RELATIVES À L'HISTOIRE DE FRANGE
19 novembre 1788.
Quoique les comités des chartes soient interrompus depuis plus de trois ans, le sieur de Bréquigny, qui avoit été chargé par Monseigneur le Garde des sceaux de Miromesnil de travailler à Fédition de la collection générale des chartes (et même de s'adjoindre M. du Theil, qu'il fit revenir exprès de Rome), n'a cessé de s'occuper de ce travail. Le premier volume, contenant les chartes de la première race de nos Rois, est depuis plusieurs mois achevé d'imprimer; il reste à imprimer la préface, qui contiendra plus de 200 pages in-folio, parce qu'elle présente l'analyse complette de ce que renferme le volume.
Les éditeurs, -qui renvoyent avec justice la gloire de cette collection au Ministre qui la protège, au dépôt d où elle est tirée en partie, et aux savans du Comité dont les observations leur ont servi, sentent que Tédition ne doit paroître que sous les auspices de ce même Comité, spécialement ia préface, qui contient le plan de l'entreprise. Mais on ne pourroit, sans une perte de tems immense, lire et discuter en plein Comité cette préface seule, qui formeroit un volume, quand même ce Comité auroit repris ses séances; et le libraire 9 qui a fait de grosses avances, souffriroit de trop longs délais.
Il seroit aisé de remédier à ces inconvéniens, si Monseigneur le Garde des sceaux jugeoit à propos de nommer deux membres du Comité, qu*il chargeroit d'examiner f ouvrage et de lui en rendre compte. S*ils le jugeoient digne d'être avoué du Comité , Monseigneur le Garde des sceaux permettroit alors d'imprimer la préface, afin que l'édition d'un ouvrage depuis si longtems annoncé et d'une utilité reconnue ne languit pas plus longtems, que les délais ne fussent pas imputés aux éditeurs, et qu'on ne donnât pas lieu aux justes plaintes du libraire.
Ils prennent la liberté de proposer à Monseigneur le Garde des sceaux de nommer pour examinateurs deux des plus savans et des plus laborieux membres du Comité , M. de Pastoret ^^^ et dom Poirier, dont il connott les lumières. On espère qu'ils se chargeront volontiers de cet important examen.
(Cdlecdon MotMa, n* 315, fol. a8.)
MEMOIRE DE MOBEAU SUR LE PREMIER VOLUME DE LA COLLECTION célliRALB DES CHARTES RELATIVES k L'HISTOIRE DE FRANCE (^).
Décembre 1788.
Je dois compte à Monseigneur le Garde des sceaux de lun des premiers et des plus précieux fruits des travaux ordonnés par le Roi pour hâter les progrès de nos connoissances historiques et faciliter les études de notre droit public.
^*) Claude-Emmanuel-Josepli-Pierre, comte, puis marquis de Pastoret, né le 2 5 octobre 1766 àBlaneille, mort le 38 septembre i84o à Paris, membre de Flnstitat, professeur de droit aa Collège de France, ministre d*État, chancelier de France, membre de f Académie française, etc., continuateur du recueil des Ordonnances, dont il publia les tomes XV-XX, etc.
(") Ce mémoire a été puMié par M. Cbampollion-Figeac, Lettres des rois et reines. Introduction, p. lUI.
Tout le m(ynde connoit le recueil des actes publics de TAngieterre rassemblés par Rymer : un pareil ouvrage manquoit à la France ; mais le plus difficile étoit d'en connoitre et d*en réunir les matériaux, dont un très-petit nombre étoit déjà imprimé dans quelques collections, mais dont une multitude innombrable étoit et est peut-être encore enfermée dans une foule d archives, ou peu connues, ou jamais entièrement approfondies et épuisées par ceux qui les ont visitées.
Lorsquen 176a, le Roi, d après le plan qui lui en fut suggéré par M. Bertin, alors Ministre des finances, eut joint à cette bibliothèque de législation et d'administration destinée, en 1759, à présenter sans cesse à tous les Ministres la tradition de toutes nos loix, un second cabinet, qui devoit également les instruire de tous les faits, en mettant sous leurs yeux tous les matériaux de notre histoire, le premier soin du Ministre fut d obtenir de Sa Majesté que des gens de lettres seroient, d*un bout duRoyaume k l'autre , employés aux recherches qui dévoient accroître le nombre de nos monumens connus. On s*aida du zèle infatigable des savans religieux de la congrégation de Saint-Maur, qui depuis ont excité Témulation active et laborieuse de celle de Saint- Vanne.
Un Comité fut établi pour examiner, juger et classer les matériaux qui furent le produit de ces travaux, qui n'ont point été interrompus; et lorsqu'en 1781, le Roi réunit et attacha irrévocablement à la Chancellerie ces deux cabinets, qui, sous le titre de bibUotkèijue de législation, administration, histoire et droit public, sont devenus le centre de toutes les entreprises littéraires relatives à ces grands objets, on continua, dans les assemblées qui se tinrent en présence de M. le Garde des sceaux, et où assistoient régulièrement M. le marquis de Paulmy et M. Bertin, à s occuper surtout du projet de cette immense collection, dont le premier volume paroit aujourd'hui.
Il étoit nécessaire qu'à mesure que les monumens envoyés aux dépôts de la Chancellerie passoient sous les yeux des membres du Comité, un homme seul fût chargé de l'arrangement convenu, et préposé à l'édition d'un ouvrage sur lequel l'immensité même de l'entreprise pouvoit laisser quelqu'inquiétude; il fut jugé important que le public sût que nous avions commencé l'exécution d'un projet si vaste, qui, quelques soins que l'on y apporte, doit occuper nos savans une longue suite d'années. Le plus laborieux de tous, M. de Bréquigny, déjà si avantageusement connu par l'étendue de ses connoissances historiques et par son zèle infatigable pour les re-
cherches de nos monumens, a bien voulu se charger de veiller à la composition et à Timpression de ce premier volume : il étoit juste que b première récompense de son zèle fût le choix de celui dont il croyoit pouvoir s'aider dans ce travail , et qui , en laidant même , méritoit d*être désigné pour son successeur; si donc le Comité qui, aujourd'hui attaché à la Chancellerie comme conseil et directeur de toutes les entreprises littéraires destinées à aider la législation et ladministration royales, continue de se regarder comme chargé de la composition de ce recueil; si la hîbliothèque attachée à la Chancellerie réunit successivement, comme j*ose m'en flater, tous les monumens, tous les actes, tous les titres qui doivent entrer dans ce recueil, comme dans tous les autres de même nature que le Roi ordonne, encourage et protège; si enfin les savans qui, dans nos provinces, sont chaigés de découvrir tout ce qu'il peut y avoir encore d'actes publics et de titrea précieux enfouis dans la poussière des dépôts , ['réussissent dans leur entreprise], M. de Bréquigny et M. du Theil, son adjoint, peuvent, en annonçant ce premier volume, promettre au public que les suivans ne se feront pas autant attendre que l'on pourroit le craindre, si Ton ne consultoit que l'innombrable multitude des actes dont ils doivent être composés.
Quiconque, au reste, lira la très-savante préface destinée k donner une juste idée de- cette vaste composition, fera les vœux les plus «ncères pour que le Gouvernement mette ce travail au nombre de ceux qui méritent le plus sa protection et ses secours. Sans les magasins, et si j'ose m'exprimer ainsi, sans les atteliers que le Roi a disposés à la Chancellerie, pour y livrer à des travailleurs actifs toutes les matières premières de ce grand édifice, sa construction ou seroit impossible, ou dureroit des siècles. Sans le grand et magnifique ouvrage qu'ils sont en état de présenter à la France , et même à l'Europe, on ne connoitroit point assez combien ces atteliers et ces magazins seront utiles aux Ministres, qui, plus que jamais, ont aujourd'hui besoin de s'instruire; aux gens de lettres, dont il est si important de diriger les efforts au plus grand bien de la patrie, et dans un tems où il est si généralement reconnu que c'est au profit de l'avenir qu'il faut s'occuper du passé.
Cette préface, qui n'est point susceptible^'un extrait, m'a paru un prodige de travail et d'érudition : sa première partie renferme, dans un détail et dans un ordre admirables, le jugement sûr et impartial que l'on doit porter de chacun des monumens de notre première race. On y distingue
les titres qui sont à l*abry de toute suspicion de fausseté d'avec ceux dont Ja véracité ou l'authenticité ne sont pas également prouvées ; car on a cru devoir faire entrer dans nos collections quelques pièces de cette dernière espèce, sur lesquelles on a toujours eu soin de prévenir le jugement des lecteurs; car souvent même les pièces fausses ne sont pas inutiles à Thistoire : la saine critique y découvre du moins les usages, les habitudes et les formes du tems où elles ont été composées. Un des avantages de ce premier volume sera d'épargner de longues et de dispendieuses recherches à ceux qui veulent se mettre au fait de la législation et de l'administration ' de nos premiers roix; quelque sistème que l'on embrasse, il faut connoitre à fond les monumens, et c'est un soin que l'on n'a pas assez pris jusqu'ici. En réimissant à ce premier volume de notre Rymer les deux volumes de Baluze qui contienent les Gapitulaires, on aura sous les yeux tous les actes qui portèrent à cette époque l'empreinte du pouvoir.
Je me fais un devoir, au reste , d'attester à Monseigneur le Garde des sceaux que ce premier volume, dont la bibliothèque de législation, administration , histoire et droit public possède déjà un double exemplaire de toutes les feuilles qui en ont été imprimées, a été entièrement rédigé d'après le plan conçu dans nos assemblées, et est parfaitement conforme aux résultats des délibérations du Comité, dont tous les membres ont même revu, avant l'impression, toutes les pièces dont ils avoient autrefois fait le rapport au Chef de la justice.
MOREAU
(Au bas est écrit de la main du Garde des sceaux: Approuvé pour rimpression.) (CoUectiott Morean, n* 315, iol. 137.)
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