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lument la Révolution , mais à constater les avantages de son omvre sans en dissimuler les inconvénients.
C'est à la Révolution que nous devons un service général des archives qui s'étend au pays tout entier. Notre situation, à cet égard, est presque unique en Europe ; aucune autre nation ne possède une organisation aussi complète que la nôtre. La Belgique et Tltaiie peuvent seules rivaliser avec nous, mais non d'une manière absolue (^). Cest que, chez aucune autre nation, il n'y a eu, conune en France, une suppression brusque des institutions anciennes, une rupture totale avec le passé. Avant la Révolution, nous ressemblions à tout le monde; nous n'avions pas à proprement parler d'archives nationales. Il y avait les archives de la Couronne, le Trésor des chartes, les archives des administrations diverses, des institutions de tous les ordres : judiciaire, ecclésiastique, seigneurial, etc. Il y avait les archives des communautés religieuses et laïques, des municipalités, des paroisses et des hôpitaux, etc., etc.; en un mot une multipUcité infinie de dépôts appartenant à des propriétaires également multiples et n'ayant aucun lien entre eux. L'idée même des papiers d'Etat était si confuse et si peu précise, que la plupart des hommes publics, ministres, ambassadeiu*s , etc., considéraient les dossiers des grandes affaires qu'ils, avaient à traiter comme leur propriété privée. En tombant du pouvoir, ils n'hésitaient pas à les emporter ; ils les transmettaient par héritage à leurs enfants , avec leurs meubles et immeubles. La démarcation eintre le bien public et le bien particulier de ceux qui touchaient à la politique n'était pour
^^) La Belgique et Tltalie ont, en effet, un service' centralisé et plus hiérarchique que le nôtre. La Belgique nous a précédés dans la publication des inventaires royaux et municipaux. En Italie, les archives royales sont réparties entre plusieurs villes. 11 y a, en outre, des dépôts locaux administratifs, judiciaires, financiers. Les archives notariales y sont conservées et les notaires y font des versements périodiques.
Il est certain que la domination française, au commencement de ce siècle, n*est point étrangère à cet état de choses; mais d*ailieurs, dans aucun de ces deux pays, TEtat n*a, comme chez nous, entre les mains la totalité des archives ecclésiastiques et une partie des archives nobiliaires.
ainsi dire pas fixée. Si Ton en rencontre la notion, c'est sous une forme très altérée , même chez les plus grands , même chez ceux qui ont eu l'idée la plus nette de l'État et qui ont le plus contribué à la répandre autour d'eux et après eux , chez Colbert par exemple. Nous n'avons pas besoin d'insister sur les inconvénients et de faire ressortir les dangers de cette extrême subdivision de nos archives avant 1789, et de cette difficulté où l'on était alors de les placer sous l'autorité supérieure du Gouvernement; ils éclatent à chaque ligne des documents que nous avons réunis au sujet de l'entreprise de Moreau. Dès l'abord, cette entreprise se heurte à un obstacle presque insurmontable : le nombre des dépôts , l'indépendance et le mauvais vouloir de leurs propriétaires, Timpossibilité de contraindre ces derniers à les tenir en ordre , à en dresser le catalogue et l'inventaire, enfin à les ouvrir à la curiosité des savants et à les soumettre au contrôle des représentants de l'État. Malgré Ténergie de ses prétentions, Moreau devait s'arrêter sans cesse, non seulement devant les archives privées, dont on refusait Taccès à ses collaborateurs, mais devant les archives des Parlements et du Clergé, où il ne lui était pas plus facile de pénétrer. C'est même pour tourner les barrières qui s'élevaient devant toutes les archives, à part celles qui appartenaient directement à l'État, que Moreau résolut de chercher à prendre copie des documents historiques qu'elles contenaient et à former ainsi une collection qui du moins ne serait jamais interdite aux travailleurs. Son premier projet, on s'en souvient, avait été de se borner à dresser l'inventaire de tous les dépôts, avec des notices sur les chartes qu'ils contenaient. Mais Bertin lui fit remarquer que ces chartes, peut-être imparfaitement signalées et décrites, risqueraient de disparaître ou d'être soustraites au public savant. De là l'idée de les copier, idée d'une exécution presque irréalisable, étant donné le personnel insuffisant dont on disposait. La correspondance de Moreau avec les intendants, les procureurs généraux, les évêques, etc., prouve d'ailleurs que , même si le personnel n'avait point fait défaut , il aurait été impossible de mener à terme une entreprise qui rencon-
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trait tant de résistances. L'œuvre du dépôt des chartes ne réussît, en somme , que dans le champ où pouvaient opérer les congrégations des Bénédictins de Saint-Maur et de Saint -Vanne, et une grande partie des archives françaises échappa à Moreau, tout appuyé qu'il était par les Ministres, secondé par heaucoup d'évèques, soutenu par la Cour, aidé enfin dans sa tâche laborieuse par de remarquables, sinon de nombreux collaborateurs.
Il faut donc reconnaître hautement le service que nous a rendu la Révolution , en centralisant toutes les archives et en abattant toutes les barrières qui n'en permettaient que si difficilement et si incomplètement Taccès. Il est considérable! Mais, pour être tout à fait juste , nous sommes obligé d'avouer que la Révolution ne nous l'a pas rendu en parfaite connaissance de cause, ni avec la conscience entière de ce qu elle faisait. Nous avons vu qu'une idée dont l'originalité , pour l'époque , ne nous a pas moins frappé que la justesse , idée qui doit toujours et partout inspirer la formation d'archives, avait présidé à l'œuvre de Moreau : nous voulons parier du principe de l'union de l'histoire et du droit, du principe que les lois ne sont pas le produit de règles absolues , de doctrines abstraites , mais qu'elles sortent des mœurs, des souvenirs, des traditions du peuple auquel il s'agit de les appliquer. Le xviu^ siècle, au contraire, ne voyait dans la plupart des documents du passé qu'im mélange incohérent de pièces sans valeur, parmi lesquelles quelques-unes seulement méritaient d'être conservées comme contenant de précieuses leçons d'histoire. Pour le plus grand nombre des contemporains de Moreau, et même pour un certain nombre de ses collaborateurs, les chartes sm^tout présentaient ce dernier caractère. Dans la plupart des inventaires rédigés à cette époque et que possèdent aujourd'hui nos archives, les documents sont divisés en trois parts: les chartes, qui sont décrites, analysées, commentées ime à une; les liasses, qu'on indique en gros, en tirant d'elles seulement ce qui peut avoir une utilité pratique; les registres, qui sont mentionnés en deux ou trois lignes, quelque anciens et importants qu'ils soient, quand ils ne sont pas totalement passés sous
silence. Le mérite de Moreau et de quelqiies-uns de ses collaborateurs est de s'être mis souvent au-dessus de l'erreur commune. A mesure qu'ils avançaient dans leur œuvre, ils s'apercevaient de plus en plus que l'histoire ne se fait pas seulement avec les chartes, mais qu'elle se forme de tous les éléments qui ont composé la vie d'une nation à im moment déterminé. Leur vue prenait plus de largeur et d'étendue. Ce qui les dominait, d'ailleurs, ou du moins ce qui dominait Moreau, c'était son idée première, l'idée originelle, l'idée fondamentale d'où son entreprise était née et où il la ramenait sans cesse avec l'obstination d'une invincible conviction, à savoir que l'histoire était le fondement du droit.
Pour un homme aussi convaincu , réunir un dépôt d'archives était faire œuvre pratique et politique , fournir au législateur et à l'administrateur des instruments sans lesquels ils ne sauraient remplir leur mission; mais, en même temps,- c'était faire œuvre érudite et scientifique, puisqu'on mettait à la disposition des historiens les monuments sans lesquels ils ne sauraient, eux non plus, remplir leur mission particulière et raviver le passé évanoui. On a beaucoup loué Moreau d'avoir proclamé l'intérêt qu'oflfrent les archives, non seulement comme dépôts de matériaux à l'usage des administrateurs, mais comme source d'investigations à l'usage de la science. Il aurait dû l'être bien plus, à notre avis, pour avoir reconnu que les deux intérêts se confondent, et avoir déterminé par là le caractère des archives. Tandis que les bibliothèques sont plutôt des établissements d'étude, où l'on va chercher uniquement des moyens d'instruction, dans les archives, établissements d'un autre genre, ayant un objet différent, ou du moins très distinct, l'homme d'action se rencontre à côté du savant. Les pièces qu'elles renferment ne sont pas de simples documents pour l'histoire, ce sont des titres qui constatent des droits, des actes ayant ou ayant eu des effets légaux, des dossiers d'affaires toujours utiles à consulter. Cest ce que comprenait admirablement Moreau, lorsque, au terme de son entreprise, réunissant son dépôt des chartes à sa Bibliothèque de législation, il appelait le
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tout : Bibliothèque de législation, d^histoire et de droit public. Comme il n'avait point d'originaux , mais de simples copies et des inventaires, il sentait bien qu'il ne pouvait se flatter de posséder de vraies archives. Néanmoins, son désir constant d'arracher ses collections à la Biblio* thèque du Roi et sa perpétuelle application à saisir toutes les occa* sions de leur donner une vie indépendante , bien qu'inspirés en partie sans doute par l'intérêt personnel, provenaient aussi de la conviction que ces collections tenaient principalement de la nature des archives. S'il n'y avait vu que des instruments de recherches historiques, que les « éléments d'un cabinet d'historiographe de France t, ainsi qu'il le disait un jour, elles aiu*aient été bien placées à la Bibliothèque du Roi; il n'aurait pas eu de bonnes raisons pour les en retirer. Mais c'était à ses yeux un puissant et indispensable auxiliaire de la législation et de l'administration; et il voulait qu'on leur assignât un local à part, potup les distinguer des livres et des manuscrits ordinaires de la Bibliothèque.
Ce que la Révolution pouvait le moins comprendre, et surtout respecter, c'était cette pensée de Moreau. Au moment où elle prétendait rompre violemment avec le passé, qui lui apparaissait conune un tissu d'erreurs et de crimes, il ne lui était pas seulement difficile, il lui était parfaitement inopossible d'avoir pour les documents de notre histoire, pour les titres d'où étaient sorties nos institutions, le moindre sentiment de respect. Son culte allait être celui de la raison, non celui des traditions et des souvenirs. C'est au droit absolu, non aux conquêtes historiques qu'elle allait demander l'émancipation des Français, bien plusl de la race humaine tout entière. Nous avons déjà dit comment elle traita la création de Moreau. Elle n'y vit qu'une bibliothèque d'histoire, et elle l'envoya rejoindre à la Bibliothèque du Roi toutes les collections scientifiques. Mais le pays était couvert, s'il faut en croire un état général dressé en 1 783 , de douze cent vingtcinq dépôts d'archives, répandus sur toute sa surface. Paris seul en comptait quatre cent cinq. Aucun d'ailleurs ne possédait le caractère d'établissement central, toutes les tentatives d'organisation qu'on avait
faites pour leur donner quelque unité n^ayant eu d'autre résultat que de fractionner à Tinfini le Trésor des chartes lui-même. Que pouvait, que devait être la conduite de la Révolution envers ces dépôts? Elle était fatalement tracée par les idées dominantes. En faisant table rase des institutions de Tancienne France, en enlevant à TËglise et aux Parlements toute autonomie, en détruisant la noblesse, en s^appropriant les biens du clergé et des émigrés, la Révolution supprimait les divers propriétaires d'archives, et FËtat devenait du coup Théritier d^une immense masse de papiers; il réunissait en ses mains une multitude de dépôts, formés de pièces dont quelques-unes avaient évidemment une utilité pratique, mais dont les autres, en plus grand nombre, ne lui semblaient avoir quun intérêt scientifique. Il était naturel, nous dirons presque inévitable, qu'il les divisât en deux parties, qu'il mit d*un côté, comme titres de propriétés et documents d'affaires, tout ce qui en aurait manifestement le caractère; et quHl traitât le reste de la même façon que la collection de Moreau, à savoir comme de simples matériaux d'histoire à envoyer à la Bibliothèque. Telle a été, en eflTet, sa manière d'agir, dont ii faut bien comprendre le principe , pour éviter de tomber dans les exagérations contradictoires des détracteurs violents ou des panégyristes aveugles de la Révolution.
La Convention nationale eut d'abord l'intention de lier le sort des papiers à celui des biens, et la loi du 1 2 juillet 1798 décida que les titres des propriétés seraient remis aux adjudicataires. Si cette règle avait été suivie, la plus grande partie des archives ecclésiastiques, seigneuriales , etc. , et des documents des communautés laïques auraient disparu. Heureusement, on se contenta presque toujours de livrer les derniers baux, et les acquéreurs n'en réclamèrent pas davantage. Il y eut toutefois quelques exemples de livraison de. titres plus importants. Nous en citerons un assez curieux. Dans l'Oise, un agriculteur acheta l'abbaye de Marcheroux (commune de Beaumont-les-Nonnains, canton d'Auneuil), bâtiments et biens compris. Il réclama les titres : on lui donna toutes les archives de l'établissement, qui remon-
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talent au xii^ siècle. Mais ies faits de ce genre furent exceptionnels. La grande masse des papiers resta à TEtat. Elle était si colossale qu'on ne savait comment Ja débrouiller. Outre les titres justiGcatifs des domaines nationaux (archives des ecclésiastiques, des communautés, des émigrés), on était envahi par les documents provenant des administrations. Personne ne croyait que tout y pût être bon à conserver. La Convention fit donc élaborer par une commission un projet qu^elle transforma en une loi, — loi du 7 messidor an 11, — - qui comprit Tensemble des dépôts dans une organisation systématique, et les mit sous la dépendance de Tarchiviste de TÂssemblée, lequel semblait désigné pour ce rôle, puisque l'Assemblée était alors le seul pouvoir, ou plutôt les confondait tous dans ses mains. D'un bout de la France à Tautre , les archives devaient être traitées d'après la même méthode. On faisait quatre parts des documents : les titres historiques; les pièces ayant une utilité pour les domaines nationaux ou l'administration, — ces deux catégories à conserver; — puis les papiers inutiles; enfin les titres rappelant la tyrannie et la superstition. — Ces derniers étaient destinés à être brûlés solennellement , les autres k être vendus ou envoyés aux arsenaux. Les titres dits historiques devaient être réunis à la Bibliothèque nationale.
Cette loi du 7 messidor an 11, il ne faut pas craindre de le dire, ou plutôt de le redire après tant d'autres , a fait à nos archives un mal considérable. Le principe du triage, sur lequel elle reposait, de la distinction à établir entre les titres historiques et ies titres administratifs, était la négation même de Tidée fondamentale des archives. • Dans les papiers d'archives , » a dit avec autant de raison que de chaleur éloquente M. le marquis de Laborde , « qu'est-ce qui est historique , et surtout qu'est-ce qui ne l'est pas ? Où peut-on placer la limite? Cette limite elle-même, acceptée aujourd'hui, ne sera-t-elle pas reculée demain ? Est-ce l'ancienneté de la pièce , sa nature , son caractère, qui la rend historique? Un billet galant de Frédégonde ne serait*il pas historique, un registre des cuisines royales de Charlemagne ne nous en apprendrait- il pas plus sur les mœurs et les habi-
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tudes du temps que les chroniques les plus réputées? Retrancheronsnous à cette section historique si élastique les 5ô,ooo ordonnances du Roi, les io,5oo registres et les 3o,ooo liasses du Parlement de Paris, les 20,000 arrêtés des comités révolutionnaires et les 5o,ooo du Directoire, les 1 5o,ooo décrets de Napoléon P' et ses 00,000 minutes de lettres? Je m'arrête pour ne pas faire Ténumération des archives ; car je suis certain de tout nommer sans rencontrer la falla* cieuse limite qui me criera : Halte ! ici cesse Thistorique , ici conunence le domanial, le judiciaire ou l'inutile ^^l • Cest le langage de la vérité et du hon sens. Mais, pour être juste envers la Révolution, il convient d'ajouter, — et M. de Laborde le fait tout de suite, bien qu'il ne s'en souvienne plus dans le reste de son livre, — il convient d'ajouter que ce n'est pas la Révolution qui a la première imginé cette distinction entre les archives historiques et les archives non historiques. Nous avons vu qu'avant Moreau et qu'autour de Moreau on la faisait sans cesse, bien que celui-ci, pour son compte, en ait entrevu la fausseté. Il est impossible de ne pas se demander ce qui serait arrivé si, du temps de Moreau, on avait été libre de disposer des archives du Royaiune. Au lieu de copier les titres historiques, n'aïuait-on pas eu la malencontreuse pensée de les enlever des dépôts où ils se trouvaient pour les transférer à la Bibliothèque du Roi? N'aurait-on pas voulu faire un dépôt central des titres, comme on faisait un dépôt central des copies? N'aurait-on pas ensuite condamné en bloc tout le reste? Moreau, peut-être, aurait essayé de résister à cette tendance, car il avait compris le double caractère des archives, mais l'esprit du siècle aurait sans doute été le plus fort, et la facilité de l'exécution l'aurait emporté sur les résistances les plus judicieuses. « Si la formation d'une section historique était une mesure étrange, dit M. le marquis de Laborde, combien plus condamnable fut la décision qui ordonnait de transporter cette section, en province, dans la bibliothèque du chef-lieu; à Paris, dans la Bibliothèque nationale. Mais cette fausse idée est plus
Les Archives de la France, par le marquis de Laborde, p. g/l-
ancienne que la Révolution, et elle était tellement entrée, par une longue pratique, dans ks habitudes des Parisiens, qui, depuis deux siècles, voyaient a£Duer des pièces d'archives isolées et des archives entières dans la Bibliothèque du Roi, que les membres des assemblées trouvèrent cette routine excellente et très bonne à suivre. Examinons comment on procédait depuis près de deux cents ans. Après avoir été à Tusage particuher de nos souverains, la Bibliothèque du Roi, nomade parce qu'eUe était portative , devint une collection si vaste qu'elle déborda de la maison de la rue Vivienne , où Colbert Tavait établie pour sa plus grande commodité , dans Thôtel de Nevers de la rue de Richelieu, ancien palais Mazarin. Son caractère fut dès lors Tuniversahté; on en fit le dépôt banal de toutes choses. H ne faut pas oublier que le Trésor des chartes, véritables archives de TEtat, était depuis la fin du xvi® siècle comme sous les scellés, que toutes les administrations se formaient des archives spéciales, que Paris n'avait pas un seul musée public, pas une seule collection ouverte à la curiosité des habitants, et qu ainsi, toutes les fois que le Roi, par héritage ou par acquisition, devenait possesseur d'objets précieux qui ne pouvaient pas servir à la décoration de ses résidences , il n avait qu'un lieu pour les déposer, qu'un étabhssement pour les faira garder avec soin et les communiquer au public : ce heu était la Bibhothèque du Roi, plus riche en livres que toutes les bibliothèques connues , et qui devint en même temps un cabinet de médailles, un musée de statues, une collection immense de dessins et d'estampes, une chalcographie royale, une collection géographique à laquelle on rattacha les globes de Coronelli, d'une si colossale inutilité; enfin, et ce qui était plus extraordinaire, des archives où l'on déposa successivement les collections des titres et des généalogies formées par les juges d'armes, les chartes et diplômes provenant des provinces conquises, tous les parchemins précieux, que les Ministres collectionneurs et les riches amateurs avaient achetés, plus souvent soustraits aux établissements publics et monastiques, et qui successivement, après leur mort, avaient été légués au Roi ou acquis par lui. Cette lente et continuelle accumulation
a versé ainsi dans la Bibliothèque du Roi une vaste collection de chartes, qui porte le nom d'archives et que Daunou considérait comme telles. Nous en avons appris le chiffre par ladministration elle-même. Elles se composent de huit cents cartons et de trente et un mille volumes contenant environ dix millions de pièces d'archives , les unes couchées mollement dans les cartons et comme il convient à ces précieux papiers, les autres transformées en livres sous la presse du relieur, qui impose aux parchemins de nouveaux plis , fait sauter l'écriture et met en poussière les sceaux. Quoi de plus naturel, en 1 79^ , à une époque où la distinction entre archives et bibliothèques n'était pas entrée dans les esprits, que nos législateurs improvisés suivissent des habitudes séculaires (^' I ».
Rien de plus naturel,- en effet, mais alors est-il bien juste de leur reprocher aussi ardemment que le fait M. le marquis de Laborde la conduite qu'ils ont suivie.*^ N'avoir pas su distinguer les archives des bibliothèques et avoir cru devoir trier, dans l'océan d'archives qui les débordait de toutes parts , quelques épaves historiques à déposer à la Bibhothèque du Roi , devenue Bibliothèque nationale , a été leur plus grande erreur. Toutes les autres en ont découlé; mais cette erreur n'est pas sans excuse , puisqu'elle avait deux siècles de date. Où commence la faute réellement imputable à la Révolution, c'est dans la distinction, celle-là sans précédents, qu'elle établit entre les documents historiques eux-mêmes divisés arbitrairement en deux classes : ceux qui rappelaient les crimes de la tyrannie et qui devaient être traités comme les tyrans eux-mêmes, et ceux que leur caractère d'innocence civique préservait de la destruction. La haine de l'ancien régime entraînait, dans les consciences ardentes et troublées de Tépoque, la haine des titres qui, de près ou de loin, évoquaient les souvenirs de la féodalité. «Les parchemins, a dit Michelet, eurent aussi leur tribunal révolutionnaire sous la dénomination de biu^eau du triage des titres, tribunal expéditif, terrible dans ses jugements. Une
^^^ De Laborde, Les Archives de la France, p. 95-98.
infinité de documents furent frappés dune qualiCcation meurtrière : titre féodal; cela dit, c'en était fait, «Pour bien comprendre le sentiment qui poussait à les détruire, le désir qu^on éprouvait d'en effacer jusqu^aux derniers débris, il faut se reporter aux révolutions religieuses, dans lesquelles périssent, sous la main de révoltés dont la colère ne va pas sans un mélange de crainte, les images des dieux tombés. Ce n'est pas seulement parce qu'on n y croit plus , parce qu'on va même jusqu'à les mépriser qu'on les brise; c'est parce quau fond de l'âme on les redoute encore , parce que quelque chose subsiste des terreurs superstitieuses d'autrefois, parce qu'on ne se sentira réellement persuadé de ne plus les voir renaître que lorsque tout ce qui pourrait réveiller leur mémoire aura disparu. Les hommes de la Révolution éprouvaient à Tégard de l'ancien régime cette haine épouvantée. Pour être bien certains de l'avoir à tout jamais détruit, ils auraient désiré pouvoir en tuer le souvenir. Nous leur reprochons d'avoir brûlé trop de papiers d'archives, ils tremblaient de n'en avoir pas brûlé assez. Ils se demandaient si, de ceux qu'ils conservaient par complaisance pour la science ou par intérêt, les privilèges abolis ne risquaient pas de surgir de nouveau. Pour se rassurer eux-mêmes, bien plus que pour terrifier les autres, ils déclaraient qu'en cas de danger, une seconde suffirait à l'achèvement de l'œuvre d'extermination. Dans le projet de la Convention, après avoir été suffisanunent épurées, toutes les archives de province devaient être centralisées à Paris, afin d'être, en cas de besoin, plus aisément pulvérisées. «Les difficultés et les dépenses de cette réunion , disait le rapporteur de la Commission de la loi du 7 messidor an 11 , sans nous y faire renoncer poiu* toujours, nous ont engagés à nous borner, quant à présent, à mettre en quelque sorte ces titres en réquisition. » Mais cela suffisait, à l'en croire , pour qu'ils fussent à la merci d'une justice expéditive. « S'il était encore des hommes capables de noiurir des espérances aussi folles que criminelles en faveur des ci-devant possesseurs, qu'ils sachent qu'au premier signal tout est disposé pour rassembler leurs titres dans un centre unique où ils peuvent disparaître avec la rapidité de l'éclair. »
A cette horreiu' instinctive des titres, les hommes de la Révolution joignaient une grande indifférence pour toutes les leçons du passé. Convaincus c[u'ils avaient retrouvé les droits de Thomme et du citoyen, tels que les a dictés la nature, il leur importait assez peu d^étudier laborieusement ce qu'en avait fait Thistoire. Un archiviste ayant cherché à persuader à Garât qu'il pouvait y avoir des chartes précieiLses à conserver dans les archives de Lille, celui-ci lui répondit : a Je ne vois , dans les papiers de l'ancienne Chambre des comptes à Lille, rien à conserver que ce qui peut établir les créances de la Nation envers les comptables , et cette vérification ne me parait pas exiger des recherches ni longues, ni pénibles. Tous les papiers anciens et d'écriture gothique ne doivent là, comme ailleurs, être que des titres de féodalité , d'assujettissement du faible au fort, et des règlements politiques heurtant presque toujours la raison , l'humanité et la justice. Je pense qu'il vaut mieux substituer à ces ridicules paperasseries la déclaration des droits de l'honmie ; c'est le meilleur titre que l'on puisse avoir. Je vous engage donc à vous conformer à ces observations ; agir dans d'autres principes ne serait pas de votre pai't se montrer digne de la confiance qui a déterminé le choix que l'Administration a fait de vous. — Paris, 27 février 1 798. » Et Garât n'était pas seul à penser ainsi. Le rapport fait à la Convention sur la loi du 7 messidor an 11 s'exprimait de la manière suivante : « Lorsque les statues des tyrans ont été précipitées, lorsque la lime et le ciseau n'épargnent aucuns des emblèmes de la monarchie et de la féodalité, des républicains ne peuvent voir qu'avec indignation , dans des collections de manuscrits, les traces de tant d'outrages faits à la dignité de l'homme ; le prenoder mouvement dont on se sent animé est de Uvrer tous ces titres aux flânâmes et de faire disparaître jusqu'au moindre vestige d'un régime abhorré. L'intérêt public peut et doit mettre des bornes à ce zèle estimable que voire' Commission partage. Loin de songer à le refroidir, c'est pour mieux proscrire ce qui nous est justement odieux que nous provoquons un examen sévère, et nous ne nous tenons en garde que contre une précipitation inconsidérée , qui
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pourrait blesser la justice , porter atteinte à la fortune publique et nous exposer à des regrets. La voix publique nous crie que rien ne doit subsister de ce qui portait Tempreinte honteuse de la servitude , et le respect pour la propriété publique ou particulière nous impose le devoir d'examiner soigneusement tout ce qui sert à constater Tune ou l'autre ; en6n ce qui peut servir à Vinstraction mérite particulièrement les égards, puisque vous avez déclaré qu'elle est le besoin de tous. De là naît la division générale des titres, chartes et pièces manuscrites , en trois classes : la première comprend ce qui concerne le domaine national ; la seconde , l'ordre judiciaire , c'est-à-dire les jugements des tribunaux; la troisième, ce qui concerne l'histoire, les sciences et les arts. Cette dernière classe appartient de droit aux bibliothèques que vous avez instituées da^s chaque district et dont la France vous sera redevable comme d'un de vos plus grands bienfaits envers elle. Le renvoi qui sera fait aux bD^liothèques des pièces qui y doivent être déposées est une suite naturelle de ce que vous avez déjà décrété sm* les rapports que vous a^ faits votre Comité d'instruction publique. Le triage général ofiBre l'occasion d'y pourvoir d'ime manière qui réduira la dépense en même temps qu'elle accélérera l'opération , et les collections de titres , chartes et manuscrits , ainsi dégagées de tout ce qui est du ressort de l'érudition littéraire, se réduiront à deux sections, l'une domaniale, l'autre judiciaire. »
C'est en exécution de ces principes, en vertu de ces préjugés que la Commission de triage fut instituée et coopéra, tout en s'eflforçant bien des fois de la tempérer, à l'œuvre de vandalisme dont on a retracé si souvent et si éloquemment le tableau. Mais, quelque déplorables qu aient été les destructions violentes accomplies sous le régime de la Terreiur, et qui s'étendaient aux archives comme aux hommes , peut-être faut-il regretter davantage encore la méthode de classement adoptée à cette époque, car elle a survécu à la Révolution et elle a longtemps contribué à la désorganisation de nos archives. Il est impossible de ne pas voir dans l'idée du triage le point de départ, la véritable origine des séries de monuments historiques formées aux
Archives nationales par la dislocation des divers fonds; du moment qu'on s'occupait avant tout du sujet et non de la provenance des documents, il est bien clair qu'on devait être amené à morceler les fonds, pour en répartir le contenu suivant des catégories plus ou moins artificielles. Lorsque le comité du dépôt des chartes établissait ses projets , il avait en vue la formation d'im dépôt de copies. Les originaux ne lui appartenaient pas; ils restaient disséminés entre les mains de possesseurs très divers. Tous ces dépôts particuliers ne pouvaient être déplacés. On se bornait donc à dresser l'inventaire de chacun d'eux, afin d'y faire un choix de pièces à copier. Et quand on avait ces copies , on les classait d'après im plan chronologique ou méthodique, tandis que les originaux demeuraient à leur place dans les fonds. Mais, sous la* Révolution, il n'en est plus ainsi : toutes les archives indépendantes les imes des autres tombent entre les mains de l'Etat. Il aurait fallu , en les réunissant dans im même dépôt, leiu: conserver cependant l'arrangement que la nature leur avait donné, laisser à chaque fonds son individualité, son intégrité, sa vie propre. Les pièces d'archives ne sont point, en effet, des produits de l'imagination ou de l'intelligence, des œuvres de l'esprit ayant une valeur indépendante du milieu dans lequel elles ont pris naissance. Ce sont, comme on dit avec une grande propriété d'expression, des actes, qui ont un rapport intime avec celui qui en est l'auteur ou l'objet. Or ce dernier est ime institution, une famille, un individu qui a laissé dans ces actes ime trace, ime manifestation de sa personnalité, de son existence, de ses faits et gestes. Les mutiler, c'est le mutiler lui-même; c'est séparer les membres du corps auquel ils appartiennent; c'est mettre en morceaux un être vivant, sous prétexte que tous les éléments qui le constituent ne sont pas nécessaires à sa vie. Considérées ainsi, les archives deviennent ime sorte de personne morale, d'organisme complet que l'on ne saurait diviser sans préjudice. Si un accident les disperse, l'histoire de l'institution, de la famille, de l'individu auxquels elles appartiennent devient impossible. Il y a plus, les pièces perdent une partie de leur valeur, beaucoup même n'ont plus de signification. Elles étaient
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éclairées par le voisinage d'autres documents, elles tiraient leur importance de ce qu'on les trouvait parmi les papiers de tel personnage ou de telle société. En dehors de ces circonstances, leur intérêt disparaît. Une lettre , un compte , une simple note , prennent du lieu où ils se trouvent une autorité singulière ; on y peut puiser les renseignements les plus précieux. Déplacez-les; ils ne sont plus qu un lambeau de papier sans portée. Le prétendu triage a mis eu morceaux un édifice, a détruit un corps, et Ton n'a plus devant soi que des matériaux sans lien entre eux, que des décombres ou des débris dont il est souvent impossible de se servir. Et le classement de l'intérieur des fonds n'est pas lui-même plus arbitraire que l'organisation générale des archives. C'est le même principe qui doit y présider. Les actes concernent des affaires, chaque affaire a son dossier; c*est donc ITntégrité du dossier qui doit être le point de départ de Farrangement d'un fonds, comme l'intégrité du fonds doit être celui de l'arrangement des archives. Ces règles paraissent aujourd'hui évidentes. Elles sont poiu*tant en contradiction éclatante avec le principe du triage, proclamé par la Révolution et maintenu, après elle, par les premiers organisateurs des Archives nationales.
Quand la tourmente révolutionnaire fut apaisée , Camus d'abord , puis Daunou, n'en restèrent pas moins fidèles à l'idée fausse de soumettre toutes les archives à un triage général et de ranger les résultats de cette opération dans des séries arbitraires, sans tenir compte de la provenance des pièces. C'est ainsi que fut opéré le classement fantaisiste qui a porté un si grand désordre dans nos Archives nationales. La comptabilité et les titres de fondations de rentes de tous les établissements religieux supprimés furent placés dans la série H; tous les titres jugés historiques des mêmes établissements fiu*ent rangés dans les séries L et M ; les titres domaniaux passèrent dans la série S. Pour se rendre compte des effets d'un pareil système, il suffit de citer un exemple. Nous l'empruntons au livre de M. Bordier : « Le fonds de Saint-Denys a été placé en gros dans la section historique, série des établissements religieux (lettre L); mais oii en a mis
à part (lettre K) les titres les plus précieux, ceux qui étaient émanés des rois de France; puis, on a retiré des dossiers toutes les pièces qui paraissaient, à première vue, se rapporter à des propriétés territoriales de Tabbaye , et , comme documents concernant la domanialité , on les a placées dans la partie domaniale (lettre S) ^ » Nous ajouterons qu'on a mis les plans de cette même abbaye dans la série N , où devait figurer tout ce qui était plan. L'abbaye de Saint-Denys, qui vivait ou se survivait dans ses archives, a été complètement détruite dès lors, détruite par dispersion. Comment Férudit, comment rhistorien , qui veulent se rendre compte de l'existence antérieure de l'abbaye et c[ui auraient trouvé tous les souvenirs du passé réunis et vivants dans des archives intactes , pourraient-ils la reconstituer en fouillant aujourd'hui d'ime série à l'autre , pour n'y rencontrer que des documents isolés, décolorés, inertes, qu'ils ne sauraient rassembler et ranimer sans un prodigieux effort? Toutes les bulles éparses dans les milliers de dossiers provenant des évèchés, chapitres, abbayes , ont servi à former un buUaire par ordre chronologique. On a traité de même les actes émanant des rois de France ; on en a composé les cartons des rois (série K), et on a groupé de tous les points de rhorizon, sous des titres méthodiques et suivant leur sujet, les documents ayant rapport aux lois, aux coutumes, aux finances, au conunerce, à l'agriculture, au cérémonial, etc. On ne s'est arrêté que devant l'immensité de la besogne; et, s'il reste aux Archives nationales d'assez nombreux débris de fonds encore intacts, c'est que le bureau de triage d'abord, puis les premiers archivistes n'ont pas suffi à la tâche colossale qu'ib avaient entreprise.
Nous insistons sur cette dislocation des fonds et sur ce classement artificiel des archives, parce qu'il nous semble qu'on ne les a pas mis en lumière autant que la destruction révolutionnaire des documents. En ce qui touche ce dernier point, tout a été dit, voire même exagéré, et il serait superflu de reconunéncer la longue et crueUe
^*^ H. Bordier, Les Archives de h France, p. 5o.
énumération de nos pertes. L'usage qui a été fait de ce qui nous reste de richesses est bien plus intéressant à étudier. L^immense triage or* donné par la Convention eut lieu à Paris avec diflBculté; en province, il fut presque partout impraticable , faute de personnel pour Texécuter. Nous avons dit que les documents devaient être divisés en quatre catégories. Pour la première catégorie, celle des titres historiques, on donna dans les départements un semblant de satisfaction aux injonctions officielles en prélevant au hasard quelques pièces curieuses, — des cartulaires siulout, — qui furent envoyées à la Bibliothèque nationale, où elles sont encore. Nous disons : au hasard, car il est arrivé souvent qu'on laissait dans les départements des tomes dépareillés de ces manuscrits. Les premiers Ministres de Tintérieur, notamment François de Neuchàteau (^\ ont rédigé des circulaires pour reconmiander la centrahsation des cartulaires des archives départementales à la Bibliothèque, mais ces circulaires n'ont été exécutées qu'en partie. A Paris, les archivistes ne purent jamais se décider à se séparer de leurs titres, et ils les gardèrent.
Les pièces ayant une utilité pour les domaines nationaux et pour Tadministration furent, à Paris, extraites des hasses et rangées dans une section domaniale. En province , faute de personnel sans doute , on laissa les liasses comme on les avait trouvées. Il en est résulté que les documents du même genre reçurent, à Paris et dans les départements, des traitements fort différents. En province, les archives étant demeurées intactes, les fonds subsistèrent dans leur intégrité, c'est-à-dire que, pour chaque institution^ les titres continuèrent à former un ensemble, où rien n'était changé lorsque, en i84i, Qû commença à s'occuper de leur classement. A Paris, il n'en lut point ainsi. L'opération du triage, qui avait fait prélever d'abord des titres historiques, puis des titres utiles, amena le mélange des fonds dans la partie qu'on conservait et fit rejeter tout le reste comme papiers inutiles. C^est par là que l'idée du triage n'a pas été
^^) a i brumaire an vu.
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étrangère aux destructions révolutionnaires. Tout document qui avait été jugé sans valeur historique ou sans utilité pratique tombait naturellement dans Tune des deux catégories des papiers inutiles ou des papiers rappelant la tyrannie et la superstition, et devait, par suite, être anéanti. On jeta aurebut, par exemple, presque toutes les archives de la maison du Roi, qui contenaient d'inappréciables renseignements sur les arts, sur le théâtre, etc., etc. On peut se faire une idée de l'importance de cette perte par ce qui nous reste du règne de Louis XVI, pièces heureusement conservées pour la Uquidation des dettes de la liste civile. En province, le triage n'ayant pas été fait, il n y eut pas de ces hécatombes de papiers soi-disant inutiles. En revanche, de nombreux parchemins furent donnés aux arsenaux; ils avaient été prélevés un peu au hasard parmi les pièces de certaines dimensions. U y a une vingtaine d'années, on en a recueilli des débris considérables, qui n avaient point été employés et qui ont été rendus aux archives. Ils provenaient presque tous de grosses notariées sur rouleaux de parchemins du xv* et du xvf siècle. Ce ne sont pas des titres de première valeur. A Paris , le prélèvement pour les arsenaux a également eu lieu, mais il a été fait avec soin et intelligence. Restent les brùlements de titres féodaux dans les cérémonies d'apparat. A Paris, on a choisi avec discernement les pièces destinées à cet usage, et les pertes n'ont porté que sur des documents d'une utilité très secondaire. Ce qu'on a sacrifié à la haine de la tyrannie et de la superstition est peu de chose , comparé à la masse de papiers abandonnés comme inutiles. En province , on a procédé en grande partie sans méthode et sur rintitulé sommaire des fonds. Exemple : à Beauvais, dans le fonds du chapitre, on a brûlé tous les titres généraux parce qu'ib étaient intitulés : spirituel; à Senlis , au contraire , on a conservé le spirituel , parce qu'il avait pour intitulé : titres généraux. Les destructions ont varié suivant les pays. Presque nulles dans certaines contrées, elles ont été radicales en d'autres. L'incm'ie d'ailleurs n'y a pas eu moins de part que l'esprit révolutionnaire. Il y a tel département, — nous citerons l'Aveyron , — qui possède au complet tous les titres trouvés
dans la ville chef-lieu, et qui na que quelques débris du reste. Les pièces paraissent avoir péri dans le voyage des localités aux districts et des districts au chef-lieu. De là vient la difficulté de porter un jugement général sur ce qui s'est fait pendant la Révolution. Mille causes diverses se sont jointes à fesprit révolutionnaire pour amener des hécatombes d archives; et, comme les imes ont agi dun côté, les autres de l'autre , il est plus aisé de constater le mal que d'en déterminer les motifs. Il ne faudrait pas croire, en tous cas , que, la Révolution terminée , les pertes des documents aient cessé. Nous venons de dire que les archives départementales avaient été laissées dans l'état où on les avait prises, c'est-à-dire par fonds. Elles ont dormi ainsi pendant le premier Empire et la Restauration, mais non sans subir de nouvelles atteintes, soit par incurie, soit par restitutions de certains fonds ou de certaines parties de fonds à d'anciens émigrés, à des évèchés, à des chapitres. Ces restitutions, qui nous ont privés de pièces précieuses, étaient parfaitement illégales, puisque aucune loi ne les avait autorisées; toutefois elles peuvent historiquement s'expliquer; mais il y a eu en outre des faits d'incroyable dilapidation. Sous la Restauration, par exemple, un préfet a vendu les archives anciennes de la préfecture tout entière pour s'en débarrasser. Sous le second Empire, un président de tribunal a également vendu les archives du bailliage, parce qu'elles encombraient le greffe. On ne citerait pas d'actes semblables durant toute la Révolution.
Quoi qu'il en soit, à travers les fautes et les malheurs que nous venons d'énumérer, une œuvre capitale avait été accomplie : la concentration des titres dispersés pendant l'ancien régime sur tous les points du pays. Les historiens n^allaient plus être, comme au temps de Moreau, en présence d'une myriade de petits dépôts placés entre les mains d'une multitude de possesseurs. Toutes les archives éparses à Paris avant la Révolution étaient groupées aux Archives nationales; toutes celles qui avaient été disséminées dans les provinces étaient réunies aux chefs-lieux des départements. Les Archives nationales, bouleversées sous prétexte de triage et de classement ^ offraient le
spectacle d'un regrettable désordre; les archives départementales restées intactes se prêtaient mieux à une organisation savante et méthodique. Mais il s'en fallut de beaucoup qu'on sût profiter tout de suite de cette situation. Le service des archives avait été placé au Ministère de l'intérieur, qui n'avait guère de compétence pour s'acquitter d'une mission aussi peu en rapport avec ses autres attributions. U laissa donc les Archives nationales indépendantes; et les divers gardes généraux purent les disposer à leur gré, suivant leurs fantaisies individuelles ou suivant les principes scientifiques qu'ils avaient adoptés, et qui étaient souvent fort contestables. Quant aux archives départementales, personne n'y songeait. Jusqu'en i84i, le Ministère de l'intérieur ne s'en occupa jamais sérieusement. C'est à peine si l'on trouve , avant cette date , en dehors de quelques enquêtes sur leiu* situation, deux actes de l'administration centrale témoignant de quelque intérêt poiur les collections départementales : ime circulaire de 1817 (18 avril), par laquelle le Ministre demande aux préfets de payer sur les fonds d'abonnement un employé spécialement chargé de la garde des archives, et une circulaire du 8 août 1889, expUquant la loi du 10 mai i838, qui mettait les mêmes archives à la charge des Conseils généraux.
Cette seconde circulaire avait pour objet de resserrer les liens existant entre le service des archives et le Ministère; elle était indispensable si l'on ne voulait pas que la loi du 10 mai i838 fut considérée comme un abandon plein et entier des archives aux départements.
Pendant que le Ministère de l'intérieur demeurait dans l'inertie , le Ministère de l'instruction piiblique avait agi à sa place, non par une inspiration spontanée, mais sur l'initiative du Comité des travaux historiques, que M. Guizot, revenant à la pensée de Moreau, venait de fonder et qui avait donné d'emblée une impulsion inunense aux études d'érudition dans notre pays. C'est à coup sûr, à l'action de ce Comité, action partout sensible à cette époque, qu'a été due la restauration des archives. En se proposant de recueillir et de pid)lier les
tVPRIVCIIE KATIOliLB.
documents de notre histoire, le Comité devait être immédiatement conduit, comme l'avait été More au, à rechercher ces documents dans les dépôts multiples où ils étaient ensevelis. Mais s'il ne se trouvait plus , comme Moreau , en présence d'archives fermées et souvent inaccessibles, les dépôts publics étaient, en revanche « tellement bouleversés, tellement en désordre, qu'il était presque impossible de s'y reconnaître et de s'y diriger. Tous les papiers entassés par la Révolution dans les chefs-lieux de nos départements gisaient là péle-mèle, sans que personne se fui encore avisé de les classer et de les inventorier. On ne savait même pas quel était leur nombre et quelle pouvait être leur importance. Le préjugé général, une sorte de légende universellement admise, voulait qu'il ne restât rien ou presque rien des archives de Tancienne France, saccagées, disait-on, par le « vandalisme révolutionnaire ». Aussi les premiers efforts de M. Guizot et des savants qui composaient le Comité des travaux historiques portèrent-ils surtout sur les bibliothèques, les archives étant supposées détruites. Mais on ne pouvait s'arrêter longtemps à une idée aussi manifestement erronée. Dès le début du Comité , M. Guizot se préoccupa de Tétat réel des archives départementales , des moyens de s'en rendre compte et de l'améliorer. Le 32 novembre i833, il adressait une circulaire aux préfets poiu* leur demander à ce sujet des renseignements précis et détaillés. Il signalait Tabsence d^inventaires et de catalogues conune une des causes qui rendaient les recherches à la fois plus nécessaires et plus difficiles. Dans un rapport adressé au Roi, le 27 novembre i8349 il disait : « A l'époque des troubles révolutionnaires, une foule de documents, jusque-là conservés dans les anciens monastères, dans les châteaux ou dans les archives des communes, ont été livrés tout à coup au pillage et à la dévastation. Des amas dé papiers et de parchemins, transportés dans les municipalités voisines, ont été jetés pêle-mêle dans des greniers ou dans des salles abandonnées ; le souvenir même s'est effacé , dans plusieurs endroits , de ces translations opérées négligenunent et sans formalités. De là l'opinion généralement établie et devenue, pour ainsi dire, de tradition dans
un certain nombre de départements , que tout a péri dans ces temps d'agitation. Il est certain néanmoins qu'on peut retrouver -encore ime partie considérable des anciennes archives , notamment dans les villes d'évêché et de parlement, et quime foule de pièces importantes ont été sauvées et rendues aux villes, lorsque, plus tard, une autorité conservatrice fit déposer, dans les chefs-lieux des districts , les débris des anciennes abbayes, confondus avec les chartes et autres monxmients authentiques. Plusieurs pièces aussi furent gardées alors comme titres de propriété ou de droits utiles des biens qui avaient été vendus par l'autorité publique. Je ne saurais former le dessein de procéder actuellement et directement à un classement général et méthodique de toutes les archives locales , soit des départements , soit des commîmes : le temps et les ressources manqueraient pour un si immense travail. La Bibliothèque du Roi possède , d'ailleurs , im inventaire général de toutes les archives qui existaient en France avant la Révolution, inventaire dressé, vers 1 784, sous le ministère de M. Bertin, et auquel sont joints im grand nombre de cartulaires ou répertoires des principales pièces que ces archives locales renfermaient. Ces renseignements sufi&ront aux premières recherches; à mesure que l'on pénétrera dans les dépôts publics pour en explorer les richesses, on éprouvera le besoin de les mettre en ordre ; de premières améliorations susciteront le zèle qui aspire à des améliorations nouvelles, et le zèle créera des ressources. Les autorités locales , les conseils généraux et municipaux seront naturellement provoqués et conduits , on peut l'espérer, à rein-, tégrer leiurs archives dans des lieux convenables et à faire dresser le catalogue des pièces qu on y conserve. 11 convient donc de se mettre dès à présent à l'œuvre , sans prétendre commencer méthodiquement par im travail de classement général, qui offrirait, dans l'état actuel des choses , plus d'embarras que d'avantages , et que nos recherches amèneront d'ailleurs presque nécessairement W. »
M. Guizot avait raison : du moment que, par la création du Co-
w T. II, p. i4eti5.
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mité des travaux historiques, l'attention se portait de nouveau sur les documents de notre histoire ; du moment que tous les monuments du passé, méconnus par la Révolution, allaient reprendre dans la science la place qui leur appartenait, il était clair que le désordre des archives ne pouvait subsister longtemps. L'inunënse mouvement d'études et de recherches dont le Comité était l'instigateur et le centre devait rapidement les atteindre. Et parmi tous les services que le Comité a rendus, celui-là nest pas le moins précieux. Avoir achevé et en même temps redressé l'œuvre de la Révolution en provoquant la réorganisation des archives, en tirant de leur centralisation les conséquences fécondes qu elle pouvait avoir, est pour le Comité un titre d'honneur qu'on ne saurait trop mettre en lumière. Toutefois, il faut le féliciter d'avoir pris l'initiative de l'entreprise sans prétendre l'exécuter lui-même. Il eut le hon esprit de laisser ce soin à des gens du métier, à des archivistes, au lieu de le revendiquer pour les savants du Comité, qui auraient risqué, — les paroles de M. Guizot Tindiquent, — de se livrer à des classements plus ou moins arbitraires. Si des historiens de profession avaient eu à organiser les archives, ils se seraient défendus avec peine des idées qui avaient cours et de la préoccupation de leurs travaux personneb. Il leur aurait été difficile de ne pas inviter les archivistes à rechercher des documents tantôt sm* une question, tantôt sur une autre, et de ne pas les transformer en instruments pour leurs études particulières. La conséquence de ces dérangements perpétuels aiu*ait été l'abandon des classements réguliers et du travail d'inventaire. Nous ne voulons point dire à coup sûr que les archivistes ne puissent et ne doivent prêter jamais leur concours aux publications savantes; il est de leur devoir et de leur intérêt de le faire; mais, comme ce n'est point là leur œuvre principale, il y aurait un véritable danger à les presser de s'y engager d'une manière trop active. Malgré l'ardeur qui l'animait alors et qui produisait de si admirables fruits, le Comité des travaux historiques ne conmiit pas cette faute. U n'absorba pas les archives: il se bornai pour ainsi dire, à les mettre eu mouvement. Sous son impulsion,
le Ministre de l'iDstruclion publique envoya un de ses sous-chefs de bureau 'en mission, pour s'enquérir de Tétat des archives; et les résultats de cette enquête, communiqués au Ministère de l'intérieur, décidèrent ce dernier à inaugurer un régime nouveau. Depuis la loi du 5 brumaire an v, qui ordonnait le transfert de toutes les archives anciennes et modernes au chef-lieu du département, nous avons vu qu'on les avait abandonnées à elles-mêmes. C'est ce que M. Duchatel constatait dans un rapport au Roi, en date du 8 mai i84i, rapport où il exposait, avec une grande exactitude et une grande franchise, l'historique des archives départementales. Il avouait l'incompétence de son Ministère, dont les seuls actes, jusqu'en i835, avaient consisté en demandes de renseignements sur Tétat des collections et en recommandations vagues relatives à leur conservation. Aussi , lorsque ce Ministère se décidait enfin à s'en occuper, il ne trouvait rien de mieux que de remettre pleins pouvoirs d'orgariisation , de direction, d'administration, à ime Commission des archives, nommée le 6 mai i84i-
Quand on examine la composition de cette Commission, formée d'un pair de France , de cinq députés , de trois membres de l'Institut, on voit, à côté de ces personnages importants, deux hommes d'un rang plus modeste , qui n'en ont pas moins été les chevilles ouvrières de la réunion : M. Natalis de Wailly, alors chef de section aux Archives nationales, et M. Gadebled, chef de biu'eau'de l'administration générale au Ministère de l'intérieur. C'est à leur collaboration que sont dues toutes les instructions fondamentales du service. M. de Wailly s'est chargé des archives anciennes, M. Gadebled de la partie administrative. Chacun d'eux avait dans son domaine une grande compétence, et l'on peut dire que ce qu'ils ont produit ensemble est et demeiu'e excellent. Instruit par l'expérience acquise au détriment des Archives nationales, 'M. de Wailly traça immédiatement, de la main la plus sûre, le programme du classement et de l'inventaire des archives départementales. Le hasard et l'incurie les avaient préservées; quand on revint à elles, l'éducalion était faite.
ex
M. de WalUy inscrivit, en tète de la grande circulaire du 2 4 avril i84iy le principe suivant : «Rassembler les divers documents par fonds t c'est-à-dire former collection de tous les titres qui proviennent d'un corps, d'un établissement, d'une famille, d'un individu. A l'égard des fonds, il importe de bien comprendre que ce mode de classement consiste à réimir tous les titres qui étaient la propriété d'un même établissement, d'un même corps ou d^une même famille, et que les actes qui y ont seulement rapport ne doivent pas être confondus avec le fonds de cet établissement, de ce corps, de cette famille. ■ Il était impossible de mieux établir que les aixhives doivent être classées en dehors de toute préoccupation des points de vue très divers que Ton peut avoir lorsqu'on y fait des recherches. La variété et le nombre de ces points de vue sont d'ailleurs tellement înGnis qu'on serait sûr, en adoptant l'un, de nuire aux autres. Rien de plus artificiel que les catégories de Camus et de Daimou; cent divisions différentes aiu^aient pu être choisies avec autant de raison. U ne faut classer les archives qu'en vertu de considérations tirées de leur nature intrinsèque ; il ne faut les inventorier que d'après la même méthode. Des tables alphabétiques bien rédigées suffisent à donner à tous les chercheiu*s les moyens de trouver les matières, personnes ou lieux, qui font l'objet de leurs travaux. Ces principes, proclamés par M. de Wailly, ont eu quelque peine à passer dans la pratique. En ce qui concerne d'abord les Archives nationales, comment restaurer les anciens fonds, si complètement disloqués? Pour y arriver, on serait obligé de passer par une période de transition et de confusion qui durerait peut-être un demi -siècle; le triage a d'ailleurs été fait si vite , dans le principe , que la trace de la provenance est perdue pour une quantité innombrable de titres. Tout ce qu'on peut tenter, c'est de rétablir à peu près, sur le papier, les fonds détruits. Ou a publié ainsi, en 1871, un inventaire sommaire par fonds, qui est le seul guide avec lequel on puisse se diriger aux Archives nationales. C'est d'ailleurs plutôt im tableau qu'un inventaire. Un autre inventaire, préparé dans les dernières années de l'Empire (1867), et fait unique-
ment pour le service intérieur, présente l'état des séries telles qu'elles existent : c'est également un tableau sommaire; il nest pas dans le commerce. Rétablir les fonds autrement qu'en théorie est donc impraticable, le remaniement des titres eux-mêmes étant une entreprise à laquelle on ne doit pas songer. Mais il est du moins essentiel de faire exécuter les inventaires aux Archives nationales d'après les vrais principes déclassement.
En province, il a parfois été difficile d'habituer les archivistes aux bonnes méthodes. Les premiers travaux d'inventaires rédigés dans les archives départementales, même après la circulaire de i84i et jusqu'à celle du 20 janvier i854» sont faits suivant l'esprit qui dominait au xvni* siècle, c'est-à-dire que les chartes y sont décrites, analysées, commentées une à une, tandis que les collections de liasses et de registres, quelles que soient leur ancienneté et leur importance, n'y obtiennent qu'une courte mention, si elles n'y sont point totalement oubliées.
C'est l'instruction du 20 janvier i854 qui a fait entrer enfin les archives dans ime voie nouvelle, en ordonnant d'appliquer l'analyse à tous les titres sans exception, en obligeant les archivistes à foiu*nir quelques lignes de description pour chaque article, et en leur interdisant de grouper, afin de les inventorier en bloc, les collections de liasses et de registres. On est arrivé ainsi à obtenir la mise en lumière d'innombrables matériaux sur le xvi*^, le xvii* et le xviii* siècle, que jusque-là on avait complètement dédaignés.
Le régime administratif des archives a toujours été assez mal défini. Les services des Archives nationales et des archives départementales se sont trouvés plus de cinquante ans côte à côte au Ministère de l'intérieiu* sans avoir jamais eu de point de contact. Ils appartenaient nominalement au même bureau (1®' bureau de la division d'administration générale et départementale); mais ils étaient rapprochés sans être unis. Malgré iemrs ressemblances, ils n'avaient pas fusionné. Aucun fi:*oissement , il est vrai, n'éclatait entre eux; mais ils n'exerçaient pas, non plus, l'un sur l'autre d'action utile.
La nomination de la commission de i84i aurait pu établir ces relations si désirables. A cette époque, les archives nationales étaient venues, par Tentremise de M. de Wailly, ré^ementer les archives départementales. Elles leur avaient apporté le tribut de leur expérience; elles leur avaient appris à se méfier de la dislocation des fonds et du chaos qui en résulte infailliblement; mais cette œuvre avait été celle d'un de leurs chefs de section, plutôt que la leur propre. Peut-être auraient-elles rêvé davantage. L'article 3 de la loi du 7 messidor an u leur avait ouvert les plus laides horizons. « Tous dépôts publics de titres, dit cet article, ressortissent aux Archives nationales comme à leur centre commun , et sont mis sous la siu*veillance du Corps législatif et sous Tinspection du Comité des archives (comité pris dans l'assemblée). > Il y avait là un trait d'union; mais on voit quelle en était la nature. A côté de la centralisation existait une sorte de contrôle. Ce contrôle disparut avec les assemblées; et, sous l'Empire et depuis l'Empire, le garde général des Archives nationales devint omnipotent. Il ne réclama naturellement la restauration ni de la surveillance ni de l'inspection tombées en désuétude; mais il essaya à deux reprises, en 1812 et en 1819, d'établir une section départementale, qui, malgré la volonté du Ministre de l'intérieur , ne vécut que sur le papier. La force des choses l'emporta sur une idée fausse qui rappelait , non sans les dénatiu^er, les prétentions de Moreau. Celui-ci voulait, on s'en souvient, être à la tète d'un véritable « département ■ des archives ; mais il faisait entrer dans ce département, devenu un Ministère des travaux historiques, toutes les publications érudites de son époque. C'était une sorte de direction générale de la science historique, ce qui se comprend beaucoup mieux qu'une direction générale des archives. Comment veut-on, en effet, qu'un garde général, isolé dans son dépôt, ait l'autorité nécessaire pour gérer une partie de l'administration des départements , des préfectiu-es et des hospices .^^ Il faudrait, pour cela, changer complètement son caractère, en faire, non plus le conservateur d'un dépôt, mais un administrateur, et transporter le siège de son administration
sous l'œil du Ministre, au chef-lieu du Ministère. Alors il n'y aurait plus la matière d'une direction administrative, mais seulement celle d'un bureau, qui existe et qui suffit. Quoi qu'il en soit, si les Archives nationales ne créèrent pas chez elles une direction départementale, en i84i» elles eurent, grâce au rôle joué par M. de Wailly dans la Commission, une part indirecte au gouvernement des archives départementales, dont il fut décidé que les travaux seraient, après approbation, déposés au palais Soubise. En 1 853, la séparation entre les deux services s'accentua par le transfert des Archives nationales au Ministère d'Etat. On établit im bureau spécial pour les archives départementales, commxmales et hospitalières, et on créa une inspection générale de ce service. Cette double mesure devait avoir les plus heureuses conséquences. Dès 1842, le Ministre de l'intérieur avait réclamé , pour suppléer à l'insuffisance de la correspondance administrative, l'institution d'une inspection générale, seul moyen d'arriver à connaître l'état des dépôts. Sous l'impression encore vive de la mission temporaire dont avait été chargé, en 1889, ^^ sous-chef de bureau de l'Instruction publique, il pensait avec raison qu'il fallait entrer complètement dans une voie où l'on était sûr de remporter les meilleurs succès. Malheureusement la Chambre refusa de voter les subsides demandés par le Gouvernement. Mais l'idée était restée; et l'inspection générale des archives départenlentales , communales et hospitalières fut fondée par le décret du 21 février i853, portant organisation des services administratifs du Ministère de l'intérieur. Les inspecteurs prirent vite l'habitude de se réimir en Comité, et exercèrent ainsi une influence bien justifiée. Ce sont eux qui ont maintenu le service et qui l'ont peu à peu développé. Leur action se fit immédiatement et partout sentir. Trois des plus importantes instructions qu'ait préparées la Commission des archives , circulaires relatives aux archives départementales , communales et hospitalières et qui sont encore en vigueur aujourd'hui, étaient rédigées sous Leur inspiration; elles concernaient : i *• le classement et l'inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 178g (i854); 2° 1 clas-
sèment des archives hospitalières antérieures à 1789 (i854); 3® le classement des archives communales antérieures à 1 789 (1 857).
Après avoir aidé à la confection des principsdes circulaires, la Commission supérieure des archives ne ftit malheureusement plus aussi souvent consultée. On lança sans son concours, en 1861, l'im» pression de l'inventaire sommaire , et cette publication si importante , qui devait être si féconde, ne fut pas entourée dès le principe de toutes les garanties que le contrôle de la Commission lui aurait assurées; elle mérita quelques critiques du monde savant. Le service des archives périclita , et Ion sentit le besoin de le renforcer au point de vue technique : les inspecteurs généraux ne cessaient de réclamer des réformes, avec l'autorité particulière qui leur appartenait et qui n'appartenait qu'à eux, au Ministère de l'intérieur. Us finirent par obtenir qu'un archiviste fut chaîné de la direction du bureau , et que la Commission recouvrât toute son importance. On la reconstitua en 1874; et, si on ne la mêla point à l'Administration et aux questions de personnes, qui ne sauraient être de son ressort, aucune mesure importante relative au classement et à l'inventaire ne fut prise sans lui être soumise et sans être longuement discutée avec elle. C'est ainsi qu'ont été faites la circulaire sur le classement des papiers de la Révolution (1874) et celle qui concerne les archives communales modernes (1879). La Commission a été également appelée à prêter son concours à l'Administration pour l'appUcation du traité de Francfort, en ce qui concernait les archives. A côté d'elle, le Comité des inspecteurs, sans être admis non plus à administrer, a été régulièrement consulté sur la suite à donner aux rapports des préfets et des archivistes et sur toutes les questions du service. Son expérience des personnes, des dépôts et des localités, est d'une incontestable utilité. Aucun de ces rouages n'est superflu, car la direction des archives soulève les problèmes scientifiques et administratifs les plus délicats, pour la solution desquels on ne saurait s'entourer de trop de lumières et de garanties. Enfin l'organisation générale a été complétée par le transfert au Ministère de l'instruction publique du
service des archives départementales. De cette manière, des rapports nouveaux ont été créés entre elles et les Archives nationales, qui avaient été confiées à Tlnstruction publique, après la chute de TEmpire, en 1871, et l'unité du service a été enfin fondée.
Ce qui importe pour que le Ministère de l'instruction publique accomplisse avec fi:*uit son œuvre, c'est qu'on ne se méprenne plus désormais , comme on l'a fait si souvent dans le passé , sur la nature des archives. Lorsque Moreau fit confondre et confier aux mêmes mains la création d'xm dépôt des chartes et la publication de documents historiques , il ne se trompait pas , puisque son dépôt ne pouvait être un véritable dépôt d'archives. Toutefois les principes de son temps, sinon les siens propres et ceux de quelques-ims de ses savants collaborateurs, ont donné naissance à l'idée du triage, d'où sont sorties la destruction des pièces et, ce qui n^est pas moins grave, ta dislocation des fonds. On est lentement et péniblement revenu de ces fatales erreurs. Il est reconnu aujourd'hui que tout document, moderne aussi bien qu'ancien, peut avoir un caractère historique, fût-il financier, commercial, judiciaire, domanial, etc. Il est reconnu que souvent même un chiffon de papier, inutile en apparence, un simple compte , im simple état de maison , en dit plus sur ime époque , la fait plus réellement revivre sous nos yeux, en révèle mieux le vrai caractère, que les chartes et les pièces officielles. De là le changement qui s'est produit dans la manière d'envisager les archives. Elles sont la matière sur laquelle s'exerce l'historien, Tiostrument à Taide duquel il travaille. Mais il n'est pas leiu* maître; avant tout il doit les respecter et en laisser le dépôt intact, conune il l'a trouvé. Il a, lui, une vue particulière de l'histoire qu'il raconte, et, par une tendance instinctive, il y subordonne tout, risquant de supprimer ou de mettre dans l'ombre ce qui sera de première importance pour un autre historien dont les vues différeront des siennes. L'organisation des archives appartient donc aux archivistes, pour lesquels toutes les pièces ont une valeiu* égale, en tant que pièces, et méritent, par conséquent, d'être conservées à leur place. Le
principe du classement est, nous le répétons, de respecter ce qu'a fait la vie, de maintenir les fonds et les dossiers intacts, de ne pas toucher à ces images du passé , qui s'effacent dès qu'on prétend en modifier le dessin. Le principe de Tinventaire est de tout enregistrer et de tout décrire aussi exactement que possible. Malgré leurs imperfections, nos inventaires des archives de province répondent, à cet égard, aux besoins de la science. Us comptent k Theure actuelle 197 volumes, véritables trésors de renseignements et d'indications pour le chercheur. Des inventaires, où les fonds seront, autant qu'il se pourra, rétablis sur le papier, présenteront , dans une mesure suffisante , les mêmes avantages pour les Archives nationales, l^ous ces progrès ont été accomplis ou s'accomplissent à l'aide des excellents archivistes que fournit l'Ecole des chartes. C'est parmi eux que les départements choisissent les gardiens de leurs archives. Peut-être conviendrait-il de les rattacher plus intimement à l'Etat. Quoi qu'il en soit, ils assureront de plus en plus l'unité du service, car ils sont réellement à la hauteur de leur tâche ; et cette armée de travailleurs , répandue sur toute la surface du pays, présente une oi^anisation d'ensemble qui n'avait jamais eu sa pareille. A bien des égards, ce personnel est très supérieiuà celui dont disposait Moreau , si l'on en excepte les Bénédictins , qui seuls n'ont point été surpassés et ne peuvent pas l'être, attendu qu'ils avaient presque atteint la perfection. Quant aux ressources matérielles afiPectées aux archives, elles ne sont point à comparer avec les faibles moyens pécuniaires dont disposait Moreau. L'Administration obtient des départements l'installation nécessaire et un budget pour les archives; ce budget s'élevait à 6 1^9847 firancs en i885. La même année le budget attribué par l'Etat aux Archives nationales était de 200,000 francs. On voit par là ce que fait la France nouvelle en vue de perpétuer le souvenir de l'ancienne , et ce qu'en somme les archives ont gagné à la Révolution. Ce grand service va se perfectionnant sans cesse dans sa féconde indépendance. Mais , si son organisation ne doit pas être faite par l'historien , elle est faite à son usage, elle est faite pour lui: on doit rapprocher
le plus possible les archives de rhistorien, car elles contiennent les principaux matériaux sur lesquels s'exerce son activité. Lorsque, sous la pression du Comité des travaux historiques, le Ministre de l'instruction publique prenait jadis l'initiative de Iciu* restauration, il ne sortait pas du rôle qui lui appartenait et qu'on a fini par lui reconnaître. Les savants du Comité ne pouvaient venir à bout de l'œuvre qu'ils avaient entreprise qu'à la condition d'avoir à leur disposition des archives ouvertes et parfaitement classées. La Révolution les leur avait ouvertes; mais on les avait laissées dans le chaos. 11 a fallu y mettre de l'ordre. C'est cette tâche qui a été accomplie avec peine, mais qui, à l'heure actuelle, est en pleine voie de succès.
Nous avons tenu à exposer sans interruption les vicissitudes subies par nos archives, leur demi-destruction et leur concentration à l'époque révolutionnaire, leur réorganisation lente, mais de plus en plus parfaite, durant les années qui l'ont suivie. Il nous semblait qu'il y aurait quelque inconvénient à suspendre le récit d'une œuvre qui est bien réellement la continuation naturelle de celle de M oreau. Celui-ci ayant entrepris le premier de créer un service d'archives, service à la fois administratif et historique, pratique et théorique, il était bon de montrer avec quelle largeur nouvelle son idée ayait été reprise et mise à exécution de nos jours. Mais nous avons dit, et l'on a vu que cette grande tâche, si heureusement accomplie^, avait été provoquée par le Comité des recherches et publications de documents inédits, fondé par M. Guizot en i83A« et devenu depuis, à la suite de nombreux développements, que nous retracerons plus loin, le Comité des travaux historiques et scientifiques.
Dès la première circulaire consacrée à cette institution, l'ime des plus fécondes auxquelles son nom restera attaché , M. Guizot déclarait qu'une de ses principales préoccupations, en créant le Comité, était de mettre de l'ordre dans les archives que la Révolution nous avait
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laissées dans un état de chaos véritable et d'en tirer, pour les livrer au jour, les inépuisables richesses scientifiques qu'elles contenaient. Après avoir exposé que les bibliothèques publiques fourniraient de nombreux matériaux aux publications historiques, dont il prenait l'initiative , il ajoutait : « Mais , sous ce rapport, on trouverait plus de richesses encore dans les archives que dans les bibliothèques. Malgré les ravages qui , depuis quarante ans , ont produit dans la plupart de ces dépôts d'irréparables lacunes , on peut encore y faire ime abondante moisson, n en est même qui, par un heureux hasard, ont été préservés du pillage; et, quand le sort a voidu que ce fût dans une de ces villes anciennes capitales d'importantes provinces , telles que Dijon ou Lille par exemple, on sent combien de faits précieux doivent y rester enfouis. Il est telle de ces villes qui peut nous oflBîr une correspondance non interrompue avec tous nos souverains pendant cinq ou six siècles, telle autre qui possède plus de deux ou trois mille chartes, plus de dix mille pièces de tout genre, non seidement inédites, mais inconnues des paléographes , et dont aucune analyse, aucun catalogue n'a encore révélé l'importance (^). » Revenant plus loin sur ce sujet, en des termes que nous avons cités (^), il exprimait Tespoir que l'influence du Comité, les recherches incessantes qu'il serait amené à réclamer, forceraient les autorités départementales et municipales à se préoccuper de leurs archives, la plupart si riches, mais demeurées en un état si confus. Il lui semblait inévitable qu*un classement général, sinon un classement méthodique , qu'on ne pouvait songer à entreprendre au milieu du désordre universel des dépôts provinciaux, fut opéré peu à peu dans ces dépôts et en entraînât enfin Torganisation.
Cette prévision devait se réaliser, comme le constatait, un an plus tard , M. Guizot , dans un rapport où , résumant l'état des travaux relatifs à la recherche et à la publication des documents sur l'histoire de France, il disait : « Un zèle, sinon aussi fructueux, du moins aussi actif, a été déployé dans les départements , et déjà la plupart des bibfio-
<*> T. II, p. 5.
^*^ Voir plus haut , p. cvii.
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thèques ou collections d'archives ont été l'objet de soigneuses explorations. Les correspondants de mon Ministère ont été aidés dans leurs recherches par les personnes que j'ai envoyées en divers lieux, et par un grand nombre d^horames instruits qui se sont offerts d'euxmêmes à l'Administration. Plusieurs conseils généraux et municipaux ont voté des fonds extraordinaires poiu* l'inventaire et le classement de leurs archives. Je me contenterai d'indiquer à Votre Majesté les plus importants de ces travaux^^^ » Et il signalait les travaux des correspondants de province et des savants de Paris qu'il avait envoyés, bien que le service des archives appartint alors au Ministère de Tintérieur, inspecter les archives des principales villes de province, ou préparer leur classement et commencer leur inventaire.
Faut-il cependant considérer le Comité fondé , en 1 834, par M. Guizot, comme le simple continuateur du Comité de Moreau? Ne faut-il y voir que la suite du Bureau littéraire et du Cabinet des chartes, iaterrompue sous la Révolution, mais reprise sans changement sous la monarchie de Juillet? Ce serait méconnaître et la supériorité éclatante de M. Guizot sur Moreau, et Tidée très différente qu'on se faisait de l'histoire à la fin du siècle dernier et au commencement de celui-ci. Il y aurait, d'ailleurs, quelque exagération à prétendre que la Révolution a été une époque absolument stérile pour les études historiques, quelle a creusé un abîme entre les années qui l'avaient précédée et celles qui l'ont suivie. Sans doute elle supprima le Cabinet des chartes, institution d'ancien régime , qui avait pour elle le tort grave d'appartenir à un passé détesté; mais lorsque l'Institut fut réoi^anisé, plusiem^s de ceux qui avaient fait partie, soit du Bureau littéraire , soit du Cabinet des chartes, y furent appelés et purent y continuer, dans des conditions nouvelles, leurs savants travaux. Les membres de l'ancien Comité qui entrèrent à l'Institut furent, dans la première organisation, MM^ de Pastoret (2® classe, section des sciences sociales et législatives), La Porte du Theil (3* classe, section des langues anciennes), et dom Poirier (2^ classe, section
d^histoire); en outre, lors de la seconde réoi|;ani8ation , dom Brial (lit nommé dans la 3^ classe (histoire et littératures anciennes.) Ce fut donc surtout è Tlnstitut que se conserva la tradition des études érudites. Jusqu'en i834i le Gouvernement ne fit aucun effort sérieux pour reprendre Texploration et pour assurer la conservation de nos richesses historiques et archéologiques. Toutefois deux tentatives curieuses dans le sens d'un retour vers ce genre d'études méritent d'être signalées , parce qu'elles indiquent sur quel objet se porta d'abord l'attention, lorsque, après les grandes secousses révolutionnaires, l'esprit de conservation se réveilla dans notre pays. Ce ne sont pas les monuments d^archives qui attirèrent d^abord la sollicitude administrative : on les croyait à peu près totalement détruits, et, d'ailleurs, les débris qui en restaient étaient dans un tel état de désordre qu'on avait quelque peine à en apprécier la valeur. Il aurait fallu pénétrer dans les dépôts, où ils étaient entassés pèle-méle, pour constater leur importance aussi bien que leur délabrement. Le jour n'y entrait guère et bien peu de personnes encore songeaient à en dissiper l'obscurité. Mais il suffisait de parcoiuîr nos provinces pour remarquer partout d'autres monuments, ceux-là exposés à la grande lumière, visibles à fleur de sol et sur lesquels la dévastation avait aussi passé. Nos vieux châteaux, nos palais princiers ou municipaux, nos églises, nos édifices féodaux, avaient attiré, comme les papiers d'archives et plus qu'eux peut-être, la colère de la Révolution. De nombreuses ruines s^étaient accumulées sur notre territoire. Jadis la France avait été, de tous les pays d'Europe, sans en excepter même l'Italie, celui qui possédait le plus d'œuvres d'architecture remarquables, sinon par leur perfection absolue, au moins par leur variété et par leur suite, comprenant toutes les époques et offrant le tableau chronologique le plus complet du progrès des arts en Europe. Que conservait-elle , après la période de vandalisme qu'elle venait de traverser, de tant de produits si divers,si brillants, parfois admirables, parfois plus ordinaires, mais toujours ingénieux et distingués, du génie de ses habitants?
Dès le mois de mai 1810, le Ministre de rintérieur, comte de M ontalivet , posait cette question aux préfets , dans une circulaire que nous croyons devoir reproduire.