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DES CHARTES CONCERNANT L'HISTOIRE DE FRANCE

On peut proposer cinq questions principales :

1* Quelie est l'espèce des chartes qui doivent entrer dans cette collection?

a* Les pièces déjà imprimées doivent-elles toutes y être insérées , et quelles sont celles qu'on peut en exclure?

3* Doit-on admettre en général toutes celles qui n'ont point encore été imprimées ?

4° En quel ordre doit-on les publier, et que doit-on observer par rapport aux titres de chacune et aux notes qu'on pourroit y ajouter?

5° Quelles tables faudroit-il y joindre, et quelles introductions seroil-il convenable de placer à la tête des volumes?

6' Le plan général étant arrêté par rapport à ces divers article», quel est le travail préliminaire dont on doit s'occuper dès aujourd'hui, afin de pouvoir incessamment comnlencer !a publication de l'ouvrage?

1" (foestion. Sur l'espèce des pièces qui doivent former la collection.

n n'y a pas de doute que tout diplôme, tout traité, toute charte ne doive être admise, dès qu'elle peut servir à éclaircîr l'histoire civile ou ecclésiastique, le droit public, les moeurs et usages de notre nation. Mais doit-on admettre également les lettres des particuliers et les actes ecdésiastiques , tels ,

(1) Voirauiii p. Sg, 47, 68, 71, 73, 87, 110, 118, iSg, i55, 167, 160, 167, 170. a38, 166, 375. 38o. 391, i3o, as, 447-

par exemple, que les conciles, les synodes, etc.? Les collections des historiens de France renferment beaucoup de ces lettres particulières et des extraits des conciles. Voilà les raisons d admettre ce genre de pièces, qui d ailleurs contient un très-grand nombre de traits inRniment curieux, surtout relativement aux mœurs et aux usages. Mais comme le seul article des conciles surchargeroit excessivement la collection , ne suf&roit-il pas de renvoyer aux collections . imprimées, et ne pourroit-on pas en faire autant par rapport aux lettres particulières dont on a imprimé aussi des collections?

J2' question. Toutes les chartes déjà imprimées doivent-elles entrer dans la collection projettée?

Ne devroit-on pas exclure celles qui composent les grandes collections sm* notre histoire, telles que les recueils de Duchesne, de D. Bouquet, la Gaule chrétienne, les collections de Labbe, de Martène, de Dachery, de Baluze, etc., les recueils des Gapitulaires , des Ordonnances et des Conciles?

Mais, en ce cas, ne seroit-il pas convenable d'indiquer au moins toutes ces pièces, en raportant le titre, indiquant le recueil où elles sont insérées, et recueillant les variantes, lorsqu'on pouroitlescoUationner avec les originaux? Si, par cette collation, on trouvoit des différences essentielles, il semble qu'il faudroit lés réimprimer en entier.

3* question. Doit-on admettre indistinctement toute charte non imprimée?

Il est des chartes non imprimées si peu intéressantes par leur objet qu on peut douter s'il n est pas convenable de les exclure de la collection. Telles seroient, par exemple, cette multitude d'actes de ventes, d'achats, d'échanges qui remplissent les cartulaires ou les archives des moqastères et des églises. Lorsque les chartes contiennent ou quelque nom de personne importante, ou quelque nom de lieu dont la position est peu connue, ou quelque formule, quelque date insolite, cela seul peut mériter que la pièce soit imprimée. Autrement ne conviendroit-il pas de les rejetter? Si on raportoit seulement les titres de ces sortes d'actes, ce seroit transcrire les tables de tous les cartulaires; et cette transcription ne tiendroit-elle pas dans la collection une place trop considérable, et sans grande utilité?

à* question. Dans quel ordre , sous quel titre et avec quelles notes publiera-t-on les pièces?

Quant à Tordre , il n'y en a que deux qu'on puisse suivre : celui des dates et celui des matières. Ce dernier n'auroit-il pas de grands inconvéniens? Il y a peu de pièces qu'on ne doive raporter à plusieurs matières. 11 faudroit

donc, en suivant Tordre des matières, des répétitions ou au moins des indications et des renvois multipliés, qu*ii est avantageux d'éviter. Ne vaudroit-il pas mieux se déterminer pour Tordre chronologique?

Quant aux titres , il en faut distinguer de deux sortes. Si , parmi les pièces déjà imprimées, il y en a quil suffit dmdiquer, les titres des pièces quon imprimera ne peuvent être trop courts et trop simples ; mais les titres des pièces quon indiquera doivent offiîr, sinon Tanalyse ou le sommaire, du moins un développement suffisant du sujet de la pièce indiquée.

Quant aux notes, ne suffiroit-il pas de les faire le plus courtes et le plus succinctes qu*il seroit possible? Rymer n'en a joint aucunes à son recueil.

5' question. Quelles tables et quelles introductions seroient nécessaires?

Des tables de noms de personnes et de noms de lieux à la fin de chaque volume ne suffiroient-elles pas? On pourroit placer à la fin de la collection une table des matières, comme dans la dernière édition de Rymer. Au reste rien ne presse pour se décider à cet égard.

Ce qui demande une décision plus prompte est la nécessité d une préface servant d'introduction à chaque volume , laquelle pourroit suppléer à une table de matières. Ne seroit-il pas possible de composer cette introduction sur le plan suivant? On la diviseroit en trois parties. La première seroit historique, et contiendroit, d après les pièces du volume, l'histoire du nombre d'années auxquelles ce volume s'étendroit. La seconde seroit po/iti^u^, et donneroit, d'après ces mêmes pièces, une connoissance exacte du droit public et privé observé en France dans ce même intervalle de temps. La troisième seroit diplomatique, et rassembleroit les observations et les discussions critiques, historiques, géographiques, chronologiques, auxquelles ces pièces pourroient donner lieu^

6* question. Quels sont les travaux préliminaires auxquels on pourroit, dès à présent, se livrer?

Ne pourroit-on pas commencer par partager entre diverses personnes les pièces du dépost concernant la première race? Chacun rendroit compte de celles qu'il se seroit chargé d'examiner. On constateroit dans cet examen :

1*" Quelles sont celles qui sont déjà imprimées. On indiqueroit, autant qu'il seroit possible, les lieux où les originaux se trouvent, afin qu'en les coUationnant avec ces originaux, on pût savoir s*il faudroit les réimprimer ou seulement renvoyer aux éditions en citant les variantes.

2^ Celles qui ne sont encore que manuscrites seroient examinées d'abord

quant à leur authenticité, ensuite quanta leur importance , et enfin quant aux endroits quon croiroit devoir être éciaircis par quelques courtes notes.

3° Après ce premier travail, on soccuperoit des collations des pièces qui auroient besoin detre revues sur les originaux, tandis que d'autres placeroient des titres à la tête de chaque charte» et y joindroient les notes nécessaires.

Ix"" Ces divers travaux, rapportés aux assemblées, à mesure quils avanceroient, y seroient discutés selon le besoin; et quand on auroit achevé de mettre chacune des pièces de cette première époque dans Tétat convenable, toutes seroient remises à celui qui seroit chargé de diriger l'édition. Il ne resteroit qu'à les ranger dans Tordre chronologique et à veiller avec la plus grande exactitude à la correction des épreuves.

(CoHeclion Moreau, n* 390, fol. 190.)

MEMOIRE DE BRÉQUIGNY SUR LA COLLECTION DES CHARTES CONCERNANT L'HISTOIRE DE FRANGE.

On a jusqu'ici arrêté , par raport à l'édition projettée d'une collection de toutes les chartes relatives à l'histoire et au droit public de France :

1° Qu'on ne la commenceroit qu'à la 3' race, en faisant cependant précéder, par forme d'introduction ou de préliminaires, les chartes de la seconde qui pourroient servir à éclaircir les monumens de la troisième, et surtout à jetter du jour sur l'origine du nouveau droit public qui prit consistance sous les premiers rois capétiens, mais qui avoit commencé à s'introduire durant l'anarchie, depuis la mort de Charles le Chauve, en 877, jusqu'à lavènemcnt de Hugues Capet, en 987. Ainsi ces préliminaires doivent contenir un espace de cent dix ans;

2° Qu'on imprimeroit toutes les chartes de ce genre qui n'ont point été publiées, et qu'on réimprimeroit toutes celles qui l'ont été, excepté seulement celles qui se trouvent dans la collection des historiens de France ;

3° Que dans l'arrangement des chartes on suivroit l'ordre chronologique , et que, sous chacune d'elles, on placeroit les notes et obsen^ations qu'on croiroit utiles.

lx° J'ai proposé (et il me semble quoti en est aussi convenu) que, s'il se

trouToit des chartes trop peu intéressantes par leur objet principal, pour éfre admises dans le recueil, et qui, cependant, contiendroient quelques noms propres de lieux ou de personnes qu on croiroit ne devoir pas négliger, quelque formule insolite, quelque expression peu connue, alors on se contenteroit de dresser des tables alphabétiques de ces noms, de ces expressions, de ces formules, en citant la date de la pièce où on les trouve, et lendroit du dépôt où Ton pourroit au besoin recourir à la pièce même. Ces tables seroient placées à la fin des préliminaires, et il y en auroit de semblables à la fin du recueil des chartes de chaque règne dans la suite de la collection.

Après ces articles arrêtés, et conformément à ce plan, nous nous sommes occupés de Texamen des plus anciennes chartes déjà rassemblées au dépôt, et notre travail paroit porté jusqua l'an gSA environ, date de la mort de Louis d'Outremer. Ainsi nous avons parcouru un espace de soixaute-dix-sept ans à peu près, sur les cent dix que nos préliminaires doivent remplir. Ce seroit avoir beaucoup fait, s'il n'y avoit lieu de croire, qu'outre ces chartes, il y en a beaucoup d'autres relatives à cette époque qui manquent encore au dépôt et quil est essentiel de connoitre dès à présent, afin de pouvoir les insérer en leur place, lorsqu'on commencera l'impression des préliminaires que nous préparons.

Pour parvenir le plus promptement possible à en acquérir la connoissance, je crois que le moyen le plus expédient est de dépouiller tous les recueils des chartes qui se trouvent dans les diverses bibliothèques de Paris , surtout dans celles du Roi et de Saint-Geimain-des-Prés. Je suis persuadé qu'on y peut découvrir la plus grande partie des chartes qui nous manquent. Il y en a d'originales; le plus grand nombre, A la vérité, sont des copies, mais on seroit toujours à temps de les faire collationner sur les originaux, et, quant à présent, il n'est question que d'en avoir le catalogue, afin de les faire copier à mesure que leur date les appellera au recueil.

Je prends donc la liberté de proposer la recherche des chartes qui sont dans ces bibliothèques, en se bornant actuellement à celles qui doivent se placer depuis l'an 877 jusqu'à l'an 987. On en dresseroit un catalogue succinct, où elles seroient désignées en très-peu de mots par leur date et leur objet. Un de nous, ou un commis exercé dans ce genre de travail, feroit aisément ce catalogue, en suivant les indications que j'offre volontiers de fournir.

Lorsque ce catalogue seroit dressé , et même à mesure qu'où ]e dre^seroit, on le communiqueroit au bureau, où l'on se chargeroit de vérifier si, parmi les pièces qui y seroient énoncées, il y en auroit d'imprimées, ou de conservées manuscrites dans le dépôt. De cet examen résulteroit la connoissance de celles qui resteroient à transcrire, et on feroit sur-le-champ travailler à la transcription.

Ce travail achevé (probablement en peu de temps, car les pièces de cette date ne peuvent être très-nombreuses), nous pourrions nous flater d avoir, k fort peu de chose près, une collection des chartes de notre première époque assez complette pour publier cette première partie de notre travail , sauf à donner par supplémens (qui, dans un pareil ouvrage, sont toujours indispensables) le petit nombre de pièces que nous pourrions découvrir par la suite, et le public commenceroit bientôt à jouir d'un recueil, sans lequel on n'aura jamais que des notions très-imparfaites de notre droit public et de notre histoire.

Je suis persuadé qu'avec ces secours, joints à ce que nous avons déjà, nous aurions assez de pièces pour en former un volume entier de préliminaires, à la tctc duquel on placeroit une préface qui se diviseroit en deux parties. La première contiendroit des observations générales diplomatiques et critiques sur les chartes que ce volume renfermeroit. La seconde ofiGriroit l'histoire abrégée, écrite d'après ces mêmes chartes, qui certainement différeroit assez des histoires publiées jusqu*ici , pour faire sentir l'utilité et l'importance de notre travail. Je ne parle point des tables des noms de lieux, des noms des personnes et des matières , qui termineroient le volume et en faciliteroient l'usage.

(Collection Moreau, n' 1097, fol. 45.)

Ml&MOIRE DE BRÉQUIGNY SUR LA PREPARATION DD RYMER FRANÇAIS W.

Le travail actuel sur les chartes du dépôt consiste principalement à juger

^') Ce mémoire a été publié par M. GhampoUion-Figeac, Lettres des rois et reines. Introduction

p. XXV.

quelles sont celles qui méritent d'être imprimées dans la collection générale des actes relatifs à Thistoire de France, que Ton projette de publier. Ce choix est lobjet principal de nos assemblées, où chacun de nous porte à cet égard un jugement motivé.

Gomme ces chartes doivent être rangées dans f ordre chronologique, il est souvent besoin d'en discuter les dates; et ces discussions sont aussi l'objet de nos examens en particulier et en commun.

Enfin , nous ne négligeons pas les observations critiques auxquelles ces dbartes peuvent donner occasion, et qui peuvent servir de matière aux notes qu*on doit employer dans l'édition de ces pièces.

M. le Garde des sceaux a jugé que cette édition devoit être f ouvrage d'un seul, afin d'y mettre l'ensemble et l'uniformité nécessaires, et il m'a ordonné de m'en charger.

En conséquence, M. Moreau m'a remis, il y a longtemps, les cent premières chartes de son dépôt, accompagnées des notes de ceux qui les ont examinées, à commencer â la mort de Charies le Ghauve, époque où on a cru devoir remonter, avant d'entamer les actes de la troisième race.

Quoique nous ayons examiné plus de mille chartes dans l'intenralle de ces deux époques, nous avons lieu de croire qu'il s'en découvrira encore; mais on a jugé qu'il y auroit de grands inconvéniens à différer plus longtemps de commencer l'ouvrage, sauf à intercaler les pièces qu'on découvrira pendant le travail, qui donnera tout le loisir de faire de nouvelles recherches, avec quelque ardeur qu'on le presse.

Je me suis donc mis à l'œuvre sur-le-champ, et voici le plan que j'ai suivi. Je distingue, parmi les chartes du dépôt, trois classes différentes : les pièces anecdotes qui contiennent des faits importans pour l'histoire proprement dite-, les actes anecdotes passés entre particuliers obscurs, mais qui sont propres â nous instruire des mœurs et des usages des anciens temps de notre monarchie; enfin, les pièces qui ne présentent que des noms de lieux, ou quelques expressions inusitées qu'il est utile de remarquer.

On a décidé que les deux premières classes doivent nécessairement entrer dans le recueil projette. La troisième ne feroit que le surcharger; et il suffit d'en extraire ces noms de lieu ou ces expressions dignes de remarques, dont on formera, à la fin du volume, des tables générales.

On a décidé aussi de faire entrer dans le recueil les pièces déjà imprimées, excepté celles qui le sont dans le Recueil des historiens de France.

Quanl à celles-ci, j*ai cru devoir en placer les titres à leur ordre, en renvoyant à la page du volume où elles sont publiées.

Tel est mon plan relativement à Tespèce des pièces qui doivent composer le recueil.

Quant à chacune de ces pièces mêmes» voici la manière dont je crois devoir les publier.

Je mets à la tète de chacune un titre en latin, plus ou moins étendu, c està-dire fort court, quand la pièce entière suit le titre, plus long, et avec ses notes chronologiques, quand la pièce n est qu'indiquée comme étant publiée dans le Recueil des historien^ de France, ou comme ne devant fournir que des extraits pour les noms de lieu ou les expressions inusitées.

Je place de courtes notes sous les pièces qui paroissent en exiger. Le recueil de Rymer nen contient pas une seule, et c'est sans doute un défaut. Quoique lobjet de ces sortes de recueils soit principalement de publier les textes, il est des notes indispensables, telles que celles qui déterminent les dates, souvent incertaines, et celles qui font sentir futilité des actes privé qui, au premier coup d'œil, paroitroient ne pas mériter d*étre recueillis. Mais il faut, je crois, user en cela d'une grande sobriété. Je me suis proposé pour modèle les notes que les savans éditeurs de nos historiens ont jointes aux diplômes qu'ils ont publiés.

Ces notes sont écrites en latin ; car ce seroit une bigarrure peu convenable que de placer sous un texte latin des notes françoises. D'ailleurs l'usage du recueil projette ne peut être borné à la France seule, et on doit s'y servir, par préférence, d'une langue familière à tous les savans de l'Europe.

C'est par cette raison que je crois qu'il faudra aussi employer cette langue, tant dans les préfaces que dans les tables de chaque volume; mais il n'est pas encore temps de nous occuper de ces objets.

La matière des notes est principalement tirée des observations qui ont été jointes aux pièces par ceux d'entre nous qui les ont examinées, et dont je ne suis que le secrétaire. Aussi ai-je toujours eu soin de nommer fauteur des observations à la fin de la note même; et lorsqu'il se trouvera des difficultés, j'en ferai le rapport, pour être discutées dans nos assemblées, que j'ai grand intérêt de consulter sur mon travail.

En voici maintenant le premier essai.

Je propose de lire à chaque assemblée , durant la première demie heure ,

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