SANTA- CLARA
Dans Ataratz, les cloches de Téglise ont sonné tristement d* elles-mêmes. La jeune Santa-Clara part demain. Les grands et les petits prennent le deuil : Santa-Clara part demain. On dore la selle de son cheval et sa valise d*argent
«Mon père, vous m^avez vendue comme une vache à un Espagnol. Si j*avais encore ma mère vivante comme vous, mon père, je ne serais pas allée en ELspagne, mais je serais mariée au château d' Ataratz. »
Au château d* Ataratz , deux oranges ont fleuri ^^^ ; nombreuses sont les personnes qui les ont demandées : on a toujours répondu qu elles n étaient pas mûres.
« Mon père, partons gaiement : vous reviendrez les yeux pleurants et le cœur triste, et vous vous retournerez souvent pour regarder votre fille sous sa pierre de tombe.
«Orissou, la longue montagne, je Tai passée à jeun. En arrivant de Tautre côté, je trouvai une pomme et je lai mangée; elle a touché tout mon cœur ^*K
^*> On voit plus loin quil s*agît de Sanla-Glara et de sa soeur.
(S) Manger la pomme, se dit également pour s*éprendre d'un amour pur et pour commettre nne faute.
mruaiaia batioiaib.
■ Ma soeur, va à la chambre du troisième étage pour voir s*il fait Egua ^^^ ou Iparra^*^ Si Iparra souffle, tu le chargeras de compliments pour Sala , et si c'est Egua, lu lui diras qu il vienne chercher mon corps.
t Ma sœur, va chercher maintenant ma robe blanche, va chercher ta robe noire. • Ellle s*habiHe en blanc, et sa sœur en noir. Elle monte à la croisée pour voir si elle peut aper* cevoîr Sala. Elle le voit arriver de loin ; elle se précipite et tombe morte. Personne n*a pu enlever le corps. Sala seul a pu le relever.
Dans le département des Pyrénées-Orientales, le catalan, qui, comme on sait, tient moins de Tespagnol que du provençal, existe à Tétat de langue indigène : il sera donc admis à figurer dai^s le recueil.
M. Junquet, sergent au 3* régiment du génie, a envoyé des poésies catalanes, dont quelques-unes portent le caractère d*une inspiration vraiment populaire.
Les différents dialectes delà France méridionale ont leurs chants populaires. M. Garay de Monglave a fait connaître au Comité plusieurs chants béarnais. Parmi eux se trouve la chansonnette de Gaston Phœbus, que le poète Jasmin, dont le nom se rencontre naturellement quand il s agit de poésie méridionale et populaire, a transportée heureusement dans une de ses plus charmantes compositions, et dont voici la traduction, d*après M. Garay de Monglave :
Ces montagnes qui sont si hautes
M'empêchent de voir où sont mes amours.
Si je savais où les voir, 6Ù les rencontrer.
Je franchirais le torrent sans crainte de me noyer.
De la patience, les montagnes s*abaisseront.
Et mes amours paraîtront.
Cette chansonnette a évidemment pour origine un chant populaire qui se retrouve ailleurs avec plus de vivacité, notamment dans la version suivante, provenant du département de la Corrèze :
Baichate montagne.
Baisse-toi, montagne, Lève-toi, vallon; Vous m*empêcliez de voir Ma Jeanneton.
^) I^ vent du sud.
(*) Le vent du sud-ouest.
La chute un peu buriesque qui termine ce couplet, et que nous ne reproduirons pas ici , est une preuve de plus de son origine populaire.
Une autre preuve de cette origine, c'est que la même donnée se retrouve dans un chant populaire de la Grèce moderne.
La Corse a ses chants funèbres dont le nom est vocero (il en sera parlé plus loin) et des pièces appelées sercnate. Deux d'entre ces dernières ont été communiquées par M. Mérimée , membre du Comité.
La screnaia est, en général, comme une litanie amoureuse; Tobjet aimé est comparé dans chaque distique à une fleur différente.
L'existence de chants populaires dans la partie de la France où Ton parle flamand est prouvée par les envois des correspondants. Le Comité doit k Tun d eux, M. de Coussemaker, un chant qui, par une rencontre singulière, se retrouve aussi en Lithuanie, et un autre intitulé Le Messager d'amoar.