CATALOGUE DES TRAITÉS DE MUSIQUE
Quand il s'agit de bibliographie générale, chacun a sa méthode; il n'est même aucune partie sur laquelle on se trouve parfaitement d'accord. En fait de bibliographie spéciale, il n'en est pas autrement; et si, comme solution générale à toutes les difficultés, le bibliographe ne tenait en réserve une table alphabétique, il s'exposerait à l'accusation d'avoir omis ce que l'on n'aurait pas trouvé, et je ne dis pas seulement tel ou tel ouvrage, mais des parties entières.
Il y a là réellement une cause d'embarras, et je ne suis sorti de mes propres doutes qu'après avoir analysé les ouvrages de littérature musicale les plus accrédités. Jai voulu chercher aussi des analogies dans les bibliographies générales, pour ce qui concernait les grandes divisions, Tbistoire et les places respectives de rhistoire et des encyclopédies. J'avais attendu quelque secours de cette recherche. Pourtant j'aurais vu augmenter mes incertitudes entre tant de méthodes diverses, si je n'avais reconnu des inadvertances qui me faisaient rejeter la plupart d'entre elles. On a proposé, par exemple, de terminer les catalogues par les encyclopédies, qui résument, disait-on, toutes les connaissances; mais alors il fallait, en traitant l'histoire, renvoyer à la fin l'histoire universelle, qui comprend toutes les histoires. En ce point, la méthode faisait défaut : on n'entendait pas proposer de commencer ainsi par les détails. Dans un système différent, on descendait du général au particulier, et, appliquant ce principe à l'histoire, on conmiençait par l'histoire universelle, et l'on en venait ensuite à approfondir ses diverses parties. Mais, en appliquant ce principe au catalogue lui-même, il eût été logique de commencer par les encyclopédies, ce que Ton n'avait pas fait. Enfin, plaçant les encyclopédies avant l'histoire, on a perdu de vue le principe qu'on venait de poser, en faisant précéder l'histoire universelle de quelquesuns des matériaux avec lesquels on la compose.
J'espère ne pas commettre de semblables méprises, et, si j'adopte une marche différente dans les parties qui n'ont rien de commun, j'applique un seul système à l'histoire et au plan général : je montre l'ensemble et je reviens sur les détails.
Dans toutes mes divisions, je donne d'abord la liste des traités les plus complets; mais, dans l'histoire de la musique et dans la bibliographie elle-même, je cherche, après ceux-d, les traités qui ont embrassé le plus d'objets; dans la théorie et dans la pratique, au contraire, je reprends, après les traités complets, les méthodes élémentaires, et je vais des notions les plus simples aux parties élevées de la science. On ne peut vraiment s'occuper, dans l'histoire, des détails concernant léchant, le rythme, les instruments, les inventions, qu'après avoir considéré la musique en général, pm's la musique religieuse, la musique dramatique; et, dans la pratique, il ne conviendrait pas de s'occuper des premiers éléments, après avoir traité de la composition, de l'instrumentation et de la musique que Ton destine à l'église ou au théfttre.
Je divise en deux parties la littérature de la musique : les manuscrits qui sont les plus anciens, et les imprimés. Mais, afin de faciliter les travaux pour lesquels l'ouvrage que j'entreprends pourrait être consulté, j'indique des renvois des premiers aux seconds et réciproquement. Les chapitres qui se complètent les uns par les autres, les livres déjà cités, et qui -peuvent être rangés dans des classes différentes, donneront lieu à d'autres renvois.
Avant de disposer mes matières dans un ordre quelconque, j'ai pris soin de rassembler tout ce qui constitue la littérature de la musique, littérature qui, sous le double rapport du nombre et de la valeur des écrits, est hors de proportion avec celle des autres arts. Puis, considérant les diverses séries d*ouvrages comme autant de chapitres d'un volumineux traité de musique dont jVurais eu k classer les différentes parties, je me suis demandé quel» ordre j aurais voulu suivre si j'avais eu à traiter de la musique elle-même. Il me sembla qu'il eût fallu la définir, Tétudier dans son origine, dans ses développements et dans ses effets; employer les connaissances ainsi acquises, à la perfectionner, à augmenter ses moyens de propagation. Cet ordre, puisé dans la nature des choses, serait venu, en quelque sorte, s'imposer : j'ai cru pouvoir le reproduire lorsque, sans traiter de l'art, j'avais à traiter du livre, lorsque, sans l'histoire de la musique, j'avais à faire l'histoire des livres qui en ont parlé. ^
Les encyclopédies musicales, cependant, n'avaient pas trouvé place dans les divisions auxquelles j'étais arrivé. Elles représentent l'art tout entier; elles l'enseignent à elles seules; elles le résument comme une table, ou plutôt coaune un immense sommaire : elles ne pouvaient donc entrer dans une des divisions. Mais puisque je voulais aller du général au particulier, cVst au commencement qu'elles devaient figurer, et c'est là que je les ai placées.
Dans le système de- Barbier, de Brunet, de M. Beuchot et de M. de Fortia, l'histoire ne vient qu'après les sciences et les arts, ceux-ci se trouvant à l'origine du développement intellectuel de l'homme, et Thistoire n'étant que l'expression de ce qui s'est accompli dans l'exercice des facultés. J'imite ce système pour la science, la théorie des sons, mais non pour l'art lui-même, qui n'est point l'art créé d'abord, mais qui est le dernier fait de Thistoire de la musique.
La théorie acoustique ayant posé les bases de la science musicale, l'esthétique et la physiologie en achèvent la doctrine. La musique se rattache ainsi aux autres arts avec lesquels elle a des principes communs : on conçoit que l'étude de l'organisme humain, par exemple, et de la parole, n'est pas sans intérêt pour l'art de combiner les sons. C'est alors que la musique, devenue, par le secours des autres sciences, une science elle-même, leur renvoie des lumières et complète leurs théories par les siennes. C'est alors aussi qu'on se trouve conduit à rechercher dans l'histoire, non seulement les inspirations par lesquelles Tart a débuté, mais encore les faits propres à fournir les vérifications que la science demande.
A la pratique actuelle, suite naturelle de l'histoire dont elle fera bientôt partie, se termine ce qui concerne la musique proprement dite. Toutefois, pour que la connaissance des ouvrages qui se rapportent à cet art ne soit pas incomplète, il faut y ajouter celle des traités relatifs à la législation nmsicale, aux insti-
tutions destinées à propager Tétude de l'art, à la typographie, à la construction des instraments et des salles de concert. Ce ne peut être que sous forme d'appendice, puisqu'il nest plus question de Tart lui-même; mais dans la société le musicien a ses devoirs et ses droits quil lui importe de connaître, aussi bien que les. moyens de reproduire ses œuvres et de les communiquer.
Plusieurs bibliographes spéciaux ont ajouté des sections pour les livres qui , renfermant des données trop générales, n'avaient pas été portés dans des classes particulières. Il me semble cependant que si Ton est incertain, lorsque, dans un grand nombre de séries. Ion a examiné chaque partie Tune après l'autre, ce n'est pas que l'on ne voie aucune série qui puisse recevoir un ouvrage, c'est plutôt que l'on ne sache où le placer de préférence. En pareil cas, on peut toujours se décider : j'ai donc supprimé les sections dont les titres étaient indéterminés; mais, en revanche, j'en ai introduit beaucoup de nouvelles, pour correspondre aux derniers progrès, \
Ces mêmes bibliographes ont joint à l'histoire de la musique ancienne l'histoire de la musique des Grecs modernes, comme si, avec une autre civilisation, ce n'était point une autre musique. Ils ont placé au même chapitre la comparaison de la musique ancienne et de la nouvelle, sans avoir fait connaître d'abord celie-ci par son histoire. Ils ont compris dans la section pratique les détails sur les instruments qui ne sont plus en usage, tandis que portant au chapitre de la musique ancienne la description des anciens instruments, ils reconnaissaient ainsi ce qui appartient à l'histoire. Ils 'ont été d'avis de réunir les méthodes de chant aux méthodes de chant figuré (solfèges) : ce qui est mettre ensemble l'étude de l'expression , de la déclamation et celle des principes élémentaires. Ils ont joint aux méthodes pratiques l'histoire des instruments, séparée ainsi de l'histoire générale; à la théorie de la musique dramatique, la construction des salles de théâtre; à l'art du facteur d'orgues, les qualités demandées à l'oi^aoiste, etc. , etc.
Ce sont là, je crois, des fautes à éviter. Mais si l'on voit des difiTéreuces de détails entre ma classification et celle de ces divers auteurs, on en trouve pareillement et de plus considérables, lorsque, généralisant, on en vient à comparer mon système et le leur. Ils sont unanimes à peu près dans leur méthode ; cependant je n'ai pu me servir d'une distribution qui a pour elle cet accord, je l'avoue, piais qui me paraît offrir quelque confusion. Ils n'ont pas distingué ce qui tient à la physiologie de ce qui tient à l'acoustique, laquelle n'est traitée qu'en second lieu, après l'histoire. Us ont divisé en deux parties la philosophie de l'art, plaçant avant l'histoire les considérations sur la nature et la beauté de la musique, et exposant après la pratique ïesthélique mueicale. Là critique historique est à la fin de l'ouvrage , tandis que l'histoire est au commencement ; les encyclopédies se trouvent au milieu même.