CHAPITRE II
.VBCaiTECTOBB MONISTIQUE.
La vie monastique devant son origine à l'Orient, l'architecture dut s'y plier plutôt qu'ailleurs aux distributions nouvelles du cœnobiam : aussi trouvet-on dans les maisons religieuses de cette contrée de précieux détails relatifs soit aux combinaisons iinagiaées alors, soit aux empi-unts qui furent laits à la civilisation antique.
Après avoir vécu solitairement d'abord , les religieux groupèrent leurs cellules pour en former des laans ou villages de moines; établis en Egypte,
Skite grecque Village de rebg eux eu mont Atboi
puis sur les rives du Jourdain et de la mer Morte, ils se répandirent dans tout l'Orient et formèrent des couvents, parliculièrement sur lemont Atbos, où le principal monastère a conservé le nom de laSamle-Laare,Vil dont les skiies ne sont autre chose que des villages de religieux; bientôt on vit naître les ntanilni,les «uçetena, les cœnohia, maisons communes analogues à nos tnonasUria de l'Occident.
En dehors de l'enceinte de ces établissements religieux, les moines placèrent le cimetière, les moulinsl les réservoirs et fontaines d'irrigation, nécessaires à la culture, un petit arsenal pour renfermer les galères et autres
Plan du montstère ds SÛDle-Laurc. au monl Athos.
A. Porte. — B. Chapelle. — C. lUto. — D. CatboUcon. — E. CIoUk. — P. FonUiuc. — G. HiTedoiK.
— U. Cninne. — I. CdUe*. — K. D#pcDduice>. — L. Polouc. — M. Tour.
embarcations, lorsqu'ils étaïeat situés auprès de la mer, enfin de nombreuses chapelles consacrées aux saints locaux, à la Vierge gardienne de la porte, etc.
Procope Dous apprend que, dès le r^ne de Justiuien, si fécond en fondations pieuses, l'enceinte extérieure des monastères avait i'a^ect d'une forteresse, et depuis lors cette disposition miUturea généralement été maintenue. Tous les couvents du mont Athos, la plupart de ceux de la Grèce, •ont dans ce cas, 'et de plus on les plaça fréquemment dans des lieux inac-
cessibles, en ajoutant aux défenses naturelles ou fuctires des machines
Treuil ponr faire
le) voyageun.
pour iniroduirc les religieux dans l'enceinte par des ouvertures hautes de la muraille. Les couvents de l'Egypte, du Sinaï, les Météores en Thessalie, ofirent ces combinaisons diverses.
Les tours de l'enceinte des couvents grecs doivent être examinées d'une manière spéciale, parce qu'on peut y rencontrer le souvenir d'autels con-
Vue do moiuiliTe de Saînte-Catheriiut.
sacrés à la Transfiguration, i saint Élie, honoré sur les lieux culminants, aux archanges, qui chez nous avaient aussi des autels dans les clochera. L'une des tours des monastères de l'Orient est ordinal remeat plus importante que les autres, c'est le donjon, analogue à ceux des châteaux féodaux; les moyens de défense y sont multipliés, et dans les temps modernes on y a quelquefois placé de l'artiHerie. Aux couvents de l'Egypte le donjon n'est pas relié à la muraille, il est isolé; un pont-levis permet de s'y renfermer.
Les habitations des religieux de l'Orient ne sont pas toujours conçues avec l'ensemble et l'ordre qu'on remarque dans nos monastères; elles offrent encore, particulièrement dans les régions méridionales, un souvenir des hiares, soit par leur isolement, soit par l'absence de portiques les reliant entre elles: c'est, en quelque sorte, une transition des dispositions primitives h celles qui furent adoptées plus tard.
L'église du couvent, le cathoticon , est placée, comme la cella des anciens,
au milieu d'une area ou cour sacrée , entourée de portiques dont on fît le clottre du monastère. La Phiale, fontaine d'ablutîon, des cyprès ou des platanes ornent le préau.
Les églises des monastères de l'Orient offrent les diverses phases de l'architecture précédemment indiquées : on trouve au Sinaï la basilique primitive; aux couvents du mont Athos, de t'Hélicon, de la Grèce, les formes byeantines; à l'Ëxsmyazin d'Erivan et sur d'autres points de l'Asie, les
Porte du Zographe , moiiulère du mont Athoi.
Fkgade de l'église d'Elismyuin, i Érivan.
nuances gréco-arméniennes. L'art occidental parait en Syrie, à Chypre, à Rhodes, avec les croisades, et s'y mêle parfois au style national des Orientaux; enfin notre art gothique re0ue vers la Grèce, dans les couvents de l'Attiquc et de la Morée, pour y rappeler la domination française. Notre présence ne s'y borna pas à introduire des formes extérieures ; le cloître du couvent de Daphnti'^ auprès d'Athènes, offre les dispositions de ceux de l'Occident; son église servait de sépulture aux princes.
Le réfectoire des couvents grecs reproduit en partie le Iriclinium antique; les tables de marbre qui le meublent, leur construction particulière.
<» [Couchaud.^ xvii-xvm.]
rappellent la simplicité et la stabilité des conceptions primitives. La cuisine, isolée, disposée sur un plan circulaire ou en polygone, remonte aux
Plan du monastère de Daphni. '
temps les plus anciens; tous nos monastères de FOccident imitèrent cette disposition orientale.
Après le réfectoire, qui est la plus vaste construction du monastère» parce que toute la communauté doit s*y réunir, se présente la maison des hôtes, généralement voisine de la porte d'entrée, puis Thabitation de labbéj la bibliothèque, les magasins nécessaires pour recueillir les provisions, les ateliers de travail et autres dépendances. Aucun monastère de TOrient n'offre dans son enceinte les vastes conceptions d'ensemble, le luxe de distribution et de détails qui caractérisaient au moyen âge nos maisons reli* gieuses de l'Occident, dont la puissance s'étendait quelquefois sur la chrétienté tout entière; mais, dans ces retraites orientales, les souvenirs locaux , le choix delà situation, le pittoresque, et, comme nous l'avons dit en commençant, plus d'un précieux détail d'art ou d'industrie, doivent y attirer les voyageurs et fixer leur attention.
L'Âbyssinie, la Nubie et l'Egypte présentent des monastères coptes plus ou moins ruinés par les Arabes , mais qui peuvent offrir cependant à l'étude des documents utiles. Ceux qui avoisinent les lacs de Natron forment un groupe
important. Le Père Vanslcb , dominicain , qui au milieu du xvii* siècle visita les couvents de rAfrique, peut servir de guide danisces recherches. Depuis Procope, qui en signale un à Cartkage, jusquaux voyageurs de de siècle, Pococke, Sonnini, Donon, la commission d*Egyple, M. Didron, on trouve de nombreux documents à cet égard.
Les monastères du Sinaï, tant de fois visités par les voyageurs, ne sont connus encore que par des publications pittoresques; des plans sérieux de Fensemble el des diverses parties, des détails exacts de la décoration archi" tecturale, puis du mobilier* etc., nous manquent encore.
Dès les premiers siècles, la Syrie fut riche en maisons religieuses. Les laures des rives du Jourdain et de la mer Morte, celle qui dominait le Carmel, étaient doriginc aussi ancienne que les fondations pieuses de rÉgypto. Bientôt convertis en monastères réguliers, ces établissements se muitiplièrent sur tous les points célèbres de la Terre-Sainte; les croisés rétablirent la plupart de ceux qui avaient été détruits par la guerre et en fondèrent de nouveaux; enfin de nos jours les principales villes de l'Orient où se trouvent des chrétiens, le Liban habité parles Maronites, présentent encore de nombreuses communautés, dont beaucoup sont d'origine assez ancienne pour qu'on y trouve de prc^cieux documents à recueillir.
L'Asie Mineure, les îles et le continent delà Grèce, présentent aussi des maisons religieuses : les plus célèbres de cette dernière contrée sont celles, du Mégaspyléon en Morée, de Saint-Luc au pied de. l'Hélicôn. A là Thessalie appartiennent les Météores, déjà cités; h Rhodes, lés couvents militaires des chevaliers.
 la (în du xi"" siècle et danslc courant du xn% une grande réformé s'établit, sous la direction, de Christodoulos : les monastère des régions méri-. dionales de l'empire se multiplièrent; les lies de Patmos, de Cos, la presqu'île de Straviro, l'île de Crète, vii'ent s'élever d'iinportantes maisons religieuses, que les empereurs, depuis Nicéphore Botoniates, en 1079, jusqu'au dernier Ândronic, en i3ai, se plurent à combler de privilèges et de bienfaits.
Enfin la sainte montagne, le mont Âtbos, offre la réunion la plus importante d'anciens monastères qu'il y ait en Orient; une exploration complète de cet ensemble, produisant tous les détails graphiques nécessités par une étude sérieuse, enrichirait la science, en étendant le nombre des notions précieuses fournies déjà par les derniers voyageurs.
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