‹ Le Comité des travaux historiques et scientifiques (histoire et documents) (volume 2)Chapitre 98 sur 196 · LE MESSAGER D'AMOUR · texte numérisé non relu

LE MESSAGER D'AMOUR

Un petit oiseau , blanc comme neige, se balançait sur une brancbe d'épine.

« Veux-tu être mon messager ?> — • Je suis trop petit, je ne suis qu un pelit oiseau. •

t Si tu es petit, tu es subtil; tu sais le cbemin ? • — Oui, je le connais bien. »

11 prit le billet dans son bec, et Temporta en s'envolant ;

Il 8*envola jusqu'à la demeure de m*amie. -— > « Dors-tu, veîUes-tu, es-tu trépassée ? •

— t Je ne dors ni ne veille , je suis mariée depuis une demi-année. •

— «Tu es mariée depuis une demi -année; il me semblait que c'était depuis mille ans ^^K »

Pour lallemand parié dans les provinces orientales de la France, le Comité na reçu et ne saiu*ait indiquer aucun chant populaire; mais il ne doute pas que de tels chants n existent, et il invite â les recueillir.

On a agité ensuite la question des époques et des siècles que le recueil devait embrasser.

Les considérations énoncées plus haut ne permettent pas d'exclure les chants populaires en latin appartenant à Tépoque où cette langue , plus ou moins altérée, était la langue du peuple français; ni ceux qui plus tard sont nés dans certaines classes de la société , pour lesquelles , même après la naissance du français, le latin était encore comme une langue vulgaire, parmi les religieux et les écoliers des universités.

<*' Voir aussi Les Flamands de France, étades sur leur langue, leur littérature et leurs monuments, par M. Louis de Baecker, Gand, iSSi, p. 97* Du reste, en indiquant de quelles mains il a reçu des cbants populaires, le G)mité n entend point établir qu'ils n aient pas été déjà publiés.

Ces chants , dont un grand nombre ont été publiés par M. Ëdélestand du Méril, formeront dans le recueil une sorte d'introduction; ainsi Tbistoire de la littérature latine à la même époque dans notre pays a été considérée , par nos savants Bénédictins et par leurs doctes continuateurs, comme faisant partie de f histoire littéraire de la France. Lé chant latin rimé qui célébrait la victoire remportée en 622 par Glotaire sur les Saxons :

De Chlotarîo est cancre rege Francoruni , Qui ivit pugnarc in gentem Saxonum.

ce chant fut bien réellement popidaire, puisque fauteur de la Vie de saint Pharon, qui le cite, dit qu'il était répandu parmi les paysans, volait de bouche en bouche, et que les femmes raccompagnaient de danses et de battements de mains ^^K

Avec les chants latins,. on placera ceux qui sont moitié latins, moitié français, comme le chant souvent cité que les écoliers d*AbeiIard avaient composé sur sa résolution de quitter le Paraclet, et dans lequel trois vers latins rimes étaient suivis de ce vers français :

Tort a vers nos li mestres.

Tel est aussi celui que, selon M. Ëdélestand du Méril [Poésies lutines du moyen âge, p. 6), le peuple chantait encore à Ëvreux vers le commencement du xvin'' siècle , le jour de la fête de VAbbé des cornardis.

Les vers latins qui ont été populaires sont généralement rimes.

Si les chants en vers latins sont admis, à plus forte raison devront être admises les poésies vraiment populaires écrites dans le français du moyen âge. Les poésies lyriques des troubadours et des trouvères doivent, en général, être exclues, parce quelles sont un produit de fart, mais le Romancero français, de M. Paulin Paris, membre du Comité» et le recueil des Chants historiques français , de M. Leroux de Lincy, contiennent plusieurs romances narratives, telles que la Bêle Emmélos, la Bêle Erembors, qui, bien que leur auteur soit parfois connu , paraissent empreintes du caractère propre aux poésies populaires.

Il a fallu déterminer aussi à quelle date devront s arrêter les publications

0) flËx qaa Victoria carmen pubUcwn juita nisticitatem per omniam pêne volitalutt ora ita canentinm , fœiiiîo»que choros înde piaadendo compooebant. t

admises dans ce recueil. On a pensé qu il ne devait pas s*ouYrir à des œuvres contemporaines, dans lesquelles les hommes vivants ouïes opinions diverses pourraient se trouver attaqués ou célébrés. Mû par ces considérations, le Comité a résolu de ne faire entrer dans la collection que des poésies antérieures au XIX* siècle.

Une question s*est présentée. Fallait-il admettre seulement la poésie populaire chantée? Fallait-il admettre également des poésies qui auraient été récitées publiquement, et même qui, grâce à une circulation considérable à Tétat de manuscrits ou d*imprimés, auraient eu une existence véritablement populaire ?

Le Comité a été d*avis que la poésie chantée devait former le fond de la collection et y tenir la plus grande place; mais il a pensé que des compositions poétiques , soit récitées en public , soit manuscrites ou imprimées , dont 1* origine et la destinée seraient très évidemment populaires , pouvaient être admises accessoirement, et M. V. le Clerc, membre du Comité, a rédigé en conséquence la note que voici :

ê tt Le Comité invite les personnes qui s'occuperont de recueillir des ballades narratives, des complaintes et autres chants populaires, à faire aussi parvenir au Comité, dans le cas où leurs recherches seraient heureuses, Tindication et, s'il est possible, la copie des manuscrits inédits qui renfermeraient, en langue vulgaire et en rimes, des Sermons, des Vies de saints ou de saintes, des Moralités et enseignements, des Dits sur les diverses professions, des Débats et disputes, àes Jeux ou pièces dramatiques, comme Aacassin et Nicolelte, Robin et Marion; des Contes, Lais ou Fabliaux; car dans tous ces genres de composition, dans les sermons eux-mêmes, peuvent se trouver des chants ou des fragments de chants populaires. »

Quant aux poésies chantées, qui sont appelées à former de beaucoup la majorité des pièces contenues dans la collection, il est très important de recueillir et de publier autant que possible les airs aussi bien que les paroles.

M. Vincent, membre du Comité, a l)ien voulu fournir à cet égard les indications et directions suivantes :

tt Les paroles ne sont que lune des parties de toute chanson. Il est donc fort h désirer que les correspondants prennent le soin d'indiquer les airs des chants dont ils communiqueront les paroles, lorsque ces airs seront déjà suflisam-

ment connus, ou même, dans le cas contraire, d*y joindre les notes de musique ou de simple plain-chant.

(( Il n est'poinl aujourd'hui de ville et même de village où quelques habitants ne soient suffisamment instruits poiu' pouvoir écrire à la dictée, c est-à-dire à l'audition, une phrase mélodique simple, comme le sont nécessairement les airs de tous les chants qui ont acquis les honneurs de la popularité.

(( Mais le Comité doit signaler ici à ses correspondants un écueil contre lequel pourraient se trouver arrêtées quelques personnes, très bonnes musiciennes d'ailleurs (et précisément par cela même quelles sont musiciennes), mais qui, n ayant point fait une étude spéciale de l'histoire de l'art, ignorent que les formes mélodiques adoptées aujourd'hui généralement, exclusivement même, ne sont pourtant qu'une pai'ticularité au milieu des formes nombreuses et bien plus variées par lesquelles elles ont pu passer dans la série des âges.

a Mais, sans entrer dans des détails qui seraient ici hors de propos sur la nature et sur Thistoire du rythme et de la tonalité, nous nous bornerons à dire que beaucoup d'anciens airs diffèrent des airs modernes, non seulement par l'absence d'une mesure et d'un rythme bien déterminés, mais par deux circonstances caractéristiques :

« i"" Que l'air peut finir autrement que sur la tonique, comme dans l'exemple suivant, qui se termine sur la dominante :

J'ai fait un ré- ve cet- te nuit, Xai fait un ré- ve cet- te

j JiiT»

nuit, Que m'a- mie é- tait morte, Que m*a- mie é- tait mor- te^^).

«2** Que l'air peut n'avoir point de note sensible, c'est-à-dire que le degré immédiatement inférieur à la tonique, au lieu d'en différer d'un demiton seulement, comme cela a toujours lieu dans la tonalité moderne, notamment dans le mode majeur» et même dans le mode mineur quand la

Voyez p. 4o8.

progression est ascendante, en diffère, au contraire, d*un ton plein, comme dans cet autre exemple :

A la daire fon tai ne ma don- dé. Les mains me suis la-

^J.N.iJ.iJ'ii ^rpii^Mri;rf.iii

vé ma don- de. Les mains me suis la vé. Les mains me suu la- vé^'^

«Ces deux circonstances, même celle qui regarde labsencc ou l'irrégularité du rythme, peuvent s'exprimer d'une manière simple et pratique, en disant qu'elles font ressembler ]a cantilène k un air de plain-chant.

uOr, quand une mélodie présente ces caractères, qui sont pour elle comme un cachet d'anfiquité, on conçoit combien il est important de les lui conserver. Mais, comme nous l'avons indiqué plus haut, les musiciens non archéologues , entraînés par leurs habitudes, éprouvent malgré eux la tentation de faire disparaître cette rouille précieuse, croyant enlever une tache. Pour les prémunir, il nous suffira de leur adresser cette simple recommandation : Ecrivez ïair tel que vous l'entendez chanter, et ne changez rien.

« Nous dirons aussi à nos correspondants : Ne nous composez pas d'accompagnements, et ne nous en envoyez aucun, si, faisant, en quelque sorte, un corps avec la chanson, il ne satisfait, comme elle, à la condition indispensable d'antiquité.

uNous accueillerons, au même titre, un air dépouillé de paroles, si, néanmoins, la tradition le rapportait à quelque chanson perdue.»

On peut puiser la poésie populaire à trois sources : dans les ouvrages publiés, dans les manuscrits et dans la tradition orale.

Les coiTespondants sont priés d'indiquer le titre exact, la date et l'édition des ouvrages publiés dans lesquels ils auront trouvé un chant populaire.

Quant aux manuscrits, on fera connaître leur provenance, on décrira la condition dans laquelle ils se trouvent, on s'efforcera dé déterminer leur âge et on établira leur authenticité.

Voyei p. ^17.

Si Ton trouve des variantes , on aura soin de les recueillir et de les envoyer au Comité. On fera de même pour les chants conservés parla tradition orale, dont le caractère est d*être perpétuellement modifiés par la transmission vivante qui les perpétue ^^\

Ces principes généraux établis, il reste à distinguer en différentes classes les poésies popidaires dont le Comité devra s occuper, et qu'il invite ceux qui voudront bien lui venir en aide à recueillir dans toute la France.

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