DE CETTE ETUDE

Monsieur le Ministre, vous m'avez fait Thonneur de me demander le résultat de mes « recherches sur les ouvrages , imprimés ou manuscrits , relatifs à la musique •; et vous avez arrêté, « après avis du Comité des arts et monuments ^^^ * que j'aurais à « dresser un catalogue raisonné de tous ceux de ces ouvrages qui se trouvent dans les principales bibliothèques de Paris et des départements *.

Les termes dont vous vous êtes servi. Monsieur le Ministre, m'ont fourni le programme de mes travaux. D'une part, je devais poursuivre la recherche des documents relatifs aux progrès de Tart musical ; de l'autre, rédiger, sous forme de biblic^fraphie spéciale, travail indiqué par le Comité historique, un catalogue des documents que j'aurais recueillis. J'ai cru voir, dans la tâche que j'avais k remplir, les éléments d'un seul et même ouvrage; j'ai consulté les besoins de l'art; l'étendue des ressources qui étaient mises à ma disposition m'a fait comprendre ceHe des devoirs qui m'étaient imposés; et, m'efibrçant de répondre à votre confiance. Monsieur le Ministre, j'ai coim;u la pensée d'une œuvre nouvelle dans l'histoire des beaux-arts : une monographie de la musique.

Me borner à offrir le relevé de ce que renferme de musique ou de traités de musique chaque bibliothèque séparément, était un résultat trop peu satisfaisant; désigner, dans un ouvrage disposé sur un plan général, la bibliothèque oà se trouve placé chaque artide, et le numéro même sous lequel il est inscrit, servait paiement de témoignage à la richesse de nos bibliothèques, et présentait l'avantage particulier de favoriser les recherches de la science et de l'histoire : je ne pouvais choisir un autre mode de procéder. Mais les bibliothèques du royaume sont tellement universelles qu'il n'est guère d^ouvrages relatifs à la

^') [Cette dédrioa a été prise tur lavis de M. Bottée de Toolmon, appayé par MM. Délédare et de MoiitalemBert, à la séance da 34 janvier i846.]

musique qui ne doivent 8*y trouver; de sorte qu^en ajoutant seulement quelques titres, en faisant un pas de plus, j'arrivais à cet ouvrage bibliographique dont futilité avait été exposée par le Comité des arts et monuments. Là encore je ne pouvais hésiter, et cVst ainsi que j'ai vu s*agrandir mon travail jusqu'aux proportions de la monographie.

Il est permis de dire qu'une œuvre aussi complète serait nouvelle dans l'histoire de la musique. En effet, examinant d'abord notre littérature, on voit que tout ce que nous possédons se réduit aux renseignements disséminés dans les Bibliothèques françaises de La Croix du Maine et de Duverdier, aux catalogues incomplets de Brossard, de La Borde et de Boisgelou, aux documents que fournissent çà et là les Biographies des musiciens, aux indications sommaires données par M. de Lafage dans le Manuel de musique, et par M. Fétis dans La musique mise à la portée de tout le monde, (Je ne cite que pour mémoire une Bibliographie musicale de la France et de V étranger, publiée en 1822, compilation de peu d'étendue et de moins de valeur encore.) Quant aux littératures étrangères, elles comptent des ouvrages qui méritent à la vérité beaucoup d'estime « mais qui sont anciens déjà et se trouvent en arrière par conséquent d'importantes découvertes, scientifiques ou historiques, et du mouvement prodigieux qui s'est opéré dans l'art depuis cinquante ans. Ceux de Doni, de Draudius, de Walther, de Mattheson et du savant Forkel sont de ce nombre; ceux de Lichtenthal et de Becker sont plus récents, mais ils ne comprennent que les traités et ne s'étendent point aux œuvres de musique. Lichtenthal d'ailleurs, traducteur italien et continuateur de Forkel, n'a pu toujours rectifier les erreurs dans lesquelles celui-ci avait dû tomber, et Becker, qui n'est pas irréprochable sous le rapport de la disposition typographique, n'a pas eu non plus sous les yeux tous les ouvrages dont il a parié. Vous m'avez ouvert les plus riches dépôts. Monsieur le Ministre : je suis donc obligé à plus d'exactitude. Cependant, si les données venaient à me manquer, j'aurais à balancer l'autorité de ces divers auteurs, et je croirais pouvoir ainsi compléter la partie bibliographique.

Établissant mon ouvirage sur une assez grande échelle, je n'avais plus à redouter d'être incomplet à mon tour ; j'avais à craindre un tout autre danger, celui de ne pouvoir achever mon entreprise : l'exemple de Franck, d'Assemani, d'Âudiffiredi, qui n'ont pas terminé leurs catalogues, me faisait connaître la témérité de certains engagements. Ce n'est pas que la grandeur d'un projet soit un obstacle insurmontable à son exécution : si l'on est arrêté, c'est presque toujours par la multitude des détails. J'ai senti qu'il fallait en être sobre. Je mé réserve, il est vrai, d'indiquer les articles dont la valeur aurait été reconnue, et qui se trouvent maintenant perdus dans les mémoires des sociétés savantes, dans les journaux, les revues, les œuvres des polygraphes; mais, d'un autre côté, j'écar-

terai les ouvrages qui traitent de la musiqae d'une manière insuffisante; et, tout en recueillant les détails intéressants avec la précaution du bibliographe, je ne me laisserai point entridner à de .longs commentaires. Voici ce qui me parait essentiel, voici comment je procéderai dans la description de chaque document.

En tête, le nom de Fauteur et ses prénoms, tels qu'il les a portés ou tels qu il les porte, a6n d'éviter la confusion qui résulte des noms francisés; ses qualifications, qui justifient quelquefois sa compétence; sa profession, qui souvent est significative; le pays qu'il habitait, puis les dates de sa naissance et de sa mort, dates qui sont nécessaires pour ordonner chronologiquement chaque série, lorsque le document ne porte pas de millésime. (Ces notices biographiques ne seront point répétées; j'annoncerai par un signe que l'auteur est cité déjà.) Ensuite, je transcrirai le titre de l'ouvrage, dans son entier, le traduisant s'il est en langue étrangère, l'expliquant s'il est obscur ou allégorique, reproduisant fidèlement l'orthographe de l'auteur, et plaçant entre parenthèses les variantes s'il en existe, et des éclaircissements, s'il en est besoin. Pour les imprimés, je relaterai la date ou les dates de l'impression, le nom de la ville, celui du libraire, et, dans les anciennes éditions, celui de l'imprimeur; je constaterai le nombre de tomes et de volumes et le nombre de pages; j'indiquerai les traductions et les réimpressions; je prendrai soin de mentionner les planches gravées, ce que je ferai aussi pour les œuvres de musique, ayant de plus à donner pour celles-ci la date omise par les éditeurs modernes. Pour les manuscrits, les pièces de musique devenues rares, les paléotypes, ma notice aura plus d'étendue, puisque, comprenant d abord les renseignements relatifs à leur âge, à leur format, à l'auteur, elle contiendra en outre des détails touchant la correction du texte, l'exécution matérielle, l'état de conservation, la grandeur des feuillets, les ornements et les peintures. En la rédigeant, j'aurai toujours présentes les instructions du Comité historique, et je n'oublierai pas que tout est indice pour l'histoire, et que de l'examen d'un document, on peut souvent inférer jusqu'à l'usage auquel il était destiné. Enfin, que j'aie à parier d'un imprimé ou d'un manuscrit, j'en rapporterai brièvement le contenu général, laissant de préférence parler l'auteur, afin de donner en même temps une idée de son style. Si la table d'un ouvrage remarquable en donne l'analyse, je la copierai, et, résumant l'opinion des critiques, tant sur les œuvres musicales que sur les traités, je citerai quelquefois un jugement sur l'ouvrage. Je rentrerai dans mon programme en indiquant, à la fin de chaque article, la bibliothèque de France à laquelle il appartient, la lettre et le numéro qui lui ont été donnés.

Des feuilles volantes me serviront pour rédiger ce premier travail, et ce ne sera qu'après avoir exploré les principales bibliothèques, que je pourrai songer au classement général. Cependant j'ai, dès aujourd'hui, à tracer un programme : ni. 7 5

il est de mon devoir, Monsieur le Ministre, de vous rendre un compte détaillé de la manière dont j*entends mon travail; je ne veux pas d'ailleurs vous laisser penser que j'aborde ma tâche sans avoir en vue un plan sinon arrêté, du moins conçu d'avance.

J'expose donc ici le projet de mon ouvrage. Je lui ai laissé, quant à présent, la forme de tableau, afin d'y faire mieux ressortir certaines corrélations, de présenter dans chaque colonne, une suite, un enchaînement. J'ai fait en sorte de n'y rien laisser d'arbitraire. C'était adopter un système; mais il fallait s'y résoudre, en mettant à profit toutefois les classifications des bibliographes. Ce qui m'est la preuve qu'à défaut d'autre mérite, ma nomenclature a celui de tout comprendre, c'est que je ne rencontre plus de documents dont la place ne se présente d'ellemême sous un de ces titres que je me suis attaché à rendre significatifs et précis. Néanmoins, à quelque degré de maturité que mon projet me paraisse arrivé, je fais mes réserves pour le modifier encore, ne fût-ce que daos mes subdivisions.

La division en deux tomes est déterminée par des raisons trop fortes pour être jamais changée : d'abord un catalogue des œuvres de musique, ensuite un catalogue des traités auxquels ces œuvres ont donné lieu.

Plusieurs auteurs ont réuni ces deux grandes sections sous un même titre; mais ils ont peut-être beaucoup étendu le sens du mot bibliographie, qu'ils ont employé. U signifie rigoureusement désignation des livres, et l'on pourrait dire qu'il ne s'applique bien, dans l'espèce, qu'au catalogue des traités. Cette considération, qui m'a fait adopter pour l'œuvre entière le titre plus général de Monographie, pourrait me conduire à donner à l'un des volumes le titre de Littératare de la musique, et à l'autre celui d^ Annales de Fart masioaL Forkel, Lichtenthal et Becker d'un côté, Maittaire, Panzer et Renouard de l'autre, ont dit dans le même sens : Littérature de la musique. Annales typographiques. Annales de t imprimerie des Aide et des Estierme. Je confesserai volontiers que j'hésite encore sur les titres à choisir pour les deux volumes.

L'ordre que j'énonce ici n'est pas celui que reproduit le tableau, mais celui qui indique la marche de mon travail. Je m'occuperai des traité^ avant de m'oc-

cuper des œuvres, de même qu'avant les manuscrits je verrai' fes^ imprimés.

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