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ANCIENS MONUMENS

Paris, 10 mai 1810.

Le Ministre de L'iNTÉniEun (comte de Montalivet] aux Préfets.

J'ai besoin de renseignemens exacts sur les monumens français et principalement sur les anciens châteaux qui ont existé et qui existent encore dans votre département : ces renseignemens seront déposés au bureau de la statistique, où ils pourront être consultés, au besoin.

Je vous invite donc à vouloir bien m*adresser tous ceux qu'il vous sera possible de rassembler. Les questions suivantes vous feront connoître les objets sur lesquels vos recherches doivent porter plus particulièrement :

Queb sont U$ châteaux intéressans, soit par des faits historiques ou des traditions populaires, soit par la forme de leur architecture? en quel état se trouvent-ils? dans quelles communes sont-ils situés?

Quelles sont les anciennes ahhayes qui existent encore dans le département? oà sontrclles situées? dans quel état sont-elles? à quoi servent-elles maintenant?

Que sont devenus, oà ont été transportés les différens tombeaux, omemens ou débris curieux qui existoient, au moment de la Révolution, dans chacun des châteaux ou abbayes ?

Est-il quelque personne dans le département avec laquelle on puisse correspondre sur ces différens objets ?

Il faudroit que les réponses à chacune de ces questions fussent assez délailléçs pour qu'on eût une idée de l'intérêt que chacun des lieux peut présenter par son origine, par son importance dans l'histoire, ou par l'époque de l'art qu'il retrace ^^^.

Cette circulaire présente d'autant plus d'intérêt qu'on y voit déjà se dessiner le cadre d'une organisation de recherches scientifiques semblable à celle que Moreau avait conçue et que M. Guizot devait créer plus tard. Il s'agissait de rechercher en province des corres-

^') Circulaires, instructions et autres actes émanés du Ministère de V intérieur, a* édit., t. H, p. 186.

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pondants , répandus sur tous les points du pays , qui pussent collaborer à une œuvre commune centralisée a Paris. On ne peut s*étonner que l'initiative d'une teUe entreprise partit du Ministère de Tintérieur, puisque le Ministère de Tinstruction publique n'était pas encore constitué , mais eUe était due en réalité au comte de Laborde. Ainsi que nous l'apprend le procès-verbal de la séance du 20 novembre 1818 de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, les préfets, à cette date, avaient répondu à l'appel du Ministre : il existait au Ministère de l'intériem* une collection de mémoires concernant les anciens édifices et les antiquités de la France , que le Gouvernement proposait de déposer à la bibliothèque de l'Institut. L'Académie, consultée, profita de la circonstance pour exposer, dans un long et remarquable rapport, préparé par une sous-commission composée de MM. Valckenaer, Petit-Radel et de Laborde et rédigé par ce dernier, les origines de cette collection et le plan d'explorations nouvelles qui permettraient de la compléter et d'en tirer tout le parti désirable. Le rapport signalait d'abord les richesses monumentales de notre pays , puis il continuait : « Mais ce qui a toujours manqué à la France , c'est d'attacher à cette sorte de richesses l'importance qu'elle mérite, de veiller à sa conservation, et de chercher, sous le rapport de rinstruction et de l'histoire nationale, à en tirer parti. Il n'a jamais existé d'ouvrage méthodique qui présentât la nomenclature des monumena de tous les temps; à plus forte raison d'ouvrage destiné à en offîir la représentation. » Et cette lacune était d'autant plus déplorable qu'elle avait peut-être contribué aux désastres subis par nos moniunents durant l'époque révolutionnaire. «Pendant qu'on perdoit ainsi un temps précieux pour constater les travaux des siècles, disait le rapport, les siècles détruisoient les travaux; et la Révolution, plus habile encore que le temps, leur portoit un coup mortel. On estime que la moitié au moins des constructions monumentales relatives aux événemens de notre histoire a été détruite pendant ce court espace de temps, sans qu'il en reste, du moins pour la plupart , aucun dessin , aucun plan qui indique leur forme ; sans qu'on ait

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même conservé , dans aucwi Ministère , des notions de ce qui s est passé à cet égard. Une des causes qui ont contribué , sans doute , à la destruction rapide de ces édifices , a été le peu d'intérêt qu'on étoit habitué à leur accorder. C'est dans cet état de choses qu'un de nos confi^ères f^J entreprit, en 1810, de réunir, dans im grand ouvrage et par ordre chronologique , la description et les dessins de tout ce qui nous reste encore de précieux dans ce genre d'édifices et d'y joindre les renseignemens qu'il pourroit se procurer sur ceux qui avoient été détruits. Il pensa que le meilleur moyen poiu- parvenir à ce but étoit d'y faire coopérer les administrations locales, qui auroient, sans doute, connoissance de ce qui s'étoit passé et pourroient suppléer, par la tradition, au défaut de documens positifs. En conséquence, il pria le Ministre de l'intérieur de vouloir bien proposer aux différens préfets des départeraens le questions suivantes. » Le rapport reproduisait ici la circulaire de M. de Montalivet, et il continuait : « On voit que les trois premières questions avoient pour but de former im fonds d'archives nationales; et la quatrième, d'établir un moyen de correspondance pour compléter, à mesure, cette collection. Il ne fut pas question, dans ces demandes, de monumens grecs et romains, parce que l'auteur de la circulaire craignit de trop exiger de l'Administration pour son intérêt particulier: il pensa d'ailleurs que ces monumens dévoient avoir peu souffert dans la Révolution; qu'ils sont, en général, plus connus et qu'ils appartiennent à un genre d'étude qui n'est pas aussi répandu dans les provinces, ni aussi familier aux personnes uniquement occupées d'administration. Plusieurs préfets s'empressèrent de répondre aux différentes questions, et envoyèrent des mémoires; d'autres, après s'être fait longtemps presser, firent parvenir des renseignemens incomplets; d'autres, enfin, ne répondirent point du tout. Au bout d'un an, on cessa toute correspondance siu* cet objet, et Ton parut ne s'en plus occuper. Enfin, après six ans de silence absolu, le Ministre de l'intérieur, vers le milieu de l'année dernière,

^') M. le comte de Laborde.

rappela aux préfets la circulaire de Tannée 1810 et les engagea à y faire droit ; mais la plus grande partie resta encore en retard. *

Le rapport de M. de Laborde exposait ensuite , avec la plus grande perspicacité, les causes de ce demi-insuccès, ou si Ton veut de ce demi-succès de la tentative dont il avait été Tinspirateur. Elle avait souffert du mal dont l'eutreprise de Moreau avait eu également si souvent à se plaindre, nous voulons parler du manque de ressources matérielles. L'appel adressé au zèle désintéressé des préfets et des savants de province n'avait pas été partout entendu. Des fonctionnaires qui ne possédaient aucun fonds pour l'exécution de Tœuvre qu'on leur confiait ne pouvaient s'en acquitter avec beaucoup de dévouement; et quant aux savants de province, ils ne se sentaient pas assez soutenus , assez liés à TAdministration , assez encouragés par elle poiu* consacrer de grands efforts à des travaux dont ils ne voyaient bien ni le but, ni les résultats définitifs. A la vérité, M. de Laborde espérait , comme Moreau, arriver par les moyens de sentiment à se procurer des colla* borateurs. Il parlait de « mettre en action l'émulation », d'intéresser « les principaux habitans à l'illustration du sol qui les avait vus naître ; » il citait fexeniple de conseils généraux, qui , mus par des considérations de générosité patriotique, avaient voté des fonds pour l'impression d'ouvrages archéologiques et pour seconder l'enquête sur les antiquités de leur déparlement. Mais il constatait que ces libéralités n'étaient que des exceptions et qu'il faudrait, pour les généraliser, une intervention plus directe du Gouvernement. Quoi qu'il en fût, la totalité des mémoires envoyés par le Ministre de l'intérieur à l'Académie remplissait deux cartons : sur quatre-vingt-six départements , quarante et un avaient foiuni des renseignements complets, six n'avaient répondu que sommairement, et trente-neuf n'avaient absolument rien envoyé. D'aillemrs, la qualité des envois n'était pas toujours en raison directe de la quantité. « Tous ces mémoires ne sont pas également iptéressans, disait le rapport; on voit même que la plupart sont des compilations dont les auteurs ont seulement évité d'indiquer les sources. Il seroit convenable , si ce travail devoit se continuer, d'invi-

ter les personnes qui s'en occuperont à s'attacher surtout à donner des détails matériels siu: lès édifices, à recueillir toutes les notions locales et, en quelque sorte, populaires, qui aur oient rapport à leur état et aux changemens qu'ils ont éprouvés; et, lorsqu'elles voudront y joindre des recherches plus étendues, à choisir les notices inédites, les chartes manuscrites, de préférence aux ouvrages déjà imprimés sur les provinces. »

L'Académie fiit davis, en effet, que le travail devait être continué ; mais elle pensa en même temps qu'il fallait en élargir le cadre, lui donner une extension toute nouvelle , organiser une enquête complète sur nos monuments nationaux. Voici en quels termes sa commission lui proposait l'extension de l'idée première : « L'Académie a vu, par les détails qui viennent de lui être soumis, qu'une partie des mémoires envoyés par le Ministre contient des renseignemens intéressans , qu'une autre partie est attendue; que si la collection étoit complète, elle formeroit un dépôt précieux d'archives nationales et scientifiques , et qu'enfin il est à désirer que le travail se continue. La conunission pense que, pour atteindre ce but, il faudroit désigner un emplacement où l'on mettroit, dans des cartons étiquetés, ces matériaux, à mesure qu'ils arriveroient; qu'il seroit utile de les classer et d'en établir le sommaire , et de faire à l'Académie un rapport annuel sur leur accroissement. L'Académie continueroit à se servir des moyens de correspondance du Ministre , ainsi que Son Excellence le lui propose dans sa lettre, pour recueillir 4es documens qui n'auroient point été envoyés. Seulement elle agrandiroit le cercle de ses recherches à cet égard , et ne les borneroit plus aux renseignemens relatifs aux travaux d'un simple particulier et pour un seul ouvrage , ainsi que la chose a eu lieu d'abord. Elle rédigeroit une nouvelle série de questions plus générales, plus étendues, qu'elle prieroit le Ministre de faire imprimer et d'envoyer aux différens préfets. Ces questions comprendroient ce qui a rapport aux antiquités gauloises, grecques et romaines, les vestiges des voies antiques, les bornes militaires, et la liste sommaire des chartes, titres ou autres instrumens diplomatiques qui peuvent

exister dans les départemens. Il est facile de remarquer que la brièveté des questions insérées dans la première circulaire, et le défaut d'explications sur la nature de ces questions, sont, en partie, cause que plusieurs des mémoires envoyés n'ont pas répondu au but qu'on

s'étoit proposé Il n'y a aucun doute que le recueil des mémoires

archéologiques, aujourd'hui assez imparfait, s'enrichit bientôt de matériaux précieux qui seroient envoyés de tous côtés , surtout si le Ministre , ainsi qu'on doit l'espérer, partageoit, à cet égard, le vœu que TAcademie pourroit lui manifester; s'il voyoit, conune elle, l'importance de cette concentration de travaux , de cette fondation utile et peu dispendieuse , il pourroit alors autoriser, ainsi que nous l'avons indiqué plus haut , les conseils généraux de département à voter quelques fonds pour accélérer les recherches utiles. Il pourroit également réunir à cette collection les matériaux épars qui s'y rattachent, tels que plusieurs très beaux plans et coupes des églises d'Amiens , de Corbie et de Gisors , qui sont au dépôt des bâtimens civils ; tels que les bas-reliefs et notices de la bibliothèque M azarine , et d'une partie des églises de Paris qui existent à la préfectiu:e de la Seine et dont on pourroit demander les calques , s'il n'étoit pas possible d'avoir les originaux. M. le Secrétaire perpétuel de l'Académie s'empressera, sans doute, de rendre compte , dans les Mémoires de la Classe , de l'état progressif de ce recueil, et ce seroit un moyen de donner aux personnes qui auront contribué à l'enrichir, un témoignage flatteur de satisfaction , auquel elles seront sensibles et qui les encouragera dans leurs travaux. ■ Et le rapport se terminait par les conclusions que voici : • La commission a rhonneiu*, en conséquence, de proposer à l'Académie les conclusions suivantes : i** de continuer de renvoyer tous les écrits, plans ou mémoires relatifs aux monumens de la France, à mesure qu'ils pourront lui arriver, à Ja commission qu elle a précédemment nommée, qui auroit soin de les classer et de les déposer au secrétariat, dans des cartons particuliers ; 2^ d'adresser au Ministre copie ou extrait de ce rapport, avec invitation de vouloir bien donner suite aux excellentes intentions qu'il a manifestées par la

remise des premiers mémoires , et de permettre que l'Académie , par son entremise , donne mie nouvelle extension à ce travail , afin d'en former un dépôt de renseignemens utUes et intéressans pour Thistoire et les moniunens de la France ^^K »

L'Académie approuva et adopta ces conclusions. On voit que l'entreprise dont elle votait l'exécution n'était, dans son genre, ni moins vaste , ni moins importante que celle de Moreau au siècle précédent. La conception nouvelle de l'histoire qu'on avait à cette époque, conception que nous essaierons de définir tout à Theure , ne permettait plus de laisser en dehors des études érudites toute une série de monuments sur lesquels s'était portée fort peu jusque-là l'attention de rhistorien. Faire parler les pierres , conmie on avait fait parler les chartes,. retrouver la trace du passé, non seulement dans les œuvres écrites, mais dans les diverses manifestations de l'art, y découvrir non seulement des modèles de goût, mais des documents historiques, appliquer le mot d'archives, conmie le faisait sans cesse le rapport de ' M. de Laborde, aussi bien aux descriptions, aux plans, aux catalogues d'édifices qu'aux recueils d'actes pubhcs ou privés , confondre tous les titres d'un peuple , quelle qu'en fiit la nature , dans le même sentiment de respect et de curiosité, telle était l'idée qui s'emparait des esprits, et qui se manifestait nettement dans le projet préparé par l'Académie des inscriptions et belles-lettres. L'héritage de Moreau s'augmentait d'un autre héritage, qui le grossissait singulièrement. Il était clair que , lorsqu'im homme tel que M. Guizot les recueillerait l'un et l'autre , il saurait les imir désormais d'ime manière indissoluble. Mais, si Moreau lui a laissé de grands travaux accomplis, il n'en a pas été de même de l'Académie des inscriptions et belleslettres , qui n'a pu lui léguer qu'un programme , n'ayant point eu les moyens nécessaires pour conduire et mener à bonne fin l'œuvre dont elle avait pris l'initiative. Ce n'est pas qu'elle n'eût sérieusement essayé de le faire. Nous croyons devoir citer in extenso le questionnaire qu'elle rédigea pour être envoyé aux préfets et aux savants de

^*^ Histoire et Mémoires de f Académie des inscriptions et helles-lettres , t. VII, p. 7-17-

province , parce qu^il sera très intéressant de le comparer au questionnaire archéologique du Comité de M. Guisot, que nous publions dans ce recueil (^l II suffira de les mettre Tun à côté de Tautre pour reconnaître que , si le premier avait obtenu des réponses suffisantes , M. Guîzot n^aurait pas eu à reprendre presque complètement Tenquête sur Tétat de nos richesses archéologiques.

INSTRUCTION JOINTB AU RAPPORT DE LA COMMISSION DES MEMOIRES ET DES ANTIQUITES DE LA FRANGE ^^\

Rechercher et décrire, dkns chaque département :

1® Tous les monumens en pierres simplement posées ou superposées, cou* nus du vulgaire, dans divers endroits, sous les noms de pierres aax fées, de pierres levées, etc. , et auxquels on a attribué la dénomination de monumens celtiques;

a® Toutes les éminences ou terres rapportées, connues sous le nom de tanmli; indiquer ceux qui n'ont pas été fouillés, |et les objets qu'on a trouvés dans les fouilles;

3^ Les vestiges de toutes les routes anciennes ou du moyen fige, soit même des routes moins anciennes, qui auroient été abandonnées depuis longtemps. Citer les lieux par où elles passent, et dresser une carte de ces routes. Indiquer exactement les villages, ou même les édifices, ponts ou autres constructions qui se trouvoient sur ces routes et qui n'existent plus; donner les détails les plus circonstanciés sur ces lieux ou ces édifices, lorsqu'ils nVuront pas été décrits dans quelque ouvrage imprimé; s'ils ont été décrits, donner le titre de ces ouvrages, et indiquer les pages où se trouve la description : se contenter ensuite de décrire leur état actuel, et s'ils appartiennent à des particuliers, faire connoitre le nom des propriétaires;

4^ Toutes les bornes milliaires antiques qui existent encore, ou qui ont été trouvées autrefois. Faire connoitre, par des cartes dressées ad hoc, ou par une distance donnée à un lieu marqué sur les cartes gravées, l'emplacement précis où elles ont été trouvées, et indiquer ce que sont devenues celles qui ont été déplacées; donner les titres des ouvrages où elles ont été décrites, et indiquer les pages où se trouvent ces descriptions;

5^ Tous les monumens, édifices, colonnes, fondations, murs de villes : il

i»)T. II,p. 8i.

^*) Histoire et Mémoires de l'Académie des inscriptions et hêlles-lettres , t VU, p. 17-1 9«

faut surtout remarquer, dans ces murs de villes, ceux qui attestent diverses époques par des coustructions différentes, savoir : avec ou sans ciment, en^ pierres grandes ou petites, carrées, parallélogrammes, ou en losange, décrire les tours rondes ou carrées et les portes.

Dans les murs qui passent pour être de construction romaine, examiner attentivement s'ils ne sont pas fondés sur des suhttmctions plus anciennes, gauloises peut-être, ou grecques dans les villes du Midi.

Remarquer encore s'il n'existe pas de monumens de leurs agrandissemens successifs; remarquer toutes les constructions antiques ou du moyen âge, toutes celles qu'on croit antérieures au x* siècle; indiquer bien exactement leur emplacement, et faire connoitre la configuration du terrain qui les environne; donner des dessins et des descriptions détaillées de celles qui seroient inconnues; et pour celles qui auroient déjà été décrites, indiquer le titre des ouvrages qui en font mention, et citer les pages qui contiennent tout ce qui leur est relatifs

6"* Indiquer exactement tous les emplacemens où l'on a trouvé, à différentes époques, des antiquités quelconques, et la nature de ces antiquités; faire connoitre les traditions relatives à ces lieux, et les ouvrages qui en ont parlé.

7® Rechercher et décrire toutes les inscriptions ou fragmens d'inscriptions, soit grecques, soit latines, soit du moyen âge, qu'on croit antérieures au x* siècle, et qui se trouveroient dans le département.

[Donner des /ac simile^ d*après les procédés juivans :

Pour obtenir ce qu'on appelle un foc simile, il faut se munir d'une boite d'encre d'imprimerie et d'une feuille de papier peu collé et flexible. Au moyen d^un tampon ou balle d'imprimeur, on tamponne le marbre, ou la pierre de l'inscription et l'on applique la feuille de papier, ou successivement plusieurs feuilles , sur la pierre , en appuyant avec la main. Il résulte de cette opération faite avec soin, que les lettres se marquent en blanc sur la feuille noircie. Ce moyen est plus sûr que de copier.

Une autre méthode, qui s'applique aussi aux sculpteurs, consiste à fixer sur le modèle un papier très fin et très compact à la fois; on a un lai^e tampon en peau retournée, et rembourré, qu'on charge de bonne mine de plomb, mise en poudre impalpable. Il suffit de passer avec légèreté le tainpon sur le papier, et une seule fois, en appuyant cependant d'une manière convenable. L'empreinte est marquée nettement par-dessus, et du premier coup. Si les figurines sont sculptées en creux, elles se dessinent en blanc sur un fond noir; si elles sont en i^elief, elles se dessinent en noir sur un fondi blanc. Le tampon, en passant sur les parties pleines et trouvant de la résistance, laisse nécessairement le noir, et quand il vient à rencontrer un creux, il ne marque plus, faute de point d'appui. A la vérité, il

tanHHSKIC NATIOSALE.

faut que le papier ait^ en même temps, assez de finesse, de ténacité, même de souplesse, pom* se prêter à toutes les formes et résister à la pression; autrement, on ne réussirolt pas, ou très imparfaitement, et on n^obtieodroit pas des contours très arrêtés. Mais, en opérant avec soin, on a, par ce moyen, et en quelques minutes, 1: empreinte d'une surface de 3 à 4 mètres carrés, quelque chai]g;ée qu'elle soit de caractères ou de figures ^^K]

Indiquer tous les ouvrages où les inscriptions seroient déjà rapport.ées, et les pages de ces ouvrages où elles se trouvent relatées.

S"" Rechercher et décrire toutes les anciennes abbayes, tous les anciens châteaux, et toutes les constructions faites depuis le conunencement du x* siècle jusqu'à la fin du xiv*; donner des dessins de celles qui sont suflisanmient conservées; faire connoitre les ouvrages où elles sont décrites, et citer les pages où se trouvent ces descriptions;

9® Les châteaux, abbayes ou autres constructions, depuis la fin du xiv"* siècle jusqu'à nos jours, qui se font remarquer, soit par les formes de leur architecture, soit pal* des traditions populaires. Faire connoitre celles qui ont été détruites, la destination actuelle de celles qui existent; dire ce que sont devenus et où ont été transportés les tombeaux, omemens ou débris curieux qui y existoient; donner les titres des ouvrages qui en auraient parié.

10® Rechercher les épitaphes ou inscriptions les plus remarquables qui pourraient être utiles pour l'histoira, et qui se trouvent sur tous les monumens modernes.

11® Rechercher particulièrement, parmi les titres, les noms que les différens lieux ont portés, soit en latin, soit en français ancien ou en dialecte vulgaire, et étendra ces racherches jusqu'aux petits lieux ou hameaux qui pourroient dépendra d'une commune.

12® Donner la liste des anciennes chartes, des anciens titras, des anciennes chroniques, des mémoires, des vies de personnages célèbres, et enfin de tous les documens manuscrits utiles pour l'histoire, qui existent dans le département, soit dans des bibliothèques ou dépôts publics, soit entre les mains des particuliers; et, lorsqu'il sera possible, faire dresser, des plus intéressans, des notices plus ou moins étendues.'

Certifié conforme :

Le Secrétaire perpétuel,

Dagier.

Ce questionnaire fut envoyé aux préfets, avec le rapport de TAcadé-

<^) Extrait du Bulletin de la Société jrencoura(fement, année i8i6.

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mie, par le comte Decazes, Ministre de Tintérieur. Danstme circulaire, en date du 8 avril 1819, il leur recommandait de s'en inspirer et de le prendre comme guide pour les recherches à faire, dans les lieux où l'on n'avait point répondu à la circulaire de 1 8 1 o , et pour la nouvejyie direction à donner aux investigations, dans les villes qui avaient satisfait la première demande. Il les engageait, en outre, à choisir, dans chaque département, une personne habile et zélée, qui pût se charger de cet ouvrage. « L'objet est important, disait-il, et ne doit plus être abandonné. Les mémoires et matériaux que vous me communiquerez ne resteront point ensevelis dans des dépôts ignorés ; ils seront , au contraire , aussitôt après leiu* ai'rivée , transmis à l'Académie , et de suite livrés à l'examen de la commission formée dans son sein pour le dépouillement et le classement des notices et documens. Cette commission se mettra en relation avec les auteiu*s des mémoires , et chacun jouira de la part de gloire et de reconnoissance due à sa coopération. On formera, par ce moyen, des archives précieuses de nos antiquités nationales; et, plus riche en ce genre que l'Espagne et l'Angleterre , la France ne demeurera pas en arrière pour la connoissance et la description de ses monumens. Il y aura quelques frais à faire pour les déplacemens, les copies, les plans à dessiner : ces dépenses seront aisément prélevées siu* les fonds ordinaires de votre budget. Ces paiemens se diviseront sur plusieurs exercices et ne demanderont jamais que de modiques sommes chaque année. Dans im assez grand nombre de départemens, les conseils généraux, allant au-devant des demandes de l'Administration, ont voté, l'an dernier, des crédits poiu* des objets de cette nature. Je ne doute pas que vous ne les trouviez disposés à vous procurer les ressoiu'ces dont vous aurez besoin pour l'accomplissement du projet que je viens de développer, conformément aux vues de l'Académie. Je vous recommande cette afiaire, et je vous prie de me tenir informé du résultat des mesures que vous aurez prises pour exécuter les dispositions que je vous ai indiquées (^^ »

^'^ Circulaires, instructions et autres actes émanés du Ministère de l'intérieur, t. III, p. 4o3- Âio. /

GXXXU

En dépit de cette sollicitude du Ministre de l'intérieur, Tœuvre ne réussit pas. Il était d'abord bien difficile qu'elle fût utilement dirigée faute d'un Ministère ayant une compétence scientifique suffisante, et puis les ressources à l'aide desquelles on l'entreprenait étaient si précaires, si insuffisantes que le résultat ne pouvait pas être important. L'action du Ministre était trop impuissante, celle de l'Académie trop indirecte. On ne devait pas tarder à s'apercevoir que, pour ces grandes entreprises s'étendant à tout le pays et exigeant d'innombrables auxi liaires, il fallait un budget spécial, une organisation régulière et l'intervention constante de l'Administration. C'est ce que Moreau n'avait cessé de dire au xviii** siècle ; c'est ce que M. Guizot répétait, en 1 833 , lorsqu'il préparait la création de ses comités : « Au Gouvernement seul il appartient, écrivait-il, de pouvoir accomplir le grand travail d'une publication générale de tous les matériaux importants et encore inédits sur l'histoire de notre patrie. Le Gouvernement seul possède les ressources de tout genre qu'exige cette vaste entreprise ^^\ ■ Encore faut-il que le Gouvernement soit organisé pour faire usage de ces ressources. 11 ne l'était pas en 1 8 1 g. Aussi le Ministère de l'intérieur ne tarda-t-il pas à répudier la mission qu'il avait assumée sans en mesurer les difficultés. Le 3 avril 182^ la circulaire suivante fut adressée aux préfets.

Monsieur le Préfet,

Far suite des dispositions de la circulaire du 8 avril 1819, de nombreux mémoires sur les antiquités de la France ont été adressés au Ministère et communiqués à l'Académie royale des inscriptions et belles-lettres.

L*envoi de ces mémoires avait pour but la publication d'un recueil destiné à faire connaître les richesses archéologiques de la France. Les matériaux réunis jusquici par l'Académie paraissant devoir être plus que suiBsans pour la rédaction de cet ouvrage, je vous invite à faire, jusqu'à nouvel ordre, cesser toute correspondance relative à la recherche des antiquités ^^\

Recevez, etc..

Le Ministre, Secrétaire d'Etat au département de l'intérieur^

GORBlàRE.

f'ï T. II, p. 4.

^^ Archives nationales, F*' 36.

— cxxxiri —

En réalité l'œuvre était abandonnée, et nos monumentwS, comme nos archives, restèrent jusqu'en i833 dans l'état où la Révolution les avait laissés.

Mais en i833 furent jetées les bases d'une entreprise qui, selon la prévision de son promoteur, M. Guizot, ne devait pas être, comme celles qui l'avaient précédée, « un elFort accidentel et passager, mais un long hommage et, pour ainsi dire, une institution durable en l'honneur des origines , des souvenirs et de la gloire de la France. » Pour se rendre compte du caractère de cette entreprise , des idées qui ont présidé à ses origines et d'où sont sortis ses développements successifs, il faut se reporter par la pensée aux années fécondes de la première moitié du siècle , alors que notre pays , rassasié de gloire militaire , fatigué par ses victoires et par ses désastres, vaincu sans jamais avoir été humilié , reportait toute son activité vers la vie civile , cherchant à la fois dans la liberté , dans les arts , dans les lettres et dans les sciences , la consolation ou la revanche de ses malheurs. Un immense mouvement politique et intellectuel succédait au mouvement belliqueux qui avait ébranlé l'Eiu^ope jusque dans ses fondements et changé parfois la face du monde. Même après la chute retentissante de l'empire et la restauration de la monarchie, les principes de la Révolution avaient triomphé ; ils étaient devenus la base inébranlable de nos institutions , dont la forme n'était monarchique qu'à la condition d'être également Ubérale et parlementaire. Pom* avoir essayé de revenir vers le passé, la branche aînée des Boiu^bons avait été emportée par une courte insurrection, et ime branche nouvelle Tavait remplacée. Toutefois, l'amour des libertés modernes ne se traduisait plus, comme sous la Convention nationale , par une haine aveugle de la vieille France. La chaîne des traditions, brusquement interrompue, avait été renouée. De toutes parts les liens qui unissent les générations présentes aux générations disparues étaient rétablis. Personne ne songeait plus à élever des constitutions en l'air, sans autre aide que la raison pure , ni à remplacer

toutes les lois anciennes par la déclaration des droits de l'homme et du citoyen. On cherchait, au contraire, dans Tordre politique, à rattacher les réformes déjà réahsées , et celles pour lesquelles on luttait encore , aux doctrines et aux coutumes d'autrefois ; on s'enfonçait aussi loin que possible dans les obsciu-ités de nos origines pour y retrouver les titres , quelque peu efiacés, sur lesquels on s'efforçait d'appuyer les revendications contemporaines. C'est au nom de la vieille liberté, plus ou moins authentique , de nos pères qu'on réclamait une liberté nouvelle. De même, dans l'ordre administratif, on revenait aux théories de Moreau et à la maxime de Montesquieu : « Il faut éclairer l'histoire par les lois, et les lois par l'histoire. > On pensait que l'économie politique, administrative et financière, n'est pas seidement une science de principes et de dissertations , mais aussi , mais siutout une science d'apphcation , de pratique, de conduite, qui ne peut reposer que sur l'histoire des faits économiques et de leurs rapports avec les événements ou avec les personnes. « Regardons autour de nous et comparons , disait en substance , dans la préface de son ouvrage , l'éditeiu* du Recueil des anciennes lois françaises. Les domaines, les eaux et forêts, les douanes, la policé nu*ale, la voirie, les dessèchements, les mines, la marine , les colonies , la guerre , la comptabilité générale et mimicipale, etc., presque toujours , presque partout, se régissent par des ordonnances antérieures à i 789; et cependant vous prétendez rompre avec le passé , tout au contraire de ces parlementaires étrangers qui n'oseraient traiter une question sans en avoir approfondi l'historique jusque dans les siècles les plus reculés I . . . Le mérite d'un législateur consiste moins à créer qu'à profiter de ce qui est pour asseoir un édifice solide et durable ... Si le Gouvernement médite im projet de loi ou un règlement, les conseillers d'État, chargés de la rédaction et de la première discussion, ne peuvent mieux éclairer la religion du monarque qu'en recherchant tout ce que la monarchie a laissé de moniunens sur la matière, et en les combinant avec notre état politique. »

Ainsi s'exprimait l'auteur de ce Recueil des anciennes lois françaises,

le seul que nous possédions encore aujourd'hui. L'utilité ne saurait en être trop reconnue. Mais ce langage ne ressemble-t-il pas, à s'y méprendre, au langage de Moreau? Ne nous fait-il pas rentrer dans la tradition du dépôt des chartes? Ne nous prépare-t-il pas à, la voir renaître? Jetons d'ailleurs un coup d'oeil, non seulement sur la politique et Tadministration pendant la Restauration et les premières années du Gouvernement de Juillet, mais encore sur les arts et sm* les lettres : nous rémarquerons qu'ils s'inspirent également de l'histoire , qu'ils ont également la prétention de demander des leçons au passe, de le faire revivre et de le « combiner » avec le présent pour produire des œuvres nouvelles , vraiment nationales, animées d'un souffle original et puissant. C'est le moment où le romantisme éclate de toutes parts, remet le moyen âge à la mode, découvre la beauté de nos vieilles cathédrales et de nos vieux édifices, si mal jugés par les artistes des xvii*^ et xvni® siècles, rajeunit nos vieilles chansons de gestes , nos vieux drames , nos vieux romans , et retrempe la poésie moderne en la conduisant à l'école des maîtres d'autrefois. L'histoire est donc partout, comme la grande inspiratrice vers laquelle se portent à l'envi hommes politiques, administrateurs, artistes, écrivains. Mais c'est dans l'enseignement public qu'elle apparaît surtout avec une autorité imposante et une élévation qu'on n'avait point encore connue. Après les grandes secousses de la Révolution , où la civihsation même avait semblé parfois comir les risques les plus graves , après les guerres prodigieuses de l'Empire , d'où un ordre de choses imprévu avait failli surgir, une sorte d'incertitude pesait sur les consciences , et les lois qui président au progrès , au développement normal , à la marche régidière des nations, dénaturées par des événements si extraordinaires, n'apparaissaient plus qu'incertaines et troublées aux regards les plus clairvoyants. C'est pour les dégager des obscurités contemporaines que l'histoire- devint l'objet d'une laborieuse investigation. Les faits ramassés péniblement aux siècles précédents par les Bénédictins , les Jésuites et les Oratoriens, par les Ducange , les Baluze , les Duchesne et par les collaborateurs de Moreau, en un mot par ces admirables

écoles d'érudition et par ces érudits incomparables qui sont la gloire des études savantes dans notre pays , furent repris , réunis et vulgarisés. De nombreuses publications les répandirent sur tous les points de la France , tandis qu à Paris la parole périodique et puissante qui partait de la Sorbonne et du Collège de France les commentait, les interprétait « les expliquait, en tirait de vastes généralisations, où les événements venaient se grouper en de larges classifications unies les imes aux autres par des principes supérieiu*s , dominant l'histoire entière et la ti*ansformant en une philosophie hiunaine d'une hardiesse et d'une nouveauté dont tout le monde était ébloui. Sans doute, il y avait bien des points faibles, bien des lacunes, bien des vues hasardées dans cette œuvre un peu hâtive. L'érudition méticuleuse de nos jours recule devant les conceptions d'ensemble où l'on se complaisait durant la première moitié du siècle. Elle les trouve trop étendues pour être partout parfaitement justes; elle signale leurs imperfections; elle découvre des séries de faits qui échappent aux explications sommaires qu'on a voulu leur donner; elle montre que la philosophie de l'histoire est beaucoup moins solide qu'on ne l'a cru, que ses lois sont bien loin d'être indiscutables et que , dans la vie des peuples comme dans celle des individus , les causes fortuites , secondaires , contingentes détruisent bien souvent le jeu des causes premières auxquelles on prétend rattacher tous les événements. « Il y a bien plus de choses dans le monde, dit à son interlocuteiu* un personnage de Shakespeare, que n'en contient ta philosophie.» Mot profond, qui pourra toujours, hélas! s'appliquer à toute philosophie. Il n'en est pas moins vrai que les généralisations historiques ont, à leur heure, leur utilité et leur fécondité. Il en est d'elles comme des hypothèses dans les sciences physiques et naturelles. 11 suffit qu'une hypothèse rende compte, à un moment de l'existence de ces sciences, de tous les phénomènes connus , et surtout qu elle ouvre un vaste champ d'expériences , en vue de la recherche de phénomènes nouveaux, pour qu'elle soit admise et reconnue vraie. Elle est vraie de toute la vérité des découvertes faites et de celles qu'elle fait faire. Peu importe, d'aiUeiurs,

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