PLANS
La forme des basiliques primitives fut longtemps variable, et ne devint fixe qu'après la stabilité* de TËglise. L'isolement, les influences locales, fabsence d unité contribuèrent plus d'une fois à faire adopter des dispositions incommodes, étroites et peu convenables au but qu'on se proposait. L'Église latine n'offrait point l'ensemble et la puissance qui la caractérisa plus tard, et les constructions religieuses étaient loin de présenter encore ces vastes conceptions auxquelles s'intéressait toute la chrétienté, et qu'élevaient des populations entières. Constantin lui-même avait donné l'exemple de cette irrégularité qui régna d'abord dans la disposition des églises; à Rome, à Constantinople, dans la Palestine, il avait consacré des temples dont le plan était indifféremment un cercle, un polygone ou un parallélogramme.
Quelquefois même ces formes se combinèrent entre elles , et plus d'une basilique primitive présenta une nef carrée précédant un sanctuaire complètement circulaire. Le temple élevé par Perpétuus sur le tombeau de
Plan de Téglise Saint-Marceliin , à Rome.
Essai de restitalion du plan de Saint-Martin de Tours.
saint Martin, auprès de Tours, fut, sur le sol des Gaules, le plus bel
exemple de cette disposition curieuse, inspirée peutêtre par un souvenir du Saint-Sépulcre.
Elnfin des absides demi-circulaires appuyées contre les murs des basiliques allongées, ou sur les pans coupés des temples en polygone , complétèrent les éléments des premiers plans chrétiens.
Mais lorsque les cérémonies furent établies sur des règles certaines, on sut bientôt reconnaître parmi ces formes variées celle qui convenait le mieux au nouveau culte, et, dans tout Tempii^e d*Occident, la plupart des églises s*élevèrent sur un parallélogramme.
Plus d*un précédent avait démontré Tavantage de cette disposition pour réunir une grande affluence de peuple : la basilique construite par Salomon, auprès de son temple, pour y rendre la justice; les synagogues où se réunissaient les Juifs, et qui
avaient été le théâtre des premières conversions opérées par les apôtres en Orient; les basiliques grecques et romaines, étaient des édifices disposés en parsdlélograrome et divisés en plusieurs nefs par de longues rangées de colonnes : ils offraient tout ce qui pouvait convenir au culte, et furent imités par les ff . ^ ^ . j chrétiens.
W , J La circulation y était facile : au premier
étage, des galeries ouvertes sur la nef principale étaient réservées aux femmes, selon Tusage oriental ; une grande poite , nommée basi- Uca, royale, et deux portes secondaires s'ouvraient sur la façade pour donner accès dans les nefs; à Textrémité opposée, une abside demi-circulaire, imitée du tribunal des basiliques païennes, reçut le nom de tribune; les prêtres s'y plaçaient derrière l'autel, sur un banc en exèdre. A l'extrémité des nefs latérales, ou bas côtés du temple, deux absides secondaires, fermées par des voiles, continrent les vases sacrés, les livres et les diplômes ; ce fut l'origine des trésors et des bibliothèques.
Plan de la basilique Sainte- Agnès, près Rome.
tM»BI«CMI aATieiAl*.
Déjà les basiliques ainsi conçues présentxtient toutes les conâitions nécessaires aux cérémonies; elles s'élevèrent de toute part avec ces formes
simples; mais, dans ptus d'une circonstance importante, on crut devoir y faire des modifications. Un mur construit devant le sanctuaire, et parallèlement au fond du temple, donna une nef transversale; ce fut l'origine des transepts et de la forme en croix consacrée aux églises.
De grands arcs s'ouvrirent dans ce mur pour établir les communicatiotx^ entre toutes les parties du temple. Devant la façade de la basilique <1^ nombreuses colonnes supportèrent un toit pour former un porche destick^ i recevoir la foule avant et après la cérémonie ; les pénitents et les pécKev^r^ y attendaient leur admission dans le temple.
Antérieurement au porche, une enceinte carrée, souvent entourée «^^
portiques, formait un parvis qui devint le cimetière de la paroisse ; d^s
portes décorées de colonnes, et closes pendant
le jour par dos voiles, protégeaient ces lieux de
recueillement contre les importunîtés de la rue.
Les églises circulaires étaient composées d'un
mur épais, formant l'enceinte générale , et à
l'intérieur, d'un ou plusieurs rangs de colonnes,
f;gWSaini-Éiic.me-le-Hond, disposés en rfifcles concentriques; les arcUitraves
oRome. (,„ ie» cinlTCS s'appuyaieut sur cc nfiur ; il rë*uJ-
EOLISI CmcULUKE.
f^T^ilf
tait de cette forme une drculation facile autour du sanctuaire , qui , dans ce cas , environnait Tautel ou le tombeau du saint martyr, placé au centre de rédiflce.
A fextérieur un portique rectangulaire précédait la porte pratiquée dans le mur d'enceinte ; des chapelles s*appuyaient sur plusieurs points du périmètre.
B est difficile que des basiliques primitives aient entièrement survécu aux nombreuses guerres et aux dévastations qui désolèrent la France dans les premiers siècles de la monarchie ; cependant on peut espérer d en rencontrer quelques fragments isolés, ou joints à- des constructions moins anciennes; et plus dune ^lise reconstruite après le viii* ou le ix* siècle a pu conserver au moins la distribution générale du plan* : TAIlemagne en possède des exemples. L attention de MM. les correspondants doit donc se porter sur ces investigations curieuses pour Thistoire de lart chrétien en France. Les églises d*une petite étendue, les chapelles isolées et composées d*une seule nef, présentèrent plus de chance de conservation que ces grands édifices dont la richesse causa souvent la ruine. Plusieurs petits temples chrétiens, que Ton peut attribuer aux premiers siècles, sont connus sur divers points de la France. MM. les correspondants pourront en faire connaître de nouveaux : la simplicité de leur plan , la nature de leur construction, qui sera indiquée plus loin, seront des moyens d*en assigner l'âge.
En prenant pour guides les légendes et les traditions populaires, MM. les correspondants doivent observer les lieux où sont érigées les chapelles et les églises. On fera connaître si elles occupent le sommet des montagnes, le voisinage des récifs ou des ports de sauvetage, le bord des routes, les plaines ou le fond des vallées; consacrées aux archanges, elles sont placées ordinairement sur des lieux élevés. Enfin , après avoir examiné la forme et remplacement des temples chrétiens, mie dernière étude, et ce n est pas la moins importante, doit déterminer f orientation de l'édifice. On sait que toutes les églises du moyen âge, lorsque le local n'y apporta point d'obstacles, furent construites de telle sorte que l'abside était à l'orient, et les portes à l'occident.
Aux premiers siècles du christianisme il n'en était pas de même, soit que la règle ne fût pas établie, soit encore qu'on ait voulu conserver la tradition du tabernacle de Moïse et du temple de Salomon , qu'on ne doit pas perdre de vue lorsqu'on étudie les monuments du christianisme. A Rome,
la plupart des basiliques construites par Constantin, et conservées en totalité ou en partie, ont leurs portes à Test et labside au couchant. On peut trouver encore une raison de cet arrangement, contraire à celui du moyen âge, dans la manière dont les autels primitifs, dits à la romaine , étaient disposés : le prêtre, placé derrière pour officier, regardait en même temps et lorient et le peuple.