‹ Le Comité des travaux historiques et scientifiques (histoire et documents) (volume 2)Chapitre 70 sur 196 · CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL

ARCHITBCTURB lOUTAIAI.

De nombreux documents utiles résulteraient de Tétude sérieuse des coDSIructions militaires de TOrient. Depuis Forigine de lempire byzantin jusqu'à la fin des croisades, on suit sans interruption, pour ainsi dire, la marche de la castramëtation dans cette contrée. De plus, les Turcs, peu in- Tenteurs et toujours en retard, ont conservé presque complètement les anciennes ressources de cet art, et fom*niraient, au besoin, de quoi remplir les lacunes.

Constaniinople. — L'enceinte militaire élevée autour de la capitale de l'empire d'Orient ofiBre l'exemple le plus complet et le plus important de la défense des places à toutes les époques, depuis la fondation de cette ville jusqu'à la chute de la puissance impériale. Au septentrion, vers le port, au sud'CSt, sur les bords de la mer de Marmara, on reconnaît sur ces murailles les divers systèmes de construction employés dans toutes les restaurations successives nécessitées par les avaries qu'apportèrent le temps et les hommes , et quelques inscriptions ou monogrammes en donnent les dates précises. La disposition des tours, des courtines, sur cette étendue, qui est considérable, doit fournir de précieux renseignements.

La partie la plus importante à étudier de l'enceinte militaire de Constantinople est celle qui r^rde l'occident, entre le château des Sept-Tours et l'extrémité du port, dite les Eaux douces; elles étaient dues à Théodose, lorsqu'il joignit la sixième et la septième colline à la ville, au iv* siècle. Tous les historiens s'accordent pour considérer le système de défense établi sur ce point comme l'exemple le plus remarquable qui ait été produit autrefois. Trois murailles parallèles, espacées de vingt-cinq pas les unes des autres, flanquées de tours et surmontées de créneaux, s'y voient encore assez bien conservées, dans quelques endroits, pour être sérieusement étudiées; un lai^e fossé rempli d'eau et presque comblé aujourd'hui en défendait l'approche; onze portes, dont l'une, la porte Dorée, était un arc de triomphe en marbre, encore en partie visible, et dû à Théodose, servaient d'issue vers le continent. Sur les deux murailles maritimes, les portes, au nombre de vingt, sont plus ou moins anciennes, à cause des reslaurations qui y furent faites; plusieurs sont indiquées par des inscriptions ou des

monogrammes. Les deux dernières, au nord, donnaient entrée au château des Biachernes, forteresse située à langle de la vilie^ de ce côté. Tels sont les principaux points à étudier et qui compléteraient les notions fournies par les fortifications byzantines déjà examinées sur divers points de i empire, et dernièrement jusqu'en Afrique, à Tébessa, par M. Léon Renier.

L*enceinte fortifiée qui protège le palais du Grand Seigneur, celle qui enveloppe les quartiers francs de Péra et de Galata, ne sont pas non plus sans intérêt; la plupart des tours et des courtines sont complètes et fourniraient de précieuses obsei*vations de détail.

Les murs de Nicée, d'Âni et d*un grand nombre de villes anciennes de la Turquie d'Europe et d'Asie doivent donner d'utiles documents, tant sur le système de fortjification des anciens que sur les modifications qui y furent apportées par les civilisations byzantine ou arabe. Les murs de Goniéh sont remarquables dans leur construction et l'emploi qui y fut fait , par l'ordre des Seldjoukides, de fragments antiques pour les décorer.

I^es villes, les forteresses élevées dans toute la Thrace, sur la mer Noire, dans l'Asie Mineure, en Grèce et dans les lies par les empereurs d'Orient, les monastères qui, dans cette contrée plutôt que dans les autres, furent entourés de murailles militaires, sont des mines riches en notions nouvelles.

Le château des Sept-Tours, à Gonstantinople, situé à l'extrémité des murailles que baigne la Propontide, au midi de la ville, est une forteresse qui fut originairement circulaire, comme le dit Procope, et prit le nom deStrongyhn; le pentagone fut adopté ensuite dans sa construction , une tour s'éleva à chaque angle :. le château s'appela alors Pentapyrgion; Gantacuzène, en i35o, en ajouta deux en marbre, sur la face qui regarde le continent : ce fut alors qu'il prit le nom de Heptapyrgion,ies a sept tours ». Cet édifice tombe en ruine; mais combien de documents précieux peuvent se rencontrer dans l'intérieur I ♦

La puissance des Latins remplaçant généralement celle des Grecs, l'aspect des fortifications se modifia à leur arrivée : ainsi, dans la Terre-Sainte, les

donjons, les créneaux, les mâchicoulis de l'Occident sont faciles à reconnaître; la forteresse de Jérusalem, dite Tour de David f a l'aspect de no9 constructions militaires; il en est de même dans toute la Syrie, sur les nombreux points qu'occupèrent les croisés; les provinces d'Antioche, d'Âlep, de Tripoli , de Damas , ont dû en conserver des traces , ainsi que les nom*breux couvents fortifiés qui, dans la Caramanie, sur la route que suivaient

odginaireoient les pèlerins, servaient d'étapes à leurs caravanes avant larrivëe des croisés.

Les Turcs construisirent aussi des forteresses en Asie, puis en Europe. Les châteaux des Dardanelles offrent des dispositions particulières; ils n*ont pas encore été sérieusement étudiés. Leur artillerie curieuse demanderait aussi un examen spécial.

Le grand château turc qui défend la rade de Smyme « la 6itadelle de la même ville, méritent une attention particulière. Il en est de même des nombreuses forteresses qui, sur les rives méridionales de la mer Noire et dans les villes méditerranées, ont été construites par les Turcs lorsque leur puissance s étendait sur ces contrées et menaçait la capitale de Tempire grec.

L*Asie présente des exetnples de châteaux forts élevés par les Arabes ou les Turcs au sommet d'immenses glacis en pierre lisse, pour rendre lescalade impossible. On en voit à Homs ou Ems, Tancienne Emèse, auprès de Damas.

Nicosie. — L*ile de Chypre est riche encore en souvenirs de la puissance française et des ouvrages militaires élevés pour la faire respecter. La ville de Nicosie o£Brait une enceinte considérable, enveloppant les collines voisines; elle fut détruite par les Vénitiens, qui la réduisirent et adoptèrent le système en étoile et à bastion du xvi* siècle, origine des fortifications modernes.

Famagouste, — Les Lusignans , et particulièrement Jacques II , fortifièrent Famagouste à la fin du xiii' siècle.

Cérines. — Le château de Gérines est célèbre dans l'histoire des Lusignans, qui le construisirent; son plan quadrilatère est flanqué de quatre grosses tours, deux rondes vers la mer, deux carrées du côté opposé. Le rempart, de ko pieds de haut, est crénelé et défendu par un large fossé. Des salles voûtées occupent l'intérieur; des fours eu forme de ruche s y voient encore. Les appartements des princes offirent des ornements qui les distinguent du reste des habitations ; une chapelle gothique les avoisine.

Limassol. — Le château de Limassol a été réédifié au xv* siècle par un Lusignan. Toutes ses baies sont en arc aigu. Paphos possède aussi un château de la même époque.

Kobssi. — Château en forme de groue tour, îiolé dans la campagne; c'est une construction des plus remarquables.

Tour de K«loMi.

Saint-Hilarion. — A la fou château fort et résidence royale, est précédé d'une avant-cour, au fond de laquelle est la porte, sunnontée d'un moucharaby de six consoles et défendue par des tours et créneaux-, elle donne entrée à une grande cour inclinée que domine une seconde enceinte formée de lours et de galeries crénelées, derrière lesquelles sont les habitations, la chapelle et deux salles royales de 80 pieds de longueur. Le donjon ou der* nlère enceinte surmonte cet ensetàble.

Baffccoent ou châieaa de la Reine, à trois lieues de Nicosie, au nord-est. est encore plu? escarpé que le précédent, et construit dans le même système. Une double enceinte divise le château en deux parties. Les coostnictions principales sont étagées sur le penchant du rocher; l'enceinte supérieure renferme le donjon , qui domine tout le pays.

Kaaiara. — Dans la province de Karpas est un château qui a été rebâti

au XTV* siècle par Jacques de Lusignao. Il est moins étendu que les châteaux de l'ouest de llle. Deux grosses tours protègent )a porte qui conduit à la cour entourée de bâtiments; la chapelle, les magasins, la citerne, etc., sont dans cette enceinte.

Gastrùi. — Château des Templiers.

■ Ckiti. — Maison de plaisance des Lusignans , auprès de Larnaca.

Tour du cap Chili.

Pouaiixa. — Château rojal au nord-est de Dali. Syoari ou ie château franc. • — CoDStniit par Jacques I" de Lusîgnan. Cherokidia, dans le Masto, construit par les premiers Lusignans, au commencement du xtv* siècle.

Rhodes. — Les fortifications de Rhodes offrent un système complet de courtines, de bastions, de tours, dans le style occidental. Pierre d'Aubusson en fut en partie l'auteur, sous la direction de Pierre Clouet, ingénieur de

Tordre. Les portes sont défendues, comme en Occident, par des tours, un pont-levis, des mâchicoulis; on remarque la porte JtAmboise; la porte. Saint- Jean est analogue ; celle de Sainte-Catherine est due à Pierre d'Âubusson.

Le donjon de Saint-Michel est une énorme tour carrée.

Le fort Saint-Nicolas s'élève sur la jetée qui s'avance dans la mer.

La Vedette des Chevaliers est une tour de garde.

La tour de Saint-Paul complète la défense de la ville.

Grèce. — Des fragments de châteaux forts des ducs français d'Athènes et de Morée se voient sur un grand nombre de lieux escarpés de la Grèce et des îles.

A Patras, la citadelle est une belle construction militaire de Ville-Hardouin. Celle de Mistra lui doit aussi son origine (^).

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