LETTRE DE BERTIN AU CARDINAL DE BERNIS
25 juin 1774.
Monseigneur, jay reçu la réponse dont Votre Éminence m'a honoré sur le projet que je lui avois fait passer de receuillir dans les diflérentes archives de Rome une foule de monumens encor inconnus et qui peuvent augmenter les lumières dont notre histoire de France a besoin. Je sens. Monseigneur, que, si ce projet sexécutoit au nom du Gouvernement et
comme une entreprise conçue par le Ministère et exécutée à ses frais, nous pourrions exciter quelques inquiétudes et rencontrer quelques diSicultez. G*est donc pour simplifier notre plan, cest pour le réduire aux simples recherches littéraires qui peuvent tenter la curiosité d'un savant, que je vous envoyé ce second mémoire, fait sur celui que vous m*avez adressé. Mais, afin que vous vous rapelliez plus aisément l'objet entamé dans notre correspondance, je joins à ma lettre une nouvelle copie du premier mémoire que vous dûtes recevoir au mois de décembre dernier et celle de celui que vous avez joint à votre réponse. En relisant ces pièces, Monseigneur, et en faisant attention aux propositions contenues dans mon nouveau mémoire, vous pourrez. Monseigneur, extrêmement simplifier notre entreprise et trouver à Rome même un homme de lettres qui scroit en état de s'en charger. Quant aux dépenses nécessaires, si le Roy veut bien s'en charger, comme elles ne doivent passer que par vos mains , les dépositaires romains peuvent également ignorer qu'elles soient fournies par le Gouvernement , et c'est ainsi que l'on en a usé en Angleterre , où celui que le Roy y avoit envoyé n'a jamais passé que pour un savant poussé par son propre goût. J*altendray votre réponse, Monseigneur, pour concerter avec vous les détails du plan que vous aurez aprouvé, parce que, si vous n'aviez pas sous la main un homme de lettres capable de se prêter à nos vues, on pburroit en chercher un dans ce pays-cy, qui entreprendroit le voyage.
Je suis. etc.
$ Bbrtin.
(Collection Moreaa, n* T " '^ i4a.)
OBSERVATIONS DE BR^QUIGNY SUR LA MANIÈRE DE PROCÉDER DANS LES RECHERCHES DE PIÈCES HISTORIQUES À ROME.
Juin 1774.
Les recherches des pièces relatives à l'histoire de France qu'on propose de faire à Rome, soit dans les archives apostoliques, soit dans ia biblio* thèque du Vatican, etc., semblent devoir réussir en ne les annonçant que comme des recherches de pure curiosité que voudroit faire un simple particulier, relativement è ses études, et sans aucunes vues politiques. La
plupart des obstacles seront levés , dès qu'on sera parvenu k procurer une conGance entière à la personne qu'on employera. Ce fut ainsi qu'on s'ouvrit, il y a dix ans, un accès facile dans divers dépôts d*Angleterre , et qu'on obtint des communications qu'on refuse communément, même aux nationaux.
n seroit nécessaire que cette personne (ut en état de décbi£Brer les manuscrits et qu'elle eût une connoissance suffisante de l'histoire, afin de pouvoir faire elle-même les recherches et juger de fimportance des pièces qui lui passeroient sous les yeux. Il n'est guère possible de lui indiquer d'avance ce qu'il faudroit copier, puisque ce que l'on désire principalement sont des pièces anecdotes et peut-être jusqu'ici ignorées de ceux mêmes qui en ont la garde.
Si cependant on jugeoit cette indication absolument indispensable, voici le moyen qu'on imagine. Celui qui entreprendroit les recherches commenceroit par feuilleter les catalogues des dépôts où il auroit accès, par exemple les catalogues des manuscrits du Vatican. Il feroit note de ceux de ces manuscrits qui lui paroitroient contenir les actes les plus utiles à l'histoire de France. Il parcourroit ensuite ces manuscrits les uns après les autres, et feroit une table des pièces relatives à son objet, marquant sommairement le sujet et la date de chacune. Ensuite il enverroit cette table en France, à mesure qu'il la rédigeroit, et on lui marqueroit alors quelles sont les pièces qu'il faudroit transcrire. On en a quelquefois usé ainsi dans le cours des recherches faites à Londres.
On pourroit tenter l'essai de cette méthode sur les lettres des Papes. On voit par celles que Baronius, Rainaldi, Bzovius, etc., ont publiées d'après les manuscrits du Vatican, qu'il y a dans ce dépôt grand nombre de recueils manuscrits de ces lettres, dont une partie seulement a été imprimée, et il y a lieu de croire que ce qui n'a point vu le jour fourniroit de grands éclaircissemens pour l'histoire de l'Europe en général et de la France en particulier. On comprend les bulles et les brefs sous la dénomination de lettres des Papes.
Il seroit donc question de connottre d'abord les collections de ces lettres, soit en original, soit transcrites dans des registres authentiques, soit recueillies dans des manuscrits. On commenceroit par celles des Papes les plus anciens, et on en feroit un catalogue. Comme toutes sont dignes de curiosité et qu'il ne s'agiroit que de reconnoilre celles qui ont été imprimées ,
il suffiroit que ce catalogue contint : i*" le non) de celui à qui chaque lettre est adressée; a"" la première ligne et la dernière, et la date, s*il y en a une. Ce catalogue, peu difficile à faire, seroit envoyé en France, d*où on le renverroit fort peu de temps après, avec l'indication des lettres qui n'ont point encore été publiées et de celles qui l'ont été, mais qui méritent d'être collationnées.
Le travail, ainsi partagé, abrégeroit les opérations qui se feroient à Rome. Le temps qu exigeroient les réponses aux questions sur le choix des pièces pourroit être employé à prendre copie de celles que les particuliers auroient dans leurs cabinets, et dont ils voudroient bien donner communication. L'on n'auroit pas lieu d'hésiter à les copier, dès que les possesseurs les indiqueroient eux-mêmes comine méritant d'être transcrites.
Une attention essentielle seroit de ne copier que sur des originaux, sur des copies collationnées, sur des registres qui eussent quelque caractère d'authenticité, ou sur des manuscrits du temps des pièces mêmes, autant que cela seroit possible.
Enfin , il seroit à souhaiter que celui qui se chargeroit de ce travail eût la liberté de faire transcrire les pièces sous ses yeux, par des gens inteliigens et dont il seroit sûr; du moins il faudroit qu'il coUationnât lui-même toutes les copies. Par là on remédieroit aux. craintes que l'on pourroit avoir de l'inexactitude des copistes-interprètes attachés aux dépôts, si Ion ne pouvoit absolument se dispenser de s'en servir.
(Collection Moreaa, n* 316, fol. 7.)