‹ Le Comité des travaux historiques et scientifiques (histoire et documents) (volume 2)Chapitre 37 sur 196 · FAÇADES LATINES · texte numérisé non relu

FAÇADES LATINES

Le système de construction usité dans les églises primitives des Gaules fut certainement, comme à Rome, une reproduction de celui des derniers siècles de Tempire. Des briques d une forme et d'une fabrication semblables à celles des Romains, trouvées à plusieurs époques dans les constructions de réglise royale de Saint-Denys et de Sainte-Geneviève de Paris, fondées au v* siècle; quelques édifices, tels que Saint* Jean de Poitiers, les Basses-Œuvres à Beauvais, etc., démontrent suffisamment que, dans la première période chrétienne, les traditions antiques servirent de guides aux constructeiurs. MM. les correspondants étudieront dans tous leurs détails les fragments de construction religieuse qui pourraient présenter quelque analogie avec les appareils romains indiqués dans les instructions précédentes.

Avec ces éléments, les chrétiens élevèrent les façades de leurs premières basiliques, d*abord très simples, et qui devaient bientôt s*enrichir de mosaïques dorées, des marbres les plus précieux et de nombreuses sculptures. Comme il a été dit plus haut à Tégard des plans, nous ne pouvons espérer que des basiliques complètes existent encore en France , mais on en

pourra trouver quelques parties sauvées du ravage des siècles ; pour les décrire nous prendrons pour guides celles que lltalie a eu le bonheur de conserver jusqu à nos jours. Un fronton peu incliné indiquant la forme du comble occupe le sommet des façades latines, au-dessous est une face lisse et carrée, percée de plusieurs fenêtres qui éclairent la nef.

La partie inférieure de la façade, percée de trois portes, forme avec le haut un seul plan vertical, et souvent soutient un porche composé dun grand toit saillant, que supportent des colonnes.

Il i M

t t ff

• Ht

Façade de la basilique Sainte-A^nès , près de Rome.

Les pentes du fronton ou pignon supérieur sont encadrées par des moulures saillantes, peu compliquées, qui donnent à cette partie du temple l'aspect de ceux des Grecs et des Romains ; ces moulures sont taillées sur l'arête de tableltes de marbre ou de pierre posées sur le sommet du mur antérieur de la façade, et suivant l'inclinaison du toit; une ligne de moulures horizontales forme un triangle avec ces deux pentes. Des modillone simples ou sculptés, et imités de l'antique, supportent la saillie de ces moutures, et donnent au couronnement l'aspect d'une corniche complète.

Au centre du triangle formé par le fronton, une ouverture circulaire, nommée oculas (œil), donne de l'air à la charpente du comble; cette ouverture, quelquefois close, est seulement /iguréc alors par un cercle renfoncé. C'est l que se flrent les premiers essais de mosaïque extérieure; on y représenta le Christ en buste ou assis sur un trône; cette figure était une reproduction des imaginei clypeatœ, que les Romains plaçaient dans le fronton de leurs temples.

Quelquefois le fronton manque aui façades latines; il est remplacé dans ce cas par une croupe en charpente, qui s'incline vers la nef, et fuit jusqu'au faîtage du comble dont elle est couverte.

Au-dessous du fronton eit une partie plane, ordinairement carrée, qui représente à fextérieur le sommet de la grande nef : on la nomme face. Elle est décorée de trois fenêtres cintrées, et quelquefois de cinq. Rarement on voit paraître dans cette partie de la façade latine l'ouverture circulaire qui , dans les siècles postérieurs , n'abandonne plus cette place.

C'est autour de ces baies, quelle que soit leur forme, que se développe tout le luxe de la décoration en mosaïque.

Nous savons, par les auteurs chrétiens, que, dès les premiers siècles de f^Use, on représenta sur les façades des basiliques le Christ et sa mère, les doute apôtres, les évangétistes et leurs attributs, des sujets de l'histoire

sainte , et souvent la représentation des miracles qui avaient donné lieu à la fondation des temples. Les atria, les chapelles isolées, les portes de monastères furent ainsi décorés de peintures en mosaïque. Rome et les grandes villes de TOccident formaient ainsi de vastes musées , dans lesquels les fid^es avaient toujours sous les yeux les principes fondamentaux du culte; pensée grandement développée dans le moyen âge , lorsque la sculpture vint multiplier à rinfini les images sacrées.

Lorsque la basilique est dépourvue du porche, la façade s*étend h gauche et à droite par deux murs, dont le sommet suit une pente que détermine la couverture des nefs latérales^ Cest dans ces deux parties secondaires que s'ouvrent la porte du nord et la porte du midi; au milieu est la porte royale qui donne entrée à la grande nef. Si Tédifice est très étendu, ces deux murs accessoires de la façade se développent suffisamment pour clore les doubles nefs latérales. G*est ainsi que sont disposées les anciennes ég^es de Saint-Paul-hors-les-Murs et de Saint-Pierre au Vatican, à Rome.

Page 1