‹ Le Comité des travaux historiques et scientifiques (histoire et documents) (volume 2)Chapitre 72 sur 196 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ARGHITECTUBE HYDRAULIQUE.

Les travaux hydrauliques de l'antiquité et du moyen âge sont nombreux en Orient; les Byzantins, les Arabes et les Turcs apportèrent successivement des modifications à Tart de conduire, de conserver et de distribuer les eaux; ib construisirent dans ce but des aqueducs, des réservoirs ou citernes, des châteaux d'eau et des fontaines.

Aqueducs. — Les plus beaux aqueducs byzantins sont ceux de Valens à Gonstantinople, puis de Pyrgos et de Baktchë-Keuî , situés aux environs de cette ville. Le premier, traversant une profonde vallée, ne sert plus; le second offre trois étages d arcades superposées : celles du bas, séparées par d'épais contreforts ou éperons, sont surmontées darcs aigus; les autres offrent le plein cintre. Cet aqueduc se coude à angle droit immédiatement après avoir traversé la vallée; il est construit en pierre de grand appareil. La partie souterraine des conduits est exécutée avec un béton mêlé de briques, à peu près comme faisaient les Romains. Cet aqueduc n'a été qu'imparfaitement publié. Celui de Baktché-Keuî est dans le même cas; moins important que celui de Pyrgos, il n'offre que deux rangs d'arcades en plein cintre. Les eaux des aqueducs arrivaient à Constantinople par la partie septentrionale de l'enceinte du continent, auprès d'Ëgri-Kapou ; elles étaient recueillies dans une vaste citerne en ruine aujourd'hui.

L'Asie présente aussi des aqueducs; ils sont généralen^ent construits en arcs aigus et alimentent des norias, ou machines qui distribuent les eaux.

Sou-terazi. — Les Turcs apportèrent de l'Asie un système d*aqueducs connu des anciens, et qui consiste à diriger les eaux dans de simples tuyaux de terre cuite hermétiquement fermés et suivant les ondulations du sol. Des colonnes ou piliers isolés, placés de distance en distance dans les vallées, reçoivent à leur sommet les eaux dans de petits réservoirs, d'où elles prennent une direction et une impulsion nouvelles; ces piliers sont nommés souterazi (balance d'eau]; leur étude offre un gi*and intérêt.

Réservoirs ou citernes. — Les citernes de Constantinople sont célèbres; les plus connues sont celles des trente-deux colonnes et des mille et une colonnes. Elles sont situées dans le voisinage de TAtmeïdan et de Sainte- Sophie : la première, enceinte d'une muraille d'environ 3 mètres d épaisseur, est de forme allongée; elle a 63, mètres sur 2 3. Trente-deux colonnes en marbre, surmontées de chapiteaux corinthiens , portant des dosserets byzantins, sont reliées deux à deux par des arcs en plein cintre; de petites coupoles basses, au nombre de 65, couvrent la citerne, dont le sommet était originairement aéré par a 8 soupiraux. Cette construction doit dater des premiers temps de l'empire de Byzance; elle n'a été qu'imparfaitement publiée.

La grande citerne, dite des mille et une colonnes, ou basilica^ n'en

contient réellement qne aaâ. Son mur d*enceinte, épais de plus de 3 mètres, forme un carré d'environ 70 mètres de côté. L'iminense étendue de ia citerne exigeant une grande élévation, deux fûts de colonnes ont été placés l'un sur l'autre; un anneau ou tambour saillant les sépare; des monogrammes byzantins y sont gravés. Les chapiteaux supérieurs, de forme néogrecque, sont décorés de croix.

Des voûtes en arête relient les chapiteaux des colonnes. Deux cent trentecinq soupiraux donnaient de l'air à cette citerne , qui n'a été publiée qu'imparfaitement, et que les détails d'architecture et l'ss monogrammes peuvent faire remonter aux premiers siècles byzantins. Plusieurs autres citernes se voyaient à Constantinople ; elles sont ruinées ou comblées. Il serait intéressant de les faire connaître.

Les Turcs nomment Tchckour-Bostan un réservoir ou citerne à ciel ouvert, dont les ruines se voient aux environs de Constantinople; il est considérable, car de nombreuses maisons et des jardins sont établis dans son enceinte. La construction du mur est remarquable par sa régularité; des assises de briques s'y mêlent à la maçonnerie, à la manière romaine. Ce travail curieux demanderait une étude particulière à l'égard de l'arrivée des eaux, de leur distribution, de l'époque de son établissement, etc.

Châteaux à'eaa. — Des châteaux d'eau sont établis sur plusieurs points de Constantinople pour recevoir les eaux des aqueducs de Pyrgos et les distribuer dans la ville. Ces takcims, qui alimentent ordinairement une fontaine, sont intéressants à étudier dans tous leurs détails; les plus importants sont ceux d'Egri-Kapou, de Fera, de Narli-Kapou et de Sainte-Sophie.

Fontaines. — L'Orient était riche en fontaines de toute forme : Constantin en avait fait construire de nombreuses dans toutes les places publiques de sa capitale. Elles étaient surmontées de statues du Bon Pasteur. Celle qui décorait la place à laquelle il avait donné son nom portait de plus un groupe en bronze représentant Daniel dans la fosse aux lions. On voit des fontaines byzantines à Saloniqiie et dans les monastères du mont Âthos; celles que les Turcs élevèrent depuis plusieurs siècles dans les cours des mosquées, sur les places publiques, dans les palais et les maisons, ont été d'abord imitées plus ou moins de celles qui avaient été produites avant leurs conquêtes; la plus remarquable se voit dans l'enceinte qui précède la mosquée d*Âchmet, à l'Âtmeidan. Plus tard, ils en construisirent de plus imm. 37

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portantes et de mieux combinées pour le public. Celles qui se voient à Tophana, à Scutari et 'auprès de la porte du sérail, à Constantinople , sont dignes d*une capitale; les marbres sculptés, peints et dorés qui les décorent, les toits saillants et richement ornés qui les surmontent, en font des édifices remarquables.

D*autres fontaines sont établies dans les principaux carrefours , particulièrement à Top-hana, pour distribuer à boire aux habitants; elles sont remarquables aussi par leur disposition ingénieuse et leurs ornements riches et variés.

Les environs des couvents du mont Àthos et de nombreuses localités présentent des réservoirs établis dans les montagnes pour alimenter des fontaines, ainsi que pour faire tourner des meules; ces réservoirs sont ordinairement établis avec soin; quelquefois ils se combinent, à plusieurs, d une manière ingénieuse, et peuvent servir à Tirrigation.

Bends. < — Â rétude des fontaines se rattache celle des bends, immenses réservoirs naturels produits par des barrages, que les Orientaux imitèrent de ceux qui s*exécutaient dans Tantiquité, et dont la France possède un exemple au Tholonet, auprès d'Âix. Ils consistent en murailles épaisses formant, dans les pays de montagnes, un barrage au cours d'un ruisseau, pour en élever les eaux jusqu'à un aqueduc taillé dans le flanc de la montagne, ou pour établir une grande fontaine publique au pied du barrage et faire de la vallée un abondant réservoir.

Bains. — Les bains publics et privés des Orientaux doivent être des reproductions de nos étuves du moyen âge ; ils diffèrent asses des ihermœ et du balneam de l'antiquité pour qu^on admette que leur simplification fut celle qu'adoptèrent, après la chute de l'empire romain, les peuples qui conservèrent l'usage fréquent des bains.

Ponts. — Les ponts construits en Orient sont analogues à ceux qui s'établirent chez nous du xii' au xv* siècle : Tare aigu est employé dans les arches; le tablier est étroit, les piles avancées; le style des corniches et autres moulures oflre les seuls caractères qui les font différer des nôtres. L'étude de la construction des piles, de leur fondation dans l'eau , de l'appareil des pierres, peut offrir un grand intérêt. Les Oriçntaux firent aussi des ponts de bateaux. Justinien en établit un sur la Corne d'or, pour relier Galata à la ville ; deux

arcades permettaient aux bateaux de passer sous le tablier. On en a fait un semblable au môme endroit, en i836.

Ports. — ^ancienne Byzance avait un port situé au septentrion, siu* les eaux de la Corne d or, considérée à cette époque comme une rade. Le développement considérable donné à la ville par Constantin fit un port de toute rétendue de cette nappe d'eau, qui s étend depuis le Bosphore jusqu'aux Eaux douces. Cette disposition nouvelle n'empêcha pas qu'à diverses époques, des ports de débarquement, des bassins militaires, fussent établis à l'orient de la ville, sur les bords de la Propontide. L'empereur Julien en fit faire un qui était voisin de Tchatlati-Kapou : c'était le débarcadère des empereurs; il desservait les palais de l'Aigle et du Baccoléon,

Auprès de Koum-Kapou était un autre port destiné à la marine impériale; un bassin de radoub , comblé aujourd'hui , en occupait le fond ; une muraille , encore visible, l'enveloppait.

Plus loin, étaient le port d'ÉIeuthère et l'arsenal de Théodose. Enfin, un port de commerce aurait occupé ime baie au fond de laquelle se trouve Somoihia-Kapoa.

Les recherches relatives aux différentes constructions hydrauliques qu'on pourrait rencontrer dans ces ports de la capitale, aussi bien que dans ceux des nombreuses villes maritimes de l'empire, doivent conduire à des résultats importants à l'égard des jetées, des ateliers de construction de navires, des phares et échauguettes de signaux, des arsenaux, des moyens employés pour fermer les ports, pour amarrer les vaisseaux sur les quais» etc.

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