‹ Le Comité des travaux historiques et scientifiques (histoire et documents) (volume 2)Chapitre 99 sur 196 · PRIERES · texte numérisé non relu

PRIERES

A cette classe appartiennent certains chants dévots qui tiennent de la nature de la prière, et sont, pour ainsi dire, des prières populaires.

Tel semble être le petit Pater da bon Dieu , en périgourdin , recueilli dans le département de la Dordogne, par M. le comte de Mellet, correspondant du Comité.

Le Planch de san Esteve (complainte de saint Etienne), publié par Baynouard comme un des plus anciens monuments de la langue romane, et dans lequel un verset roman alterne avec un vers latin, se chante encore à Âix, le jour de saint Etienne, à la messe da peuple ^^K Ce chant religieux appartient à la poésie populaire; il est, comme les épîtres farcies , un dernier vestige de lantique intervention des fidèles et de la langue vulgaire dans l'office divin.

a. LEGENDES, VIES DE SAINTS, MIRACLES.

Les légendes qui se rapportent à la Vierge forment une classe à part et , sont empreintes souvent d'un charme singulier. Plusieurs récits du moyen âge fiirent consacrés à célébrer sa miséricorde et le pouvoir qu'elle exerce, au nom de sa maternité, sur Dieu même. Une chanson périgourdine,

^') « Quand des chansons ont été composées sur an air plus ancien , en remontant aux paroles qui ont donné à Tair le nom sous lequel il est connu , on a grande chance de rencontrer un chant populaire, quf souvent a donné à Tair sa popularité. » (Note communiquée par M. de la Villegille, secrétaire du Comité.)

^') Nodct sur la bibliothèt/ue dAix, par £. Rouard, Aix, i83d, p. 295-296.

envoyée par M. le comte de Mdlet, roule sur le même sujet. Voici la traduction, qu'il a transmise avec le texte :

Une âme est morte cette nuit« Elle est morte sans confession ; Personne ne la va voir.

Excepté la Sainte Vierge.

Le démon est tout à Tentour.

— Tenez, tenez, mon (ils Jésus, Accordez-moi le pardon de cette pauvre âme.

— Comment voulez-vous que je Jui pardonne ? Jamais elle ne m*a demandé de pardon.

•— Mais si bien à moi, mon fils Jésus, Elle m*a bien demandé pardon.

— Eh bien , ma mère , vous le voulez.

Dans le moment même je lui pardonne.

Nous citerons, comme exemple dune légende dévote et populaire, la Cane de Montfort, qu on chantait en Bretagne au temps de la jeunesse de M. de Chateaubriand, dont il cite quelques vers dans ses Mémoires, et que nous donnons d*après une version recueillie par M. le docteur Roulin.

LA CANB De'mONTFORT.

La voilà , la fille du Maine I Voilà que les soldats Femmënenl ; Comme sa mère la peignait.

Ils sont venus pour Temmener.

Oir n*était pas toute peignée Que les soldats Font emmenée.

011' dit en les regardant doux :

— Soldats, ou donc me menez- vous ?

— Et à qui veux-tu qu*on te mène.

Sinon à notre capitaine ?

Du plus loin quil la vit venir, De rire ne se put tenir.

— La voilà donc enfin, la belle Qui me fut si longtemps rebelle ?

— Oui , capitaine , la voilà , Failes-en ce qu il vous plaira.

nruasBiB «itimaib.

— Failes^k monter dans ma chambre; Tantôt nous causerons ensemble. • A chaque marche qu 011* mcmtait, A chaque marche 011* soupirait.

Quand 011e est seule dans la chambre, A prié Dieu de la défendre, A prié Dieu et Notre-Dame Qu*011* fut changé de feomie en cane

La prier fut pas terminée Qu*on la vit prendre sa Yolée, Voler en haut, voler en bas De la grand*tour Saint-Nicolas.

Le capitaine, voyant ça,

Ne voulut plus être soldat.

Être soldat ni capitaine ;

Dans un couvent se rendit moine.

Page 1