CHAPITRE PREMIER
ARCHrrECTCRE RELIGIEUSE.
Le christianisme a donné à fOrient des monuments religieux de toute forme , intéressants pour la France à plus d'un titre , puisque nos aïeux em pruntèrent d'abord à cette contrée, ainsi qu'à l'Italie, les basiliques primitives; qu'ils reproduisirent ensuite, plus ou moins exactement, les églises, byzantines; pub enfin qu'ils y portèrent, par la conquête, notre architecture septentrionale.
Dans toute la chrétienté, aux premiers siècles de notre ère, la basilique, imitée de celle des anciens, avait été adoptée comme satisfaisant aux premiers besoins du nouveau culte; Tûccident et TOrient se contentèrent de cette transition entre Tarcbitecture païenne et celle que le christianisme devait produire un jour. Bientôt le style particulier à lempire de Byzance se formant en Orient, les temples appropriés au rite grec prirent une physionomie locale, qui eut son influence sur Tart de l'Occident.
Cette architecture néo-grecque suivait son cours depuis plusieurs siècles, lorsque nos pèlerinages plus fréquents, et enfin les croisades, vinrent troubler sn marche en y introduisant d*abord quelques dispositions de nos églises du Nord , ce qui forma un style mixte , puis en remplaçant complètement Tart byzantin par Tarchitecture romane et gothique dans les contrées où les princes français établirent leur puissance. Ainsi la marche de I art chrétien en Orient rappelle, à Tégard de la forme des temples: i^ Tunité de la primitive Eglise; 2° le schisme grec; 3"* la conquête latine.
Basiliques.
Les basiliques primitives de TOrient se divisent en deux classes : 1° édifices i\ deux étages; a* églises à un étage.
i"* Les basiliques à deux étages sont d'origine plus ancienne que les autres, parce qu'elles furent imitées exactement des synagogues, où se firent les premières conversions , et des basiliques civiles des Romains, édifices dans lesquels les femmes étaient placées au pretnier, dans le Gynéconitis.
i!" Les basiliques à un étage sont dérivées des premières ; elles furent ainsi modifiées lorsqu'on admit les femmes au rez-de-chaussée, dans la nef (lu nord , les hommes se réservant celle du midi.
Basiliques à deux élages.
Constantinople. — La basilique de Saint Jean-Studius , à Gonstantinople, est inédite; elle est remarquable par son porche, par les nombreux chapiteaux employés à sa construction générale.
Salonique. — UEski-Djoama (inédite) est entourée d une area dans laquelle se voit une fontaine byzantine ornée de .sculptures, d'inscriptions et mono grammes; Texo-narthex et Teso-uarthex sont des dispositions rares, ainsi
que la galerie qui reliait Tëglise à la rue en traversant tarea, A Tintérieur sont des restes de mosaïques, dans les cintres des arcades, et le labaram se voit au-dessus des chapiteaux en marbre des colonnes. Ces divers détails sont précÂeux pour indiquer comment étaient décorées les grandes basiliques sous Constantin : la construction est en briques.
Salonique. — Kassimeh-Djami-Si (église de Saint-Démétrius), fondée au VI* siècle. L*atrium, situé devant la façade, contient une curieuse fontaine byzantine ornée de huit colonnes portant uo dôme; au centre de cet édicule est une cuve de marbre sculpté. Le narthex de la basilique porte le gynéconitis. Â l'intérieur, TédiGce est divisé en cinq nefs par quatre rangs de colonnes de marbres précieux; celles du rez-de-chaussée supportent, indépendamment du premier étage, des galeries intermédiaires en bois, dites galeries des caiéchaniènes , disposition unique. Auprès du sanctuaire sont des salles h colonnes ou diaconiques pour le clergé. Le tombeau du saint est auprès du narthex. (Inédite.)
Basiliques simples.
Bethléem. — La plus célèbre basilique dépourvue d'un premier étage qu'il y ait en Orient est celle que l'impératrice Hélène fit construire sur la crècbe du Sauveur. Elle est précédée d'un atrium contenant trois citernes. Un narthex fort simple s'élève devant la basilique ; celle-ci est divisée en cinq nefs par quatre rangs de colonnes en marbre d'ordre corinthien , sur lesquelles sont peintes des figures de saints. Le transept , ou nef transversale, est d'une grande étendue et se termine par deux absides, ce qui est fort rare dans les basiliques. Des fragments de la mo.^^aïque dont les murs étaient couverts existent encore; ils sont d*un grand intérêt pour l'histoire de lart, et n'ont jamais été publiés d*une manière sérieuse, non plus que f ensemble de l'édifice. Le sanctuaire de cette église remarquable, qui fut restaurée sous les empereurs grecs , au moyen âge, s'élève au-dessus de la grotte de la Nativité.
Athènes. — La capitale de la Grèce contient aussi quelques basiliques de forme primitive , ainsi que des chapelles dont la disposition s'en rapproche.
Chapelles. — On voit sur la colline de l'Aréopage, au nord, une chapelle en partie détruite, qui rappelle le souvenir dé saint Denis l'Aréopagite.
Auprès du Pnyx est une autre chapelle de forme allongée, décorée de peintures à t'iatérieur. (Ces chapelles sont inédites.)
Les basiliques d'Athènes sont généralement constniites sur des dimeosioos restreintes; le narthei manque. Les fardes, fort simples, sent ornées de quelques fragments antiques et de rares peintures religieuses. L'abside principale est accompagnée d'absides secondaires ou de deux sacristies carrées. Des fresques décorent les parois intérieures de l'édifice ; on n'y voit aucune trace de mosaïques.
Les principales basiliques d'Athènes sont :
1° Celle de la Vierge du Grand-Monastère;
Façade de l'êgliM delà Viei^e du Graud-Honaitire, k Atbènes.
3° Celle de Saint-Philippe (publiées par Couchaud")];
3" Celle dont la façade est placée auprès du monument choragique de Lysicrate (inédite);
II' Quelques autres basiliques en ruines répandues sur plusieurs points voisins de l'Acropole (inédites).
La commission de Morée a fait connaître le plan d'une basilique ntuée i
(" [Choix déglisel bytantinej ta Grèce, pi. II.]
ModoD. Il y en a certainement d'autres en Orient, mais elles sont inconnaes.
Plan d*une église auprès de Modon.
Les Grecs modernes ont, depuis la conquête des Turcs, abandonné leur architecture nationale, et la basilique latine est celle qu'ils imitent de préférence, tant en Grèce quen Asie, soit par économie, parce que labsence des voûtes dans ces édifices en offre une considérable, soit parce que les Turcs imitèrent dans la construction de leurs mosquées les édifices byzantins, et que les Grecs modernes voulurent suivre une autre voie.