PREMIERE PARTIE. - MONUMENTS RELIGIEUX
La colonisation grecque, répandue sur tout le littoral de la Méditerranée, occupa les côtes méridionales de la France: peut-être même doit-on recon-
GONSTRUCnOlf GTCLOPE£IfNB.
naître la présence antérieure des Phéniciens ou des Ligures dans quelques constructions et excavations situées vers les bouches du Rhône, et analogues à celles qu^on désigne abusivement sous le nom de constractions cyclopéennes.
Dans les recherches relatives à ces feits importants , on considérera comme de nature à éclaircir la question toutes constructions qui portent le caractère de l'antiquité, quels que soient d*ailleurs les formes et Fappareii des pierres qui les composent. Des dessins exactement mesurés et donnant les contours des pierres sont indispensables à cette étude.
Marseille, Ântibes, Agde et les autres colonies helléniques dont la désignation manque au texte de Scylax doivent présenter encore des souvenirs de leur origine.
Marseille, centre de la colonisation, a été trop négligée jusqu'à ce jour sous le point de vue de ses relations avec le monde connu des anciens, et sous celui de son étendue , de ses monuments religieux et civils. Son acropole décrite par St'rabon et César, l'enceinte de la ville, les envahissements de la mer, l'emplacement et l'étendue de l'ancien port, sont des sources d'investigation dont on comprendra toute l'importance.
Dans la première période de la puissance hellénique, les temples, composés d'une étroite cella entourée de colonnes, présentent toujours les formes simples et sévères de Tordre dorique; les triglyphes et le chapiteau en forme de coupe surmontée d'un épais tailloir sont des caractères trop connus pour qu'il soit nécessaire de les développer ici.
L'église cathédrale de Marseille, située dans l'ancienne ville, peut fournir, ainsi que Saint-Sauveur et d'autres édifices religieux, quelques notions relatives aux temples célèbres de Tacropolis et de ia ville antique. C'est parmi les matériaux qui servirent à la construction de ces églises qu*on peut rencontrer quelques fragments grecs; les fouilles exécutées dans les environs pour les particuliers seront suivies avec soin. Les anciens édifices extérieurs des autres villes de la côte déjà mentionnées plus haut, et qui purent appartenir à la colonisation grecque , seront de même l'objet d'invest^ations minutieuses de la part de MM. les correspondants.
Pendant la seconde période de l'art grec les ordres ionique et corinthien se développèrent , et les temples prirent un autre aspect : les chapi-
tun-LI OHECQUS.
teauK se décorèrent de palmeltes el de feuilles d'olivier ou d'acanthe fioement découpées, creusées en biseaux et à vives arêtes. La légèreté du dessin , la représentation fidèle et délicate des productions de la nature , teb sont les caractères dtsttnctils de l'omeinentation grecque de cette seconde époque. Dans les détails d'architecture , les profils des corniches et des ar chitraves , des bases et de leurs supports , sont profondément refouillés et dessinés avec éDerg;îe.
Au bas de Vernègues, près de Pont-Royal , sur la route d'Oison k Lambesc , se voient les restes d'un temple qui, par ses proportions et ses détaib , par le style de ses ornements, peut être considéré comme appartenant à l'art hellénique.
Les- autels des Grecs présentent les formes les plus variées; des ornements d'architecture en décorent la base et leasommet. La sculpture y reproduit souvent les attributs des sacrifices ou des divinités auxquelles ils furent consacrés, quelquefois la représentation de ces divinités elles-mêmes. Élevés dans les temples ou isolément dans les campagnes, ils offrent un égal intérêt. MM. les correspondants signaleront toute découverte de cette nature; des dessins seront joints aux descriptions, et feront connaître, s'il y a lieu , les constructions accessoires , telles que fondations et massifs de pierre qui auraient servi è consolider l'établissement de ces autels.
Les tombeaux peuvent être classés au nombre des monuments reUgieux. Dans tous les lieux où les Grecs ont établi des colonies, ils ont laissé des témoins de leur respect pour les morts. Des stèles en marbre ou en pierre, des colonnes plus ou moins élevées sont les monumeota funèbres les plus communs en Grèce et sur le littoral de la Méditerranée.
Un ouvrage publié k Marseille en 1773 a
fait connaître un grand nombre d'inscriptions
grecques gravées sur des tombeaux. Elles n'ont pu disparaître entièrement
du territoire marseillais; si de nouvelles recherches mettent sur les traces
Fragment d'an des cbipiteanx du temple de Vemègues.
de ces sièles ou des monumeals de même nature qui pourront sortir dei fouilles postérieures , i) est nécessaire de les faire réunir dans un musée ; ces dispositions s'appliquent A toutes les villes de la colonisation grecque.
Il est à souhaiter que ces richesses ne passent point k l'étranger, ce qui est arrivé pour une statue de style grec ancien, peut-être celle de la Diane éphésienne, adorée k Marseille, et que possède aujourd'hui la galerie Albani , à Rome.
A défaut d'inscriptions grecques sur les stèles ou marbres d'une autre forme , on eu reconnaîtra l'orizine par la fmesse des ornements, par des palmettes légères ou des rosaces gravées au sommet.
Le territoire marseillais conservait encore dans le siècle dernier quelques monuments funèbres qu'on attribuait aux Grecs; au haoneau de la Pêne était une pyramide dont on pourra retrouver quelques traces.
Enfln sur le sol delà Provence l'influence de l'art hellénique s'exerça sur les monuments funèbres de l'époque romaine. Le grand tombeau de Saint- Remy en serait une preuve suflisanle. MM. les correspondants peuvent trouver dans cette transition une suite d'observations curieuses k consigner.